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et, si les dures épreuves qui lui furent imposées dépassèrent, parfois, les limites de ses forces, elles ne purent jamais atteindre celles de son courage.
A trois ans, Monarque ne connut pas la défaite sur le Continent et on le vit remporter successivement la Poule d'Essai, la Poule des Produits, le prix du Jockey-Club, le Derby Continental de Gand, le Grand Saint-Léger de Moulins (dans lequel il rendait facilement 14 livres à Allez-y -gaiement, qui l'avait battu, à 2 ans, dans le Grand Critérium), et trois prix gouvernementaux, en fin de saison. Il fut moins heureux en Angleterre, où il ne figura ni dans le Steward's Cup, ni dans le Cesarewitch.
Nous le verrons poursuivre sa magnifique carrière à 4, 5 et 6 ans, puis passer au haras, où il jouera un rôle capital dans notre élevage.
L'année comptait deux autres excellents chevaux que la présence de Monarque relègue au second plan : Baroncino et Ronzi.
Baroncino était également fils de The Emperor (avec Geneviève de Brabant); il appartenait au baron N. de Rothschild, pour qui il enleva le prix de l'Empereur (Grande Poule des Produits), créé cette année même; se plaça deuxième dans le prix du Jockey-Club, précédant Ronzi, qui venait de remporter le prix de Diane; puis, suivant le chemin qu'avait tracé Jouvence, deux ans auparavant, il s'en va cueillir, en Angleterre, la Goodwoop Cup, après quoi il fut acheté par un Anglais et ne revint pas en France : il ne fit plus rien par la suite.
Ronzi (Sir Tatton Sykes et Florida), à Mme Latache de Fay, est l'héroïne du prix de Diane (1) ; elle s'adjuge sept autres courses, moins importantes, en province. Au début de la campagne, elle n'avait pu prendre que la troisième place, dans le prix de la Ville de Paris (6.000 fr.), qui était revenu à Marco Spada, à H. Jennings.
Tortillard, à M. Ch. de Terves, gagne le prix de l'Empereur (6.000 fr.), à Angers, et l'Omnium, à Paris; — M. de Saint-Jean, à M. de Vanteaux, cinq courses, dont le Derby du Midi, à Bordeaux;
— Géranium, au comte de Blangy, le prix du Printemps, à Paris;
— Brin d'Amour, au marquis de Ruffignac, le Grand Saint-Léger du Midi, à'Pompadour; — Allez-y -gaiement, à M. H. Mosselman, le prix du Conseil général, à Moulins; — Peu d'Espoir (qui a la même triple origine paternelle que Monarque), à M. Aumont, avait acccompagné — sans plus de succès — son camarade Monarque dans le Cesarewitch; à son retour en France, il remporta un prix Spécial en quatre manches, sur Ronzi; il gagna la première épreuve, fit dead-heat à la seconde, fut battu à la troisième, et triompha difficilement à la quatrième, couvrant ainsi 8.000 mètres, pour 3.500 francs!
1) La décharge de 1 kil. 1/2, qui était accordée, depuis la création de cette épreuve (1843), aux pouliches engagées dans le prix du Jockey-Club, venait d'être supprimée.
Enfin, dans la même génération, il faut citer une pouliche qui, si elle ne fit pas grand'chose sur le turf — nous ne Kii voyons cueillir que le modeste prix de l'École Militaire — s'immortalisera au stud, avec Monarque, qui triomphait cette année même : nous voulons parler de Miss Gladiator (Gladiator et Taffrail), qui sera la mère de Gladiateur,
Lindor, à M. Lupin, s'était cassé la jambe, à la montée, dans le prix du Jockey-Club.
Festival (Nuncio et Bienséance), à Mme Latache de Fay, n'avait pas fait grand'chose, à 3 ans. Il eut la chance, dans sa quatrième année, de ne rencontrer que des animaux vieillis ou hors de forme, ce qui lui permit de cueillir deux prix gouvernementaux, de 4.000 et 6.000 francs et le Grand Prix Impérial, de 14.000 francs, dans lequel son plus redoutable adversaire était Rémunérateur, à M. J. Reiset, vainqueur du prix du Cadran et du prix de l'Empereur, à Chantilly.
La plupart des autres prix Impériaux ou des Haras, à Paris et en province, reviennent à Heruine, Honesty et Jouvence.
Roy al-Qu and- Même n'avait couru qu'une fois, après quoi il avait été acheté par l'Administration des Haras pour 18.000 francs
Fa-Dièze, parmi ses neuf victoires régionales, compte le Grand Prix du Midi, 5.000 francs, à Pompadour, et le prix de la Ville de Toulouse, 4.000 francs.
Le meilleur 2 ans est Miss Cath, gagnante du prix du Premier Pas et du Grand Critérium, dans lequel elle ne rencontre pas grand' chose.
Afin d'augmenter ses ressources, en vue des dépenses considérables que nécessite l'aménagement du nouvel hippodrome que la Société d'Encouragement se propose de créer dans la plaine de Longchamp, le Jockey-Club fusionne avec le Nouveau Cercle, appelé « Cercle des Moutards », en raison du jeune âge de la plupart de ses membres, et il institue des cartes d'abonnement annuel, au prix de 100 francs, valables pour toutes les réunions de la Société. Elles ne tardent pas à réunir 300 souscripteurs. Le prix d'abonnement fut porté à 125 fr. en 1873 et 150 fr. en 187 7; elles furent supprimées en 1883.
Pour de plus amples détails sur le futur hippodrome, voir à la fin de l'année 1856.
L'heureuse influence que le rétabhssement de l'Empire allait avoir sur le développement des courses n'avait pas tardé à se faire sentir.
C'est ainsi qu'une nouvelle épreuve, appelée à jouer un grand rôle dans l'année sportive, est inscrite au programme du printemps du Champ-de-Mars, le prix de l'Empereur, 10.000 francs, offerts par le souverain, pour poulains et pouUches de 3 ans.
Cette épreuve n'est autre que la Grande Poule des Produits.
nom qu'elle prit après la guerre — de 1868 à 1870, elle s'était appelée prix Morny — et qu'elle conserva jusqu'en 1896, où elle prit celui de prix Lupin, en souvenir du grand sportsman (1).
De même les réunions en province deviennent plus nombreuses, plus suivies et les prix plus réguliers et plus importants. Trois épreuves, qui eurent longtemps leur vogue, datent de cette même année : le Saint-Léger de VOuest et du Mit^i, 5.000 francs, à Angoulême; — V Omnium de VOuest et du Midi, 4.000 francs, à Nantes; — • le Grand Saint-Léger du Midi, 5,000 francs, à Pompadour.
Une gageure excentrique d'un nouveau genre, qui prouva, une fois de plus, la supériorité du pur sang, s'était disputée, au printemps, sur l'hippodrome du Champ -de -Mars, où elle avait attiré une foule considérable.
Il s'agissait — comme le rapporte Ganter, dans son ABC des Courses — du pari qu'avait fait un coureur espagnol réputé, nommé Gennaro, qu'il tiendrait le pas gymnastique plus longtemps qu'aucun cheval ne garderait le trot ou le galop. La distance n'était pas limitée, c'était une lutte de fond, à qui ferait preuve de la plus grande endurance.
On opposa à l'Espagnol des chevaux de toute espèce, arabes, barbes, bretons et normands, choisis avec soin, et un seul pur sang vieux, usé, fatigué, réformé du turf et du haras, nommé Loto {Lottery et Zora), né en 1841, dans le Midi, chez l'abbé Deffis, celui que l'on avait baptisé « le Seymour de Tarbes », en raison des immenses services qu'il avait rendus, dans la région, à la cause du pur sang.
Au signal, Gennaro partit au pas gymnastique et, avec lui, tous les chevaux, les uns trottant, les autres au petit galop de chasse. Au bout de deux heures, un cheval abandonna, puis un second ,puis un troisième, puis tous, sauf le vieux pur sang de quatorze ans, qui galopait encore fort à son aise, quand Gennaro, épuisé, tomba la face contre terre. A ce moment, la course avait duré quatre heures et demie, ei Loto avait déjà parcouru 92 kilomètres au galop, soit plus de 20 kilomètres à l'heure, sans se presser et sans manifester la moindre fatigue.
Nous avons retracé, en 1844, la carrière, sur le turf, de Faugh-a- 5a/^ag/î (Sir Hercules et Giuccioli). Importé, au cours de l'année 1855, il sera le père de la célèbre Fille-de-V Air.
(1) L'allocation primitive de 10.000 francs a été portée successivement à 15.000 francs en 1870; 20.000, en 1878; 30.000, en 1883; 40.000, en 1891; àpartir de 1915, elle sera de 50.000 francs.
La distance, qui était de 2.100 mètres à l'origine, n'a pas varié.