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CHAPITRE XXXIV

L'hippodrome de Longchamp. — Mlle de Chantilly, Florin, Potocki, Duchess. — • Monarque (suite), sa victoire dans la Goodwood Gup. — Mort de Gladiator. — Importation de The Nahoh. — Début de l'écurie du baron A. de Schickler. — Rétablissement de la présidence de la Société d'Encouragement. — Création du haras de Dangu. — Vente de l'écurie du prince de Beauvau au baron Nivière. — Grève des garçons d'écurie, à Courteuil. — Courses à Mantes. — Blink Bonny, Impérieuse et Vedette.

L'ouverture de l'hippodrome de Longchamp et l'entrée en scène du comte de Lagrange marque it une phase capitale de l'histoire des Courses en France, et la période qui s'étend de 1857 jusqu'à la guerre de 1870, est incontestablement la plus brillante du turf français.

Le comte de Lagrange libéra notre élevage de la servitude dans laquelle il se traînait, et la création du Grand Prix de Paris, — conséquence de la fondation de l'hippodrome de Longchamp , — • donna à notre sport tout le rehef qui lui manquait.

L'inauguration de l'hippodrome de Longchamp eut Heu le dimanche 26 avril, avec une grande solennilé.

L'Empereur et l'Impératrice, retenus par leurs devoirs aux Tuileries, étaient représentés par le roi Jérôme et son fils le prince Napoléon, accompagnés du prince de Nassau, et escortés par le prince

Murât, le maréchal Magnan, le duc de Moriiy, président du Corps législatif; Achille Fould, ministre des Finances; Rouher, ministre de l'Agriculture et du Commerce; Baroche, président du Conseil d'État; les Préfets de la Seine et de Police, etc.

En dépit du temps gris et froid, une foule énorme de curieux avait envahi le Bois de Boulogne, moins attirés par les courses, il faut le reconnaître, que par le désir de contempler la nouvelle promenade qui était offerte aux Parisiens.

Quant à 1 hippodrome lui-même, il rallia tous les suffrages. Il ne pouvait en être autrement. Par sa conformation, ses dimensions, son décor de verdure et son horizon de coteaux, Longchamp, de l'avis même des étrangers, est le plus heau champ de courses du monde entier. Il n'en est aucun qui soit plus grandiose et plus plaisant, tout à la fois; aucun, où le spectateur puisse mieux suivre toutes les péripéties d'une course.

La piste fut jugée des plus élastiques, les tribunes des plus confortables et l'installation générale parfaite, bien qu'elle ne comportât pas encore d'abris pour seller les chevaux en temps de pluie.

Les balances, le vestiaire des jockeys et le bureau de la Presse se trouvaient où est actuellement le buffet, dans le pavillon à gauche de la tribune impériale. Ils y demeurèrent jusqu'à l'édification des vastes tribunes actuelles, en 1S04.

Le terrain de Longchamp, bien que compris dans la zone du Nord, était considéré comme neutre.

La recette dépassa 20.000 francs, ce qui fut jugé magnifique, étant donné que ne figuraient pas dans ce chiffre les abonnements à l'année que l'on venait de créer, non plus que les nombreuses invitations lancées par les pouvoirs publics, la Ville de Paris, etc.

La foule était si considérable et les équipages si nombreux, que les Commissaires, le baron de La Rochette, M. J. Reiset et le comte Alfred de Noailles durent retarder la première course de plus d'une demi-heure.

La mode était alors, pour le public mondain, d'assister aux courses de sa calèche, sur la pelouse, ou d'y venir à cheval : aussi comptat-on 700 voitures, 11 four-in-hands (on ne disait pas encore mailcoachs) et près de 300 cavaliers.

On enregistra plus de 3.000 entrées au pesage, dont les honneurs étaient faits aux dames par MM. Mackenzie-Grieves, comte de Lauriston, comte de Juigné, comte Greffulhe et vicomte de Marcy, que le Comité avait délégués à cet effet. On sait que, jusqu'à la fin de l'Empire, le Jockey-Club se montra gardien sévère de l'étiquette, et que les demi-mondaines — que l'on appelait, au moment de l'inauguration de Longchamp, les « Filles de marbre » en souvenir de la pièce célèbre de Théodore Barrière — n'étaient pas admises au pesage. Elles se contentaient de suivre les courses, de leur calèche, sur la

pelouse, et leurs voitures ne furent pas les moins entourées de toutes celles qui s'y trouvaient ce jour-là.

Au milieu de la foule élégante du pesage, circulait, pimpante et fraîche, avec son éventaire fleuri, la bouquetière Isabelle, qui vendait des fleurs au coin de la rue de Gramont et qui venait, sur la proposition d'Ernest Le Roy, d'être autorisée à prendre le titre de « bouquetière du Jockey-Club », bénéfice dont elle a profité pendant plus de vingt ans, dans le vestibule du Cercle et aux Courses, où elle exerçait son industrie à l'exclusion de toute autre fleuriste.

L'usage voulait que, chaque année, le gagnant du prix du Jockey- Club l'habillât à ses couleurs jusqu'au Derby suivant, ce qui confirmait d'autant mieux le monopole dont elle jouissait dans l'enceinte du pesage, monopole qui n'a pas été renouvelé quand Isabelle prit sa retraite.

Le Comité de la Société d'Encouragement est porté à trente membres.

Les principales modifications inscrites à son programme général consistent dans la suppression du parcours en partie liée, dans le Grand Prix Impérial, qui est ramené à 6.000 mètres, en une épreuve, et dans le transfert, à la réunion d'automne, de l'Omnium et du Grand Critérium, qui s'étaient disputés jusqu'alors à Chantilly.

Le budget des courses, pour les trois hippodromes de Paris, Chantilly et Versailles, s'élève déjà à 200.400 francs (1).

La journée d'ouverture de Longchamp ne comprenait que des courses plates. Il n'en sera pas ainsi des autres, qui se termineront encore souvent par une course de haies. Celles-ci ne disparaîtront complètement des programmes de la Société qu'en 1860.

Comme il fut longtemps de coutume, la première journée débutait par La Bourse. C'était alors un modeste prix de 1.000 francs. Miss Gladiator, qui avait 5 ans, y fut battue pai' Éclaireur, à M. Lupin.

L'épreuve principale, le prix de la Ville de Paris, 6.000 francs,

(1) Cette somme de 200.400 francs était ainsi constituée : offerts par l'Empereur, 24.000; — Société d'Encouragement, 65.500; — Gouvernement, 78 000; — Conseils généraux de l'Oise et de Seine-et-Oise, 7. 500; — Compagnies de cîiemins de fer, 2.500; — Société des Courses et Ville de Versailles, 5.700.

Elle était ainsi répartie :

Paris (printemps), 4 journées 62 000 francs.

Chantilly — 3 — 47 700 —

Versailles -^ 2 — 17.200 —

Chantilly (automne), 1 journée 17 000 —

Paris — 3 — 56 500 —

Total 200.400 francs.

offerts par le Conseil Municipal, revint encore à M. Lupin, avec son

3 ans, Potocki (The Baron ou Nunnykirk et Myszka), qui ne l'emporta que d'une tête sur un autre 3 ans, Marville, précédant le vieux Monarque, qui leur rendait 47 livres pour Je ix années.

Les autres épreuves de la journée furent : le prix de l'Administration des Haras (2.000 fr.), pour Miss Bird, au baron E. Daru; le prix du Cadran (3.000 fr.), pour Nat, à M. Stenger, et le prix de Boulogne (2.000 fr.), pour Avron, à Mme Latache de Fay.

Quand vint le prix du Jockey-Club, Potocki avait encore remporté le prix du Minist-re de l'Agriculture (2.000 fr.), et le prix des Écuries (handicap, 4.000 fr.), à Chantilly, sur un champ nombreux, portant 53 kil. 1/2, le topweight de son âge.

Les préférences du ring allaient cependant à son camarade Florin (Surplice et Payment), qui avait battu au petit galop Mademoiselle de Chantilly, dans la Poule d'Essai, puis qui s'était promené dans la Poule des Produits, devant des adversaires médiocres (1). Bien en prit à M. Lupin d'avoir plusieurs représentants dans la course — ■ il en avait un troisième, nommé Paladin, — • car Florin se croisa les jambes dans la descente et tomba. Potocki n'eut pas de peine à suppléer son camarade et il l'emporta facilement sur Brutus, Serions et huit autres, dont Mademoiselle de Chantilly (Gladiator et Maid of Mona), au comte de Lagrange.

Celle-ci, qui allait, la première, illustrer la casaque bleu et rouge, était sans contredit la meilleure bête de l'année. Battue, pour sa rentrée, par Florin, dans la Poule d'Essai, elle n'avait pas à s'employer pour enlever le prix de l'Empereur (Grande Poule) et le prix de Diane, SUT Duchess au prince Marc de B auvau, et trois utres. Elle faisait une mauvaise course dansle prix du Jockey-Club, succombait à Versailles, contre Last Born — qui remportera l'Omnium — et Brutus, dans le prix de la Société, puis dans le Handicap, où elle avait la tâche sévère de rendre 22 hvres à Vert-Galant, à M. H . Delamarre. Mais elle rachetait ces défaillances par ses victoires dans le Derby Continental de Gand et le Grand Saint-Léger de Mouhns, sur Duchess, à qui elle rendait 11 hvres. et Florin, à poids pour sexe.

Deux jours plus tard, le prix du- Conseil général — • où Duchess reçoit, cette fois, 18 hvres de Mademoiselle de Chantilly et 7 du

4 ans Séville — donne lieu à un triple dead-heat, qui se termine, à la seconde épreuve, par le succès de Duchess. La pouliche du prince de Beauvau remporta cinq autres victoires, don un prix de 4.000 fr., à Spa et un prix Principal de 5.000 francs sur Potocki.

Mésange, k M. Lupin, avait gagné le prix du Printemps; — Théay au comte de Lagrange, le prix de la Ville de Caen, 6.000 francs, —

(1) Florin avait été importé dans le ventre de sa mère, qui sera aussi celle du célèbre Dollar.

et Muséum, au comte P. Rœderer, le Handicap libre, dont l'allocation n'était encore que de 1.000 francs.

En province, les meilleurs 3 ans sont : Acajou, au prince Marc de Beauvau, gagnant de la Poule des Produits, 6.000 francs, à Angers; — Accroche-cœur, à M. de Vanteaux, Poule des Produits, 6.000 fr., à Bordeaux; — Mademoiselle Marco, au comte de Goislin, Derby de l'Ouest, à Nantes, et Poule d'Essai de l'Ouest, à Poitiers; — ■ Sylvain, à M. Th. de Sévin, 6 prix, dont le Derby du Midi, 5.000 fr., à Bordeaux, et le Saint-Léger de l'Ouest et du Midi, 5.000 fr., à Angoulême; — • Vergiss-mein-Nicht, à M. de Vanteaux, 7 prix, dont le Grand Saint-Léger du Midi, à Pompadour.

II y avait peu de chose à glaner pour les vieux chevaux, avec un adversaire de la taille de Monarque, aussi Dame d'Honneur, Diamant, Miss Cath, Ronzi et Monarchist doivent-ils se contenter de succès secondaires.

Monarque avait commencé par succomber, à 47 livres pour deux années, contre Potocki et Marville, dans le prix de la Ville de Paris; il enlevait ensuite le prix des Pavillons sur Ronzi, et, le jour même où sa camarade Mademoiselle de Chantilly triomphait dans le prix de Diane, il l'emportait difficilement, dans le prix des Haras, sur Lion, qui n'en recevait cependant que deux livres pour l'année. Une semaine plus tard et rendant, cette fois, 11 livres à ce même Lion, il ne le battait que d'une tête dans la première manche du prix de l'Administration; dans la seconde épreuve, Lion avait la partie gagnée, quand il se brisait le paturon à quelques mètres du poteau, ce qui permettait à Monarque de le dépasser.

Nous voyons celui ci cueillir ensuite plusieurs prix Impériaux en province, avant de disputer, à l'automne, le prix de l'Empereur, à Chantilly. Il n'y est pas placé, bien que recevant l'année du vainqueur Fisherman, que suivent ses deux autres compatriotes, 6'ai^nîere/et Commotion, avec lequel Mademoiselle de Chantilly partage la troisième place. Puis il a facilement raison de Potocki, dans le prix Impérial de 6.000 francs, et n'a que son. contemporain Monarchist à battre, dans le Grand Prix de 14.000 francs.

Plus heureux en Angleterre que l'année précédente, il y remporte d'une tête, avec 55 kilos, le Goodwood Gup, sur Richer (3 ans, 46 kilos), Fisherman (4 ans, 57 kil. 1/2) et un lot nombreux. Il avait habilement esquivé une terrible bousculade, dans laquelle la favorite Gemma di Vergy, Gunboat et Florin, qui portait l'argent français, avaient été littéralement culbutés. Parmi les non placés figuraient encore Potocki, Paladin et l'américain Prî/oress, qui remporta par la suite le Gesarewitch, après un dead-heat à trois.

Ronzi ne joua aucun rôle dans cette épreuve, non plus que Mademoiselle de Chantilly dans le Gambridgeshire.

Le prix du Premier Pas était revenu à Chevrette, sur un champ de dix-sept partants, dont faisaient partie Balagny et Étoile-du-Nord,

Balagny remporte par la suite le Premier Critérium, sur Martelen-Tête, mais aucun d'eux ne joue de rôle dans le Grand Critérium, que Tonner re-des-Indes — déjà vainqueur de la Poule de Deux ans — enlève d'une encolure à Gouvieux et Goélette, laquelle avait eu en partage le Deuxième Critérium.

Bois-Robert gagne, en fin de saison, le prix des Réservoirs, et Tro- (^aïore, le prix des Tribunes (handicap, 2.100 mètres), avec 35 kilos, sur Nat, vainqueur du Prix du Cadran, qui lui rend 57 livres pour deux ans, et un lot nombreux.

Le fameux Gladiator mourut au cours de l'année. Il était âgé de 24 ans. Nous renvoyons aux détails que nous avons donnés, lors de sa venue en 1846, sur cet étalon célèbre, qui fut un des fondateurs de la race de pur sang en France.

Par contre, notre élevage s'enrichit de l'importation de The Nabob (TheNob et Hester), né en 1849, à Hampton Court, alors que le haras royal n'était pas encore reconstitué et que le colonel Peel avait son étabhssement d'élevage dans le domaine de la Reine. C'était un beau cheval noir, mesurant 1 m. 62, dont l'origine était superbe, puisqu'il remontait, par son père, à Partisan, Smolensko et Rubens,'ei, par sa mère, à Orville et Whalebone. Sur les 26 courses qu'il disputa, il n'en gagna que six, mais il fut très souvent deuxième. Ses plus belles performances consistaient en une victoire, à 4 ans, dans le Chesterfield Cup, où Jouvence était quatrième, et une place de second, dans l'Ascot Cup, derrière l'invincible West-Australian.

Il sera le père, entre autres produits, de quatre chevaux renommés, La Toucques, Vermout, Bois-Roussel et Suzerain.

The Nabob avait été payé 30.000 francs par le baron Arthur de Schickler, un des plus grands éleveurs dont notre pays s'honore, qui venait précisément de débuter sur le turf cette année même. On sait les succès retentissants auxquels était appelée sa casaque blanche, à manches et toque cerise. Le baron de Schickler avait alors son élevage au Bois de Boulogne; ce n'est qu'après la guerre de 1870 qu'il installa le célèbre étabhssement de Martinvast, dans la Manche.

Comme autres faits intéressants survenus au cours de cette même année, nous pouvons rappeler :

le rétabhssement en faveur du vicomte Paul Daru, de la présidence du Comité de la Société d'Encouragement qui avait été

supprimée en 1840, à la séparation de la Société et du Cercle du Jockey-Club;

la création, par le comte de Lagrange, du superbe haras de Dangu, près de Gisors, comprenant 22 hectares d'excellentes prairies;

la liquidation, malgré ses nombreux succès, de l'écurie de courses du prince Marc de Beauvau, vendue en bloc, à la fin de la saison, au baron Nivière (1), qui con erva H. Jennings, comme entraîneur, et fonda peu après le haras de V.Uebon;

la grève des garçons d'écurie dans l'étabUssement de M. Fasquel, à Courteuil (Senlis); faute de politiciens pour l'envenimer, elle n'eut que la durée d'un éclair et tout se borna à quelques vitres brisées;

enfin l'inauguration des courses de Mantes, dont il n'y aurait pas lieu de parler vu le rôle effacé qu'elles ont joué, si l'on ne relevait, dans le règlement de la Société qui les institua, cette clause malheureuse : « Tout propriétaire gagnant, non membre de la Société, laissera au fonds de courses la somme de 100 francs pour un prix de 1.000 francs et de 200 francs pour un prix supérieur, entrées comprises. )) Cet impôt de 10 p. 100, à une époque où les allocations étaient encore modestes, n'était guère fait, on en conviendra, pour attirer les concurrents.

En Angleterre, les honneurs de la campagne sont pour les pouliches, qui triomphent dans le Derby et le Saint-Léger.

(1) Le prince Marc de Beauvau était un grand seigneur qui faisait courir moins par goût que par luxe. Il avait débuté sur le turf en 1839, avec une jument achetée au comte de Morny. Dès l'année suivante, il installait un haras à Viroflay et augmentait considérablement sa cavalerie, qui était à La Morlaye, sous la direction de Henry Jennings, qu'il laissait maître de la conduire comme bon lui semblait. En 1853,1e prince, tout en conservant la plus grosse part de l'entreprise, forma, pour une durée de quatre ans, une société avec son frère, le prince Etienne de Beauvau, le comte Wladimir de Komar, le vicomte Onésime Aguado et le comte Manuel de Noailles.

Jusque-là, les couleurs du prince de Beauvau — casaque et toque rouges — avaient connu les plus grands succès, remportant, entre autres, le prix du Jockey-Club, avec Lanterne; 5 fois le prix de Diane, avec Nativa, Lanterne, Dorade, Sérénade et Fleur-de- Marie; 3 fois la Poule des Produits, avec Commodore Napier, Lioubliou et Fontaine; la Poule d'Essai, avec Commodore Napier; le prix du Cadran, avec Nativa; 2 fois le Grand Prix Royal, avec Prédestinée et Sérénade.

A partir de ce moment, commence l'ère des déboires. Aussi, malgré les victoires de Lion, dans le prix du Jockey-Club, et de A'aney, dans la Poule d'Essai, l'association, arrivée à expiration à la fm de 1857, ne fut pas renouvelée et toute l'écurie fut cédée au baron Nivière.

Blink Bonny (Melbourne et Queen Mary, par Gladiator), à W. l'Anson, enlève le.Derby et les Oaks, établissant, dans la première de ces épreuves, le record du temps en 2'45'', qui ne sera abaissé qu'une cinquantaine d'années plus tard, à 2'36"l/5, par Lemberg, en 1910.

Eleanor était, avant ellCj la seule pouliche qui eût remporté le Blue-Ribbon, en 1801.

Les Mille Guinées et le Saint-Léger sont l'apanage &' Impérieuse (Orlando et Eulogy). Elle sera importée chez nous, en 1859, et jouera un rôle important dans notre élevage, comme nous le verrons.

Les poulains ne remportent que les Deux mille Guinées, avec Vedette (Voltigeur et Irish Birdcatcher mare, iss. de Nan Darrell), qui sera le père de Galopin,

ÇFIAPITRE XXXV

Ventre- Saint-Gris, La Maladetta, Gouvieux, Brocoli, FiXrens, Goélette, Martelen-Tête, Zouave. — Monarque, Mlle de Chantilly et Potocki (suite). — Le prix Biennal et le prix de la Forêt. — Fondation des courses de Bade. — Chevaux français gagnants du Grand Prix de Bade et du prix de l'Avenir.

Le prix du Jockey-Club offrit ceci de particulier, d'abord qu'il réunit un champ de vingt-quatre compétiteurs — le plus nombreux qu'on eût encore vu et même qu'on ait vu depuis lors; — ensuite, qu'il fut enlevé dans un canter par un poulain qui y faisait ses débuts en public, comme Blair-Athol fera les siens dans le Derby d'Epsom, en 1864. Ce poulain, nommé Ventre-Saint-Gris (Gladiator et Belle-de-Nuit), appartenait au comte de Lagrange. D'un entraînement extrêmement délicat, en raison de la fragilité de ses jambes, il ne put jamais être remis en état et, moins heureux que Blair-Athol, mais semblable en cela à ses devanciers, Romulus et Amaliî, vainqueurs de cette même épreuve, en 1839 et 1851, il ne gagna pas d'autre course par la suite. (Il en sera de même, en 1887, du second Monarque.) Encore cette unique victoire lui fut-elle contestée, sans succès, d'ailleurs, l'enquête des Commissaires de la Société d'Encouragement ayant établi que l'origine de Ventre-Saint-Gris était parfaitement régulière.

Le prix du Jockey -Club fut retardé par neuf faux départs causés, ainsi que le dit ingénument le Calendrier des Courses, « par la désobéissance obstinée de certains jockeys, qui ont absolument refusé de faire leur devoir. En conséquence, il a été infligé: àMundy, une amende de 200 francs, à Ashmall, de 100 francs, et à Plumb, de 40 francs. En outre, ces trois jockeys ont été exclus des courses de la Société pendant l'année 1858 ».

282 LES COURSES DE CHEVaUX

Les Commissaires, comme on le voit, étaient plus sévères autrefois qu'aujourd'hui.

Les places d'honneur revinrent à Fûrens et La Maladetta; parmi les non placés figuraient Tonnerre-des-Indes et le grand favori Gouvieux (Lanercost et Fatima), au comte de Prado, vainqueur de la Poule des Produits et du prix de l'Empereur (Grande Poule), dans lesquels il avait précédé chaque fois Tomierre-des- Indes et La Maladetta (The Baron et Refraction).

Cette pouliche, qui appartenait à M. A. Lupin, remporta, par la suite deux belles victoires, à Bade, dans le prix de la France, puis, dans le Grand Prix, sur Goélette, Gouvieux, Ventre- Saint-Gris, etc.; mais elle ne put prendre que la troisième place, dans le Grand Saint- Léger, derrière Fûrens et Fort-à-Bras (1).

Parmi les autres trois ans, on peut citer : Brocoli (Gladiator et Cauliflower), au comte P. Rœderer, qui remporta la Poule d'Essai; — Étoile-du-Nord (The Baron et Maid of Hearth), au comte de Lagrange, gagnante du prix de Diane, sur Goélette (Ion et Georgette), au baron Nivière, qui remporta le prix d'Iffezheim, à Bade; — Fûrens (Elthiron et Loïsa), à Mme Latache de Fay, le Grand Saint-Léger de France; — Comtesse (The Baron ou Nuncio et Eusébia), au comte de Lagrange, le Derby Continental, à Gand (2) ; — Cagliostro, à M. H. Delamarre, prix de la Ville de Paris; — Martel- en-Tête, à M. J.-G. Schickler, prix du Printemps; — • Zouave, au comte de Lagrange, l'Omnium.

A 6 ans, Monarque remporta, avec 55 kilos, le Newmarket Handicap (21.125 francs), et dix jours après, Mlle de Chantilly enleva, sur un champ de vingt-six chevaux, le City and Suburban. C'est à ce meeting d'Epsom que Monarque parut pour la dernière fois en public, étant tombé broken-down en disputant le Great Metropolitan Handicap.

Notons que c'est à la suite de sa double victoire dans le Goodwood Gup, l'année précédente, et dans le Newmarket Handicap, que les Anglais — • reconnaissant que nos chevaux commençaient à valoir les leurs — enlevèrent aux chevaux étrangers l'humiHant avantage de poids qu'ils leur avaient accordé jusque-là.

Monarque est non seulement le premier en date de nos grands chevaux, mais encore l'un des meilleurs qui soient nés en France. Au haras, il fut plus remarquable encore que sur le turf, et c'est à lui que nous devons un élevage indigène. Si, jusque-là, quelques pouli- , n.ières étaient françaises, par contre, les étalons étaient, presque sans exception, d'importation anglaise, Rainbow, Cadland Royal-Oak et Gladiator, formant le quatuor fondamental de la race nationale. Avec

(l) La Maladetta sera la mère de Tourmalet (1862), Cerdagne (1866) et Vigneniàle (1876); elle mourut après la naissance de ce dernier

Monarque et Fitz Gladiator, un des fils de Gladiator, les choses allaient changer de face, et, pendant quarante années, leur sang devait régner en maître, concurremment, après 1870, avec ceux de Dollar et de Vermout.

Le prix de saillie fut fixé à 500 francs, somme énorme pour l'époque, et que le Racng-Calendarn' Si\diit jamais enregistrée encore pour un étalon français.

Dès ses débuts au stud. Monarque allait prouver que ce prix était cependant bien au-dessous de sa valeur. Jamais reproducteur, en effet, ne transmit à sa descendance, avec autant d'égalité et de sûreté, ses hautes qualités de courage et d'endurance (1).

11 mourut au haras de Dangu, chez le comte de Lagrange, à l'âge de 22 ans, en 1874.

Parmi les autres vétérans, Potocki enlève le prix du Cadran, mais il ne peut rendre l'année à Nab et 16 livres à Forêt-du-Lys, dans le prix des Haras.

Ronzi succombe contre Vert-Galant, ddiïis le prix de l'Esplanade, et Miss Cath s'adjuge le Grand Prix Impérial de 14.000 francs, après avoir été battue, dans le prix de l'Empereur, à Chantilly, par l'anglais Saunterer (2) ; elle y précédait du moins les meilleurs trois ans, Zouai>e, Ventre- Saint-Gris et Gouvieux; — celui-ci avait remporté, à Bade, le prix de la Ville (Handicap, 4.500 fr.).

Miss Gladiator, alors âgée de 6 ans, avait gagné, à ce même meeting, une petite course de haies, pour M. Fasquel.

Black-Prince, pour son unique sortie, avait enlevé le prix du Premier Pas, et Nuncia, le Grand Critérium.

Le prix Biennal date de 1858. Il se disputait au printemps, à Longchamp. L'allocation qui, à dater de 1913, sera de 40.000 francs à 4 ans, n'était que de 2.000 francs au début.

(1) Iiidépendainment de Gladiateur, le cheval phénomène, dont nous parlons plus loin, Monarque donna successivement :

Hospodar (gagnant, à deux ans, des Clearwell et des Criterion Stakes, favori des Deux mille Guinées et du Derby, où il ne fut pas placé, ayant perdu toute forme), Le Maréchal, Le Mandarin, Gédéon, Y. Monarque, Auguste, Longchamp, Boulogne, Le Sarrazin, Patricien, Trocadéro, Henry, Consul, Don Carlos et tant d'autres, tous grands vainqueurs en France et en Angleterre, et dont plusieurs furent, à leur tour, les souches de lignées remarquables.

Il est à noter que Monarque fut plus heureux avec ses fils qu'avec ses filles, dont une seule, Reine (issue de Fille-de-l'Air), s'illustra par ses victoires dans les Mille Guinées et les Oaks, en 1872.

(2) Sawiterer (Irish Birdcatcher et Ennui) avait quatre ans. C'était un excellent cheval qui, sur les 55 courses qu'il disputa au cours de sa carrière, en remporta 27, dont les Coupes d'Ascot et de Goodwood, et deux fois le Whip.

Il avait déjà pris la seconde place, dans cette même épreuve, l'année précédente, derrière son compatriote Fisherman.

Le prix de la Forêt est de cette même année. Jusqu'en 1907 où 11 fut transféré à Paris, il se courut à la réunion d'automne de Chantilly. Ouvert, au début, aux seuls chevaux de 2 et 3 ans, il admit les 4 ans et au-dessus à partir de 1878. La distance, d'abord de 2.100 mètres, a été réduite à 1.600 en 1878, 1.400 en 1884, pour être ramenée à 1.600 depuis 1907.

L'allocation a subi la progression suivante : 1 .000 francs à l'origine ; 2.000, en 1861; 3.000, en 1865; 4.000, en 1876; 10.000, en 1878; 20.000, en 1886; 30.000, en 1911.

Le 5 septembre 1858 vit l'inauguration des Courses de Bade sur (l'hippodrome d'Iffezheim), qui devaient, dès l'origine, rencontrer la plus grande vogue et placer le nouveau meeting au rang des réunions européennes de premier ordre (1).

(1) La station thermale de Bade était déjà le rendez-vous de tout le monde élégant quand, en 1857,1e fermier des jeux, Bénazet, eut l'idée d'adjoindre les courses aux autres attractions qu'il offrait aux étrangers. Grâce au concours de la Société d'Encouragement, une société particulière fut vite constituée, qui eut pour commissaires deux de ses membres, MM. J. Reiset et Mackenzie-Grieves, avec le commandant Gersau, et, pour secrétaire-trésorier, son propre secrétaire, M. Grandhomme. Trois cent mille francs furent dépensés pour le nivellement de la piste, le percement de chemins, la construction des tribunes et des écuries; et, les travaux ayant été poussés avec activité, l'inauguration du nouveau champ de courses put avoir lieu dès l'automne de l'année suivante, en présence du Grand-Duc et de la Grande-Duchesse de Bade, du Roi de Wurtemberg et d'une foule de notabilités mondaines allemandes, françaises et anglaises.

Situé à deux lieues de Bade et à une heure de la station d'Oos, dans un endroit admirable, en pleine Forêt-Noire, l'hippodrome d'Iffezheim, de forme ovale, est limité : au nord, par un bois; au sud, par le village; à l'est, par une colline d'où l'œil embrasse un magnifique panorama; à l'ouest, derrière les tribunes, par le Rhin.

En raison de l'éloignement, les courses de Bade n'attirèrent que tout à fait exceptionnellement les concurrents anglais; mais les chevaux français y vinrent nombreux qui, par leur supériorité -sur l'élevage allemand naissant, remportèrent presque tous les prix, en dépit des surcharges élevées qui leur étaient imposées. Le succès de la réunion badoise n'en alla pas moins grandissant d'année en année — ■ de 48.500 francs en 1858, le budget des courses atteignait déjà 90.000 francs, en 1869 — quand éclatèrent les événements de 1870.

Non seulement le Jockey-Club français demeura désormais étranger aux courses, où jusqu'alors il avait exercé son autorité, mais nos chevaux, qui avaient fait la fortune de l'hippodrome d'Iffezheim, cessèrent de s'y rendre, et jusqu'au jour lointain où ils en reprendront le chemin, le meeting badois perdra son caractère international et mondain, pour demeurer exclusivement allemand.

M. Dupressoir, le nouveau tenancier des jeux — qui avait offert de reconstituer, avec ses uniques ressources, la Société des Courses, ce qu'avaient refusé les Jockey-Clubs français et autrichien ainsi que l'Union-Club de Berlin — n'en fit pas moins les frais, en 1871, des différents .prix, que le duc de Hamilton fut le seul propriétaire étranger à venir disputer.

Reconstituée en 1873, la Société des Courses de Bade ne cessera dès lors de progresser chaque année, et, en 1912, son budget, pour les six journées qu'elle donna dans la seconde quinzaine d'août, s'est élevé à 553.750 francs, pour les

Jusqu'à la guerre de 1870, les courses de Bade attireront l'élite des chevaux français. Puis une quinzaine d'années se passeront avant que nos écuries ne reprennent le chemin du théâtre où triomphèrent successivement Vermout, Fille-de-VAir, Stradella, Mon Étoile, Capucine, La Toucques, Ruy-Blas et Trocadéro, pour ne citer que les plus célèbres de nos champions.

courses plates seulement, dont les principales sont : le Grand Prix de Bade et le prix de l'Avenir.

Le Grand Prix de Bade date de l'année même de la fondation. Il est ouvert aux chevaux de 3 ans et au-dessus de tous pays, avec allégeance de poids pour les chevaux indigènes, et surcharges pour les gagnants, à l'étranger, de cert-iines épreuves.

La distance primitive de 3.200 mètres a été abaissée à 2.800 mètres en 1888, et 2.200, en 1894, pour être fixée à 2.400 depuis 1897.

L'allocation a subi maintes alternatives de haut et de bas : 14.000 francs à l'origine; 15.000, en 1862; 20.000, en 1865; 15.000, en 1873; 7.500, en 1874; 12.500, en 1875; 25. 000, en 1876; 50.000, en 1883; 37.500, en 1886; 50 000, en 1889; 80.000, en 1896; 100.000, en 1898; 75.000, en 1900; 50.000, en 1906; 62.500, en 1907; 50.000, en 1908; 75.000, en 1910; 100.000, en 1911.

Le prix comporte, en outre, une coupe d'or, offerte par le Grand-Duc.

De 1883 à 1897 inclus, il s'appela le prix du Jubilee.

Notre élevage y a triomphé sans interruption de 1858 à 1872 inclus, avec La Malsidetta, à M. Lupin (1858); Géologie, au baron Nivière (1859); Capucine, à M. Benoist (1860); Mon Étoile à M. P. Aumont (1861); Stradella, au comte de Lagrange (1862); La Toucques, à M. de Montgomery (1863); Vermout et Vertugadin, à M H Delamarre (1864 et 1865); Étoile Filante, à M. H. Lunel (1866); Ruy Blas, à M. L. André (1867); Trocadéro, au comte de Lagrange (1869): Cerdagne, à M. L Delâtre (1869); la réunion n'a pas lieu en 1870; Monseigneur et Dami, au duc de Hamilton (1871 et 1872).

Après une abstention d'une quinzaine d'années, nous reprenons le cours de nos succès, avec Plaisanterie, à M. H Bouy (1885); Néro,^. M. Il Jennings (1886); Waiierley, au comte Le Marois (1888), Tantale, Yellow, Perdican et Gobseck, au prince d'Arenberg et au comte de Juigné (1889, 1890, 1892 et 1899); Le Capricorne et Semendria, au baron de Schickler (1891 et 1901); La Camargo, à, M. Abeille (1902); Vinicius, Gouvernant et Azalée, à M. Ed. Blanc (1903, 1905 et 1909); Exéma, au vicomte d'Harcourt (1904); Hautbois, à M. Caillault (1906); Mlle Bon, à Mme N. G. Cheremeteff, qui partage le prix avec Azalée (1909); Badajoz, à M. Michel Lazard (1911); Rire aux Larmes, à M. X. Bailli (1912).

L'allocation du Prix de l'Avenir, pour chevaux de 2 ans de tous pays, n'était, à l'origine, que de 4.000 francs. Elle est aujourd'hui de 62.500 francs, ce qui en fait une des épreuves continentales les plus importantes pour jeunes chevaux.

Ceux de nos représentants qui l'ont remporté sont :

Partisan et Clermont, au duc de Morny (1861 et 1864); Le Maréchal, Soumise, Montgoubert, Le Sarrazin et Florian, au comte de Lagrange (1862,1863, 1866,1867 et 1869); Czar, à H. Jennings (1865); Mlle de Fligny, à M. P. Aumont (1868); Cigarette, au duc de Hamilton (1871); Yellow, au prince d'Arenberg (1889); FraAngeZico, au baron de Schickler (1891); Melchior,èiM.B. Veil-Picard (1893): Alençon, Ob et Champ d'Or, à M. Ephrussi (1901, 1903 et 1904); Mireille, à M. Caillault (1902); Sauge Pourprée, au comte Le Marois (1907); Roquelaure, au baron Gourgaud (1908); Lord Burgogne, Quai-des- Fleurs, et Guerroyante, à M. E. Blanc (1910, 1911 et 1913).

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