CHAPITRE XI
Les premières Couises de la Société d'Encouragement. — Inauguration de l'hippodrome de Chantilly. — Courses en province. — Les paris particuliers au Bois de Boulogne. — Morotto, Félix. — Fondation du Cercle du Jockey- Club. — L'arrêté du 2 juin. — Mort de lord Derby. — Touchstone. — Importation de Cadland, Napoléon, Lottery et Naîad.
L'histoire du turf et de l'élevage en France ne date réellement que de la fondation de la Société d'Encouragement. Cet historique comprend quatre étapes principales :
1» La période d'essai et de tâtonnements, qui s'étend de la fondation de la Société à la création de l'hippodrome de Longchamp
2^^ La période d'essor et d'affranchissement — la plus éclatante des quatre — de 1857 à la guerre de 1870 ;
30 La période de reconstitution et de vulgarisation, de 1871 à la loi du 2 juin 1891;
40 La période de développement intense et de démocratisation, de 1891 à nos jours.
Fondée le 11 novembre 1833, la Société d'Encouragement ne perdit pas son temps. Sous l'active impulsion de son président, lord Henry Seymour, elle inaugure l'année sportive par son meeting de prin-
temps, au Ghamp-de-Mars, les 4, 8 et 11 mai. Chacune des trois journées ne comprend que deux ou trois prix, plus les paris particuliers :
Premier jour : deux prix, de 2.200 et 2.500 francs;
Deuxième jour : trois prix, de 1.200, 3.000 et 5.000 francs;
Troisième jour : deux prix : un vase de 1.500 francs et 1.000 francs en espèces, — un vase de 4.000 francs, offert par le comte Demidoff (1).
Puis vint la réunion « sensationnelle » de Chantilly. Les travaux d'aménagement du nouvel hippodrome avaient été poussés avec une hâte fiévreuse et l'inauguration en eut lieu le 15 mai. La piste, de forme elliptique, mesurait environ 2.100 mètres de circuit. L'organisation, confiée à l'ingénieux Bryon, ne laissait rien à désirer, s'il faut en croire V Éleveur et le Journal des Haras, qui s'extasient ■ — • bien qu'elles ne fussent que de rudimentaires et étroites estrades de bois portatives — « sur les tribunes très commodes qui ont été dressées » (2).
Trente mille (?) personnes, venues en chaise de poste, en berline ou en simple diligence — les bureaux étaient à Paris, au Plat d' Étairiy rue Saint-Martin; le trajet était de trois heures,— assistaient à cette solennité hippique.
Le programme ne comportait cependant que trois courses, dont un pari particuher, d'une valeur totale de 5.000 francs :
Premier prix : 3.000 francs, 2.065 mètres, en partie liée, pour chevaux etjuments de tout âge, nés et élevés en France ;
(1 ) Le premier prix offert par la Société d'Encouragement datait de l'automne précédent, avant même qu'elle ne fût officiellement constituée.
Au programme de la journée du 22 septembre 1833, au Champ-de-Mars, nous voyons figurer, en effet, l'épreuve suivante.
Prix de la Société d'Encouragement. — Douze paniers de vin de Champagne présentés par la Société d'Encouragement, 2 tours en partie liée.
Le même jour s'était également disputée une « bourse de 3 055 livres » souscrite par les membres de la Société d'Encouragement et d'autres amateurs.
(2) La piste a été sensiblement agrandie depuis lors. La chapelle et le puits étaient englobés dans la forêt, dont la partie appelée « Bois-Bourriilon » s'étendait encore, en 1845, jusqu'aux grands arbres, en face des anciennes écuries Aumont, où était la poste aux chevaux. Ce n'est qu'en 1879 que les tribunes de bois primitives furent remplacées par les vastes tribunes actuelles. C'est à cette même époque que, pour élargir la piste, on supprima le second réservoir qui se trouvait devant celui qui existe encore, et que l'on défricha l'emplacement où s'étend maintenant le pesage.
La particularité de l'hippodrome de Chantilly est une brusque descente suivie d'une montée, avant le tournant de la ligne droite.
La piste actuelle du prix du Jockey-Club a été inaugurée en 1877. Jusque-là, les chevaux partaient du puits et passaient une première fois devant les tribunes. Mais le premier tournant, qui les rapprochait de leurs écuries, fut cause de maintes incartades.
A l'origine des courses, le Cercle du Jockey-Club avait, à Chantilly, une tribunechariot mobile, que l'on promenait sur le cliamp de courses, dont les lithographies du temps nous ont conservé la physionomie pittoresque.