CHAPITRE XLIII
Arrêté du 16 mars. — La Société d'Encouragement fixe au 1^' août la date de début des chevaux de 2 ans. — Gladiateur et Vertugaditi (suite). — Etoile Filante. — L'écurie du duc de Hamilton. — Lord Lyon. — Importation de Woman in Red.
Glorieuse encore par la suite des succès de Gladiateur, sur lesquels nous reviendrons plus loin, l'année 1866 marque une phase capitale de l'histoire des courses en France, d'abord par la décision prise par la Société d'Encouragement de disqualifier à l'avenir tous les chevaux ayant couru sur le continent avant le l^r août de leur deuxième année; ensuite, par l'arrêté du 16 mars, corollaire du décret du 16 décembre 1861, qui avait déjà élargi la part de l'initiative privée en matière d'élevage.
Les services immenses qu'avait rendus la Société d'Encouragement, son développement prodigieux et, par contre, le développement général des courses dans toute la France, avaient porté leurs fruits. L'Administration elle-même reconnaissait enfin la nécessité — • afin d'assurer à l'institution des courses toute son homogénéité — ^ d'abdiquer son autorité entre les mains de^cette rivale, qu'elle avait si longtemps combattue.
C'était la plus belle victoire que pût remporter la Société d'Encouragement et la consécration définitive de ses efforts et de ses luttes de trente années.
Depuis le décret du 4 juillet 1806, qui avait réorganisé les courses, elles avaient été réglementées par les ordonnances, arrêtés et décrets successivement édictés par les divers gouvernements qui s'étaient succédé en France. Nous avons rappelé, au fur et à mesure de leur promulgation, les principaux de ces actes publics.
Devant l'extension des courses et l'importance sans cesse grandissante des prix alloués, devant la nécessité d'assurer le développe-
ment de l'élevage naissant, nous avons vu que, dès 1859, un courant d'opinion — qui avait amené le décret du 19 décembre 1861 — • s'était formé, qui réclamait plus de liberté pour l'initiative privée. De plus en plus, en présence des magnifiques résultats acquis par la Société d'Encouragement, ce courant voulait que l'institution des courses, et, partant, la direction à donner à l'élevage, fussent définitivement soustraites à l'action administrative, que l'on considérait comme plus nuisible que profitable à leur essor, pour être soumises, la première, à la seule autorité de la Société d'Encouragement^ la seconde aux efforts individuels des éleveurs.
Les hommes les plus éminents et les plus compétents partageaient cette opinion. Le général Fleury craignait-il qu'elle ne finît par prévaloir et n'amenât la disparition de l'Administration des Haras^ dont il était le grand chef et qu'il prétendait diriger en maître? Il y a tout lieu de le croire, d'autant que la Société d'Encouragement avait des appuis puissants en haut lieu. Sa prospérité croissante était un sûr garant de son savoir-faire. Partie de rien, trente-deux ans auparavant , elle était assez forte maintenant pour voler de ses propres ailes et secouer enfin le joug de la collaboration forcée que sa faiblesse primitive l'avait obligée à subir. Ne venait-elle pas précisément de renoncer à la subvention de 87.000 francs que lui accordait l'État?
Et la Société d'Encouragement était la bête noire du général Fleury, comme elle l'avait été, depuis sa création, quels que fussent leurs titres, de tous les dirigeants de l'Administration des Haras. N'était-ce pas elle qui, alors que ladite Administration était omnipotente-en fait de courses et d'élevage, avait osé dresser, en face de son programme ou plus exactement de son manque de programme, un programme rigoureux, basé sur le seul emploi du pur sang, dont précisément l'Administration ne voulait entendre parler à aucun prix! N'était-ce pas elle qui, en dépit de tous les obstacles et de toutes les entraves, avait entraîné les éleveurs à sa suite et rénové l'élevage national, au point d'obliger sa puissante rivale à capituler et à suivre ses propres méthodes!... N'était-ce pas elle, enfin — alors qu'en secondant la formation de la Société des Steeple-Chases et celle de la Société de Demi-Sang, on avait cru lui susciter des rivales — qui avait trouvé dans cette concurrence même un élément nouveau de développement, par l'extension même que ces deux Sociétés avaient donnée à d'autres branches du sport hippique!...
Pérît l'Administration des Haras plutôt que triomphât la Société d'Encouragement!... Entre deux maux, le général Fleury choisit le moindre; il préféra renoncer à une partie de son autorité, dont il était si jaloux cependant, plutôt que de la perdre tout entière, et, prenant les devants, au commencement du mois de mars, il adressa à son chef direct, le maréchal Vaillant, un rapport circonstancié sur la nécessité de réorganiser les courses sur des bases nouvelles et d'unifier les jurisprudences qui les régissaient (les courses étaient, en effet, soumises à une double réglementation, — très différente, en cer-
tains cas, — suivant que les prix étaient offerts par le Gouvernement ou par les Sociétés).
La transformation proposée par le général Fleury consistait, pour l'État, à supprimer la Commission centrale des Courses instituée par le décret du 19 décembre 1860, à renoncer à toute juridiction administrative (1) et à se rallier aux règlements des trois Sociétés mères (Société d'Encouragement, Société des Steeple-Chases et Société de Demi-Sang), dont on faisait le Code général, pour chaque spécialité, sur tous les hippodromes de France. L'Administration continuait à établir les conditions des prix gouvernementaux, à nommer les commissaires des Sociétés et conservait une action disciplinaire pour la répression des délits et fraudes.
Ce document est trop important pour l'histoire des Courses, pour que nous ne le publions pas in extenso, avec le décret qui en découla.