CHAPITRE XXII
Fitz Emilius, Suavita, Prédestinée, Bathilde. — Cavatine, Edwifi, Drummer et Commodore Napier (suite). — Effondrement d'une tribune, à Nantes. — Les paris du marquis de Croix. — • The Baron, Sweetmeat et Pyrrhus-the~First. — Importation de Fair Helen et de Ciirrency.
Pas de changements appréciables dans l'état de choses existant. Le fait principal est l'annulation de Idi Poule (V Essai,commQ en 1843, faute du nombre d'engagements réglementaires.
Le crack de l'année est Fitz-Emilius (Y . Emilius et Miss Snphia),à M. A. Aumont, vainqueur du Premier Critérium, à Chantill}-, l'automne précédent. Il enlève successivement : à Paris, le prix du Printemps; à Chantilly, le prix du Jockey-Club, contre Suavita, gagnante du prix de la Ville de Paris et du prix de Diane, et treize autres adversaires; à Gand, le Derby Continental; et diverses épreuves de moindre importance, à Versailles, Caen et Le Pin; soit au total 9 courses et 33.500 francs. (Ces chiffres, empruntés au Calendrier Officiel, ne comprennent que la seule allocation des prix; les entrées et forfaits n'y figurent pas.)
Suavita (Napoléon et Elvire), à M. A. Lupin, remporte le prix de la Ville de Paris (6.000 fr.) et le prix de Diane, sur Tomate, Tertullia et six autres; prend la seconde place, derrière Fitz-Emilius, dans le prix du Jockey-Club, enlève à Versailles, le prix du Ministère et celui de la Ville, où elle rend 12 livres à Tomate, et termine la campagne par une victoire dans l'Omnium, où, avec 50 kil. 1/2, elle a raison de neuf adversaires, dont la pouliche de 2 ans, Fleet, qui portait 37 kil. 1/2.
Prédestinée (Mr Waggs et Destiny), au comte A. de Morny, ne retrouve sa forme de deux ans qu'à l'automne. Non placée dans le prix du Jockey-Club, puis dans deux épreuves, au Pin, elle enlève
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ensuite le Grand Saint-Léger — où elle reçoit 5 livres de ses médiocres adversaires, par suite de la clause qui accordait cette décharge « aux chevaux qui, étant partis trois fois dans l'année, n'auraient pas gagné »
— et, à l'automne, un prix d'Arrondissement et un prix Principal, à Paris.
Comme autres trois ans, on peut encore rappeler Myska, à M. A. Lupin, gagnante de la Poule des Produits; — ConfiaTice, au prince Marc de Beauvau, prix de la Société d'Encouragement, à Bruxelles;
— Aarvaëz, à M. J. Abdale, Grand handicap de 5.000 francs, à Rouen. Mais aucun de tous ces chevaux n'a laissé un nom comparable à
celui de Bathilde (Y. EmiUus et Odine), qui ne fit rien sur le turf, mais qui sera une de nos plus grandes poulinières, et de laquelle descend, notamment, la célèbre Fille-de-V Air .
Parmi les vieux, Cavatme, 4 ans, à M. A. Aumont, qui triomphe dans cinq prix gouvernementaux, dont le Grand Prix Royal (14.000 fr.); — Edwin, 4 ans, au baron N. de Rothschild, qui enlève dans un canter le prix du Cadran à Lanterne, dont les quatre sorties, dans l'année, ne font que confirmer l'irrémédiable déchéance; — Drummer, au même propriétaire, prix d'Orléans et prix Spécial, à Paris, et Grand Prix de la Ville de Bruxelles; — Commodore Napier et Error, au prince Marc de Beauvau, qui cueillent : l'un, le prix des Pavillons, à Paris, et le prix des Haras, à Chantilly, tous deux de 5.000 francs; l'autre, trois prix de 4.000 francs à Paris, Nantes et Pompadour; — enfin, M. d'Ecoville, 4 ans, à M. Calenge, qui ramasse un peu partout une demi-douzaine de prix, s' élevant à 15.000 francs.
Les meilleurs deux ans sont Duchesse de Brabant, Premier- Août, Poisson d' Avril et Comète.
Les courses de Nantes furent attristées par un grave accident, heureusement fort rare. Par suite de pluies torrentielles pendant une quinzaine de jours, le sol du pesage s'effondra avec une des tribunes : six cents spectateurs furent ensevelis sous les décombres. La plupart en furent quittes pour la peur, mais on n'en compta pas moins plusieurs morts et de nombreux blessés.
Un accident d'un autre genre marqua les courses d'Autun, où le marquis de Mac-Mahon, qui pilotait Glaucus, dans le Steeple-Chase, fit une chute mortelle; il fut écrasé par son cheval, au saut d'une haie.
Les paris particuliers continuaient à faire fureur. Le marquis de Croix, promoteur des courses au trot en France, et dont le haras de Serquigny, dans l'Eure-et-Loir, était renommé,
avait parié 25.000 francs que sa jument Impétueuse (de père pur sang et de mère demi-sang), âgée de 7 ans, parcourrait 84 kilomètres, en 3 heures 1/2. Il s'agissait d'aller de la barrière de l'Étoile à Chantilly et retour; puis, pour parfaire les 4.250 mètres qui manquaient, de faire le tour de l'Arc-de-Triomphe et de terminer aux Batignolles. Partie à 5 heures du matin, la jument arriva à Chantilly à 6 heures 31 , avec un cavalier pesant 57 kilos; elle repartit presque aussitôt, avec un nouveau cavalier, ne pesant plus que 45 kilos, et atteignit l' Étoile en 1 h. 47 m. Elle avait donc fait le trajet aller et retour, en 3 h. 18 m. Il ne lui restait plus qu'à franchir les 4.250 mètres complémentaires," et elle avait 12 minutes pour cela. Elle perdit cependant d'une demiminute, par suite de la fatigue de son cavalier. Le soir, la jument était aussi fraîche et aussi souple que si elle n'eût pas accompli ce raid, qui eut alors beaucoup de retentissement.
Ce même marquis de Croix avait déjà perdu, quelques semaines auparavant, un pari de 30.000 francs, son cheval Silçio, attelé d'un tilbury, ayant mis 17 m. 17 s. pour franchir 8 kilomètres sur une route montueuse, alors que le temps prévu n'était que de 16 minutes.
En Angleterre, The Baron (Irish Birdcatcher et Echidna), nous intéresse tout particulièrement parmi les trois ans, en raison du rôle important qu'il jouera, tant dans l'élevage de son pays, comme étant le père de Stockwell et de Rataplan, que chez nous, où il sera l'un des pères de Monarque et le grand-père de Vermout. Nous reviendrons sur sa carrière au haras, lors de son importation, en 1849. Sur le turf, The Baron courut fort peu, ne paraissant que neuf fois en public, pour gagner cinq courses, dont le Saint-Léger de Doncaster et le Cesarewitch.
On peut aussi signaler: Pyrrhus-the- First (Epirus et Forteress), vainqueur du Derby et de neuf autres victoires, s'élevant à plus de 250.000 francs, qui fut importé en 1859; — et Sweetmeat (Gladiator et Lallypop), qui ne remporta pas moins de 22 courses sur les 24 qu'il disputa au cours de sa carrière, notamment la Coupe de la Reine, à Ascot, et le Doncaster Cup. Il sera le père de Macaroni, gagnant des Deux mille Guinées et du Derby, 1863, et de Mincemeat et Mincepie, gagnantes des Oaks, en 1854 et 1856.
Deux poulinières, qui marqueront dans notre élevage, furent importées au cours de l'année : Fair Helen (Priam et Dirce), qui sera la mère de Vermeille, et Currency (Saint-Patrick et Oxygen), qui donnera Jouvence, une de nos plus grandes juments de coiirse.