CHAPITRE XLIV
L'Exposition Universelle. — Refonte du Code des Courses; les dead-heat; les paris aux courses. — Le prix de Condé. — La dernière course en partie liée. — Trocadéro, Patricien, Fervacques, Ruy-Blas. — Vertugadin, Auguste, Longchamp (suite). — Les principales écuries de l'époque. — Hermit. — M. Achille Fould. — Début des écuries du prince d'Arenberg et comte de Juigné et de M. J. Prat.
L'année la plus brillante du Second Empire.
L'Exposition Universelle fait de Paris le rendez-vous du monde entier. Peuples et souverains accourent en foule, attirés par les fêtes, le luxe et le plaisir.
On pouvait croire que provinciaux et étrangers suivraient avec assiduité les réunions de la Société d'Encouragement, sur son bel hippodrome de Longchamp. Ils réservèrent leurs préférences au Champ-de-Mars, et, sauf le jour du Grand Prix, que l'Empereur de Russie et les autres souverains de passage à Paris honorèrent de leur présence, les recettes ne répondirent pas aux espérances qu'avait fait naître cette affluence de visiteurs dans la capitale (1).
Le Comité avait consacré plusieurs séances, au début de l'année, à la refonte générale du Code des Courses, qui ne répondait plus aux besoins du moment.
Une des principales modifications portait sur les dead-heat. Jusque-là, le Code ne reconnaissait comme gagnant que le cheval qui avait gagné la deuxième épreuve, qu'un seul des dead-heaters ou que tous l'eussent disputée.
(1 ) La recette du Grand Prix, qui se tenait jusqu'alors dans les 1 25.000 francs, atteignit le chiffre de 216.000 francs. C'était là un cas tout à fait exceptionnel, car elle retomba, dès l'année suivante, à 132.000 francs.
Quand donc deux propriétaires, afin d'éviter à leurs champions les fatigues d'une seconde lutte, décidaient de partager l'argent du prix, celui de leurs chevaux qui se présentait de nouveau au poteau se trouvait être le cheval sacrifié, puisque, n'ayant touché que la moitié du prix, il n'en était pas moins considéré comme le gagnant et que, seul, il devait supporter dans l'avenir les conséquences de cette victoire : surcharges ou exclusion, suivant le cas.
C'est cette anomalie que les nouvelles conditions supprimaient : l'obligation de recourir, pour l'un au moins des dead-heaters était bien maintenue, mais ce n'était plus là qu'une simple formalité, et, en cas de partage de l'argent, chacun'des chevaux était désormais considéré, au même degré, comme le gagnant de la course et passible, de ce fait, des mêmes pénalités.
Une autre modification importante est celle par laquelle la Soc'été d'Encouragement délègue toutes ses attributions concernant les par is au Salon des Courses. A l'origine, alors que les paris particuliers étaient fréquents et se traduisaient en matches publics, il avait bien fallu que la Société en réglementât certaines dispositions inscrites aux programmes officiels, afin de prévenir les différends qui pouvaient survenir, et son Règlement, très complet sur ce point, faisait jurisprudence en la matière. Mais elle n'avait pas à intervenir dans les transactions publiques qui n'existaient pas encore et qui n'avaient pris naissance qu'avec le développement même des courses. Désormais, elle entendit demeurer complètement étrangère à tout ce qui touchait au jeu et elle le demeura jusqu'au jour où l'État lui-même lui imposa l'exploitation du Pari Mutuel sur ses hippodromes.
Le prix de Conclé, pour chevaux de 2 ans, date de cette année : il se disputa au meeting d'automne de Chantilly (1).
L'arrêté du 16 mars ISGC) — qui plaçait toutes les courses plates, y compris celles que dotait le Gouvernement, sous la seule direction et la seule jurisprudence de la Société d'Encouragement — n'avait pas tardé à porter ses fruits en ce qui concerne la transformation de certaines épreuves. C'est ainsi qu'avec la clôture du meeting d'automne de Longchamp, nous voyons la disparition de la dernière course enpartie liée. Ce genre d'épreuves, si chères à l'Administration des Haras, n'était plus représenté que par le prix de Chevilly, dont le parcours rentre dès lors dans la règle commune.
Le principal événement liippique de l'année est le dead-heat de Fervacques et de Patricien, dans le Grand Prix.
(1) Cette épreuve comporte une surcharge de 10 livres pour certains gagnants. La distance de 2.000 mètres n'a pas varié. L'allocation, qui était primitivement de 5.000 francs, a été portée à 6.000 francs en 1876; 10.000, en 1883; 15.000, en 1893; 20.000, en 1911.
Depuis 1907, cette épreuve a été transférée à Longchamp.
Montgoubert, au comte de Lagrange, ne tint pas ses promesses de deux ans. Il ne reparut pas avant le prix du Jockey-Club, où, monté par Mizen, le premier jockey de l'écurie, il partit favori à 2/1, alors que son compagnon Trocadéro (Monarque et Antonia), monté par Hibbert, était à 5/1. Ce fut pourtant ce frère de la célèbre Gahrielle d'Estrées qui mit en doute, jusqu'au poteau, la victoire de Patricien (Monarque et Papillote) à M. H. Delamarre, ne succombant que de trois quarts de longueur, après une lutte acharnée. Montgoubert était troisième, à trois longueurs, devant douze autres concurrents, parmi lesquels Fervacques (The Underhand et Slapdash), à M. A. de Montgomery.
Cette victoire de Patricien, venant après celle qu'il avait remportée, pour ses débuts, dans le prix de Longchamp, en fit le favori du Grand Prix. Immense fut donc la stupeur du public quand on vit Fervacques — qui n'avait pour tout bagage qu'un modeste succès, quelques jours auparavant, dans le prix de la Neva, qu'il avait enlevé péniblement d'une tête sur le médiocre Six-Mai — s'accrocher à lui dans la ligne droite, pour faire dead-heat sur le poteau. On crut à une de ces erreurs comme les meilleurs jockeys peuvent en commettre, et le malheureux A. Watkins fut accusé de s'être laissé surprendre par le diable d'homme qu'était G. Fordham. La course parut donc fausse et l'on n'hésita pas, à la seconde épreuve, à payer 1/3 en faveur de Patricien, qui, cette fois, fut battu d'un nez (1).
M. A. de Montgomery trouvait, dans cette victoire inespérée, une compensation à la défaite, sujette à caution, de La Toucques, dans cette même épreuve, quatre ans auparavant. Mais il croyait si peu au succès de Fervacques, qu'il ne se décida à le faire partir que pour utiliser les services de Fordham, qui se trouva libre au dernier moment , par suite du retrait du cheval anglais Marksman, qu'il devait monter.
M. de Montgomery donna 10.000 francs de gratification à Fordham. C'était alors un don royal, la fortune que M. Chaplin et ses associés donnèrent, cette même année, comme on le verra plus loin, à Duley, après la victoire d'Hermit, dans le Derby, étant une exception, dont on ne retrouve pas le pendant.
L'avenir prouva que Patricien — qui triompha à nouveau de Trocadéro et de Fervacques dans le Grand Prix du Prince Impérial (Royal-Oak) — était supérieur à son heureux vainqueur, mais il est certain que, le jour du Grand Prix, Fervacques fut le meilleur, soit" qu'il eût un de ces éclairs de forme extraordinaire que certains chevaux ne retrouvent jamais, soit que Fordham sût en tirer un meilleur parti que ses autres cavaliers, soit enfin, ce qui semble être la vérité, que Patricien se ressentît encore de sa course sévère de Chantilly. Patricien remporta encore le Grand Prix de la Ville de
(1) Cette façon de juger a été abolie depuis et Ton a adopté la méthode anglaise, qui veut que le juge prononce le dead-heat, chaque fois qu'il ne peut discerner l'avantage d'une demi-tête au moins.
Marseille; il avait succombé de 2 longueurs, contre Ruy-Blas, a poids égal, dans le Grand Prix de Bade.
Mais, des trois, le meilleur était incontestablement Trocadéro, dont la défaite, dans le prix du Jockey-Club, fut fort controuvée et imputée, par beaucoup de bons juges,. à la maladresse de son jockey, qui avait trop attendu Mofitgoubert. C'était aussi le plus beau du trio. « Nul ne possède à un plus haut degré, écrit Ned Pearson, le cachet caractéristique de force et d'élégance que Monarque imprime à tous •ses descendants et, si sa mère Antonia ne lui avait légué sa robe alezane, au lieu de baie, on aurait pu croire revoir Monarque dans toute la plénitude de sa magnifique forme. »
Comme sa sœur, la fameuse Gahrielle d'Estrées, qui mourut cette année même (1), sa qualité suivra une progression ascendante avec l'âge, qualité qui fut malheureusement paralysée à maintes reprises par son naturel farouche, qui empêchait presque qu'on le ferrât. Nous reviendrons sur ce côté féroce de son caractère, lors de son entrée, comme étalon, au haras de Victot, en 1871.
Non placé dans les Deux mille Guinées, Trocadéro avait remporté le Prix de l'Empereur (Grande Poule), sur Jeune-Première, qui enleva ensuite le prix de Daine. Deuxième dans le prix du Jockey-Club, puis troisième, dans le Grand Prix, il ne rencontre aucun adversaire digne de lui dans le Saint-Léger de Mouhns; à Bade, il prend sa revanche sur Patricien, d'abord dans le Saint-Léger Continental, puis dans la Poule des Produits, mais il n'est pas placé dans le Grand Prix, où le poulain de M. Delamarre est deuxième, et finalement il succombe encore une fois contre lui dans le Grand Prix du Prince Impérial. En Angleterre, il avait gagné deux Biennaux, à Brighton.
Alors que Patricien tombera broken-down dès la fm de sa troisième année et que Fervacques, plus solide mais complètement déchu, terminera sa carrière en Angleterre où, à l'âge de neuf ans, nous le trouverons encore en obstacles, Trocadéro courra victorieusement sur toutes les distances jusqu'à l'âge de six ans et il entrera au haras, où il sera le digne successeur de Monarque, aussi sain et aussi net qu'à ses débuts sur le turf.
Un autre cheval, qui laissera également un nom au stud, remporta, cette même année, de nombreux succès. Nous voulons parler de Ruy-Blas (West-Australian et Rosati), à M. L. André. Acheté 900 francs à la vente du duc de Morny , Ruy-Blas n'avait pas de grands engagements, ce qui lui évita de se heurter prématurément à Patricien et Trocadéro, qu'il battit, cependant, dans le Grand Prix de Bade. Ceux-ci n'étaient pJus dans toute leur fraîcheur, ayant eu à donner leur mesure dans des épreuves sévères, alors que Ruy-Blas
(1) Elle avait été envoyée en Angleterre, pour y être saillie par Gladiateur. Au retour, elle eut une traversée tellement pénible (les chevaux, comme on le sait, ne peuvent vomir, en raison de la conformation de leur arriére-gorge), qu'elle tomba malade et mourut peu après.
n'avait rien eu à battre pour enlever 14 courses, dont les prix de Guiche, de la Seine, des Cars, du Printemps et des Pavillons, à Longchamp, le Grand Prix de la Ville, à Lyon, et le prix de la Coupe, à Fontainebleau.
Comme Patricien, Ruy-Blas quitta le turf à la fin de sa campagne de trois ans.
Les autres vainqueurs de trois ans sont : Jeune- Première, à M. A. Lupin, prix de Diane; — Nicolet, à M. H. Delamarre, Poule d'Essai sur Fervacques; -^ Néméa, au comte de Lagrange, Biennal, prix de Sèvres, Omnium et prix de la Forêt; — Montgoubert, Coupe de Deauville, prix des Acacias; — Normandie, qui provenait de l'écurie Lagrange et que M. E. de la Charme avait réclamée à deux ans, fut une des bonnes pouliches de son année, remportant, entre autres épreuves, le prix de Lutèce, la Coupe, le prix de Glatigny et un handicap, à Bade; — • Début, au major FridoUn, 10 courses, dont les prix du Cèdre, Seymour, et Derby Universel, à Bruxelles.
Longchamp, au comte de Lagrange, qui ne trouvera sa véritable forme qu'à quatre ans, inscrit néanmoins un succès intéressant à son actif avec le Newmarket Derby, dans lequel il a raison de Hermit, le vainqueur d'Epsom.
En province, Bréviande, à M. A. Fould, remporte le prix de Diane de l'Ouest et du Midi, à Limoges, et le prix de la Haute-Garonne, à Toulouse; — Candidat, à M. de Lonjon, la Poule d'Essai, à Angoulême; — Pioupiou, au baron de Nexon, la Poule des Produits, à Bordeaux.
Mais le grand triomphateur est Le Petit Caporal (Marignan et Mlle Désirée), à M.Achille Fould, qui ne gagne pas moins de 11 courses, dont la Poule d'Essai, à Pau; le Derby du Midi, à Bordeaux; le Grand . Prix de la Ville, à Poitiers; le Grand Prix des Pyrénées, à Tarbes; le Saint-Léger du Midi, à Périgueux, et le prix de Villebon, à Paris.
Les meilleurs vétérans sont: Vertugadin, 5 ans,àM. H. Delamarre, qui enlève les prix de la Moskowa, de Jouvence et le Grand Prix de l'Empereur (Gladiateur), après quoi il est retiré de l'entraînement et passe au haras, chez M. E. Fould; — et les trois chevaux du comte de Lagrange : Auguste, qui remporte le prix du Cadran, le Grand Prix de l'Impératrice (Rainbow), et les Claret Stakes, à Newmarket; Fleurette, le Biennal, les prix d'Apremont et de Dangu, et les Princess of AV aies Stakes, à Newmarket; La Favorite (qui sera la mère de Flageolet), 5 courses, dont le Grand Prix de Bourgogne, à Chalonsur-Saône.
Parmi les deux ans, on remarque Mortemer, Pastourelle, Pompier, Jenny, et surtout Le Sarrazin (Monarque et Constance), vainqueur des prix de l'Avenir et de Fremensberg, à Bade, du Grand Critérium, à Paris, et des Woodcote Stakes, à Epsom.
Au cours de l'année, M. A. Lupin avait installé sonharas à Viroflay dans l'établissement d'élevage qu'avait occupé, précédemment, le duc de Morny , et, en premier lieu, M. Rieussec. Son écurie, qui comprenait 33 chevaux, demeurait à La Croix-Saint-Ouen (près Compiègne), sous la direction de Haylor.
Les autres propriétaires en vue du moment étaient :
Le major Fridolin (M. Charles Laffitte et baron Kivière), haras à Villebon (Seine-et-Oise), et écurie (37 chevaux) à La Morlaye, avec •Ch. Pratt, comme entraîneur-jockey;
A Chantilly, MM. H. Delamarre et ses associés, 35 chevaux chez T.-R. Carter; haras de Bois-Roussel, près d'Alençon ; — le duc de Hamilton, 28, chez H. Lamplugh; — M. A. Desvignes, 18, chez W. Planner; — MM. J. Reiset, baron de Rothschild, A. de Montgomery, les leurs chez Th. Carter; — MM. H. Lunel et Fasquel (dont le haras est à Courteuil, près de Senlis), chez Boldrick.
MM. P. Au mont (haras à Victot), duc de Fitz- James, Delâtre et son associé PolNanque tte et J. Verry, ont leur cavalerie chez H. Jennings, à Compiègne.
Mais 1 a plus importante de toutes les écuries est celle du comte de Lagrange, qui compte 42 chevaux, chez Carter neveu, à Royallieu, et 50, chez T. Jennings, à Phantom Cottage, Newmarket; haras à Dangu (Eure).
En province, les principaux propriétaires, sont : dans l'Ouest, MM. E. de Baracé, vicomte de Chemellier, R. de Terves et J. Robin; — dans le Midi, baron de Nexon, A. Fould (à Ibos, Mourle et Tarbes), comte de Lonjon, P. de Vanteaux, D. Guestier, comte de Bony? comte de David-Beauregard, marquis de Lagarde, etc.
Lesgentlemen-riders deplat les plus en vogue sont : MM. Blount, baron de Nexon, vicomte de Lauriston, comte de Perrégaux et le capitaine Haworth ; — et les jockeys : Ch. Pratt, A. Watkins, G. Mitzen, Kitchener et A. Carratt, et, en province, H. Jordan.
On était loin du temps où les principes administratifs aidant, la supériorité du pur sang était à ce point contestée que l'on ne craignait pas de lui opposer le cheval arabe ou le demi sang.
Les matches entre chevaux de races difTérentes, si fort à la mode autrefois, ne trouvaient plus de contre-partie, si avantageux que fussent les paris proposés.
C'est ainsi qu'un défi de 500.000 francs contre 100.000, pour un cheval de pur sang anglais de troisième ordre, contre n'importe quel cheval arabe, sur une distance minima de 1.500 mètres, était depuis longtemps pendant sans qu'on osât le relever, et qu'un pari de 20.000 francs, sur 540 kilomètres (Chantilly à Boulogne-sur-Mer,
aller et retour), entre le pur sang Gaulois (Monarque et Golconde), et un cheval barbe, fut résilié, le propriétaire de ce dernier aj-ant préféré payer le forfait de 5.000 francs.
En Angleterre, où nos chevaux ne firent pas grand' chose (la meilleure performance est celle de Longchamp qui, à un avantage d'une stone, battit Hennit dans le Xewmarket Derby), il faut signaler — en raison du rôle considérable qu'il jouera dans l'élevage anglais, et, par répercussion, dans le nôtre — la victoire imprévue, dans le
Hennit.
Derby d'Epsom, de ce même Hermit (Xewminster et Seclusion), à M. Chaplin.
Il a été beau'coup dit sur ce Derby, le plus sensationnel qu'on ait vu, tant par les circonstances étranges que par les conditions climatériques qui l'accompagnèrent.
11 neigeait, en effet, comme en plein hiver, et le froid était très vif^ — bien qu'on fût aux derniers jours de mai.
Après une brillante carrière à deux ans. Hennit avait été, pendant tout riiiver, le favori du Derby, quand, quelques jours avant la course, il tomba brusquement à 100/1, sur le bruit, répandu par
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l'écurie, que le poulain s'était rompu un vaisseau dans la tête... ce qui ne l'empêcha pas de gagner facilement.
Qu'y avait-il de vrai dans ce soi-disant accident?
Laissons, à ce sujet, la parole à l'auteur du Turf français au XI X^ siècle :
«■ Ce Derby est accompagné d'une légende ou d'une histoire vraie. Nous ne voulons nous faire ici l'écho d'une affaire intime, ni du bruit que l'on a mené autour d'une prétendue machination. On parla de vengeance de mari, de galops secrets donnés la nuit k Hennit, que l'on ne voyait pas paraître à l'exercice, et qui, pour cette raison, s'en allait à la cote.
« Le récit officiel est celui-ci : quelques jours avant la course, M. Chaplin avait acheté un cheval assez énorme, du nom de Rama, et l'essaya avec Hennit. Dans la lutte, Hermit se serait blessé et aurait été condamné à quelques jours de repos. Une grande hostilité se manifesta contre le crack; on voulut voir dans le résultat de l'essai, la preuve du manque de valeur du poulain. L'attitude, voulue ou sincère, de l'écurie n'était pas pour inspirer grande confiance. Ce qui semblerait prouver qu'elle n'avait guère d'espoir, c'est qu'elle ne se procura pas un bon jockey, et se contenta de la monte de Daley (1). La légende dit que ce fut habileté, car au dernier moment, M. Chaplin et son entourage ramassèrent Hermit à 66/1 tant qu'ils voulurent en prendre. M. Chaplin gagna 148.000 livres (3.700.000 fr.), et ses associés, le capitaine Machell et sir F. Johnstone, 70.000 li\T*es chacun (1.700.000 fr.).
« Sir Joseph Hawley perdit 15.000 livres, le duc de Hamilton, 80.000 livres. L'année précédente, le jeune duc avait parié à table avec le capitaine Machell 180.000 livres contre 6.000 livres contre Hennit. M. Weatherby. un peu scandalisé par l'importance de la somme, avait refusé d'inscrire le pari, et grâce à l'intermédiaire d'amis communs, il avait été annulé. Si ce pari avait été maintenu, le duc de Hamilton aurait perdu dans sa journée du Derby quatre millions et demi de francs. »
Quand on gagne ainsi sept millions de francs d'un coup, on peut se montrer généreux après la victoire : le jockey Daley reçut 6.000 Uvres de M. Chaplin et 3.000 de ses associés, soit 225.000 francs de gratification.
M. ChapHn donna, en outre, 300.000 francs, pour réparer TégUse de Lincoln.
Au bulletin nécrologique, nous avons à enregistrer la mort de M. Achille Fould, qui fut ministre des Finances, sous Napoléon III.
(l) Canter, dans son A. B.C. des Courses, dit que "■ M. Chaplin lui-même, par intérêt pour Custance, son premier jockey, l'avait autorisé à monter The Rake. qui semblait avoir des chances. »
« Par intérêt pour Custance i n'est -il pas d'une ironie délicieuse.
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