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CHAPITRE XXXVI

Mort de lord Henry Seymour. — Inauguration du chemin de fer de Chantilly. — Black- Pri?ice, Géologie, Nuncia, Union Jack, Bakaloum et Comtesse. — • Martel-en-Tête, Zouave et Tippler (suite). — M. Latache de Fay. — Importation de The Flying Dutchman, Pyrrhus-the- First, Impérieuse, Pa,rtlet et King oj the Forest. — Mort de Melbourne. — Erreur de classement dans le Derb}^

Le fondateur de la Société d'Encouragement, lord Henry Seymour, mourut le 16 août, à l'âge de cinquante et un ans.

Lord Seymour peut être considéré comme le véritable créateur des courses de chevaux. C'est à très juste titre qu'on l'a appelé « le Père des pères du Turf français », et nul n'a joué, chez nous, un rôle plus considérable.

Nous avons longuement retracé sa carrière, et nous ne reviendrons pas eur les incidents regrettables qui le poussèrent à abandonner de bonne heure l'œuvre qu'il avait fondée.

Jusqu'alors, le chemin de fer déposait les voyageurs à Saint-Leu, d'où les omnibus de Chantilly les amenaient aux courses. Le 16 mai, jour du prix de Diane, eut lieu l'inauguration de la ligne Paris- Chantilly. On sait quel essor ces communications directes allaient donner aux réunions de l'hippodrome des Condés.

Le prix du Jockey-Club est porté à 20.000 francs et s'élève, avec les entrées et forfaits, à 57.800 francs. Il est gagné par Black-Prince (Nuncio et Creeping Jenny), au comte de Lagrange, qui n'avait pas reparu en pubhc depuis sa victoire, à deux ans, dans le prix du Premier Pas, le jour du prix de Diane. Il battait Fortune, Phare et seize autres, parmi lesquels les deux favoris. Géologie et Charles-le-Téméraire. Il remporta encore le Grand Saint-Léger, le Derby Continental,

à Gand, et le second prix Spécial à Paris, d'une demi-tête sur Pâquerette, qui l'avait battu d'une encolure, quelques jours auparavant, dans le premier prix Spécial. 11 n'avait pas été placé dans le Grand Prix de Bade. \\

Le meilleur 3 ans est sans contredit Géologie (The Prime Warden et Georgette), au baron Nivière, qui enlève successivement le prix du Printemps, la Poule des Produits, battant d'un nez seulement Union Jack, le prix de Diane, dans un canter sur Suzannah, Nuncia et sept autres, et le Grand Prix de la Ville de Bade (14.000 fr. et un objet d'art) sur Fortune, Nuncia, Black-Prince, etc. A la fin de l'année, elle tentera la fortune, sans succès d'ailleurs, dans le Cambridgeshire.

Nuncia (Nuncio et Fatima), au comte de Lagrange, qui avait été très brillante à 2 ans, ne retrouve sa forme qu'au meeting de Bade, où elle enlève le Saint-Léger Continental et le prix de la Ville, et se place troisième dans le Grand Prix. Elle remporte ensuite de nombreuses épreuves en province et elle termine la campagne par une victoire dans l'Omnium, sur sa camarade Mlle de Chantilly.

Le prix de l'Empereur (Grande Poule), qui s'élève à 35.000 francs, était revenu à Union- Jack (Gladiator et TafTrail). au comte de Lagrange, et la Poule d'Essai, à Bakaloum (The Baron ou Ion et Sérénade), à M. H. Mosselman.

Martel-en-Tête, à M. Schickler, qui s'était placé deuxième, dans le City and Suburban, s'adjuge le prix du Cadran; — Fort-à-Bras, à M. Fasquel, le prix de la Ville de Paris, battant d'une tête Zouave y qui remporte ensuite le prix des Pavillons et, à l'automne, deux prix gouvernementaux, dont l'un de 6.000 francs, avant de succomber, ainsi que sa camarade Mlle de Chantilly, Gouvieux et Goélette, contre Tippler, dans le Grand Prix Impérial.

Comme l'année précédente, le prix de l'Empereur, à Chantilly, était revenu au concurrent anglais, Gaspard, monté par G. Fordham.

Mon Étoile et Capucine s'annoncent comme les meilleurs produits de la jeune génération, bien qu'elles eussent échoué, toutes deux, dans le prix de l'Avenir, à Bade, contre la pouhche allemande, Atalante, qu'elles rencontraient cependant à poids égal.

Capucine appartenait à M. Benoist, qui avait succédé à M. Bénazet, à la ferme des jeux de Spa, et Mon Étoile, à M. A. Aumont. Le délai qui, d'après son contrat avec le comte de Lagrange, le tenait éloigné du turf depuis 1856, était arrivé à expiration (1), et la casaque blanche à toque verte avait fait sa réapparition, avec Mon Étoile, qui, par ses succès faciles dans le prix du Premier Pas et le

(1) Cette année même il avait encore livré au comte de Lagrange trois jeunes produits qui devaient faire parler d'eux : Palestro, Compiègne et Gabrielle d'Estrées.

Grand Critérium, semblait vouloir marcher sur les traces glorieuses de sa mère, Hervine, dont elle é^ait le pren.ier produit.

M. Latache de Fay, le plus malchanceux des propriétaires de l'époque, mourut au cours de l'année. Il avait eu quelques bons chevaux (1), mais joua toujours de malheur dans le prix du Jockey-Club, l'épreuve entre toutes qu'il rêvait cependant de gagner. On prétend qu'avant de mourir, il fit jurer à sa femme de faire courir jusqu'à ce qu'elle eût atteint ce résultat ou dépensé encore deux cent mille francs. Par une amère ironie du sort, son poulain Beauvais devait précisément y faire triompher ses couleurs l'année même qui suivit sa mort!

On avait inauguré, au meeting de printemps de Longchamp, la Poule Triennale (embryon du prix La Rochette actuel), qui ne vécut que trois ans. Elle était tout à fait sans importance, ne comportait aucuns allocation et se composait uniquement des entrées d'ailleurs fort peu nombreuses.

The Flying-Dutchman, dont nous avons parlé en 1849, fut importé par l'Administration des Haras, qui l'avait p yé 105.000 francs.

De son côté, le baron de Nexon, faisait venir, pour son haras de la Haute- Vienne, un autre vainqueur du Derby, Pyrrhus-the- First (Epirus et Fortres ), né en 1842, qui se montra reproducteur quelconque.

Enfin, M. A. Lupin enrichssait son stud de Vaucresson de deux poul nières de grande origine. Impérieuse et Partlett, qui devaient faire souche de quelques-uns des meilleurs produits de son élevage (2).

A titre de curiosité, on peut rappeler aussi le nom de King of the Forest (Orlando et Forest-Flower), né cinq ans auparavant, en Angleterre qui, délaissant la gloire des champs de courses pour celle des

(i ) Le=; meilleurs avaient été : First Born (Poule d'Essai, 1851), Trust (Cadran, 1853, et Grand Prix impérial, 1855) et Ronzi (Diane, 1855, et Grand Prix Impérial, 1856)-

(2) Impérieuse (Orlando et Eulogy), née en 1854, morteen 1870. Gagnante des Mille Gai lées et du Saiit-Léger. Mère de Deliane (mère d'Enguerrande, La, Jonohère, Florestan et Xaintrailles) et d'Ermeline (mère d'Yvrande, mère de Melchior)

Partiel (Irish Birdcatcher et Gipsy), née en 1849, morte en 1876. Mère de : Partisan, père de Lutin; — Plutus, père de Flageolet; — Perle; — Mercedes et Puebla; — Jeune Première, mère de Garrick; — Postérité, mère de Prométhée; — Perçante, mère de Soukaras.

1857 A FIN 1870 rSJ

champs de bataille, servit de monture, en cette année 1859, au maréchal de Mac-Mahon, à la bataille de Magenta.

L'élevage anglais fit une grosse perte avec la mort de l'étalon Melbourne. 'Nous renvoyons à la notice que nous lui avons consacrée, en 1837.

Signalons enfin, pour la rareté du fait, unique dans les annales du turf, la méprise du juge à l'arrivée qui, dans le Derby, gagné par Musjid, confondit les casaques de plusieurs jockeys et plaça deuxième Ticket of Leaves, lequel ne figurait même pas dans le peloton de tête!

Ce n'est que le surlendemain que Terreur fut rectifiée, et Ticket of Leaves distancé de la place qui lui avait été indûment attribuée.

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