CHAPITRE XXI
Lanterne et Commodore Napier. — Drummer (suite). — Trois poulichesfinissent en tête dans le prix du Jockey-Club. — Les écuries de MM. Ch» Calenge et J. Reiset. — Le budget des Courses. — Création du prix de la Ville de Paris. — Le scandale Running Rein dans le Derby anglais. — Orlando, Faug-a-Rallagh. — Importation d'Eusebia.
L'année 1844 voit en Lanterne (Hercule et Elvira), au prince Marc de Beauvau, la première grande jument française.
Née en 1841, Lanterne avait accompli, comme nous l'avons vu, cet exploit, unique dans les annales du turf, de remporter, à deux ans, l'Omnium, sur 2.400 mètres, sous le poids de 37 kilos, battant cinq concurrents plus âgés qu'elle.
Elle confirma cette brillante performance en enlevant successivement le prix de Diane et le prix du Jockey-Club. Depuis lors, Jouçence,en 1853, et La Toucques,en 1863, sont les seules pouliches qui aient réussi ce glorieux double event. Elle cueille ensuite le prix de la Ville de Caen (5.000 fr.) et celui de la Ville de Rouen (3. 000), après quoi elle va se faire battre, dans le Derby Continental de Gand, par Mustapha, qui en reçoit 6 livres, il est vrai. Mise au repos après cet échec, elle ne retrouva jamais sa brillante forme du printemps.
Lanterne était la fille d'Elçira (Onyx et Coral), qui fut une poulinière remarquable. Lanterne fut également une reproductrice de premier ordre (1).
(1) Née en Angleterre, en 1829, Elvira avait été importée en 1833, puis exportée en Italie, en 1843. Elle avait donné, en France :
Quiz (1839), mère de Théodora et de Valentino (1860), qui fut célèbre en obstacles: il courut pendant neuf ans et ne ga^a pas moins de 167.000 francs, somme alors fabuleuse dans cette branche :
Lanterne (1841), mère de Constance, Êclaireur, Précurseur, Feu Follet et Fontaine;
Tomate (1842), excellente sur le turf, mais qui ne fit rien au haras.
Nous parlerons de Constance au cours de l'année 1851.
Le prince Marc de Beauvau remporte encore, avec Commodore Napier (Royal-Oak et Flighty) — qu'il a acheté à Th. Carter, après sa victoire dans le prix de l'École Militaire, à Paris — la Coupe Janisset, la Poule d'Essai, la Poule des Produits, un pari de 500 louis à Chantilly et le prix de la Ville de Versailles; — avec Error, restée au poteau dans le prix de Diane, le Grand Handicap, à Rouen (6.000 fr.), où elle porte 34 kil. 1/2, et l'Omnium, sous le poids de 42 kilos, sur un lot de dix concurrents, dont une pouliche de 2 ans, à M. Lupin, dérobée.
Comme autres trois ans on peut citer :
Angélina, à Th. Carter, et Cavatine, à M. A. Aumont, qui finissent derrière Lanterne, dans le prixf^de Diane d'abord, puis, trois jours plus tard, dans le prix du Jockey-Club, mais cette fois dans l'ordre inverse. C'est la seule fois, depuis la création du Derby de Chantilly, que les trois premières places y furent prises par des pouliches;
Coq-à-VAne, au comte de Cambis, qui remporte une heureuse victoire, dans le Grand Saint-Léger (6. OOOfr.), contre Commodore N apier , hors de toute forme; — Mustapha, à M. Aumont, qui, dans le Derby Continental de Gand, a raison d'une façon non moins inespérée de Lanterne, laquelle se ressentait de ses sorties précédentes et qui lui rendait 6 livres, comme nous l'avons dit; — enfin M. d'Écoville, vainqueur de nombreux prix gouvernementaux, à Paris, Caen et Versailles, dans lesquels il fait triompher la casaque bleu-ciel à toque noire de M. Charles Calenge, l'un des hommes qui fit le plus pour la cause du pur sang en France, et à qui Caen et Deauville sont redevables en grande partie de leur développement.
Parmi les vieux, Drummer, 4 ans, à Th. Carter, inscrit à son actif : au printemps, le prix des Pavillons (5.000 fr.), à Paris, le prix de l'Administration des Haras (5.000 fr.) et le prix Nemours (3.000 fr.), à Chantilly; à l'automne, le prix Royal (6.000 fr.) et le Grand Prix Royal (14^000 fr.).
Nativa, 4 ans, au prince Marc de Beauvau, gagnante du prix du Cadran et du prix des Haras Royaux (4.000 fr.) ; — • Ratapolis, 4 ans, à M. A. Lupin, prix de la Ville de Paris (6.000 fr.), au Champ-de- Mars, prix de la France, prix Principal et prix Royal, à Caen; — Baie-Brune, 6 ans, à M. Lafont-FéUne, quatre courses et une quinzaine de mille francs en province.
M. J. Reiset, qui rendra, comme M. Calenge, les plus grands services aux idées nouvelles, débute modestement sur le turf avec le vieux hongre Tiger, qui remporte, sous sa casaque marron à toque noire, quelques-unes des courses de haies qui terminaient alors les réunions de plat de la Société d'Encouragement.
Enfin, les deux Critériums de Chantilly sont enlevés par Fitz- Emilius et Prédestinée, laquelle remporte également le prix du comte de Paris (3.000 fr.), la plus riche épreuve alors ouverte aux jeunes chevaux.
L'article de V Illustration., que nous avons reproduit précédemment, constatait un fait, mais sans donner de chiffres. Ceux-ci sont intéressants à rappeler pour marquer les progrès accomplis.
Ce n'est pas que le budget de la Société d'Encouragement eût encore beaucoup progressé : il n'avait guère que doublé depuis l'origine, 48.000 francs au lieu de 20.900. Mais, en ces dix ans, la Société avait rallié à sa cause non seulement les particuliers, mais les pouvoirs publics et l'Administration des Haras elle-même, qui entretenait maintenant dans les haras ou dépôts royaux 259 étalons de pur sang (200 anglais et 59 arabes), alors qu'elle n'en possédait, en 1836, que 158 (121 anglais et 37 arabes).
Les propriétaires et les chevaux étaient maintenant nombreux; un peu partout des Comités s'étaient groupés, des Sociétés constituées, et le budget des courses plates, qui n'était encore, en 1834, que de 115.000 francs, s'élevait déjà à près de 400.000 francs (1).
(1) Les principaux propriétaires parisiens sont : le prince Marc de Beauvau, avec 33 chevaux; — le comte de Cambi5,54 (le Haras royal de Meudon survécut au duc d'Orléans et subsista jusqu'en 1849, date de sa liquidation); — Th. Carter, 37 (les chevaux du baron de Rothschild, ayant couru pendant la plus grande partie de l'année sous le nom de cet entraîneur, sont compris avec les siens); — A. Lupin, 22; A. Aumont, 21; Fasquel, 20; comte d'Hédouville et baron de La Rochette, 20; C de Pontalba, 16; comte A de Morny. 10, etc.
En province, avec des effectifs moindres : MM. de Blangy, Calenge, H. Cutler, Achille Fould, de Nexon, Lafont-Féline, Mellien, de Vanteaux, F. Sabathier, J. Verry, etc.
Les allocations générales se répartissent comme suit (Les courses particulières sont comprises dans le nombre des prix, mai^ non leur valeur. Les courses au trot, qui commencent à s'implanter, principalement dans la région normande, ne figurent pas dans ces chiffres, non plus que les steeple-chases) :
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