CHAPITRE XLJ
ANNEE f864
Fille de V Air, Vermout, Bois- Roussel, Blair-Athol. — M. H. Delamarre. — Joë Jones. — Les « classics » de l'entraîneur J. Scott. — Débuts de l'écurie A. Desvignes. — Dollar, Noélie, Stradella {suite). — Inauguration de l'hippodrome de Deauville. — Importation de la jument Slapdash. — Fondation de la Société de Demi-sang.
L'année de Fille de FAir, Vermout, Blair-Athol et Bois-Roussel, et, parmi les vieux chevaux, de Dollar.
Fille de l'Air, ers.-Capucine II (Faugh-a-Ballagh et Pauline), s'était couverte de gloire, à deux ans, en Angleterre.
Née, en 1861, chez M. Benoist,et vendue yearling au comte de Lagrange, qui l'avait rachetée à la dissolution de son association avec le baron Nivière, elle gagne, le 19 mai, pour ses débuts, les Woodcote stakes, à Epsom, puis les Malecomb stakes, battant Scottisch Chief, fait walk-ower dans le Brighton Biennal, enlève, à Newmarket, un Sweepstakes, puis les Criterion stakes. Elle avait été placée seconde, dans les Champagne stakes et un Sweepstakes, à Doncaster, et troisième, à Epsom, dans les Two Years Old et les Hopeful stakes, — soit, sur neuf courses, cinq victoires et quatre places. Ces performances firent une telle sensation, qu'on vit en FUI? de VAir une pouliche du plus grand avenir et que, dans l'enthousiasme du moment, on n'hésita pas à la comparer à la célèbre Crucifix.
Partie favorite dans les Mille Guinées, Fille de VAir n'y fut pas placée... Après ses retentissants succès à deux ans, cet échec causa quelque surprise, et le journal The Globe ne craignit pas de dire que la pouliche avait été tirée. L'affaire fit grand bruit, mais, devant l'attitude énergique du comte de Lagrange, l'organe londonien se vit obligé à des excuses publiques. Fille de l'Air ne fut guère plus heureuse dans la Poule d'Essai, où elle ne put prendre que la troisième place, derrière Baroncello et Bayard, mais précédant
Bois-Roussel. Elle ne tarda pas à se réhabiliter, en enlevant brillamment le prix de Diane, puis les Oaks, sur Tomate, gagnante des Mille Guinées et seize autres adversaires.
Les Anglais sont assez mauvais joueurs, nous l'avons déjà constaté. Cette victoire, dans une grande épreuve nationale, d'une pouliche étrangère, eut le don de déchaîner la fureur de la foule, et la jument, ainsi que son jockey, ne dut qu'à la protection de la police de pouvoir regagner le pesage. On s'en prit ensuite au propriétaire en prétendant qu'elle avait quatre ans, et des vétérinaires — à la protestation indignée du comte de Lagrange et, reconnaissons-le, des sommités sportives anglaises — furent commis pour examiner sa bouche.
Bois-Roussel (Tlie Nabob et Agar), à M. H. Delamarre, racheta sa défaillance de la Poule d'Essai en remportant successivement la Poule des Produits, le prix de l'Empereur (Grande Poule) et le prix du Jockey-Club. Son camarade Vermout (The Nabob et Vermeille, ex -Merveille), n'ayant à son actif que le prix du Printemps, ne pouvait prétendre qu'à un rôle de comparse dans le Grand Prix, où Fille de V Air et Bois-Roussel paraissaient seuls de taille à défendre nos intérêts contre le redoutable Blair-Âthol (Stockwell et Blink- Bonny), qui venait, pour ses débuts en public, de remporter le Derby d'Epsom, sur General Peel, le vainqueur des Deux mille Guinées (1). On espérait une victoire française, mais sans y croire beaucoup, ainsi qu'en témoigne la cote de départ : 2/7 Blair-Athol, 3/1 Fille de V Air, 7/1 Bois-Roussel; les autres, de 12 à 50/1.
Les jockeys de Blair-Athol (T. Snowden) et de Fille de VAir (A. Edwards) eurent le tort de se croire seuls en course. Ils enta-
(l) Qu'il devait battre à nouveau dans le Saint-Léger de Doncaster. Ce sera la première fois, depuis la fondation de ces épreuves, que les deux premiers du Derby finiront dans le même ordre.
A propos de la victoire de General Peel dans les Deux mille Guinées, il n'est pas sans intérêt de rappeler qu'elle était la quarante-deuxième grande épreuve classique que remportait son entraîneur, John Scott.
En voici le détail :
Six Derby: Saint-Giles (1832), Mundig (1835), Attila (1842), Cotherstone (1843), Daniel O'Rourke (1852), West-Australian (1853).
Huit Oaks : Cyprian (1836), Industry (1838), Ghuznee (1841), Princess (1844), Iris (1851), Songstress (1852), Marchioness (1855), Queen Bertha (1863).
Seize Saint-Léger : Matilda (1827), The Colonel (1828). Ro\<ton (1829), Margrave (1832), Touchstone (1834), Don John (1838), Charles XII (1839), Launcelot (1840), Satirist (1841), The Baron (1845), Nex^-minster (1851), West-Australian (1853), Warlock (1856), Impérieuse (1857), Gamester (1859), The Marquis (1862).
Huit Deux mille Guinées : Meteor (1842), Cotherstone (1843), Pistford (1850), West-Australian (1853), Fazzoletto (1856), TheWizard (1860), The Margms(1862) General Peel (1864).
Quatre mille Guinées: Canezou (1848), Mentmore Lass (1850), Impérieuse (1857), Sagitta (1860).
Ces résultats, dans trente-sept années d'entraînement, constituent un record qu'aucun autre entraîneur n'a encore approché.
mèrent une lutte prématurée, qui les laissa sans ressources pour la fin, en sorte que, lorsque le cheval anglais eut définitivement pris le meilleur sur la pouliche, il se trouva hors d'état de résister à l'attaque de Vermout (Kitchener), qui l'emporta d'une demi-longueur, au milieu d'un enthousiasme indescriptible, auquel l'Empereur lui-même prit part, en levant, le premier, son chapeau, en l'honneur de cette victoire de l'élevage national (l).
Fille de V Air, troisième à une longueur, fut distancée au profit de Bois-Roussel, quatrième, son jockey ne s'étant pas fait peser à sa rentrée au pesage.
M. Henri Delamarre, qui triomphait ainsi avec Vermout, avait débuté sur le turf une dizaine d'années auparavant, avec quelques chevaux d'obstacles, dont Flying Buck, qui fut le rival de Franc Picard. Il s'associa ensuite avec MM. de Lauriston et Albéric de Saint- Roman. Puis, se lia avec le comte P. Rœderer, propriétaire du haras de Bois-Roussel (dans la commune de Bursard, à quelques lieues d'Alençon), lequel ne conservait à l'entraînement que de rares produits de son élevage, tous les autres étant vendus annuellement. En 1860, une nouvelle association se forma entre eux et MM. Charles Laffitte, L. de Saint -Roman, E. Archedeacon et Edouard Fould, pour l'exploitation directe de tous les produits du haras de Bois- Roussel, sous le nom et les couleurs — casaque marron, manches rouges et toque noire — de M. Delamarre. On sait la place prépondérante qu'allait prendre la nouvelle écurie, grâce à la haute compétence de son chef.
A ses connaissances hippiques, M. H. Delamarre ajoute — comme cet autre homme de cheval consommé que fut le baron J. Finot — ■ un véritable talent de peintre. De nombreux tableaux de lui, que ne désavoueraient pas nos meilleurs artistes, ornent les salons du
(l) La joie générale était telle, qu'un grave personnage comme le baron de La Rochette, toujours si calme et si pondéré, sembla avoir perdu tout à coup son sang-froid habituel. « Quand le cheval vainqueur eut passé le poteau, on le vit, en effet, jeter son chapeau en l'air, crier bravo et frapper des pieds comme eût pu le faire un écolier. » (Comte Gaston de Ludre. — Le baron de La, Rochette.)
Que la foule acclamât Vermoid, rien de plus naturel ; mais il n'était pas besoin d'y joindre des insultes au vaincu, et l'on ne peut que regretter les manifestations déplacées qui accueillirent la rentrée de Blair-Athol.
Elles se comprenaient d'autant moins que les réunions de courses avaient alors, même dans les grands jours, un côté bon enfant qu'elles ont perdu. On en trouve la preuve dans la présence, au pesage, de personnages excentriques comme ce Joë Jones, qui semblait s'être donné, à cette époque, la mission de divertir le public, à toutes les solennités sportives. « C'était, ainsi que le rappelle Saint- Georges, dans le Turf français au xix« siècle, <ine sorte de Triboulet, saltimbanque, boxeur, jockey, nageur et, au besoin, sauveteur. Son rôle était de faire rire. Si, d'aventure, on le heurtait dans la foule, il trébuchait, roulait à terre, feignait d'être blessé. Il jappait, gloussait, miaulait, imitait la clarinette, le clairon, les castagnettes, poussait des notes de ténor, sautait comme Léotard, et déclamait des vers. Ce jour-là, il était tout habillé de blanc, un large ruban rouge en sautoir, la poitrine diaprée de médailles, d
Jockey-Club, entre autres, le défilé de ce Grand Prix de 1864, dont nous donnons ci-contre une reproduction.
Cette victoire fit couler des flots d'encre, et la question de savoir si Vennout était supérieur à Blair-Athol et Fille de V Air ne fut jamais tranchée.
Il est certain que, dans le Grand Prix, le poulain de M. Delamarre avait eu tous les atouts dans son jeu, alors que ses adversaires, au contraire, y avaient eu tous les désavantages. 11 est plus facile, en effet, de triompher en venant à la fin sur des chevaux épuisés par une longue lutte préalable, que de résister, après cette lutte, à un nouvel assaut.
Vermout et Blair-Athol ne devant plus avoir occasion de se rencontrer, ce n'est que par impression et en nous basant sur leurs performances subséquentes, que nous pensons que le fils de Stockwell était supérieur à celui de The Baron.
En ce qui concerne Fille de VAir, si Vermout la battit une seconde fois, dans le Grand Prix de Bade (en en recevant, il est vrai, 3 livres et le sexe), la pouliche en eut raison, également deux fois, d'abord dans le Saint-Léger Continental de Bade, puis, à l'automne, sur la distance même du Grand Prix, dans le Grand Prix du Prince Impérial (Royal-Oak).
11 restait une belle à jouer. Elle ne fut jamais disputée, Vermout n'ayant pas reparu sur le turf après sa troisième année, alors que sa rivale continuera à s'y couvrir de gloire, en sorte que cette question de suprématie n'a pas été résolue (1).
Il est curieux de remarquer quel lien étroit de parenté unissait ces deux rivaux, bien qu'ils provinssent d'élevages différents.
En effet, l' arrière-grand' mère maternelle de Vermout et l'arrièregrand-père paternel de Fille de VAir étaient tous deux par Emilius (descendant d'Eclipsé), et le grand-père paternel de Vermout était fils d'Irish Birdcatcher, propre frère de Faugh-a-Ballagh, le père de Fille de VAir.
Devaient-ils à cette consanguinité rapprochée leur égale qualité sur le turf? En tous cas, elle ne les servit pas également au haras où, tandis que Fille de VAir se montrera poulinière médiocre, Vermout prendra rang parmi nos meilleurs étalons. De son côté, Blair- Athol s'illustrera au stud, notamment par son filsDoncaster, qui remportera, comme lui, le Derby, et, comme lui, succombera devant un représentant de M. Delamarre, Boïard, dans le Grand Prix, en 1873-
(1) Vermout avait encore gagné la Poule des Produits, à Bade, et le prix de Chantilly (ex-prix de l'Empereur), à Paris.
Fille de l'Air, en plus des quatre^victoires précitées, avait également remporté le Saint-Léger, à Moulins, le prix'Lichental, à Bade, le Brighton Biennal, les Newmarket Oaks, le Newmarket Derby et un Handicap libre, à l'Houghton meeting.
Nous la verrons poursuivre le cours de ses succès en 1865.
Bois- Roussel, tombé broken-down dans le Grand Prix, fut vendu 50.000 francs au Gouvernement autrichien et envoyé au haras de Kisber, en Hongrie.
Après ce formidable trio, il restait bien peu à glaner pour les autres trois ans : Baronello eut la Poule d'Essai; — Gédéon, le prix de Longchamp; — Perle, l'Omnium; — Grande Dame, le prix de la Ville de Caen, de 12.000 francs; — et Affidaçit, à M. H. Lunel, une demi-douzaine d'épreuves secondaires, dont le Derby Continental,^ à Gand.
Cet Affidaçit avait débuté obscurément dans le prix de Lutèce. Quelques jours après, monté par le capitaine Hunt, il remporta facilement le prix de Viroflay, sur un lot nombreux, dont faisait partie Gahrielle d'Estrées. Il était difficile de voir dans le gagnant d'un modeste prix de gentlemen-riders un futur prétendant au prix du Jockey-Club, dans lequel, cependant, il ne succomba que d'une tête contre Bois-Roussel, qui ne dut de triompher qu'à la supériorité de son jockey.
Dame Blanche, qui provenait de l'élevage de Victot, inaugura, par un modeste succès, à Tours, la casaque violet et jaune de M. A. Desvignes, dont le haras de Bazouges produira quelques bons chevaux.
Parmi les vétérans, Guillaume-le-Taciturne enlève le Cadran; — Stradella, la Coupe de Fontainebleau; — Partisan, le prix de la Seine; — et Noélie, le Grand Prix de l'Empereur (Gladiateur) battant Dollar, Gahrielle d'Estrées et Orphelin.
Dollar ouvre la saison par une victoire dans les Northamptonshire Stakes, puis il bat diun nez, dans le Grand Prix de l'Impératrice (Rainbow), Stradella, qui lui rend 7 livres et le sexe; dans le Grand Prix de Bade, il succombe, à 20 livres pour l'année, contre Vermout; prend la seconde place, dans les Worcester Stakes et le Wolverhampton handicap, non sans avoir remporté, précédemment, le Brighton Cup et battu, à poids égal, dans la Goodwood Cup, East Lancashire et The Ranger, vainqueur du premier Grand Prix.
C'était la première fois qu'un cheval français, portant son poids pour âge, triomphait dans laGoodwoop Cup, et, particularité curieuse,. il appartenait précisément à M. A. Lupin qui, le premier, avait gagné cette même épreuve avec un cheval français — Jouvence, en 1853, — bénéficiant alors de la décharge de 10 livres, qui était accordée aux concurrents étrangers.
Dollar s'illustrera au haras par une race d'une rare élégance de formes et d'une grande souplesse d'action, dont nous aurons maintes occasions de signaler les succès.
Les meilleurs deux ans sont Le Béarnais, Le Mandarin, Gontran Clermont, Tourmaln, Anecdote et Surprise.
On parle aussi d'un grand poulain de Monarque, nommé Gladialeur, pour lequel le comte de Lagrange a fait les plus beaux engagements, mais dont les jambes inspirent les plus vives inquiétudes. Oa sait quelle carrière parcourra « l'éternel boiteux ».
L'hippodrome de Deau ville fut inauguré le 14 août.
Deau ville n'était qu'une modeste bourgade de pêcheurs, qui comptait à peine une centaine d'habitants, quand le duc de Morny songea à faire de cette plage normande la plus élégante des stations balnéaires françaises. Avec son inlassable sollicitude pour les courses et le goût croissant du public pour ce sport, il estima qu'elles étaient une des plus sûres attractions à offrir aux mondains qu'il voulait attirer. M. Calenge, le président de la Société des Courses de Caen,. lui prêta le concours le plus précieux; les dunes sablonneuses de Deauville se couvrirent de gazon, des tribunes et des écuries con» fortables s'élevèrent rapidement, et l'inauguration du nouvel hippodrome eut un plein succès. L'organisation matérielle fut surtout des plus remarquées, car, pour ce qui est de la piste, ce ne sera quebien des années plus tard qu'elle acquerra, à force de soins et d'entretien, l'élasticité voulue.
« La fondation de cet hippodrome, écrit Ned Pearson, marque une des phases les plus brillantes de la marche des courses en France, la nouvelle réunion ayant été organisée dès le début sur une vaste échelle inconnue chez nous, partout ailleurs qu'à Longchamp et à Chantilly. »
Ce budget sensationnel ne s'élevait pourtant qu'à 23.500 francs,, réparti sur deux journées de courses plates et d'obstacles.
On n'était pas gâté sous le rapport des allocations, il y a cinquanteans.
L'épreuve la plus importante était le prix de la Ville, pour chevaux de trois ans et au-dessus, d'une valeur de 6.000 francs. Le prix: Morny, de 5.000 fr., pour deux ans, ne fut créé que l'année suivante, et la Coupe, de 20.000 fr., qu'en 1866.
Bien que très modestes au début, comme on le voit, les courses de Deauville devaient aller en se développant chaque année,, pour devenir plus tard la grande attraction mondaine de la saison estivale.
Les courses d'Ostende datent également de cette année. Elles furent longtemps sans importance et n'ont pris date dans le calendrier sportif qu'avec la création du Grand Prix, en 1898, et du Grand Critérium International, en 1899.
On peut signaler la mort des deux poulinières Euséhia et Fraudule?it, dont nous avons parlé en 1844 et en 1853, et l'importation de Slapdash (Annandale, par Touchstone, et Messalina, par Bay Middleton), née en 1853, qui sera la mère de Fervacques (186'*), Saltarelle (1871, Saxifrage (1872), Saltéador (1876), et ia Flandrie{1811).
Enfin nous devons rappeler, en raison du rôle que les courses plates joueront dans son programme à partir de 1879, la fondation de la Société d'Encouragement pour V amélioration du cheval français de demi-sang (1).
(1) Fondée sous la présidence du marquis de Croix, avec le concours de MM. Basly, Bastard, Brion, marquis de Cornullier, Desloges, Forcinal, comte de Germiny, comte de Montigny, comte d'Osseville et M. de Saint-Germain.
Sans entrer dans l'historique des courses au trot, qui sortent du cadre de cet ouvrage, on peut rappeler brièvement qu'elles n'avaient pas pour but, à l'origine, de développer la vitesse chez le cheval de demi-sang, mais simplement de le dresser en vue de sa présentation aux haras, aux remontes et aux marchands.
Les premiers essais de trotting avaient eu lieu à Saint-Brieuc, en 1807; Aurillacet Strasbourg, en 1820; Nancy, en 1828. Ils avaient été partout infructueux, en dépit des efforts de Ephrem Houël, inspecteur des Haras, Dupont, directeur du dépôt d'étalons de Saint-Lô, et de la Société vétérinaire de Normandie.
Mais la question d'argent paralysait tout, et les Conseils généraux faisaient la sourde oreille, quand un marchand de vins de Cherbourg, espérant que la nouveauté du spectacle attirerait les Anglais, offrit l'emplacement et les fonds.
La Société fondée par lui a servi de modèle à toutes les autres qui se sont constituées ensuite. L'inauguration, sur la place de Cherbourg, eut lieu en 1 8.36 ; puis des courses furent données à Caen (1837), Saint-Lô (1838) et Rouen (1843).
L'Administration des Haras, voyant qu'elles réussissaient, créa — dans l'espoir de faire échec à la Société d'Encouragement, dont nous avons vu qu'elle essayait de paralyser l'œuvre par tous les moyens — des prix pour étalons de trois ans. De nouvelles sociétés se fondèrent, et, le 25 avril 1848, une commission demandait au Conseil des Haras l'augmentation des courses au trot.
Dès 1850, les prix atteignaient 92.000 francs, sans toutefois que le trotting jouit encore de la faveur publique. Le général Fleury lui donna une nouvelle impulsion en 1860, mais cette branche secondaire du sport ne devait trouver son riel développement qu'avec la Société de Demi-Sang.