CHAPITRE X
La Société d'Encouragement. — Ses fondateurs. — Son programme. Le Jockey-Club.
Le premier Comité de la Société d'Encouragement — fondée sous le patronage des ducs d'Orléans et de Nemours, qui en étaient membres d'honneur — se composait des douze membres suivants :
Lord Henry Seymour, président;
Le prince de la Moskowa et M. J. Rieussec, vice-présidents;
MM. Maxime Caccia, comte de Gambis, Casimir Delamarre, comte Paul Demidoff, Fasquel (de Courteuil), Ernest Leroy, chevalier de Machado et de Normandie (1).
Avide de popularité et désireux de rallier tous les partis au nouveau régime, le duc d'Orléans prêta à lord Seymour l'appui de son nom pour fonder la Société d'Encouragement, dont ce grand sportsman avait eu le premier l'idée. Mais, sans sa ténacité, sans son goût et sa compétence des choses hippiques, sans sa persévérance à soutenir la cause du pur sang, il est plus que probable que le fils aîné de Louis- Philippe n'eût vu, dans la création de l'hippodrome de Chantilly, que matière à ressusciter les fêtes d'autrefois — en faisant oublier, du même coup, par quel crime ce domaine princier était devenu l'apanage de sa famille — et que les courses n'eussent continué à ne servir que de divertissement aristocratique à ses invités.
Elles l'intéressaient, cependant.
Ses écuries étaient à Chantilly, avec George Edwards, comme entraîneur, et Arthur Pavis, comme premier jockey. Une multitude de grooms et de lads anglais prenaient soin des chevaux à l'entraîne-
(1) Le nombre des membres fondateurs a été porté à 15 en 1857, 20 en 1892, 24 en 1903 et 30 en 1905.
Le nombre des membres du Comité s'éleva, par la suite, à 30.
ment, qui logeaient deux par box, avec, sur chaque porte, l'incription de leurs victoires dans un fer à cheval.
Le Haras — où Rowlston avait été importé en 1827, par Charles X — était à Meudon. Louis-Philippe l'avait acheté, sinon payé prétend-on, 250.000 francs au Dauphin. li était sous la direction du comte de Gambis, qui avait succédé au marquis de Strada, maître des chevaux du Roi, qui avait remplacé lui-même le duc de Guiche, grand-écuyer du Dauphin.
Les couleurs du duc d'Orléans — ou, ce qui revient au même, celles du comte de Cambis ou du haras royal de Meudon, noms sous lesquels couraient aussi ses chevaux — étaient casaque écarlate, toque bleue, gland or.
De 1834 à 1842, année de sa mort, le duc d'Orléans remporta, entre autres épreuves importantes :
A Chintilly : le prix du Jockey-Club, avec Romulus (Cadland), 1839;
A Paris :1e Grand Prix Royal, avec Fo^an^e (Rowlston), 1836; Nautilus (Cadland), 1840; Gigès (Priam), 1841 ; — le prix du Cadran (conditions différentes de celles d'aujourd'hui), avec Nautilus, 1839, 1840 et 1842; — la Poule d'Essai, avec Gigès, 1840; — la Poule des Produits, avec Cauchemar (Royal-Oak), 1841 ; — le prix desPavillons, avec Margarita (Royal-Oak), iS39; Francesca (Cadland ou Royal- Oak), 1840; Rocquencourt (Logic), 1841, et Tm^éc^ie (Alteru ter), 1842;
En Angleterre, en 1840, le Goodwoop Cup, avec le cheval anglais Beggarman, battant Lanercost, Hetman Platow, Charles XII et la célèbre Pocahontas, qui sera la mère de Stockwell et de Rataplan.
A son retour en France, le comte de Cambis, qui ramenait Beggarman, fut victime d'une petite mésaventure que nous relatons plus loin.
La politique ne permettant pas à la Société d'Encouragement de donner à l'un de ses prix le nom de duc d'Orléans — pas plus qu'elle ne pourra le faire pour le duc de Morny — son souvenir n'est rappelé que par le modeste prix de Meudon.
Du duc de Nemours, rien à dire. C'est comme prince et frère du duc d'Orléans, et non comme sportsman, qu'il patronna les courses, tout à fait platoniquement d'ailleurs.
Avec lord Henry Seymour, nous arrivons à la figure de premier plan, au véritable fondateur des Courses en France. Ce fut lui, en effet, qui eut le premier l'idée de la création de la Société d'Encouragement.
Anglais de naissance, n'ayant jamais remis les pieds dans son pays d'origine, lord Henry Seymour était de stature moyenne. Taillé en hercule, très fort à l'escrime, d'une adresse incomparable au pistolet — il coupait en deux un cigare dans la bouche d'un cavalier au galop — il s'intéressait passionnément et exclusivement à tous