CHAPITRE XXXVIII ANNÉE
Arrêtés des 10, 12, 16 et 20 février. — Création des trois grands prix de l'Empereur, de l'Impératrice et du Prince Impérial, et du prix de Longchamp. — Gabrielle d'Estrées, Fifilande, Compiègne, Palestro,^aint-Aigtia?i.
— Mon Etoile, Surprise, Gouvieux, Prétendant (suite). — Nos chevaux en Angleterre; victoire de Palestro dans le Cambridgeshire. — Coller Ou.
— Le Newmarket October Handicap. — • Quarante et un partants dans une course. — Mort de Touchstone. — Le Salon des Courses.
Ces dispositions étaient immédiatement complétées par les différents arrêtés suivants :
10 février 1861. — ■ Dispositions particulières aux concours, ainsi qu'aux étalons approuvés et autorisés.
12 février. — Épreuves spéciales pour les jeunes étalons et les pouliches; — épreuves générales pour les chevaux de service ; — ■ épreuves -de dressage; — courses à obstacles pour les chevaux hongres et les juments de commerce; — • courses au trot; — concours de dressage pour chevaux et juments de selle.
14 février. — Conditions de distance, de poids et d'âge pour les prix classés ; à disputer à Longchamp et à Chantilly.
20 février. — Suppression de la jumenterie annexée au dépôt d'étalons de Pompadour (la jumenterie du Pin avait été supprimée en 1852), et fixation du jour de vente des étalons, juments et poulains qui la composent.
Le plus important de ces arrêtés, en ce qui concerne les courses, est celui du 14 février, qui portait création de trois épreuves destinées à devenir classiques, savoir :
A la réunion de printemps, à Paris, le Grand Prix de l'Impératrice (15.000 fr., 5.000 m.), pour chevaux de 4 ans et au-dessus;
A la réunion d'automne, à Paris :
10 Le Grand Prix du Prince Impérial (10.000 fr., 3.000 m.), pour chevaux de 3 ans;
20 Le Grand Prix DE l'Empereur (20.000 fr., 6.200 m.), pour chevaux de 4 ans et au-dessus, qui remplaçait le Grand Prix Impérial, lequel avait déjà remplacé, en 1853, l'ancien Grand Prix National, précédemment i?o?/a/, fondé en 181 9, qui se disputait sur 4.000 mètres en partie liée (1).
A ces épreuves gouvernementales, la Société d'Encouragement ajoute, de son côté, à la réunion de printemps de Longchamp, le prix d e Lon gchamp (Poule desProduits) , pour chevaux nés de juments saiUies par des étalons nés en France, qui prendra, en 1885, le nom de PRIX Hocquart et verra son allocation primitive de 2.000 francs s'élever successivement à 4.000, en 1866; 10.000, en 1878; 20.000, en 1883, et 30.000, en 1891. Avec les entrées, ce prix s'élève aujourd'hui à une soixantaine de mille francs pour le gagnant, plus une prime de 4.000 fr. à l'éleveur; il est alloué, en outre, 5.000 fr. au 2^ et 2.500 fr. au 3^. Comme dans les trois autres épreuves similaires (prixNoailles, Daruet Grefîulhe), les engagements se font le 31 octobre de l'année de la saillie. La distance, qui était, au début, de 2.500 mètres, a été ramenée à 2.400 en 1902.
Les débuts de la Grande- Écurie semblent vouloir confirmer les craintes qu'on avait exprimées qu'elle ne monopolisât à son profit les grosses épreuves.
Cette première année fut, en effet, particuhèrement brillante.
Qu'on en juge plutôt :
Elle vole de succès en succès et remporte coup sur coup : la Poule d'Essai, avec Isahella; — la Poule des Produits et le prix de Longchamp (couru, comme nous l'avons vu, pour la première fois), avec Good By; — le Grand Saint-Léger de Moulins, le prix de la Ville de Spa et le Saint-Léger Continental de Bade, avec Compiègne (Fitz- Gladiator et Maid-of-Hearth), qui sera le père du fameux Mortemer; — le prix de l'Empereur (Grande Poule), le prix de la Neva et le prix de Diane, avec Finlande, ex Faustine (Ion et Fraudulent) — et le prix du Jockey-Club, avec Gahrielle d'Estrées (Fitz-Gladiator et Antonia (2).
(1) En 1869, ce^ trois épreuves deviendront respectivement les prix Rainhoxo, Royal-Oak et Gladiateur.
Pour les modifications successives apportées dans les conditions, l'allocation et la distance, voir aux Gagnants des grandes épreuves françaises (Livre IX).
(2) Ces deux dernières juments méritent d'attirer notre attention, Finlande. parce qu'elle sera une poulinière remarquable, et Gahrielle d'Estrées, parce qu'elle était le premier vainqueur du prix du Jockey-Club qui eût pour père un étalon indigène.
Enfin, son poulain Palestro (Fitz-Gladiator et Lady Saddler), après quelques petits succès à Paris et en province, enlève, à l'automne, le prix de l'Empereur (10.000 fr.), à Chantilly, et le Grand Prix du Prince Impérial (créé Tannée même), avant d'aller remporter, à Newmarket, une victoire plus sensationnelle encore, dans le Cambridgeshire, où sa camarade Gahrielle cVEstrées est seconde, devant trente-trois autres compétiteurs. Le poulain portait 7 st. 2 Ibs (45 kil. 360), et la pouliche, 6 st. 12 Ibs (40 kil. 800). C'était la première fois que l'on voyait, non seulement deux compagnons d'écurie, mais encore deux chevaux étrangers, finir en tête dans cette épreuve.
Né chez M. de Chéde ville, Pa/es«/-o avait été payé yearling 420 francs par M. A. Aumont. Compris dans le lot qu'il avait vendu au comte de Lagrange, il fut envoyé à deux ans à M ont -de -Marsan, chez H. Cutler qui, vu sa petite taille, en donna une impression défavorable, ce qui poussa son nouveau propriétaire à le mettre en vente, au prix de 4.000 francs, sans trouver d'acquéreur. On le tenait en si piètre estime que, tout d'abord, il n'entra pas dans l'association Lagrange-Nivière. Mais Henry Jennings, l'entraîneur de ce dernier, ayant vu le poulain, pensa, contrairement à Cutler, qu'on pouvait en faire quelque chose.
Il ne s'était pas trompé, comme on l'a vu.
A quatre ans, Palestro remporta le Grand Prix de l'Impératrice et un Sweepstakes de 10.000 francs à Newmarket.
Il fut vendu, en 1865, au Gouvernement prussien.
L'Omnium revint à un cheval du Sud-Ouest, Saint-Aignan (lago et Emilia), à M. Caillé, qui avait remporté de nombreux succès en province, dont le Saint-Léger de l'Ouest et du Midi, à Angoulême, le Grand Prix de la Ville, à Poitiers, et l'Omnium de l'Ouest et du Midi, à Nantes.
Saint-Aignan provenait de l'élevage de M. J. Robin, propriétaire de Souvenir (son frère de mère), qui allait s'illustrer l'année suivante.
Un autre compatriote de Saint-Aignan mérite d'être signalé, Beau- Sire, pour ses victoires, à Bordeaux, dans la Poule des Produits et le Derby du Midi, et dans le prix du Printemps, à Limoges,
Parmi les vétérans. Mon Étoile triomphe de Pierrefonds, dans le Grand Prix de l'Impératrice (Rainbow) et de Compiègne, dans le Grand Prix de Bade, mais elle tombe broken-down dans le Grand Prix de l'Empereur (Gladiateur), qui se termine sans lutte entre Surprise et Gouvieux, à la Grande Écurie, laquelle s'était encore adjugé le prix du Cadran, au début de la campagne, avec Prétendant.
Bravoure avait enlevé le prix de la Forêt, sur Compiègne, dont elle ne recevait pas moins de 44 livres pour l'annéel
Le meilleur deux ans est Stradella, qui, après avoir succombé, pour ses débuts, contre Gemma, dans le second Critérium, a facilement raison, dans le Grand Critérium, de Partisan, qui venait de remporter consécutivement le Grand Critériuni de Moulins, le prix de l'Avenir, à Bade, et le Critérium de l^e liasse, à Chantilly.
Le Cambridgeshire n'avait pas été la seule victoire que notre élevage eût remportée en Angleterre, où nos chevaux gagnèrent près de 200.000 francs d'argent public.
On peut citer, notamment : Cosmopolis, 8 courses, dont le Great Eastern Handicap, àNewmarket, 45.125 francs; — • Surprise, Epsom Cup, 6.250 fr.; — Alerte, Ascot Biennal, 17.625 fr.; — Baliverne, 12.875 fr. ; • — Palaiseau, 5.500 fr. ; — Marignan, 4 courses, dont les Fernhill Stakes, 21.250 francs.
Rappelons enfin que, comme son camarade ^Da/ig^z/, Tannée précédente, Royallieu se place quatrième dans le Derby d'Epsom, à deux longueurs seulement du vainqueur Kettledrum, malgré une terrible bousculade à 800 mètres du but, qui l'avait jeté sur les genoux.
Non placée dans les Oaks et le Saint-Léger, Caller Ou (Stockwell et Haricot) n'en est pas moins une des plus grandes juments d'Outre-Manche. De deux à sept ans, inclusivement, elle fournit la plus magnifique carrière de courses, ne disputant pas moins de 101 prix, pour remporter 51 victoires (1).
Un handicap important, le Newmarket Ociober Handicap, date de 1861; deux chevaux français y triomphèrent par la suite : Barberine, à M. Michel Ephrussi, en 1885, et Harfleur II, au baron de Rothschild, en 1894.
A titre de curiosité, rappelons que le Steward's Cup, à Goodwood, réunit, cette année-là, 41 partants, — le champ le plus fourni qu'on ait jamais vu dans aucune course.
(1) C'est là un double record, qui mérite, à ce titre, d'être détaillé.
2 ans,
elle
courut
12 fois et 'gagna 3 courses
L'âge ne lui avait rien enlevé, comme on le voit, de sa qualité et de son endurance, puisque c'est principalement à 5 et 6 ans, qu'elle accomplit ses plus dures campagnes.
Enfin, ne quittons pas l'Angleterre sans mentionner la mort du grand Touchstone, à l'âge de trente ans. (Voir année 1834.)
Nous n'avons pas encore, au point où nous en sommes arrivé déjà, parlé du jeu aux courses, pour cette excellente raison qu'il n'existait pas, pour ainsi dire, en dehors du monde très restreint du sport. Il n'y avait pas de jeu public et les paris s'échangeaient entre soi. C'est à peine si, aux grands jours de Longchamp, on commençait à pratiquer ce genre de jeu appelé poules, sur lequel nous reviendrons plus loin, au moment de la fondation de l'Agence 011er.
Le fondateur du Tattersall français avait bien eu l'idée, en 1856, à l'exemple du Tattersall anglais, d'organiser une bourse des paris, mais il avait dû y renoncer en raison de l'éloignement et de l'agencement de son établissement, peu approprié à ce genre d'opérations.
C'est alors que quelques membres influents de la Société d'Encouragement songèrent à mettre ce projet à exécution, en se réunissant dans un des salons du Jockey-Club. Mais le petit nombre des parieurs — en raison de la difficulté des admissions à ce cercle mondain — leur firent comprendre qu'il fallait opérer sur un terrain neutre pour avoir chance de réussir.
C'est alors que, sous le patronage de la Société d'Encouragement ■et sous la haute direction du vicomte Paul Daru, président du Comité •de la Société, fut -fondé le Salon des Courses, composé, à l'origine, des noms les plus honorables.
Le 8 août suivant, un arrêté préfectoral autorisait la constitution du Salon des Courses, qui s'installa au n^ 8 de la rue Basse-du- Rempart, puis au Grand Hôtel, où il demeura jusqu'à sa dissolution, en 1908.
La création du Salon des Courses fut bientôt suivie de celle du Betting Office, de VOffice J.-S. Harry, et enfin de VOfficedes Poulee, -dont nous nous occuperons plus loin.