LORD HENRY SEYMOUR
(D'après le tableau appartenant à M'"* Michin.)
les sports, ce qui semblait alors une excentricité. « On s'étonnait, nous disent les Mémoires d'un Journaliste de H. de Villemessant, •qu'avec son nom et son immense fortune, il passât sa vie à faire des armes, à monter à cheval, à boxer, à soulever des poids et à suivre ■des combats de dogues, à la barrière du Combat, au milieu des voyous. »
A sa mort, le 16 août 1859, il laissa toute sa fortune, près d'un million de rente, aux hospices de Paris et de Londres, sauf une rente mensuelle de 100 francs pour l'entretien de ses vieux chevaux.
Rien, pas un souvenir — il avait cependant la plus belle collection <ie tableaux de sport qu'on pût voir — à ses parents, à ses amis, à ses serviteurs. Sans doute avait-il été payé, sa vie durant, pour savoir CQ que valent l'affection, l'amitié et le dévouement.
En tous cas, il faisait de ses millions le plus noble usage.
On lui prêta les excentricités les plus folles, et, malgré ses dénégations, confirmées par les témoignages de ses contemporains, la légende a survécu qui veut qu'il ait été le dandy fastueux qui, en temps de carnaval, jetait des pièces d'or à la foule, du haut de son €har de masques, et que l'on acclamait sous le sobriquet de « Milord l'Arsouille » (1).
C'est à très juste titre que, entre tous les pionniers de la première heure, on a nommé lord Seymour « le Père des pères du Turf français ». C'est, en effet, comme nous l'avons dit, à sa passion et à sa connaissance des choses hippiques, à sa ténacité et à ses efforts persistants à les implanter en France — où il faisait courir depuis 1827 — que fut créée la Société d'Encouragement, dont il avait €u le premier l'idée et dont il fut le premier Président.
A son nom, nous devons joindre — ce qui nous permettra de faire remarquer que c'est à deux Anglais que les courses doivent leur acclimatation définitive chez nous — celui de son compatriote, Thomas Bryon, en qui il trouva le plus actif et le plus intelligent des auxiliaires. Si l'un était la tête, l'autre était le bras, et, pour avoir été secondaire, le rôle de Bryon n'en fut pas moins efficace : il fut la véritable cheville ouvrière de la nouvelle organisation (2).
(1) La vérité est tout autre. L'imbécile viveur avide de popularité, qui mettait toute son ambition à épa.ter les badauds, s'appelait Charles de La Battut. C'était un ami et un émule du comte d'Orsay, ce roi de la Mode qui, — après avoir vécu toute sa vie aux crochets de lady Blessington, qu'il avait aux trois quarts ruinée, — mourut directeur des Beaux-Arts, le 4 septembre 1852. Ces deux tristes personnages, d'Orsay et La Battut, avaient lié connaissance à Londres, dans l'établissement de Tilbury, le célèbre marchand de chevaux.
(2) Cet Anglais ingénieux, rompu de longue date à toutes les choses du turf et des autres sports, avait fondé à Paris, en 1827, une « Société des Amateurs de Courses » — premier essai de la Société d'Encouragement — et publié, à l'usage de ses membres, The Sportsman's compa,nion for the Turf {Manuel pour parier et aervir de guide à l'Amateur de Courses de Paris).
L'année suivante — cinq ans avant l'Ordonnance royale prescrivant l'établissement du Stud-Book — il publiait The French Stud-Book (Le Haras français, contenant, en langues française et anglaise, la généalogie de tous les étalons.
Pas plus le Président de la nouvelle Société que son secrétaire oir « agent et gardien des archives » ne devaient conserver longtemps leurs fonctions. En effet, dès l'année suivante, Th. Bryon, en raison de sa connaissance insuffisante de la langue française, était remplacé (1) et, en janvier 1835, les jeux de cartes n'ayant pas tardé à primer — dans le cercle créé sous le patron ge de la Société d'Encouragement, et sur lequel nous reviendrons dans le cha-
juments célèbres, connus dans ce pays), dédié au duc d'Orléans, et dans la préface duquel il envisage avec certitude l'avenir et la prospérité de la race nouvelle.
En janvier 1832, il avait établi, dans les jardins du nouveau Tivoli, entre le numéro 51 de la rue Blanche et le numéro 80 de la rue de Clichy, un tir aux pigeons, aux cailles et aux pierrots, « à l'instar, annonçait-il, de celui de la Red House, à Battersea nrès de Londres ». Les écrivains de l'époque chantèrent à l'envi l'organisation et l'emplacement de cet établissement, le premier de ce genre en France lU était ouvert les mercredis et samedis, été comme hiver. L'entrée coûtait 5 francs, mais on pouvait prendre des abonnements de 40 franc& pour trois mois; 60 francs pour six mois; 100 francs pour l'année entière. Les pigeons et les cailles se vendaient 9 francs la douzaine; les pierrots, 2 fr. 40 seulement.
A la fondation de la Société d'Encouragement, Thomas Bryon en fut choisi par lord Seymour, comme le secrétaire. C'est sous ce titre ou, plus exactement,, sous celui « d'agent et gardien des archives de la Société d'Encouragement », qu'il publia, en 1834, le premier Calendrier des Courses ou Racing Calendar français, relation détaillée de toutes les courses (à peu d'exceptions), qui ont eu lieu en France, depuis 1776 jusqu'à la fin de 1833.
En 1840, il publie encore le Guide des Éleveurs de poulains et de pouliches de pur sang destinés aux courses.
Le titre seul de ces différents ouvrages — aujourd'hui rarissimes — en dit tout l'intérêt.
Le premier Calendrier des Courses, dédié à la Société d'Encouragement, contient l'Avis suivant, qu'il nous a paru curieux de reproduire, en ce qu'il nous montre, une fois de plus, combien Thomas Bryon avait de cordes à son arc
« Avis — On souscrit pour le deuxième volume (qui contiendra le Règlement intérieur de la Société et du Club, les Arrêtés du Ministre des 2 juin 1834 et 5 janvier 1835 concernant les courses, ainsi que les courses de Bruxelles, depuis leur origine et celles d'Aix-la-Chapelle en 1834), chez l'Auteur, à Tivoli, rue Blanche, numéro 51, où l'on trouvera aussi le « Stud-Book arfglais complet », le ï Racing Calendar » d'Angleterre, depuis l'année 1709 jusqu'à la fm de 1834, le « Sporting Magazine » de Pittmann, à Londres, et toute espèce de gravures anglaises coloriées, au sujet des courses, etc.
« L'Auteur prie MM les Propriétaires qui auront des chevaux à courir, de vouloir bien l'informer des couleurs que portent leurs jockeys aux courses, pour servir de guide aux spectateurs, afin qu'ils puissent savoir comment ils seront placés en courant.
« La Tribune des Amateurs (avec les drapeaux, tapisseries, cordes et poteaux nécessaires) est toujours prête à Tivoli, à la disposition des personnes qui auront organisé des courses particulières, et pourra être transportée, en avertissant M. Bryon, la veille Cette tribune se divise en trois parties, dont on peut en louer une, qui contient 30 personnes; deux, qui en contiennent 90; ou trois, qui en contiennent 150. »
Les prix de location ne sont pas indiqués au Calendrier des Courses.
(1) Les secrétaires successifs de la Société d'Encouragement ont été, après Thomas Bryon : M Volsey-Moreau, en 1834; M. Joseph Grandhomme, 1837; son fils Georges, 1881; M. G. Madelaine, 1883, auquel l'on a adjoint, devant le développement de ses fonctions, M. M. Romanet, en 1907.
pitre suivant — les questions de sport, lord Seymour donna sa démission de président, sans cesser pour cela de rester membre de la Société et du Cercle, et de continuer à faire courir.
Ses écuries étaient à Sablonville, sur le chemin de la Révolte, vis-à-vis de la Porte-Maillot, et son haras, à Glatigny. Il y avait importé de nombreux reproducteurs anglais, notamment Ibrahim (Sultan et Phantom mare), vainqueur des Deux mille Guinées, et le célèbre Royal-Oak (Catton et Smolensko mare), dont les saillies
Royal-Oak'
étaient fixées au prix — le plus élevé de l'époque — de « 250 francs, plus 10 francs pour le groom » (1).
(1) Le taux des autres montes était ainsi fixé au Calendrier des Courses :
Haras de Viroflay, à M. Rieussec, Rainbow (Walton et Iris), 200 francs, et Félix (Rainbow et Young Folly), 100 francs;
Écuries de M. I egigan, à Puteaux, Sylvio (Trance et Hébé), 150 francs et 10 francs aux palefreniers;
Dépôt royal, dans le Bois de Boulogne, Cadland (Andrews et Sorcery ), 100 francs ; Sir Benjamin Backbite (Whisker et Scandai), Paradox (Merlin et Pawn) et Spectre (Phantom et Fillskine), chacun 60 francs, plus 5 francs aux gens d'écurie;
Haras royal de Meudon, Rowlston (Camillus et Miss Zilia), gratuitement quinze juments de demi-sang;
Chez M. Chéri-Salvador, avenue des Champs-Elysées, Tandem (Rubens et Jeannette), 60 francs.
Aujourd'hui, les saillies de 4.000 francs sont courantes. Celles (ieStock\<ell et de Flageolet étaient tarifées à 5.000 francs, celles de Hermit, à 6.250 francs et M. Edmond Blanc n'a pas demandé moins de 12. 500 francs pour les services de Flying Fox!
Né en 1825 et importé en 1833,Royal-Oak est, avec Cadland et Gladiator, l'un des fondateurs de la race française de pur sang. Dans sa progéniture, très nombreuse, on compte quantité d'excellents chevaux, mais son véritable titre de gloire est d'être, par sa fille Poetess, le grand-père de Hervine et de Monarque (1).
Il avait fait venir comme entraîneur Thom.as Carter, dont le nom sera fameux, lequel forma Tom et Henry Jennings, qui seront, à leur tour, des entraîneurs renommés.
Son jockey était Thomas Robinson (frère de James Robinson, le célèbre jockey anglais), qui resta à son service jusqu'à son entrée dans l'Administration des Haras, en 1848.
Les couleurs de lord Seymour étaient casaque orange, toque noire. Depuis leur apparition, en 1828, elles avaient pris la première place sur le turf. On les vit remporter les trois premiers Derbys de Chantilly, avec Frank (1836), Lydia (1837) et Vendredi (1838), et eUes semblaient devoir l'enlever encore, en 1840. avec Jcnny, quand celle-ci fut battue par Tontine (Tetotum et Odette), à Eugène Aumont.
Bien avant la course, des rumeurs étranges — répandues, croit-on, par quelque lad congédié — avaient circulé sur le compte de cette Tontine, di\ec laquelle, disait-on, «un grand coup se préparait, cette prétendue pouliche française de 3 ans n'étant rien autre qu'une jument anglaise de 4 ans, nommée Herodia, que M. Eugène Aumont avait achetée en Angleterre ».
Cette affaire — qui précédait de quatre ans le scandale de Running Rein dans le Derby d'Epsom — eut un retentissement énorme.
Lord Seymour porta aussitôt le cas devant les Commissaires de la Société d'Encouragement. Ceux-ci l'ayant débouté de sa réclamation (2), il s'adressa alors aux Tribunaux. Mais la justice n'était guère plus expéditive à cette époque que de nos jours, et il put encore remporter le prix du Jockey-Club, en 1841, avec la célèbre Poetess (Royal-Oak et Ada), avant que ne fut rendu le jugement, au début de 1842.
Si lord Seymour n'avait pu prouver que Tontine était Herodia, iî avait prouvé, par contre, que Herodia n'était pas Herodia. En effet» au cours du procès, M.Eugène Aumont ayant fait vendre cette pré-
Ci ) Royal-Oak (Cat.ton et Smolensko mare, iss. de Lady Mary), remontait, par son père, à Eclipse (lignée Gohanna), mais c'est surtout le sang de Herod, qui dominait en lui
Parmi ses autres produits, on peut citer : Jenny, Sérénade, Dorade^ Nativa Anatole, Glands, Margarita, Quoniam, Plover, Porthos, Commodore Napier, Tronquette, Cauchemar, Déception, Karagheuse, Club Stick, Pied-de- Chêne, Mam'zelle Amanda, Franc-Picard, etc.
(2) Voici le texte de cette décision : Après de longues et consciencieuses séances dans lesquelles s'est agitée l'importante question de la qualification de Tontine, jument appartenant à M. E. Aumont, et qui avait gagné le prix du Jockey-Club à Chantilly, le Comité
tendue jument, lord Seymour l'avait achetée et il avait démontré qu'elle différait totalement de la jument importée.
Les rapports des vétérinaires Boulley et Barthélémy, commis par le tribunal, sont formels à ce sujet et constatent que le signalement de ladite jument ne correspond nullement à celui de la véritable Herodia. Mais la magistrature de l'époque n'accordait sans doute aucune importance aux choses — si nouvelles pour elle — du turf, car, tout en reconnaissant que la pouliche qui avait été vendue à lord Seymour comme étant Herodia n'était pas Herodia, elle le déboutait de sa demande!...
Ce jugement contradictoire était plus qu'un défi à l'équité, c'en était un au bon sens. « Sans compter, ajoute Ned Pearson, dans son Dictionnaire du Sport, que les faits révélés par l'enquête judiciaire parurent à la Société d'Encouragement d'une gravité suffisante pour faire disqualifier Tontine... comme poulinière. »
Très ennuyé de toutes ces histoires, M. Eugène Aumont cessa alors de faire courir, et il passa la main à son frère Alexandre, qui substitua sa casaque blanche à toque verte à la casaque rose à toque noire de son aîné.
Quant à lord Seymour, froissé, à très juste titre, de n'avoir pas obtenu les légitimes réparations auxquelles il prétendait avoir droit, il vendit son écurie et son haras, et renonça pour toujours aux courses (1).
Coïncidence curieuse : à peine lord Seymour quittait-il le turf, que le duc d'Orléans — ■ qui l'avait si puissamment aidé à fonder la Société d'Encouragement — • trouvait la mort dans un accident de voiture, et que, quelques jours plus tard, M. Rieussec, vice-président de cette Société, et le premier promoteur du pur sang en France, était tué à l'attentat de Fieschi!
La fondation de la Société d'Encouragement datait déjà de neuf ans. Lord Seymour personnifiait cependant encore à un tel point la cause des courses, qu'en apprenant la vente de son écurie, La
des Courses, sous la présidence du prince de la Moskowa, a rendu la décision suivante :
« Vu la réclamation formée contre la qualification de la pouliche Tontine,
a Après avoir entendu les témoins à charge;
« Ouï également les explications fournies par M. E. Aumont;
« Attendu qu'il n'a pas été prouvé que la qualification de Tontine fût fausse;
« Le Comité déclare cette qualification maintenue et l'opposition considérée comme non avenue.
Paris, 18 juin 1840.
« Signé : Prince de la Moskowa, comte G. de Blangy, vicomte R. d'Aibon, comte Delamarre, comte Dumas, comte A. DE Vaijblaxc, comte d'AiTON-SHÉE, Lherbette, Fleuriatj, comte de Grammont, comte de Cambis. »
(1) Cette vente eut lieu le 22 juin 1842. Les prix les plus élevés furent obtenus par Florence, 5 ans, 5.700 francs; Scroggins, 9 ans, 4.900 francs; Eliever, 4 ans, 6.700 francs; les autres, de 300 à 1.800 francs.
Mode s'écriait : « Le sport hippique repasse le détroit; il n'a pu se naturaliser chez nous! »
La Mode se trompait, heureusement.
Royal-Oak et Ibrahim devinrent la propriété de l'Administration des Haras. Ils moururent tous deux en 1849. Quant à Poetess, elle allait — par la plus cruelle ironie du sort — illustrer à jamais ce nom des Aumont, cause même de la retraite prématurée de lord Seymour... Elle fut, en efîetj achetée quelques années plus tard, pour une centaine de francs, par Alexandre Aumont, auquel elle donnera Hervine et Monarque, c'est-à-dire la meilleure jument et le meilleur cheval qui auront paru jusqu'alors sur le turf français, et dont l'un sera un des plus glorieux chefs de race de notre élevage (1).
Jenny passa chez le prince Marc de Beauvau; elle sera la mère de Fleur-de-Marie et de L'oubliou.
On peut dire de l'écurie de lord Seymour qu'elle fut le berceau des futures grandes écuries Aumont, Lagrange, Nivière, Charles Laffitte et C.-J. Lefèvre.
Comme on le voit, on n'est pas redevable à lord Seymour que de l'institution des courses en France. On lui doit aussi les plus célèbres de nos pur sang.
La Société d'Encouragement a commémoré le souvenir de son fondateur par les prix Seymour, Royal-Oak, de Sablonville, de la Porte-Maillot et de Glatigny.
Au début, la Société eut deux Vice-Présidents : le prince de la Moskowa et M. J. Rieussec.
Fils aîné de l'illustre maréchal, le jeune prince de la Moskowa (il était né en 1805), avait été élevé à l'étranger, pendant la Restauration, à la suite de la mort tragique de son père. Il était capitaine d'artillerie en Suède, lorsqu'il passa, avec ce grade, dans l'armée française, au 5^ régiment de hussards, le 11 août 1831, par indemnité nationale. Il fut en même temps reconnu comme pair de France héréditaire. Cavalier passionné, il fut un des membres les plus actifs de la jeune Société, à la tête de laquelle il remplaça, en 1836, M. de Normandie qui, lui-même, avait succédé à lord Seymour. Nommé général de brigade en 1851, il mourut en 1857.
Il avait épousé la fille du célèbre banquier Jacques Laffitte, lequel, pour se moquer de son gendre — à qui il reprochait de porter un
(1) Poetess, qu'une semblable progéniture aurait dû suffire à entourer de soins, périt misérablement, faute de surveillance. La pauvre bête, vieillie et à moitié estropiée, avait les jambes postérieures presque complètement tordues. Tandis qu'elle était attachée dans un paddock, à Chantilly, des gamins s'amusèrent à la faire tourner tant et tant, qu'elle s'empêtra dans la corde et se rompit le cou en tombant.
titre glorieux sans l'avoir gagné — s'intitulait lui-même « prince du Rabot », en souvenir de la profession de son père, qui avait été charpentier.
Cavalier émérite, le prince de la Moskowa était, cependant, plus homme de salon que de turf, et son nom ne figure pas parmi ceux des grands éleveurs ou propriétaires de l'époque. Ses couleurs — reprises, depuis, par l'écurie Gaillault — étaient casaque jaune, manches ■et toque bleues.
Le prix de la Moskowa rappelle son nom.
Le second Vice-Président, M. J. Rieussec, avait fait sa fortune comme marchand de bois, au faubourg Saint-Antoine. On voit par là combien la réunion des fondateurs de la Société d'Encouragement était étrangère à tout esprit de caste. Il jouissait dans son quartier d'une réputation d'honnêteté telle, que les gardes nationaux de sa légion l'avaient élu pour colonel.
M. Rieussec fut l'un de ceux qui firent le plus pour la propagation des idées nouvelles, qu'il avait été le premier à appliquer en France.
Dès 1805, en effet, il avait importé des chevaux de pur sang à son haras du Bue, près de Versailles, qu'il avait transféré ensuite à Viroflay où, jusqu'en 1815, le Gouvernement impérial seconda ses efforts. Réduit alors à ses seules ressources, M. Rieussec n'en avait pas moins persévéré dans la même voie; de ses nombreux voyages en Angleterre, il avait ramené en 1823, entre autres reproducteurs, le célèbre Rainbow (1).
Il avait pour entraîneur l'Anglais Palmer, qui se fit de véritables rentes, d'abord en permettant au public, les dimanches et fêtes, de venir visiter Rainbow, au prix de 1 franc par tête — et il y eut foule, — puis en fondant la « Palmer's New Betting Room », précurseur du « Salon des Courses » (2).
Les couleurs de M. Rieussec étaient casaque bleu ciel, toque rouge.
En dépit de ses efforts et de ses sacrifices, la fortune ne lui sourit guère et l'on ne voit à son actif, comme épreuve importante,
(1) Rainbow (Walton et Iris), né en 1808, est un des étalons qui ont marqué à l'origine de la formation de la race française. Il se rattache à la famille de Byerly Turk, par Walton, Sir Peter Teazle, Highflyer et Herod. Ses meilleurs produits furent Eglé, Félix, Frank, Clérino, Lydia, Hercule, Georgina, Vesta Jeannette, Souvenir, Jason, Tigris, etc.
(2) La « Palmer's New Betting Room », fondée en 1836, dissoute et reconstituée en 1838, comptait les plus grands noms parmi ses fondateurs. Les ducs d'Orléans et de Nemours en étaient membres honoraires; elle avait, comme président, M. de Vauhlanc, et pour commissaires, le comte d'Hédouville, MM. Lasalle et Raby.
Le « Salon des Courses » date de 1861. Il jouit pendant longtemps d'une grande célébrité, mais ne put résister à la concurrence du Pari mutuel et fut dissous en 1908.
que e Grand Prix Royal, qu'il remporta avec Félix, en 1833^ et 1834.
Il fut tué à la tête de ses hommes — il était colonel de la garda nationale, comme nous l'avons dit — à l'attentat de Fieschi, le 28 juillet 1842, au moment où ses troupes, formant la haie, étaient passées en revue par Louis-Philippe.
Après sa mort, sa fille, Mme Cazalot, continua à faire courir pendant quelque temps, puis l'écurie fut dispersée.
Son souvenir est rappelé par les prix Rieussec, Rainbow et de Viroflay.
Le premier trésorier de la Société d'Encouragement fut Charles Laffitte, neveu du célèbre Jacques Laffitte. dont nous avons parlé, et l'un des plus fanatiques cavaliers de son époque.
La Société ne pouvait faire un meilleur choix.
Charles Laffitte — qui avait épousé miss Fairie Cunningham, dont le père ou le frère fut un des premiers membres du Jockey-Club — apporta aux choses du turf un dévouement et une compétence rares.
En 1831, il avait plaidé et obtenu gain de cause contre Mme Crémieux (veuve du célèbre marchand de chevaux, et sœur de Chéri-Salvador, le premier « Tattersall » français), au sujet d'une pouliche, indiquée comme étant de Merlin, alors qu'elle était de Morisco.
Il faisait courir déjà depuis plusieurs années, en association avec le major Frazer, sous le nom de « Colonel Fridolin ». Couleurs : casaque bleu ciel, toque noire.
En 1844, Charles Laffitte — tout en continuant à prêter le plus actif concours à la Société d'Encouragement — renonça aux émotions du turf, jusqu'en 1858, où il entrera dans la combinaison qui reconstituera l'écurie Delamarre. Mais ce n'est qu'en 1864, qu'il reparaîtra, ouvertement cette fois, sous le nom, devenu célèbre, de « Major Fridolin », en association avec le fameux Khalil-Bey et le baron Nivière, qui venait de rompre sa propre association — connue sous le nom de « la Grande Écurie » — avec le comte de Lagrange.
Le haras était à Villebon, et les écuries à La Morlaye, avec Ch. Pratt, comme entraîneur-jockey.
Ce sera l'époque glorieuse de Charles Laffitte, celle où Contran, Sornette, Bigarreau, Franc-Tireur illustreront les nouvelles couleurs, casaque blanche, toque bleu ciel.
Il avait importé Tournament, père de nombreux vainqueurs, entre autres Franc-Tireur, Sabre, Tyrolienne, etc.
A sa mort, en 1876, l'écurie fut dispersée et le haras repris, pour peu de temps d'ailleurs, par M. V. Malapert. De nos jours, M. W.-K. Vanderbilt y eut, pendant une dizaine d'années, son établissement d'élevage, avant de le transporter en Normandie.
Charles Laffitte fit beaucoup pour Dieppe, où le prix Charles Laffitte rappelle son souvenir, comme les prix de Villebon et de Château- Laffitte le rappellent dans le programme de la Société d'Encouragement.
Du chevalier de Machado, attaché à l'ambassade d'Espagne à Paris, et du comte Maxime Caccia, officier piémontais et fils d'un banquier italien établi chez nous, nous n'avons pas grand'chose à dire, leurs noms n'ayant pas laissé de trace dans l'histoire du turf.
Nous savons seulement que le comte Caccia, après avoir servi, en 1846, dans les hussards, retourna dans son pays, où nous le retrouvons major de la place de Turin, au moment de la guerre d'Italie.
Excellent cavalier, il avait, au moment de la création de la Société d'Encouragement, parié 50 louis contre lord Seymour qu'il traverserait le Bois de Boulogne, de la Porte-Maillot à la porte de Boulogne, soit 2 kil. 1/2, sur un cheval à poil, en trottant à l'anglaise, sans arrêt. Il gagna ce pari original et difficile, escorté par un grand nombre de cavaliers.
Engagé volontaire en 1810, le comte de Cambis avait fait les campagnes d'Espagne, de Russie (où il avait été blessé au passage de la Bérézina) et de France. Licencié comme chef d'escadrons des grenadiers à cheval de la garde, à la Révolution de 1830, il fut attaché en qualité d'écuyer auprès du duc d'Orléans, dont il dirigeait l'écurie et le haras de Meudon.
Ses couleurs — sous lesquelles coururent la plupart du temps les chevaux de l'héritier du trône — étaient : casaque écarlate, toque bleue. Elles ne se différenciaient de celles du prince que par la suppression du gland d'or, à la toque.
Le 6 août 1840, comme il ramenait d'Angleterre le cheval du duc d'Orléans, Beggarman, qui venait de remporter le Goodwood Cup, le comte de Cambis fut appréhendé à sa descente, à Boulogne-sur-Mer, et, malgré ses protestations, incarcéré à la prison de la ville, la police l(TCale l'ayant pris pour un partisan du prince Louis-Napoléon, dont la tentative de débarquement venait d'avorter. Ce ne fut qu'au bout de plusieurs heures qu'il fut relâché, on devine avec quelles excuses !
Après la mort tragique du duc d'Orléans, le comte de Cambis devint écuyer honoraire du comte de Paris. Il continua quelque temps de faire courir sous son propre nom les élèves du Haras royal, remportant notamment le prix de Diane, en 1843, avec Wirîhschaft.
Il avait fait partie de la première Commission du Stud-Book.
Le comte de Cambis — ainsi que le rappellent MM. Gibert et de Massa, dans leur Histoire du Jockey-Club — mourut en 1874, sans fortune, à Chantilly, « dans une dépendance de l'hôtel du Grand-Cerf,
en face des célèbres écuries où il avait présidé jadis à l'entraînement des chevaux confiés à ses soins ».
Il était âgé de 80 ans.
M. Casimir Delamarre — qu'il ne faut confondre ni avec le comte Achille Delamarre, qui fut Président du Jockey-Club, de 1849 à 1853, ni avec M. Henri Delamarre, le propriétaire qu'ont rendu célèbre Vermout et Boïard — était, lui aussi, un ancien officier de cavalerie.
Devenu banquier à la suite de son mariage avec la fille du financier Martin Didier, puis régent de la Banque de France, il prit une part très active à la formation de la Société et son concours fut des plus utiles pour l'élaboration des statuts. En 1844 il devint propriétaire de La Patrie, journal alors tout-puissant.
Tout ce que l'on sait de lui, touchant les choses du turf, c'est qu'en 1831, à la vente Crémieux, à Madrid (Bois de Boulogne), il donna — ce qui parut fantastique — 8.195 francs du yearling Fra Diai>olo, un nom qui fera quelque bruit cinquante ans plus tard.
Ce premier Fra Diabolo passa ensuite chez lord Seymour, sans laisser de traces.
Casimir Delamarre mourut en 1870.
Le comte, puis prince Anatole Demidofï, tirait sa colossale fortune de ses mines de l'Oural.
Envoyé par l'empereur de Russie en France pour y parfaire ses études militaires, il avait été admis à l'École de Saint-Cyr, à titre étranger.
En 1841, il épousa la princesse Mathilde, fille de Jérôme Bonaparte, ancien roi de Westphalie, et cousine du futur Napoléon III. Bien que très vain de cette union, il ne s'en sépara pas moins de sa femme, quatre ans plus tard, pour cause d'incompatibilité d'humeur.
De nature vagabonde — il a publié, avec illustrations de Ratîet, un Voyage dans la Russie Méridionale et la Crimée, par la Hongrie, la Valachie et la Moldavie, — il vécut en Russie, en Italie, en France, sans pouvoir se fixer nulle part. Un peu partout, il importait des étalons anglais. C'est ainsi que Tint (par Middleton) et Paradox (par Merlin) — encore deux noms qui deviendront célèbres plus tard, par leurs victoires, ceux-ci — s'en furent d'abord à Florence, pour revenir ensuite en France.
Cette existence mouvementée ne lui permit guère, on le comprendra, de s'occuper de son écurie, dont les couleurs étaient casaque verte, « fringe » orange, toque bleue.
Il mourut à Paris, en 1870.
M. Fasquel (de Courteuil) — pour le distinguer de son homonyme, Alcibiade Fasquel — possédait à Courteuil, près de Senlis, un haras modèle, que les princes d'Orléans et leurs invités allaient visiter, lors des premières chasses de Chantilly.
Il avait pour entraîneur F. Kent. Ses couleurs étaient : casaque rouge, toque blanche.
Bien avant le comte de Berteux — qui détient jusqu'ici le record, peu enviable, du plus malchanceux des éleveurs et des propriétaires, — Fasquel connut la série ininterrompue des déceptions.
En dépit de ses efforts, de ses sacrifices, de ses importations de reproducteurs, il mourut en 1873, sans avoir remporté une seule épreuve classique de trois ans
Le modeste prix de Courteuil, à la réunion de printemps de Chantilly, rappelle son souvenir.
M. Ernest Lerpy, qui mourut en 1880, à l'âge de 82 ans, fut un des plus fameux gentlemen-riders de son époque, qui en compta tant.
C'est chez lui, au no 3 de la rue Saint-Georges, ou, plus exactement, dans ses écuries, que se réunissaient, tous les matins, les amateurs de chevaux. Ce fut là, comme nous le rappellent MM. Gibert et de Massa, que le jeune Emile Fleury fit la connaissance du fameux Yousouf, et en profita pour contracter un engagement aux spahis, qui fut le point de départ de sa brillante carrière.
Membre de la première Commission du Stud-Book, Ernest Leroy posséda quelques chevaux de course; mais ses couleurs — • casaque bleue, toque noire — ne connurent pas de grands succès. Il s'occupait beaucoup plus d'ailleurs, en raison de ses connaissances techniques, d'achats d'étalons en Angleterre, pour le compte, soit du Gouvernement, soit de propriétaires particuliers.
On lui doit, notamment, l'importation de Lanercost (par Liverpool et Otis), JEgyptus (Centaur et Pastille), Darlington (Cleveland et Eoïna), Elthiron (Pantaloon et Phryne), Sir Benjamin Backbite (Whisker et Scandai), Hernandez (Pantaloon et Black Bess), Womersley (Irish Birdcatcher et Cinizelli), etc.
Mais Ion (Caïn et Margaret), qui ne fut payé que 450 guinées (11.812 fr. 50), fut ramené par M. Thaunberg; et c'est au chevalier de la Place qu'est due — pour le compte de l'Administration des Haras, dont c'est à coup sûr le plus beau titre de gloire — l'importation de Gladiator (Partisan et Pauline), au prix de 2.500 livres sterling (62.500 francs).
Casaque et toque blanches étaient les couleurs de M. de Normandie, dont le neveu — qui s'appellera alors Denormandie, en un seul mot — sera plus tard gouverneur de la Banque de France.
De ses longs séjours en Angleterre, M. de Normandie avait rapporté un goût passionné pour la race de pur sang. Aussi fut-il, avec lord Seymour, un des plus ardents promoteurs de la lutte, par la fondation de la Société d'Encouragement, contre l'Administration des Haras, qui s'obstinait, comme nous l'avons dit, à ne voir la
régénération de l'élevage national que par l'arabe ou le demi-sang!
Homme de cheval consommé — il passait pour le premier cavalier de son temps et avait été surnommé « l'Arthur Coventry français »; — il avait remporté, en 1830, le premier steeple-chase couru en France suivant les règles anglaises, à Jouy, près de Saint-Germain, battant, entre autres adversaires, deux cavaliers anglais des plus réputés, sir TomUn et le capitaine Gocke.
11 gagna aussi, en 1833, la course improvisée sur ia pelouse de Chantilly, course mémorable entre toutes, comme nous l'avons vu, puisque, de ce pari particulier, devait naître, non seulement l'hippodrome actuel, véritable berceau des courses en France, mais encore la Société d'Encouragement, par laquelle elles devaient vivre et prospérer.
Cet anglomane fervent fut un des fondateurs les plus marquants de cette même Société, dont il fut successivement commissaire, juge, starter et président, et l'on ne peut que regretter qu'aucun prix ne rappelle son nom (1).
(1) On peut regretter également que la Société d'Encouragement, si soucieuse généralement de commémorer le souvenir de tous ceux qui contribuèrent à sa grandeur, et dont l'exemple a été suivi depuis par la plupart des Sociétés de courses en France, ait laissé à la Société Sportive d'Encouragement — qui n'était pas née quand mourut le comte Frédéric de Lagrange — l'honneur de donner à l'une de ses épreuves les plus importantes le nom de celui de nos sportsmen qui porta le plus haut la gloire de l'élevage français.
La Société d'Encouragement n'est cependant pas chiche — et l'on ne peut que l'en féliciter — de ce genre de souvenir, et ce n'est pas les hommes seuls qu'elle aime à rappeler, mais aussi leurs établissements et leurs chevaux les plus célèbres (pour le comte de Lagrange, les noms de Gladiateur et de Dangu lui parurent sans doute suffisants) et jusqu'aux lieux mêmes qui virent la naissance des courses.
C'est ainsi, dans ces différents ordres d'idées, que nous relevons, sur les programmes de Longchamp et de Chantilly, les noms suivants :
Sportsmen. — Prix : Blangy, Castries, des Cars, Daru, Fay, Fould, Greffulhe, de Guiche, Hédouville, Hocquart, Juigné, La Moskowa, La Rochette, Lupin, Mackensie-Grieves, Noailles, Prince de Galles, Prince d'Orange, Reiset, Rieussec, Saint-Roman, Salverte, Seymour, Vanteaux, Vaublanc, etc.
Etablissements d'élevage ou d'entraînement. — Prix de : Barbeville, Bois- Rouaud, Bois-Roussel, Cheffreville, Courteuil, Chevilly, Dangu, Ferrières, Glatigny, Ibos, La Jonchère, La Lorie, Lonray, Malleret, Martinvast, Meautry Meudon, Montgeroult, Nexon, Porte-Maillot, Royallieu, Sablonville, Saint- Georges, Victot, Villebon, Viroflay, etc.
Chevaux- — Prix : Dollar, Gladiateur, Jouvence, Perplexité, Rainbow, Royal- Oak, Vermeille, Vermout, etc.
Hippodromes. — Prix : du Champ-de-Mars, des Sablons, de Satory, de Fontainebleau, etc.
Un autre nom qui devrait être tiré de l'oubli est celui, si modestes qu'aient été ses fonctions, de Thomas Bryon, ainsi que ceux, plus illustres, — si la politique ne s'y opposait, — du duc A. de Morny, à qui la France est redevable des hippodromes de Longchamp et de Deauville, et du Grand Prix de Paris, et du duc d'Orléans, pour le patronage éclairé "qu'il apporta à lord Henry Seymour, quand celui-ci fonda la Société d'Encouragement.
Par la composition de son premier Comité — où se coudoient fraternellement des gentilshommes, des militaires, des financiers et des négociants, français, anglais, espagnols, italiens et russes — on voit quel éclectisme présida à la fondation de la Société d'Encouragement.
Elle appelait à elle tous les concours, toutes les bonnes volontés, sans distinction de caste ou de nationalité, ainsi que l'atteste son manifeste que nous reproduisons in extenso :
« Les soussignés, frappés de la décadence de plus en plus croissante des races chevalines en France, et jaloux de contribuer, en les relevant, à créer dans ce beau pays un nouvel élément de richesse, se sont réunis pour aviser au moyen d'y parvenir.
« Il ne leur a pas été difficile de constater les causes du mal; sans les énumérer ici, une, entre autres, méritait leur sérieuse attention. Le manque d'encouragement accordé à l'élève des chevaux de pur sarig, a réduit depuis longtemps cette industrie à l'inaction et à la stérilité, et cependant rien n'importait plus que de la secourir et de lui donner tous les développements imaginables, car elle seule, et ce n'est plus contestable aujourd'hui, peut parvenir à doter la France des espèces légères qui lui manquent, et l'affranchir enfin un jour du tribut annuel qu'elle paye aux étrangers; c'est donc à la propagation des races pures, sur le sol français, qu'ont dû tendre particulièrement les efforts des soussignés, et c'est dans le but de concourir à tous ses moyens à les multiplier, qu'est fondée la Société d'Encouragement pour Vamélioration des races de chevaux en France.
« Depuis longtemps des théories arbitraires servaient, dans ce pays, de guide à nos éleveurs; on y avait procédé, sans aucun succès, à des essais de toute nature, à des combinaisons, à des croisements de tout genre, pour améliorer nos races, et le Gouvernement n'avait pas été plus heureux que les particuliers dans ses recherches. Cependant la paix, en rendant plus fréquentes nos relations avec l'Angleterre, nous a permis d'étudier plus attentivement les principes qui la dirigent dans l'art de produire et d'élever des chevaux; quelques esprits observateurs, que n'arrêtaient pas des routines surannées ou d'étroites considérations, n'ont pas tardé à acquérir la conviction que l'immense supériorité de nos voisins d'Outre-Mer, dans cette branche d'industrie, devait s'attribuer surtout à l'influence des courses qui, alimentées par des chevaux de race, faisaient refluer continuellement le sang pur dans la circulation et améliorait de cette manière de plus en plus, chaque année, la population chevaline par l'intervention de ces croisements salutaires.
« Il était tout simple alors, profitant des observations recueillies en Angleterre depuis trois cents ans, de s'approprier une expérience acquise, en important chez soi des méthodes éprouvées, sans perdre de temps à chercher quelques meilleures solutions que les Anglais; car on ne pouvait raisonnablement pas espérer les surpasser.
« Il y a néanmoins, il faut le croire, bien de la difficulté à déraciner en France certains préjugés, puisque nous sommes malheureusement forcés de reconnaître que toutes les vieilles préventions contre les procédés employés en Angleterre, et en particulier contre les courses de chevaux, ne sont pas encore évanouies. Il est, en effet, facile de voir, à la modicité des prix de course fondés par le Gouvernement, combien l'Administration des Haras semble leur accorder peu d'importance. Et pourtant, il est impossible de
le nier, l'opinion publique paraît en progrès sensible sous ce rapport, t II existe un besoin général de donner aux Courses une plus grande impulsion; le besoin s'en fait sentir tous les jours davantage, et la Société n'est ici que l'organe de toutes les personnes éclairées, en déclarant qu'elle regarde ces épreuves comme le moyen d'amélioration le plus capital qu'on puisse employer; aussi croit-elle devoir employer tous ses efforts à les multiplier de plus en plus en France.
• C'est en n'admettant que les chevaux entiers et juments de pur sang français à concourir pour les prix de course que l'efficacité de ces encouragements, comme éléments d'amélioration, ne tardera pas à se faire sentir; ici, comme en Angleterre, la race de pur sang se propagera, et son influence sur toute la population chevaline sera bientôt visible. La France a besoin d'une race de demi-sang; les croisements de nos fortes juments indigènes avec des étalons de race pure, peut promptement amener ce résultat; offrons donc, à la production des poulains et pouliches de pur sang, une prime suffisante; et, pour que l'encouragement soit toujours éclairé et profitable, qu'il ne soit accordé qu'au cheval vainqueur d'une épreuve, où il aura remporté le prix de la vigueur, du fond et de la vitesse.
c Une souscription dans ce but a été ouverte par la Société; elle monte déjà à la somme de 15.00n francs, qui seront affectés à des prix de course.
• Les soussignés ne se font pas illusion sur l'efficacité des prix de course qu'ils instituent, quant à l'influence que leur quotité peut exercer sur toute la France; mais dans la carrière où elle entre, avec l'espoir d'être utile, la Société se tiatte que son exemple trouvera des imitateurs.
t Elle a tenu surtout aujourd'hui, en formulant clairement les principes qui la dirigent, à faire appel à la sympathie de toutes les personnes de son opinion.
€ Il appartient, après cela, au Gouvernement d'imprimer aux Courses une impulsion puissante par les immenses moyens dont il dispose.
< La Société, ayant l'espérance fondée que' les Courses se propageront en France d'une manière considérable, s'attend à voir souvent, relativement à ces Courses, des discussions d'autant plus embarrassantes qu'elles seront, pour ainsi dire, interminables, par le manque d'un tribunal compétent, pour prononcer, entre les différentes réclamations, avec connaissance de cause.
« Dans le désir d'obvier à cet inconvénient, elle nommera dans son sein chaque année, trois commissaires pour juger Ips difficultés qui pourraient s'élever en pareilles circonstances. Ces commissaires opineront en dernier ressort sur celles qui seraient relatives aux prix fondés par la Société; ils seront prêts d'ailleurs à exercer les fonctions d'arbitres, si toute autre difficulté, provenant de toute autre course, en France, leur était soumise. Ils baseront, dans tous les cas, leur jugement sur le code de secours que la Société se propose de publier incessamment. Leurs jugements seront sans appel. »
Jamais programme ne fut plus clair, plus précis, plus rigoureux. Aux errements, aux tâtonnements des uns et des autres, la Société d'Encouragement substituait une méthode unique. « Tout pour le pur sang et par le pur sang » : telle aurait pu être sa devise.
On sait à quels obstacles elle allait se heurter!
En outre, et afin de ne pas exposer dès ses débuts notre élevage naissant à une concurrence dans laquelle il n'eût pas manqué de succomber, la Société réservait très sagement l'exclusivité
LA SOCIETE D'ENCOURAGEMENT l'i5
de ses allocations aux seuls produits nés et élevés en France (1).
Inutile de dire que la décision qu'elle avait prise d'exclure de ses prix tout ce qui n'était pas pur sang — dans un pays où le pur sang n'existait pas encore pour ainsi dire — fit éclater de rire. « La Société d'Encouragement, écrit A. de Saint-Albin, ressemblait à un aubergiste qui, manquant complètement de voyageurs, en eût profité pour déclarer qu'il ne voulait loger que des notaires! » Une série de walk-over fut la conséquence de cette mesure radicale — ce qui lui valut d'être appelée « la Société de Découragement! » — et, c'est évidemment dans le but de faire le plus grand nombre de courses, avec le minimum de chevaux que l'on usa, et peut être même abusa, jusqu'en 1867 des courses en partie liée.
Puis les ressources de la Société constituées par les seules cotisations étaient bien modestes, et, partant, les prix rares et mal dotés. Ses membres — malgré l'appel à tous les hommes de bonne volonté — étaient fort peu nombreux.
Autour des fondateurs ne s'étaient encore groupés, au moment où il fut question de la création du Cercie du Jockey-Club, que 47 sportsmen désintéressés, dont il nous paraît juste de rappeler les noms.
Ces sociétaires de la première heure étaient : le vicomte d'Aure baron de la Bastide, comte de Beaumont, comte de Bernis, marquis de Boisgelin, Marc et Edouard Gaillard, vicomte de Carbonnières, Casimir-Périer, comte Dubourg, prince d'Eckmûhl, major Frazer, marquis de la Ferté, comte de la Ferté-Champlâtreux, comte de la Genevraye, marquis de Gramont, marquis Conrad de la Grange, comte d'Hinnisdal, Philippe Hottinguer, duc d'Istrie, J. Lewis- Ricardo, baron Le Couteulx, Edouard Manuel, marquis de Marmier, comte Edmond et comte Fernand de Montguyon, général baron de Morell, A. Mosselmann, chevalier de Nogent, vicomte Odoard, Patureau, comte René du Pille, comte de Pracomtal, Gustave de la Rigaudière, comte de Roydeville, de Saint-Cyran, Paul Sanegon, Achille Seillière, Eugène Sue, vicomte du Taillis, Auguste et Henri Tauret, comte Guy de la Tour du Pin, marquis de la Valette, comte de Vaublanc et prince de Wagram.
Si beaucoup appartenaient à l'aristocratie, beaucoup appartenaient à la finance et d'autres aux lettres (2). Ce recrutement éclec-
(1) Sur ce point essentiel aucune modification n'a été apportée à son règlement originel jusqu'en 1891, et c'est- la raison qui fit que l'allocation des épreuves ouvertes, par la suite, à Longchamp et à Chantilly, aux clievaux étrangers, ne fut jamais fournie par la Société d'Encouragement, tels, par exemple, que le Grand Prix de Paris, le prix de Chantilly, le prix de Deauville, le Critérium international.
La première infraction date de la création du prix du Conseil Municipal; la seconde, de V internaiiona,lisalion du prix du Cadran (voir années 1891 et 1913).
(2) Eugène Sue est le seul littérateur qu'ait reçu le Jockey-Club, qui refusa, comme on le sait, d'admettre Alfred de Musset.
Fils de cette belle Emilie, à qu Desmoutiers avait adressé ses charmantes Lettres sur la Mythologie, Eugène Sue avait commencé par être médecin de
tique était conforme à celui dont étaient issus les fondateurs.
Mais, si tous les dandys étaient férus d'anglomanie, c'était bien plus par genre que par conviction sportive, et rares étaient ceux qui s'intéressaient réellement à l'amélioration de la race chevaline. C'était le jeu seul qui les réunissait, l'après-midi, au Nouveau Tivoli, fondé, comme nous l'avons vu, par Thomas Bryon, et le soir, au Café de Paris, où l'on affichait les défis et les poules conclues entre particuliers, avec les noms des « coursiers d'Albion », les paris, etc.
En dépit de la pénurie de ses ressources, la Société d'Encouragement put, dès sa première année d'existence, distribuer 20.750 francs de prix. Il est vrai qu'elle avait eu l'heureuse idée, pour augmenter ses recettes, de décider la création, dans sa séance du 17 juin 1834, sous la direction de son propre Comité, d'un cercle à l'anglaise, dont nul ne pouvait faire partie s'il n'était déjà membre de la Société (1).
Les cercles étaient alors fort peu nombreux, très graves, et l'on
marine. C'est en cette qualité qu'il assista à la bataille de Navarin. En souvenir de cette profession, ses amis t'avaient surnommé Sulfate; mais il était tellement entiché de noblesse que, pour flatter sa manie, ils y ajoutèrent bientôt : de Quinine.
Il jouissait d'une grande réputation de lionnerie, bien moins pour la décoration moyenâgeuse de son hôtel de la rue de la Pépinière, que pour s'être fait, le premier, apporter son courrier sur un plateau d'argent!
Eugène Sue n'eut jamais de chevaux de course, mais un portrait d'Albert de Dreux le représente à cheval, en tenue de chasse. Il fréquentait assidûment le m.onde légitimiste, qui commença de lui battre froid, quand on le vit suivre les réunions du duc d'Orléans, à Chantilly, ce à quoi il répondait : « Je me rallie à la meute, et non à la Cour. »
Mais l'indignation du noble faubourg ne connut plus de bornes à la publication, en feuilleton, dans le Journal des Débats, en 1842, des Mystères de Paris dont le retentissement fut énorme.
Sollicité alors de donner sa démission du Jockey-Club, il s'y refusa toujours, mais le Comité profita d'un moment de gêne, où il n'avait pu payer sa cotisation, pour le radier impitoyablement, eh 1848.
(1 ) La réciproque n'était pas alors obligatoire, et c'est ainsi, par exemple, que le marquis de Marmier et le comte Edmond de Montguyon n'adhérèrent que bien plus tard au « Cercle de la Société d'Encouragement », communément appelé « Jockey-Club ».
Jusqu'en 1840, la Société et le Cercle eurent un président commun, qui fut successivement : 1833, lord Henry Seymour; 1835, de Normandie; 1836, prince de la Moskowa. A la scission des deux établissements, les fo. c ions de président de la Société furent supprimées. Le prince de la Mo-;ko\va demeura président du Cercle; puis vinrent : 1849, comte Atîhille Delamarre; 1853, marquis de Biron; 1884, duc de Doudeauville; 1908, duc de Fézensac
Les secrétaires du Jockey-Club furent successivement : M. J. Grandhomme, secrétaire de la Société d'Encouragement jusqu'en 1848, où la besogne du Cercle devenant trop absorbante, il ne s'occupa plus que de la Société, et fut remplacé par M. Grozsos, à qui succéda son fils, dans les derniers jours de 1883.
Ce fut dans cette même séance du 1 7 juin 1834, que le Comité, ayant approuvé la proposition du comte Demidoff d'adopter une marque distinctive, pour les membres de la Société, décida qu'un habit spécial serait porté les jours de courses : habit à la française de couleur olive, à boutons d'or, que les vieux sportsmen se rappellent encore avoir vu arborer, le jour du prix du Jockey-Club; par MM. Mackenzie-Grieves et Calenge, derniers observateurs des traditions.
Depuis, cet habit a été remplacé par le simple port de. la carie verte.
n'y jouait guère qu'au whist, et encore!... Comme toute la jeunesse dorée n'avait d'autre lieu de réunion que le Café de Paris — endroit public, où l'on n'était vraiment pas suffisamment entre soi, — le succès du « Jockey-Club ou Cercle des Jockeis », comme on l'appela d'abord, fut-il prodigieux, malgré ou peut-être à cause du prix, fort élevé pour l'époque, de sa cotisation (450 francs à l'entrée et 300 fr. les années suivantes, dont 100 fr. pour la Société et 200 francs pour le Cercle; — ■ aujourd'hui, cette cotisation est de 500 fr., dont 100 fr. pour la Socié'é, plus 1.050 fr. de droi: d'entrée (1).
Installé d'abord modestement au n» 2 de la rue du Helder, au coin du boulevard des Italiens, dans un appartement de 3.500 francs, que ses membres appelaient « le bouge », le Jockey-Club louait, avant même la fm de sa première année d'existence, au prix — alors fabuleux — de 20.000 francs par an, l'hôtel qui formait l'angle du boulevard Montmartre et de la rue de la Grange-Batelière (aujourd'hui, rue Drouot, où est installé Le Gaulois (2). En 1853, le Jockey-Club fusionne avec le Nouveau Cercle — vulgairement surnommé « Moutards-Club », à cause de la jeunesse de certains de ses fondateurs, — ce qui porte à 618 le nombre de ses membres, et l'oblige, en juin 1857 (année de l'inauguration de l'hippodrome de Longchamp), à se transporter au coin de la rue de Grammont, où il prend tout l'immeuble, à raison d'un loyer annuel de 55.000 francs, ce qui parut une folie... Mais de nouveau il y sera trop à l'étroit et, en 1863 — année du premier Grand Prix de Paris — il s'installera définitivement dans le somptueux local qu'il occupe encore actuellement au n^ 1 (le la rue Scribe. Les bureaux de la Société d'Encouragement y demeurèrent jusqu'en 1887, où le développement des différents services obligea de les transférer dans la maison voisine, au n» 3.
Comme nous l'avons vu, à l'origine, il fallait d'abord faire partie de laSociété d'Encouragement pour entrer au Jockey-Club, où étaient admis de droit, moyennant paiement du droit d'entrée et de la cotisation spéciale, tous ceux qui avaient adhéré aux statuts de la Société ; " mais la réciproque n'était pas obligatoire, en ce sens que les membres de ladite Société n'étaient pas tenus d'adhérer au Cercle. Ce n'est que plus tard, en 1840 — époque où, comme nous l'avons dit, le
(1) L'annonce de la fondation de ce Cercle amena encore une trentaine d'adhérents à la Société d'Encouragement, qui comptait 89 membres au moment où fut constitué le Jockey-Club.
Parmi ces trente nouveaux sociétaires, on relève les noms de Louis André, lord Bruce, prince Belsiojoso, comte de Gornelissen, vicomte Paul Daru, comte Hocquart, comte de Mac-Carthy, lord Penibroke, Paul Périer, Antoine de Rothschild, comte de Septeuil, baron Henri du Theil, comte de Vassy, comte de Vauban, lord Yarmouth, etc.
A peine fondé, le Jockey-Club compta trois cents membres; ce nombre s'élève aujourd'hui à 1038.
(2) C'est dans la salle de billard de cet hôtel, située à l'entresol, que fut jouée, à cheval, par Charles Laffitte et le comte de Chateauvillard, une partie demeurée légendaire.
Cercle et la Société cessèrent d'avoir un président commun — que les considérations mondaines firent apporter une modification radicale au règlement primitif qui fixait les conditions d'admission. Dès lors, et contrairement à ce qui s'était passé jusque-là, ne purent faire partie de la Société que ceux qui étaient déjà membres du Cercle (1) bien plus, nul ne fut plus admis au Jockey-Club que sur présentation de deux parrains, et après vote.
Cette modification radicale dans le recrutement de ses membres fut-elle une erreur de la Société d'Encouragement, voire une faute grave, comme certains l'ont prétendu? Nous ne le croyons pas et nous pensons même — ■ les circonstances n'étant plus ce qu'elles étaient au début — qu'elle agit sagement en se mettant à même de pouvoir sélectionner ainsi sa composition. Cette modification n'en a pas moins servi de base à toutes les critiques, sincères ou intéressées, qui n'ont pas cessé depuis lors d'être dirigées contre la Société, à qui l'on a reproché — de par le mode même d'admission au Jockey-Club — de fermer volontairement ses portes à tous ceux qui n'avaient contre eux que de ne pas faire partie de la classe mondaine dans laquelle ce Cercle se recrute presque exclusivement, et, par cela même, de manquer de l'autorité nécessaire pour parler au nom de tous.
Ces critiques ne datent pas d'aujourd'hui. Adroitement exploitées au début, par les partisans de l'Administration des Haras, elles ont été reprises, à différents moments, avec plus ou moins d'aigreur. Leur ancienneté nous semble la meilleure preuve de leur inanité, si l'on songe au développement prodigieux de la Société d'Encouragement. Il est difficile d'admettre, en effet, qu'une société dont les débuts ont été aussi modestes et aussi pénibles, ait pu arriver à une telle prospérité, en éloignant d'elle les concours compétents et en n'agissant qu'avec cet esprit de routine que ses détracteurs n'ont cessé de lui reprocher!
Il n'est pas un homme de bonne foi qui pourrait le soutenir. Si, tout à fait exceptionnellement, quelqu'un de ces « concours compétents » a pu manquer à la Société d'Encouragement, on peut cependant affirmer hautement que la presque totalité des sportsmen qui ont contribué par leur intelligence, leurs peines, leurs efforts et leurs sacrifices pécuniaires, à la prospérité des courses en France, ont successivement fait partie de ses Conseils. Il suffit, pour cela, de citer au hasard, parmi tant d'autres, après les noms des fondateurs, ceux du prince A. d'Arenberg, comte de Blangy, prince Marc de Beauvau, comte de Berteux, Charles Calenge, comte A. des Cars, duc de Castries, vicomte Paul Daru, Henri Delamarre, baron Finot, Achille Fould, comte Greffulhe, marquis A. de Ganay, vicomte
(1) Il en sera ainsi jusqu'en 1903. La politique forcera alors les portes de la Société d'Encouragement, et la décision ministérielle du 12 janvier adjoindra d'office, dans le sein même du Comité, un certain nombre de membres étrangers « pris en dehors du Jockey-Club ».
d'Harcourt, comte d'Hédouville, comte Hocquart de Turtot, comte de Jiiigné, comte Florian de Kergorlay, comte F. de Lagrange, baron de la Rochette, comte de Lastours, Latache de Fay, baron Le Couteulx, Auguste Lupin, Mackenzie-Grieves, comte A. de Montgomery, duc A. de Morny, prince Murât, baron de Nexon, baron Nivière, comte de Nicolay, comte A. de Noailles, Psalmet de Vanteaux, vicomte A. de Pierres, C. de Pontalba, comte H. dePourtalès, J.Reiset, comte Rœderer, barons N. et A. de Rothschild, comte de Saint- Phalle, marquis de Saint-Sauveur, Paul de Saîverte, baron A. de Schickler, etc.
La vérité est que ce ne fut jamais là qu'un prétexte à battre en brèche l'autorité de la Société d'Encouragement. Ne pouvant attaquer le dévouement, l'honorabilité et le désintéressement de ses dirigeants, on s'est plu à les représenter comme des bonzes extatiques, isolés dans leur Tour d'ivoire, sourds à tous les bruits de la vie et perdus dans la contemplation du Passé!... Et tout cela, parce qu'ils n'ont jamais voulu risquer leur œuvre, si péniblement édifiée, dans des innovations hasardeuses, parce qu'ils n'ont jamais voulu sacrifier les intérêts généraux de l'élevage aux intérêts narticuliers de quelques-uns!
Il est triste de constater que, ce pourquoi précisément l'on eût dû défendre la Société d'Encouragement, fut cela même pourquoi on l'attaqua.
Dans cette lutte, la Société d'Encouragement, forte des services immenses rendus par elle au pays tout entier, n'apporta pas à sa défense, il faut bien le reconnaître et le regretter, toute l'ardeur juvénile qu'elle avait mise à grandir, et un beau, ou plutôt un vilain jour, la brèche s'ouvrira...
Mais n'anticipons pas et revenons à ses débuts, alors que, par la netteté de son programme, elle se posait en adversaire de l'Administration des Haras.
Celle-ci, jusqu'alors omnipotente, ne vit pas sans inquiétude une Société particulière, composée d'hommes jeunes, riches et actifs, s'occuper de la question chevaline, non seulement sans lui demander son avis, mais, bien plus, en adoptant une théorie toute contraire à la sienne. Jusque-là, en effet, c'était le Gouvernement qui organisait et exploitait les courses, auxquelles la dite Administration prenait même part (1). Dans ces courses officielles, l'Administration admettait tous les chevaux, mettant sur le même pied les pur sang anglais et les arabes, mais pénalisant d'une surcharge les demi-sang, qu'elle estimait bien supérieurs!
Ne pouvant étouffer ouvertement sa jeune rivale — le patronage
(1 ) Le budget total de ces courses s'élevait, en 1833, à 94-600 francs, se décomposant ainsi :
A Paris, 29 200 francs (dont 6.000 francs donnés par le Roi et 3.000 francs par le Prince royal). — En province, 65.400 francs, répartis entre Aurillac,
du duc d'Orléans obligeait les bureaucrates à quelques ménagements — ni présenter son œuvre comme une spéculation, puisqu'elle était parfaitement désintéressée, l'Administration se résolut à lui prêter un concours perfide dans le but de contrecarrer ses efforts, et elle se servit de son intermédiaire pour la distribution des prix qu'elle attribuait, en se réservant, bien entendu, le droit d'imposer ses conditions et d'envoyer ses inspecteurs pour en surveiller l'exécution (1).
D'où une double réglementation, plus préjudiciable que profitable à la nouvelle institution. Il en résultait, en effet, que, dans une même journée de courses, des règlements différents pouvaient être appliqués et amener, en dehors de l'étonnement du public, des malentendus et des froissements entre les Commissaires des Sociétés et les représentants de l'Administration.
Par nécessité pécuniaire, la Société d'Encouragement dut accepter cette collaboration forcée, bien décidée d'ailleurs à s'en affranchir dès que les circonstances le lui permettraient.
Il ne lui faudra cependant pas moins de trente années de lutte pour conquérir sa liberté d'action et secouer ce joug néfaste.
Nous allons la suivre pas à pas jusqu'à cet heureux jour.
Bordeaux, Le Pin, Limoges, Nancy, Tarbes et Saint-Brieuc, et formant
44 prix :
1 prix royal de 5.000 francs.
1 — de 4.000 —
3 prix principaux de 2.500 fr 7.500 —
6 — de 2.000 fr 12 000 —
6 prix d'arrondissement de 1.500 fr. . . . 9 000 18 — de 1.200 fr. . ... 21.600 —
6 prix locaux de 800 fr 4.800 —
3 — de 500 fr 1.500 —
. La jumenterie du Pin, d'où l'Administration tirait les chevaux de courte
qu'elle élevait et entraînait, fut supprimée en 1848, ainsi que celle de Pom-
padour, réservée à ses produits arabes et anglo-arabes.
Entre autres épreuves importantes, l'Administration des Haras remporta le
Grand Prix Royal, à Paris, en 1838 et 1839, avec ses propres produits : Corysandre
(Holbein et Comus mare) et EyJau (Napoléon et Delphine).
(1) La juridiction des courses du gouvernement — dévolue, de par le décret du 4 juillet 1 806, aux maires et aux préfets, — avait été déléguée, de par l'arrêté du 7 novembre de la même année, à des représentants administratifs, toujours choisis parmi les fonctionnaires des Haras.