CHAPITRE XII
Arrêté du 5 janvier. — Création~du prix du Jockey-Club. — Courses de Boulogne-sur-Mer. — Miss Annette.
Deux faits considérables marquent l'année : l'arrêté du 5 janvier, et la création, par la Société d'Encouragement, du prix du Jockev- Club.
L'arrêté du 5 janvier, que nous publions in extenso au Livre X, partageait la France en deux divisions chevalines, celle du Nord et celle du Midi, et en huit arrondissements ou circonscriptions, en même temps qu'il fixait toutes les conditions et dispositions relatives au prix du Gouvernement.
C'était comme le Code des courses de l'État. A ce titre, il est d'une importance capitale, et, pendant trente années, il aura force de loi. Certains de ces articles nous paraissent puérils, mais il ne faut pas oublier que l'éducation sportive du public était entièrement à faire et il était bon de mettre les points sur les i. D'autres, tels, par exemple, que ceux qui ont trait à la façon de diviser les chevaux par pelotons quand leur nombre est trop considérable, aux tribunes du juge et du jury, au pesage des jockeys, etc., montreront combien la conception que l'on avait alors des choses du turf diffère de nos pratiques actuelles.
Lord Seymour, pour les raisons que nous avons indiquées précédemment, avait quitté la présidence du Jockey-Club, où il avait été remplacé par M. de Normandie. Cet incident fit grand bruit, et déjà les adversaires de la Société naissante entrevoyaient un arrêt dans son essor, quand un fait — qui devait avoir sur l'institution des courses la même influence qu'eut, sur celles de nos voisins, la
fondation du Derby d'Epsom — vint, à quelques mois de là, donner un démenti à ces prophéties intéressées.
Il s'agit de la décision prise par le Comité de la Société d'Encouragement, dans sa séance du 24 juin, d'allouer une somme annuelle de 5.000 francs, pour la création du prix du Jockey-Club ou Derby français, à courir pour la première fois l'année suivante.
En voici le texte :
« Courses de l'Oise, sur la pelouse de Chantilly. Dimanche 16 mai 1836. Sixième course, la dernière. Prix du Jockey-Club, 5.000 francs donnés par la Société d'Encouragement, pour chevaux et juments de 3 ans, nés et élevés en France, engagés avant le l^^"^ novembre 1835. Poids : chevaux, 100 livres; juments, 97 livres. Le gagnant d'un prix au Champ-de-Mars portera 3 livres de plus; de deux prix, 7 livres. Un tour et demi, à commencer de la partie plane, après les marronniers. Une épreuve. Paiement de 200 francs au moment de l'inscription et une entrée de 300 francs pour courir » (1).
Pour son premier Derby, la Société voulut que la réunion fût plus brillante que les précédentes, et, grâce au concours des princes d'Orléans, de la ville de Chantilly et des particuliers, elle put encadrer cette riche et belle épreuve — 5.000 francs étaient alors une somme fort importante — dans le programme suivant :
Midi 1/2. — Prix de la Ville (Première épreuve). — 1.200 francs donnés par la ville de Chantilly, pour chevaux entiers, hongres et juments de tout âge, toute espèce et tout pays qui, avant la course, n'auront été engagés dans aucune course publique ou particulière. Poids : 130 livres; juments, 3 livres en moins. Un tour, en partie liée.
Midi 3/4. — Prix d'Orléans (Première épreuve). — 3.500 francs donnés par S. A. R. le duc d'Orléans, pour chevaux entiers et juments de pur sang de tout âge, nés et élevés en France ou en Belgique. Poids : 3 ans, 104 livres; 4 ans, Îi3 livres; 5 ans, 117 livres; 6 ans, 121 livres. Les juments porteront 3 livres de moins. Un vainqueur de l'année 1835 portera 5 livres de plus. Un tour de l'hippodrome, en partie liée.
Une heure. — La Coupe. — Une coupe, d'une valeur de 5.000 francs, donnée par M. le baron N. de Rothschild, pour chevaux entiers et juments de toute espèce et de tout âge, nés et élevés en France ou en Belgique. Poids : 3 ans,
(1) Ces surcharges furent supprimées en 1840.
Aujourd'hui, les engagements se font au début de l'automne qui suit l'année de la naissance, et l'entrée est de l.OOO francs, avec forfait de 500 ou 600 francs, suivant l'époqus de déclaration. Quant à l'allocation primitive de 5.000 francs, elle a été portée successivement à 7.000 fr. en 1840; 10.000, en 1847; 15.000, en 1854; 20.000, en 1855; 25.000, en 1866; 30.000, en 1869; 50.000, en 1877; 75-000, en 1890, et 100.000 en 1897.
Il est alloué, en outre, 15.000 fr. au deuxième et 7.500 fr. au troisième, et, une prime de 10.000 fr. à l'éleveur du gagnant.
Prime non comprise, le prix du Jockey-Club s'élève aujourd'hui à près de 200.000 francs environ pour le gagnant; en 1911, année d'Alcantara II, il a atteint 202.375 fr., chiffre record.
183 i A FIN 1856 163
■95 livres; 4 ans, 105 livres; 5 ans, 112 livres; 6 ans, 115 livres; 7 ans, 118 livres Les juments, 3 livres de moins. Entrée : 300 francs. Un tour, en une épreuve.
1 heure 1/4. — Prix d'Aumale. — 2.000 francs donnés par S. A. R. le duc d'Aumale, pour chevaux entiers et juments de pur sang de tout âge, nés et «levés en France ou en Belgique. Poids : 3 ans, 100 livres; 4 ans, 115 livres; 5 ans, 121 livres; 6 ans et plus, 125 livres. Juments, 3 livres de moins. Trois tours en une épreuve.
1 heure 1/2. — Prix de la Ville (Deuxième épreuve).
1 heure 3/4. — Prix d'Orléans (Deuxième épreuve).
2 heures. — Poule de 500 francs pour chevaux entiers et juments de pur sang, nés et élevés en France ou en Belgique, qui n'auront jamais gagné un prix ou un pari particulier. Entrée : 200 francs. Trois souscripteurs ou pas de course. Poids comme pour le prix d'Orléans. Deux tours en une épreuve-
2 heures 1/4. — Prix du Jockey- Club.
Comme on le voit, les courses finissaient alors à peu près à l'heure à laquelle elles commencent aujourd'hui. De plus, c'est la première fois — nous ne parlons pas, bien entendu, des poules ou des paris particuliers — que les épreuves de la Société d'Encouragement portent un nom, au lieu d'un numéro d'ordre (première course, deuxième course, etc.), qui servait à les distinguer jusque-là.
Deux paris particuliers et une course de haies étant venus, par la suite, corser encore le programme, la Société put organiser deux journées de courses, au Heu d'une, coupées par un laisser-courre derrière l'équipage du duc d'Orléans.
Cette brillante réunion fut fixée aux 16 et 18 mai 1836.
Les courses de Boulogne-sur-Mer, dans la plaine d'Ambleteuse, datent de cette même année 1835. Jusqu'au milieu du Second Empire, la réunion de Boulogne-sur-Mer fut une des plus importantes de province, avec sa Coupe d'Or ou Grand Prix de la ville, de 6.000 fr., qui attirait maints concurrents anglais, de modeste valeur, il est vrai, les chevaux étrangers étant à réclamer.
Au point de vue technique, la grande triomphatrice de l'année est la célèbre Miss Annette, jument baie de 5 ans, par Reveller et Ada, à lord H. Seymour, qui remporte les sept courses dans lesquelles elle se présente, entre autres, le prix Principal de 5.000 francs, le prix Royal de 6.000 fr., le Grand Prix Royal de 12.000 fr., à Paris, et un « superbe vase de plus de 3.000 fr. », à Bruxelles. Ses gains de l'année s'élèvent à 35.000 fr., chiffre qui semblait alors fabuleux (1).
(1) Comme nous le verrons par la suite, Miss Annette poursuivra sa brillante carrière à 6, 7, 8 ans. Ses succès étaient tellement populaires que, dans un vaudeville de MM. Rochefort et Langlè,Les Maquignons, représenté en 1839, sur la scène des Variétés, un personnage, parlant de son propre cheval, le compare à « la fameuse Miss Annette, qui a gagné cent mille écus de paris ?.
Au haras elle donnera Annetta, qui remportera de nombreuses victoires à
Après elle, on peut citer son camarade Morotto, 4 ans, vainqueur de sept courses également, dont plusieurs en Belgique et à Aix-la- (ilhapelle; — Florella, 5 ans, à M. Desmaisons de Bonnefond, un prix de 2.500 et deux de 4.000 fr.; — Emilius, 4 ans, à M. de Vanteaux père, deux prix de 4.000 et 5.000 fr.; — Agar, 4 ans, au Haras royal du Pin, deux prix, de 2.500 et 6.000 fr.; — Ariette, 4 ans, à M. Fasquel, et Bayard, 5 ans, à M. Deconquan de Lacan, chacun deux prix, de 2.500 et 5.000 francs.
3 et 4 ans (1842 et 1843) et qui sera la mère de : Annette, Bounty, Celebrity, Da,me d'Honneur.
La mère de Miss Annette aura une autre fille célèbre, Poetess, gagnante du prix du Jockey-Club, en 1841, et mère û'Hervine et de Monarque.