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CHAPITRE XXXIX

Stradella, Som-e?iir, Orphelin, Benjamin, Choisy-le-Roi, Provocateur, Mlle des Douze-Traits. — Compiègne, Palestre et Mon Etoile (suite). — Hospodar. — Création des Courses de Fontainebleau. — Fin de la Grande Écurie. — Débuts des couleurs de M. H. Lunel et du comte F. de David-Beauregard.

Dès le début de l'année, l'État décide la suppression, à dater de 1865, pour les prix gouvernementaux, des circonscriptions territoriales édictées par les arrêtés de 1822 et de 1850, qui partageaient la France en trois divisions chevalines, Nord, Midi et Ouest.

Deux chevaux se détachent sur l'ensemble de la production : Stradella, au comte de Lagrange, qui sera une des meilleures pouliches qui aient paru sur le turf, et Souvenir, poulain du Sud-Ouest, à M. J. Robin,

Stradella (The Cossack ou Father Thames et Creeping Jenny) était née au haras de Dangu. Nous l'avons vue, à deux ans, enlever le Grand Critérium, à Partisan, le crack du moment. Pour sa rentrée, elle triomphe assez difficilement, dans la Poule d'Essai, de Vertu- Facile, à M. J, Verry (pouliche du Sud-Ouest, gagnante du Derby du Midi, à Bordeaux), puis elle remporte aisément le prix de Diane sur Noélie et quatre autres concurrentes. Assez souffrante le jour du prix du Jockey-Club, elle ne peut y rendre 10 livres à Souvenir. Puis, elle gagne le Grand Prix de la Société, à Versailles, après deadheat avec cette même Noélie; va cueillir, à Bade, le Saint-Léger Continental, sur Arthur, Souvenir et Orphelin, et le Grand Prix, sur Mon Étoile; est battue d'une demi-longueur, dans le prix de l'Empereur, à Chantilly, par Orphelin, après une belle lutte, mais elle ne tarde pas à prendre sa revanche, sur les 4.000 mètres du Prix Principal.

Souvenir (Caravan et Emilia) était, par sa mère, le frère cadet de Saint- Aigfiati, que nous avons vu remporter l'Omnium, l'année précédente.

Souvenir commença par enlever le prix des Écuries, à Chantilly. Cette modeste victoire ne pouvait laisser soupçonner la qualité dont il fit preuve, quelques jours plus tard, dans le prix du Jockey-Club, en battant d'une longueur et demie la favorite Stradella — ■ qui n'était pas dans la plénitude de ses moyens, comme nous l'avons dit, et dont il recevait 10 livres — et encore à l'automne, sur les 3.000 mètres du Orand Prix du Prince Impérial où, après une très belle lutte, il finit par arracher une demi-tête, sur le poteau, à Alerte, la gagnante du Saint-Léger de Moulins, dont il recevait également 10 livres, il est vrai. Il avait été battu, par Stradella, dans le Saint-Léger Continental, à Bade.

Indépendamment de ses succès parisiens, Souvenir avait remporté le Saint-Léger de l'Ouest et du Midi et le prix de la Société d'Encouragement, à Angoulême, et le Biennal, à Angers.

Comme Stradella, nous le retrouverons à quatre ans. Mais on ne saurait méconnaître que, pour si brillantes qu'aient été ses victoires, elles furent grandement facilitées par cette allégeance de 10 livres, considérable sur les longs parcours, dont les règlements administratifs alors en vigueur gratifiaient les chevaux des divisions de l'Ouest et du Midi.

La suppression de cette décharge, décidée par le Gouvernement, à dater de 1865, comme nous venons de le voir, fut la ■conséquence des succès de Saint-Aignan, confirmés par ceux de Souvenir, tous deux ayant prouvé que l'élevage régional était dorénavant à même de lutter à armes égales avec celui de la division du Nord.

Un autre bon cheval fut Orphelin (Fitz-Gladiator et Échelle), ainsi nommé parce que sa mère était morte peu de temps après sa naissance. Il appartenait à M. Paul Aumont, qui venait précisément de se défaire de son père Fitz-Gladiator, qu'il avait vendu 30.000 francs à l'Administration des Haras.

Vainqueur du Derby Continental de Gand, du prix de la Ville de Spa et du prix de Carlsruhe, à Bade, Orphelin, qui n'avait pas été placé dans le prix du Jockey-Club, eut ensuite raison, comme nous l'avons dit, de Stradella, Gabrielle d'Estrées et Mon Étoile, dans le prix de l'Empereur, à Chantilly ; mais il succomba à nouveau, contre cette même Stradella, dans le prix Principal.

Benjamin, à la Grande Écurie, avait premorté d'une demi-longueur le prix de l'Empereur (Grande Poule) sur sa compagne Généalogie, qui battait d'une encolure Choisy-le-Roi, à M. Schickler.

Mais celui-ci ayant été coupé, dans la course, par Benjatiiin {i), les chevaux de MM. Lagrange-Nivière furent distancés au profit du poulain de M. Schickler. Ce propriétaire avait gagné, quelques jours auparavant, la Poule des Produits avec Provocateur.

Par la suite, Benjamin battit son camarade Compiègne et Mon Étoile, dans le prix d'Apremont.

Éphémère et Allez-y -rondement, à l'association Lagrange-Nivière, firent walk-over d'écurie dans le prix de Longchamp, et leur pouliche, Alerte, remporta le Grand Saint-Léger.

L'Omnium revint à Mazeppa, au baron E. Daru; — le Biennal et le prix de la Ville de Paris, à Télégraphe, à M. H. Delamarre.

Après Vertu-Facile, dont nous avons dit la victoire dans le Derby du Midi, à Bordeaux, on peut encore citer, en province : Mademoiselle des-Douze-Traits, à M. J. Robin, gagnante de 8 courses, dont le prix de Diane de l'Ouest et du Midi, à Limoges, et le Derby de l'Ouest, à Poitiers; — Wolfram, à M. Achille Fould, Poule d'Essai à Pau; — Yacht, à M. P. de Vanteaux, 8 courses, dont le Grand Saint-Léger du Midi, à Pompadour.

Palestro confirma ses succès de trois ans, en enlevant le Grand Prix de l'Impératrice et un Sweepstakes, de 10.000 francs à Newmarket. Mais il tomba bo teux, sur la fin du parcours, dans le Grand Prix de l'Empereur (Gladiateur), ce qui permit à Mon Étoile de le battre d'une demi-encolure. La jument de M. Aumont avait disputé, sans succès, précédemment, le Grand Prix de Bade, le prix d'Apremont et le prix de l'Empereur, à Chantilly, qui était revenu à son camarade Orphelin.

La Grande-Écurie fit, en outre, une ample moisson de prix Impériaux, avec Compiègne, qui en gagna quatre, plus le Cadran; Good-By, six, et Faustine, quatre, après quoi elle devint la propriété du comte Lehndorfï le futur grand maître des hiras allemands, pour qui elle remporta, en fin de saison, le prix de la Ville de Marseille (10.000 fr.).

Angus, à M. H. Delamarre, avait gagné deux courses à Bade, le .Biennal et le prix de la Ville (Handicap).

(1 ) Distancer le gagnant d'une épreuve de cette importance était chose grave, .mais il était impossible aux Commissaires, en raison des faits, d'agir autrement.

Voici le texte de leur décision :

'( Attendu qu'il est établi que, dans la course, Benjamin qui, à la fm du dernier tournant, se trouvait en dehors, à gauche de Choisy-le-Roi, l'a croisé de façon àl'empêcher d'avancer et est arrivé au but, en dedans, et à droite de Choisyle-Roi, bien qu'il n'ait jamais eu sur lui un avantage suffisant pour justifier ce changement dans la position des deux chevaux,

« Décident :

« Benjamin, arrivé premier, Généalogie, arrivée deuxième, et Champagne^ -appartenant aux mêmes propriétaires, sont distancés, et Choisy-le-Roi, placé troisième, est le gagnant;

« Et, attendu qu'il n'y a pas eu de quatrième cheval placé par le juge, les 2.000 francs attribués au second font retour au fonds de course. »

Les meilleurs deux ans ayant gagné en France sont Damier, Pas-Perdus, Perla et Fleur -de- M ai; nous verrons plus loin ceux ayant triomphé à Fétranger.

La Toucques n'a pas couru et Dollar a débuté obscurément.

Mais c'est en Angleterre surtout que nos jeunes chevaux avaient fait merveille.

HospoDAR (Monarque et Sunr.se), au comte de Lagrange, y cause une sensation profonde par ses victoires dans les Clearwell et les Criterion Stakes, ce qui lui vaut l'honneur — jamais dévolu jusqu'alors à un cheval étranger — d'être immédiatement installé premier favori des Deux mille Guinées et du Derby!

Puis, c'est Armagnac, qui enlève les Exeter et les Abingdon Stakes; — Brick, les Lavant Stakes, à Goodwood, le Biennal, à Brighton, et qui partage un Nursery; — Infante, les Champagne Stakes, à Bibury ; — Baliverne, Alba, Ondine, etc.

La valeur des chevaux français commençait d'ailleurs à s'affirmer. N'avait-on pas xu, après le meeting de Bade, où L? Maréchal avait remporté le prix de l'Avenir, lord Stamford s'en rendre acquéreur, ainsi que de Brick et Armagnac, déjà nommés, pour le prix global de 150.000 francs, alors fort élevé pour trois poulains de cet âge?

Le Maréchal fit triompher les couleurs de son nouveau propriétaire dans une épreuve réputée, les Gimcrak stakes, à York.

Gomme Benjamin avait été distancé dans la Grande Poule, ainsi que nous l'avons vu, son camarade Gouvieux fut distancé, dans le Northamptonshire Cup, pour avoir coupé Doyle,

Les courses de Fontainedleau, organisées par la Société d'Encouragement, furent inaugurées le dimanche qui suivit le Grand Prix, avec un programme des plus modestes (1). Bien que soutenues par la Cour, en raison de ses séjours en cette ville, elles îïe jouirent jamais que d'une vogue purement locale. L'éloignement de Fontainebleau et la longueur du trajet n'étaient pas faits pour y attirer le public, pas plus que la mauvaise qualité du sol de l'hippodrome n'était de nature à provoquer la venue des chevaux en grand nombre. On avait utilisé le champ de manœuvres des troupes de la garnison, dans la vallée de la Sole, en pleine forêt. Certes, le cadre était sédui-

(1) La Coupe lun objet d'art offert par l'Empereur et 4.000 francs par l'Administration des Haras) ne fut instituée que l'année suivante, et le prix de Seine-et-Marne (10.000 fr.), qu'en 1868, quand le meeting comptera deux journées mixtes, de plat et d'obstacles.

La journée d'automne ne sera créée qu'en 1872.

saiit, et le pesage des plus pittoresques, avec ses grands arbres et ses rochers. Mais il eût fallu dépenser des millions pour entretenir ce cirque aride et sablonneux, où les chevaux s'embourbaient par la pluie ou soulevaient des nuages aveuglants de poussière en temps sec.

Les courses de Fontainebleau n'en durèrent pas moins jusqu'à la mort du baron de La Rochette, en 1890. Il est vrai que la Société d'Encouragement ne les maintint aussi longtemps qu'en considération de cet éminent collaborateur, qui avait son château dans les environs.

A la fin de l'année, eut lieu la rupture de l'association Lagrange- Nivière. La Grande Écurie n'avait duré que deux ans. Offerte en bloc, pour 800.000 francs, elle ne trouva pas acquéreur et fut dispersée aux enchères publiques, partie en France et partie en Angleterre (1). Le comte de Lagrange racheta, entre autres, les quatre ans: Compiègïie (44.000 fr.),et Gahrielle d' Estrées {20.000); Stradella, trois ans (38.750); les deux ans: Hospodar (125,000), Jarnicoton (46.250), La Reine Berthe (6.000), et Vivid (25.000); les yearhngs : Fille de V Air (9.500), Béatrix et Sonchamp, 12.500 chaque; bon nombre d'autres encore et tous les foals (parmi lesquels Gladiateur, qui venait de naître), pour 115.000 francs.

Cette liquidation était excellente pour le comte de Lagrange, qui demeurait seul propriétaire d'animaux comme Fille de l'Air et Gladiateur, et désastreuse pour le baron jNivière, à qui leurs succès retentissants devaient causer d'amers regrets.

M. H. Lunel, dont les couleurs (casaque et toque bleu-ciel) connaîtront les succès sur les grands hippodromes, remporte sa première victoire avec Lilas, transfuge de l'écurie Delamarre, dans le prix du Conseil général, à Marseille, tandis que la casaque rouge, bleu et blanc, toque noire, du comte F. de David-Beauregard,

(1) Sur les 78 chevaux qui la composaient, 25 furent retirés pour 421.750 francs; les 53 autres firent 316.615 francs. Les principaux acheteurs furent :

Administration des Haras : Gouvieux, âgé, 5.000 francs. Marignan et Bon-' Espoir, 25.000 francs chaque;

H. Delamarre; Fidélité, yearling, 3.000 francs;

Th. Hurst : Alerte, 21.500 francs;

H. Jennings : Mlle Duchesnois, yearling, Donjon, 2 ans, et Falendre ex Magenta,, 3 ans, qui se fera une réputation dans le steeple-chasing, en Angleterre, sous le nom de L'Africain, ensemble pour 7.500 francs;

Comte Lehndorff : Pa,lestro, 4 ans, 25.000 francs, livrable au Gouvernement prussien, après une saison de monte dans les haras impériaux:

Duc de Morny : Gédéon,. yearling, 4.000 francs;

Baron Nivière : Finla,nde ex Fautine, 4 ans, 8.000 francs; elle passera plus tara chez M. A. Lupin, qui n'aura pas lieu de s'en repentir, comme nous le verrons.

Lord Stamford : Gemma,, 3 ans, 25.000 francs.

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gagne sa première course dans le Midi, où elle est appelée à devenir populaire, avec Princesse Royale, dans le prix des Tribunes, à Hvères.

La victoire de Caractacus, dans le Derby d'Epsom, ne vaut d'être signalée que par l'acte de libéralité de son propriétaire, un tailleur de Londres, nommé Snewing, que rapporte Ganter, dans son A. B. C. des Courses (1 ).

( 1 ) Ses amis avaient beaucoup parié et lui conseillaient vivement de choisir un jockey en renom. Mais il n'en voulut rien faire, alléguant que son cheval n'était jamais plus calme qu'avec un garçon de 15 ans,nommé J. Parsons,quilui donnait chaque matin des galops d'exercice, et que ce garçon avait toute sa confiance.

— « Y pensez-vous, lui disait-on. Un enfant qui n'a jamais couru en public Il perdra la tête, s

Il la perdit si peu qu'il gagna.

Pour l'en remercier, Snewing lui assura, sur-le-champ, une rente viagère de 2.500 francs.

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