‹ Historique des courses de chevaux de l'antiquité à ce jourChapitre 63 sur 202 · IH · texte numérisé non relu

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chevaux sur les dents; les meilleurs, même employés à plusieurs, en relais, ne parvenaient pas à l'obliger à s'étendre. La célèbre Fille de VAir, elle-même, resta dans un de ces essais terribles. Seul, Le Mandarin résista, mais il éprouvait une telle appréhension de cette épreuve que, lorsqu'on l'amenait sur le terrain et qu'il voyait Gladiateur, il se couvrait de sueur et se mettait à trembler de tous ses membres. On juge de ce que put être une telle préparation et de ce qu'il fallut de précautions pour que la valeur d'un tel animal ne s'ébruitât pas. Étant donné le nombreux personnel d'un établissement d'entraînement^ et les tentations auxquelles il est soumis, il est extraordinaire, en effet, qu'aucune indiscrétion n'ait été commise et que nul, jusqu'à la rentrée triomphale de Gladiateur sur le turf, n'ait eu vent de sa qualité hors de pair (1).

Ce ne fut, en effet, que dans les derniers jours d'avril — quand on apprit que Liddington, le favori des Deux mille Guinées et du Derby, n'avait pas donné satisfaction à son entraîneur — que le nom de Gladiateur s'inscrivit, pour la première fois, à 12/1, sur la cote des Deux mille Guinées.

Vint le jour de la course. Gladiateur fut sellé à l'écart. Peu de monde l'entourait, et quand il parut sur la piste, il fut déclaré « un vilain grand cheval de voiture ». Inutile d'ajouter que plus tard, alors qu'une foule enthousiaste s'écrasera autour de lui au pesage, ce vilain grand cheval de voiture deviendra « un des plus admirables modèles de pur sang qu'on eût jamais vus ! L'arrivée, suivant l'expression consacrée, eut lieu dans un mouchoir. Gladiateur ne l'emportant que d'une encolure sur Archimedes, qui ne précédait également que d'une encolure Liddington, que suivait à une tête Zamhesi, à une tête de qui venait Bedminster. Le champ comprenait douze autres

(1) La discrétion qui entoura le travail de Gladiateur fut de règle constante, à toutes les époques, dans l'écurie. On s'est étonné que, durant sa longue carrière sur le turf, le comte de Lagrange n'eût jamais été trahi par ses associés ou par ses serviteurs. Cela tenait sans doute à ce qu'il ne disait que ce qu'il voulait qui fût répété, et surtout, parce que, suivant l'expression du comte Paul Daru, « il était de ces hommes qui savent toujours se faire obéir ».

Voici, à titre de curiosité, d'après le comte de Suffolk et Berkshire, deux des principaux essais de Gladiateur, avant les Deux mille Guinées :

19 avril, distance 1.600 mètres: l«^ Gladiateur, 57 kilos; — 2<=, Argences, 50 kil. 1/2; — 3«, Le Mandarin, 54 kilos; — 4«, Le Béarnais, 50 kil. 1/2. Tous âgés de 3 ans. Argences était le cheval d'essai; il avait très bien couru, la veille, dans le Newmarket Biennal, contre le vainqueur; Kangaroo, et il était le favori du prix du Jockey-Club.

29 avril, distance 1.600 mètres : 1", Gladiateur, 57 kilos; — 2", Le Mandarin, 45 kilos; — 3«, Vivid, 5 ans, 51 kilos.

Chaque fois, Gladiateur gagna arrêté

Après sa victoire dans les Deux mille Guinées, nouvel essai en vue du Derby, sur 2.400 mètres, cette fois : {"', Gladiateur, 57 kilos; — 2S Fille de l'Air, 4 ans; 3^, Vivid, 5 ans; et 4^, Soumise, 4 ans, portant, toutes trois, 53 kil. 1/2.

Fille de l'Air était alors en pleine forme, ce qui n'empêcha pas Gladiateur de l'emporter dans un canter de ce qu'il voulut.

partants, parmi lesquels Regalia, qui remporta les Oaks et qui, rappelons-le en passant, devint plus tard la propriété de M. G.-J. Lefèvre et fut la mère de Clémentine et de Zut.

Si quelques journaux anglais commentèrent ce résultat avec mauvaise humeur — le Sporting-Life alla même jusqu'à exprimer quelques doutes sur la régularité avec laquelle l'âge des chevaux est constaté en France, ce qui équivalait à accuser Gladiateur d'avoir quatre ans — l'ensemble de la presse constata qu'il avait été accueilli par le public avec beaucoup de sympathie. On n'en discuta pas moins longuement sur cette victoire, difficile, suivant les uns, facile, d'après les autres, Gladiateur n'ayant pas été attaqué par ses adversaires, mais les ayant remontés successivement

Le résultat, en tous cas, fut de porter Gladiateur en tête de la cote du Derby.

Il y partit favori à 5/2, dans un champ de vingt-neuf concurrents.

Ce que fut la course, à quoi bon le rappeler. Tout le monde sait que, à deux cents mètres du poteau, il n'était pas encore question de Gladiateur qui, pendant tout le parcours avait été, volontairement ou non, enfermé dans le peloton. Quand H. Grimshaw parvint enfin à le dégager, il aperçut à 50 mètres devant lui deux chevaux, Christtnas Carol et Elham, entre qui la lutte semblait circonscrite, et dont le pubhc criait déjà éperdument les noms. Tout à coup, cette foule hurlante se tut, stupéfaite. En quelques foulées, Gladiateur avait rejoint les deux chevaux, puis les laissait surplace, pour gagner de deux longueurs.

A la stupeur, succéda une émotion intense, un abattement profond.

Déjà, l'année précédente, quand Fille de V Air avait enlevé les Oàks,le dépit avait été grand en Angleterre, et, pour se consoler, nos voisins avaient insisté sur ce que cette épreuve, après tout, n'était ouverte qu'aux pouliches et qu'il fallait s'attendre à tout avec des bêtes aussi irrégulières!... Puis, quand Blair-Athol avait été battu par Vermout, dans le Grand Prix de Paris, on trouva mille excuses à cette défaite : le poulain se ressentait de la fatigue de la traversée, il ne connaissait pas le parcours, famiUer aux chevaux français, son jockey l'avait imprudemment usé dans une lutte prématurée avec cette même Fille de V Air, la seule qu'il croyait avoir à craindre, — • ce qui était exact, d'ailleurs... Mais, cette fois, si une excuse pouvait être invoquée, c'était précisément en faveur de Gladiateur, qui avait été enfermé' — volontairement ou non, nous le répétons — jusqu'à 200 mètres du poteau, ce qui eût irrémédiablement paralysé la chance de tout autre cheval ne possédant pas son formidable abattage.

Le premier moment de stupeur passé, les journaux anglais rendirent justice au mérite de Gladiateur. « Quand il galope, écrivait l'un, les autres semblent ne plus bouger de place. » Un autre le comparait à « un géant au miheu de pygmées », cependant que, renchérissant encore, un autre s'écriait « qu'avec sa crinière volant au vent et ses jambes velues, il les dominait tous comme un roi ! »

Dès la proclamation du résultat, les bureaux télégraphiques avaient été envahis et des nuées de pigeons portèrent la nouvelle sensationnelle aux quatre coins du Royaume-Uni.

Sous des tentes somptueusement dressées, le capitaine Heatley, ancien officier de l'armée des Indes, qui avait largement escompté la victoire du poulain français, avait fait préparer une fête en l'honneur du vainqueur. De tonneaux de cristal, entourés d'énormes blocs de glace, une pompe en argent massif déversait le Champagne à deux mille convives. A ce festin, qui coûta cent mille francs, dit-on, tout Français présent à Epsom fut invité de droit.

De son côté, le prince de Galles fêta cette victoire par un grand dîner, auquel il avait convié toutes les illustrations du monde britannique, et où lord Derby, descendant du fondateur de la course, félicita le comte de Lagrange, dans un discours plein de courtoisie et de sympathie pour la France.

A Paris, l'émotion fut considérable. Le Jockey-Club illumina, et le jour où le comte de Lagrange, de retour de son déplacement à Epsom, fit sa rentrée au Corps Législatif, l'Assemblée tout entière lui fit une longue ovation. Enfin — suprême consécration de la popularité en France — la mode s'empara de ses couleurs et, pendant toute la saison, ce ne furent, aux devantures des magasins, qu'étoffes et cravates, ombrelles et chapeaux bleu et rouge.

Gladiateur n'avait pas couru en France. On devine avec quelle curiosité sa venue était attendue. Aussi plus de cent cinquante mille personnes de tous les mondes se rendirent-elles, le 11 juin, à Longchamp, pour voir le célèbre poulain disputer le Grand Prix. La recette atteignit 127.000 francs, chiffre record à ce moment.

On ne payait que trois en sa faveur.

Comme aucun cheval du lot n'était de taille à faire galoper Gladiateur, et en raison aussi de la dureté du terrain et de la longueur de la descente peu favorables à ses jambes, H. Grimshaw le tint en queue, loin derrière, si loin même que Vertugadin et Tourmalet, qui avaient pris le commandement à une allure extrêmement rapide, avaient plus de vingt longueurs d'avance dans le dernier tournant. Un moment, le public put croire à la défaite du favori et l'émotion fut considérable. Mais Grimshaw n'eut qu'à lâcher la tête à son cheval, à l'entrée de la ligne droite, pour que, en trois foulées, ses adversaires n'existassent plus.

Une ovation formidable, telle qu'aucune arrivée n'en a suscité depuis, accueillit le cheval et son jockey qui, pressés, bousculés, acclamés par la foule qui s'était ruée sur la piste, eurent une peine infinie à rentrer au pesage.

Il est curieux de retrouver dans le Sport l'écho de cette victoire. Voici en quels termes dithyrambiques s'exprime Ned Pearson :

« Tout chez lui respire la puissance, la force, la légèreté, la douceur et le courage. L'on ne peut s'empêcher de se rappeler, en l'examinant, cette phrase emphatique d'un chef arabe montrant son cour-

sier favori à un étranger et lui disant : « Regarde et rassasie tes yeux ! » Grand, plus grand encore que son père, son épaule, d'une longueur et d'une inclinaison gigantesque, s'enfonce sous la selle et est cependant séparée des hanches par une longueur dont on ne peut se faire une idée. Contrairement à tous ses frères, l'arrière-main — peut-être un peu dépourvue de chair, en raison de la condition sévère où il se trouve — est remarquablement musclée; les avant-bras sont énormes. En lui transmettant cet air de grande race et de haute distinction dont il a le privilège. Monarque ne lui a pas donné la légèreté peut^ être un peu exagérée de son squelette. L'ossature de Gladiateur est remarquable, ses articulations irréprochables, ses leviers d'une rare puissance. On sent que, pour un pareil cheval, il n'existe ni poids, ni distance : il galope comme un oiseau vole ou comme un poisson nage. Nous ne parlons pas de cette longue encolure de cygne, de cette tête fine et intelligente : il ne serait pas le fils de son père, s'il ne les possédait pas.

« Nous avons bien entendu prononcer autour de nous les mots de jardon, d'attache de reins, un peu molle. Nous sommes plus enthousiastes de la vraie beauté et nous ne nous inquiétons pas de savoir si la Vénus de Milo a un cor aux pieds.

« Il n'y a aucune exagération dans la description que nous en ont donnée les feuilles anglaises. On le reconnaît sans l'avoir vu, tant son aspect diffère de celui de tous les autres chevaux. L'œil ne peut plus se détacher de liii dès qu'il s'y est fixé, et jamais un sportsman ne s'est absorbé dans la contemplation d'un plus splendide animal. »

Gladiateur resta toute la semaine à Paris, et ce fut, jusqu'à ce qu'il retournât à Newmarket, sous la conduite de Tom Jennings, qui l'avait amené, un défilé ininterrompu de visiteurs.

Mis au repos, il ne courut pas à Ascot et ne reparut qu'à Goodwood, dans les Drawing Room Stakes, où il battit de quarante longueurs le poulain Longdown, qui avait fait dead-heat avec lui, à deux ans, pour une troisième place !... Après un walk-over dans les Bentick Mémorial Stakes, il enleva dans un canter le Saint- Léger de Doncaster, sur Regalia, la gagnante des Oaks, et douze autres concurrents.

Après les preuves répétées que Gladiateur avait données de sa qualité, on pouvait croire que tous les sportsmen s'étaient rendus à l'évidence et reconnaissaient la supériorité du fils de Miss Gladiator. Il n'en était cependant rien, et M. J. Graham, le nouveau propriétaire de Regalia, qu'il avait achetée à M. W. Harlock, se montra aussi discourtois que mal avisé, en reprenant, pour son compte, les insinuations antérieures du Sporting Life, et en déposant, avant la course, malgré ses amis qui firent tous leurs efforts pour l'en dissuader, une réclamation s'opposant au départ de Gladiateur, jusqu'à ce que son âge eût été constaté par l'examen de sa bouche. Cette réclamation n'ayant pas été admise par les Commissaires, il la renouvela après

la course. Les Commissaires, à l'approbation unanime, maintinrent leur décision, les certificats produits par le comte de Lagrange, avant le Derby, ne laissant aucun doute sur l'identité du poulain et sur son âge, tandis que le réclamant ne présentait aucune preuve à l'appui de ses allégations.

Gladiateur revint en France pour le Grand Prix du Prince Impérial (aujourd'hui prix Royal-Oak), où Vertugadin ne put l'obliger à s'étendre, puis il retourna cueillir, en Angleterre, le Newmarket Derby, dans lequel il laissa à nouveau le malheureux Longhow à quarante longueurs, et il termina la campagne par une tentative infructueuse dans le Cambridgeshire, sous le topweight, impossible pour un trois ans, de 62 kil. 1/2.

Il y partit néanmoins favori du public à 7/1, en dépit des pronostics de la presse spéciale, qui faisait valoir que, pour ce parcours de 1.800 mètres, il fallait d'abord un « quick beginner », ce que Gladiateur n'avait jamais été, ensuite que son poids se ferait d'autant plus sentir que le terrain était détrempé, enfin qu'aucun cheval n'avait encore gagné cette épreuve avec un poids supérieur à 48 kil. 1/2, à trois ans, et 51 kil. 1/2, à 4 ans (1).

En tous cas, jamais Cambridgeshire n'offrit un tel attrait. C'était la première fois, d'ailleurs, qu'au nombre des partants figurait un aussi glorieux compétiteur.

La course revint à Gardeçisure, pouliche de trois ans, qui fut favorite des Mille Guinées, laquelle ne portait que 39 kilos, c'està-dire 47 livres de moins que Gladiateur. De Lavis des meilleurs juges, celui-ci Peut emporté si la piste n'avait été aussi collante. Voyant la partie perdue, son jockey ne voulut pas lui imposer un effort inutile et n'insista pas pour une place, en sorte que Gladiateur finit dans les derniers.

Étant donné Fétat du terrain, le comte de Lagrange ne l'aurait certainement pas fait courir, s'il n'avait tenu à sauvegarder les intérêts des parieurs, un argent fou ayant été misé sur son cheval, malgré son poids écrasant.

On le loua d'avoir agi de la sorte. Nous l'eussions, au contraire, très courtoisement blâmé de courir le risque de claquer un cheval de cette valeur pour des considérations de cette nature.

La suppression des paris à l'avance a ceci de bon qu'un propriétaire est enfin maître chez lui jusqu'au dernier moment, et qu'il ne se croit plus obligé, si le terrain, par exemple, peut être dangereux pour son cheval, de le faire partir quand même, pour ne pas déjouer les spéculations de la foule.

Après le Cambridgeshire, Gladiateur prit ses quartiers d'hiver. Dans son année, le comte de Lagrange gagnait, tant en France

(l) En 1881, Foxhâll a porté le record des trois ans à 57 kilos, et, en 1884 Florence, celui des quatre ans, à 57 kil. 1/2.

qu'en Angleterre, 1. 046. 540 francs d'argent public, chiffre inconnu jusqu'alors. Gladiateur y figurait, à lui seul, pour 650.000 francs, ce qui constituait aussi un record. Il avait également établi celui, qu'aucun cheval n'a encore réalisé, des quatre grandes épreuves classiques : Deux mille Guinées, Derby, Grand Prix et Saint-Léger.

West-Australian avait été le seul, avant lui, à ceindre la triple couronne anglaise, que, depuis lors, huit autres chevaux ont conquise. (Voir note, page 58.)

Tout s'efface devant Gladiateur.

Et, cependant, Vertugadin, Contran, Le Mandarin et Tourmalet firent preuve, le premier surtout, d'une réelle qualité.

Vertugadin (Fitz-Gladiator et Vermeille), à M. H. Delamarre, était un magnifique cheval, d'une puissante action. Mais il était doué d'un caractère tellement farouche qu'il s'en fallut de peu que T.-R. Carter ne renonçât à l'entraîner. Le second jockey de l'écurie, HuUock, étant néanmoins parvenu à se familiariser avec ce demifrère de Vermout, il débuta, encore très vert, dans la Poule des Produits, avec des œillères et la tête emmaillotée dans un camail. Il n'y joua aucun rôle, non plus que dans le prix du Jockey-Club. Puis, son caractère semblant s'amender, il reparut , débarrassé de tout appareil, dans le prix du Cèdre, qu'il enleva, après une lutte acharnée, à Le Béarnais, dont il recevait six livres. Dans le Grand Prix, il partit résolument en tête et, s'étendant dans sa grande action, il eut tôt fait de jeter le désarroi dans le peloton. Sans la supériorité écrasante de Gladiateur, qui le régla, dès que son jockey le voulut, Vertugadin aurait renouvelé l'exploit de son frère.

Il s'en fut ensuite à Caen, où il gagna deux courses le même jour, prit la troisième place dans le Derby Universel, à Gand, fit tête-àqueue au baisser du drapeau, dans le Saint-Léger de Moulins, ce qui ne l'empêcha pas de finir second, derrière Tourmalet, qu'il avait précédé dans le Grand Prix. A Bade, il bat facilement, dans le Grand Prix, Le Mandarin et Contran, dont il reçoit respectivement 12 et 6 livres; puis il ne craint pas de se mesurer de nouveau, dans le Grand Prix du Prince Impérial (Royal-Oak), contre Gladiateur, qu'il ne parvient pas à inquiéter.

La quaUté de Vertugadin se développa davantage avec l'âge, et nous le verrons fournir une fructueuse carrière à quatre et cinq ans.

Le Mandarin (Monarque et Liouba), au comte de Lagrange, enleva le prix de l'Empereur (Grande Poule), à Monitor et à la favorite Deliane — qui triompha ensuite dans le prix de Diane, — puis il succomba de deux longueurs, dans le prix du Jockey-Club, contre Contran, sur lequel il prît une double revanche, à Bade, d'abord dans le Saint-Léger Continental, puis dans le Grand Prix, où il lui rendait 6 livres, mais tous deux, dans cette épreuve durent baisser pavillon devant Vertugadin, qui y occupait une situation de poids des plus

avantageuses, ainsi que nous l'avons dit. Dans le Derby et le Grand Prix, il fut sacrifié à son camarade Gladiateur.

Tourmalet (The Flying Dutchmann et La Maladetta), à M. A. Lupin, remporta le prix de Lutèce, la Poule des Produits, sur Gontran, qui l'avait battu dans la Poule d'Essai, et le Saint-Léger de Moulins, sur Vertugadin.

Contran (Fitz-Gladiator et Golconde), au major Fridolin, avait gagné la Poule d'Essai et le prix du Jockey-Club, battant respectivement Tourmalet et Le Mandarin, qui n'avaient pas tardé à en appeler, comme nous venons de le voir.

On peut encore citer Matamore, compagnon d'écurie de Vertugadin,

qui enleva les prix de Longchamp et du Printemps, à Paris, et le

Grand Prix de Bourgogne, de 8.000 francs, à Chalon-sur-Saône.

A quatre ans, Fille de VAir, poursuivant ses succès, gagne : à Newmarket, les Derby Trial et les Claret stakes; à Longchamp, le Grand Prix de l'Impératrice (Rainbow), le Biennal et la Coupe (qui se disputa cette année, pour la première fois, et sur laquelle nous revenons plus loin); à Ascot, l'Alexandra Plate, qui venait d'être €réé en l'honneur de la nouvelle princesse de Galles (1); après quoi, •comme nous l'avons vu, elle avait claqué en menant le travail de Gladiateur.

Au. total, elle avait remporté 21 victoires, s'élevant à plus de 400.000 francs, ce qui était vraiment magnifique — si l'on songe que les pr'x de Diane et Royal-Oak, par exemple, ne dépassaient pas 16.300 et 10.450 francs pour le gagnant, alors qu'ils atteignent aujourd'hui 100.000 et 80.000 francs (2).

(1) L'Alexandra Plate fut encore remporté par les chevaux français suivants : Trocadéro (1870), Verneuil (1878), Insulaire (1879), Le Sénateur (1899), et Arizona (1903).

(2) Comme toutes les juments célèbres, FiHf de /'Air fut sujette à de fréquentes ânégalités, et sa carrière s'entremêle de victoires et de défaites retentissantes, •que suffiraient d'ailleurs à expliquer les exigences multiples auxquelles elle fut ■soumise et, aussi, la façon dont elle fut montée en maintes occasions, A. Ed- Avards, le fashionnable jockey anglais qui la pilota le plus souvent, n'ayant pas toujours, au dire même de nos voisins, fait preuve de sang-froid et d'habileté.

Quoi qu'il en soit, sa carrière, considérée dans son ensemble, est des plus brillantes, et fait de Fille de l'Air une des bêtes les plus remarquables qui aient paru sur le turf.

Nou> avons dit précéiemment quel lien ds parenté unissait Fille de VAir à soi ancien rival Vermout. Au poin , d3 vue de l'origine, elle possédait, comme ■Giadia/eiw, un courant répé.é du smg d'Eclipsé, auquel elle remontait par son grand'père pitern3l (branche Whalebone-Pot-8-Os), par son gra^.d'père maternel (branch? Tràmp-Dick Andrews) et par sa grand'mère maternelle (branche Orville-King Fergus). Par sagrand'mère paternslle, elle S3 rattachait k Herod (branche Chanlic'eer-Woodpecker).

Envoyée au haras de Dangu, Fille de l'Air y mourut en 1878.

Son premier produit, par Gladiateur — que n'était-^ôn en droit d'attendre d'une telle origine — fut Éole, qui était malheureusement pied-bot. Lé meilleur fut Beine (par Monarque), qui enleva les Mille Guinées et les Oaks, sous la casaque tricolore de M. C-J. Lefèvre, en 1872.

Parmi les autres vétérans, on peut citer Ninon-de-Lenclos, à M. H. dartier, qui enleva le Grand Prix de l'Empereur (Gladiateur), sur Fidélité, à M. H. Delamarre, qui venait de remporter le prix Jouvence; — Béatrix, au comte de Lagrange, gagnante du prix du Cadran; — et Mignon, à M. A. Fould, lauréate de l'Omnium.

Les deux ans qu'on a vus ne semblent pas de classe très relevée, bien que Czar, à H. Jennings, inscrive à son actif le prix de l'Avenir, à Bade, le premier Critérium, à Chantilly, et le Grand Critérium, à Longchamp.

Le prix Morny, à D eau ville, était revenu à Puehla //, à M. A. Desvignes; — et Baïonnette, au comte de Lagrange, avait enlevé, à Marseille, le Grand Prix de la Société des Courses, de 8.000 francs.

En Angleterre, Qui-Vive avait remporté 7 courses, se montant à plus de 40.000 francs.

Au nombre des épreuves remportées par Fille de V Air, figurait, €omme nous l'avons vu, la Coupe, à Longchamp; qui datait de cette année même. Par sa riche allocation (un objet d'art de la valeur de 10.000 fr. et 6.000 fr. en espèces, qui furent portés à 10.000 dès l'année suivante), la Coupe attira longtemps les chevaux de premier plan, et, diprès Fille de VAir, nous trouvons, sur la hste des gagnants, des noms comme ceux de Gladiateur, Trocadéro et Mortemer.

Le niveau des compétiteurs a bien baissé aujourd'hui, quoique l'allocation en numéraire ait été élevée à 15.000 francs, en 1894, et 20.000, en 1908.

Depuis 1895, la distance est de 3.000 mètres; auparavant, elle était de 200 mètres plus longue.

L'année 1865 avait vu :

l'apparition, sur l'hippodrome de La Marche, le 5 mars, des voitures des Poules, de M. J. 011er, dont nous nous occuperons en détail, lors des poursuites qui seront intentées à leur auteur, en 1869;

l'inauguration, dans le prix de la Forêt, à Chantilly, de la nouvelle piste droite qui traverse diagonalement la pelouse, pour rejoindre la piste tournante vers le réservoir;

et les débuts de nombreuses écuries, que la Fortune, aveugle comme toujours, ne récompensera pas en proportion de leurs efforts.

C'est ainsi, par exemple, que le comte de Berteux (casaque verte, toque rouge), en dépit de sa compétence et de sacrifices d'argent

condérables, ne connaîtra guère du turf que les déboires, alors que M. Louis André (casaque orange, toque rouge), avec quelques chevaux seulement, enregistrera une série presque ininterrompue de succès; — que M. Edgard de la Charme (casaque rayée noir et cerise, toque cerise), sera souvent heureux avec un élevage des plus modestes ou avec des animaux comme Normandie, qu'il réclama, dès l'année suivante, et qui fut une des meilleures juments de sa génération; — • que M. Léonce Delâtre (casaque et toque vertes) tirera maintes satisfactions de ses haras de la Celle-Saint-Gloud et de Saint-Pair-du-Mont ; — et que le vicomtePaulDaru, avec un effectif réduit, verra sa casaque orange, manches et toque noires,- triompher, dès le printemps, avec Callipyge.

En même temps que naissaient ces jeunes écuries, eut lieu la disparition de celle du baron Eugène Daru, qui faisait courir depuis 1850. Parmi les animaux qui la composaient, nous ne voyons guère à rappeler que le nom d'Astrolabe qui, sous les couleurs du baron Finot, allait commencer une magnifique carrière en obstacles.

C'est en montant cette jument dans le Grand Steeple-Chase de Bade, que le marquis de Saint-Sauveur fit une chute terrible, dont il mourut peu après.

Le baron Finot ne quitta ni jour ni nuit le chevet de son malheureux ami, et c'est en le soignant ainsi, qu'il fit connaissance de la sœur du blessé, dont il put apprécier toutes les qualités, et qu'il épousa par la suite.

Un délai de trois ans avait été imparti, en 1862, à la suppression des anciennes divisions territoriales chevalines. Nord, Midi et Ouest, créées par les arrêtés de 1822 et de 1850.

L'arrêté du maréchal Vaillant, en date du 9 janvier 1865, consacra définitivement cette suppression, à la suite de quoi tous les pur sang nés en France sont traités, en tous lieux, sur le même pied d'égaUté de quelque région qu'ils soient originaires.

Il fixait en même temps les conditions des prix classés, parmi lesquels figuraient le Grand Prix du Prince Impérial (Royal-Oak), Grand Prix de l'Impératrice (Rainbow) et Grand Prix de l'Empereur (Gladiateur), dont l'État fournissait alors les allocations; les deux derniers ne pouvaient être gagnés deux fois par le même cheval.

Une modeste journée supplémentaire, donnée à la suite du metting d'automne de Chantilly, ne mérite d'être rappelée qu'en raison de la bizarrerie des noms des épreuves : on y relève, en effet, le prix du Jeune Homme Pauvre, le prix de la Salle à manger, etc.

Compiègne, qui avait déjà donné Mortemer, mourut au cours de l'année. Il n'était âgé que de sept ans.

Bien qti'il ne s'agisse pas de courses, nous croyons cependant devoir signaler, en raison des très grands services qu'elle rendra au commerce, la création de la Société Hippique Française, qui sera reconnue d'utilité publique le 16 octobre 1866 (1).

(1 ) « Cette Société, — était-il dit dans son exposé, — qui a pour but de favoriser et de développer l'emploi du cheval de service produit en France, se propose d'organiser tous les ans, à Paris, un concours central de chevaux appartenant indifféremment à des éleveurs, à des marchands ou à des particuliers.

« A ce concours, exclusivement réservé aux chevaux hongres et juments de 4 à 6 ans inclusivement, nés et élevés en France, seront distribués des prix et des médailles d'une valeur d'au moins 50.000 francs, destinés à récompenser les produits les plus recommandables, par la conformation, les allures et le dressage. »

La Société Hippique française trouva, dès le début, le plus précieux concours auprès du Gouvernement, qui mit le Palais de l'Industrie à sa dispo:-ition. Patronnée par l'élite des personnalités sportives, elle s'annonça comme une manifestation mondaine des plus élégantes, et son succès a toujours été croissant.

Au premier concours hippique, qui eut lieu en 1865, le montant des primes et prix distribués s'élevait à 60.000 francs. On se rendra compte du développement qu'a pris la Société Hippique française quand on saura que, pour 1913 ce chiffre atteint 460.459 francs, dont 17.000 seulement sont fournis par le Gouvernement.

La Société Hippique étend maintenant son action sur toute la France, et indépendamment du Concours Central de Paris, elle a institué cinq concours régionaux, qui sont de plus en plus suivis : Concours du Sud-Ouest, à Bordeaux ; de l'Ouest, à Nantes; de l'Est, à Nancy; du Sud-Est, à Vichy, et du Nord à Boulogne-sur-Mer.

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