CHAPITRE XL
Suzerain, Mortemer, Nélusko. — Premier dead-heat d'écurie. — Trocadéro, Auguste, Longchanip (suite). — Rubican. — Formosa.
Pas grand'chose cette année-là, si ce n'est le commencement du déclin de la réunion de Moulins, alors, au contraire, que se développent celles de Bordeaux, de Marseille et surtout de Deauville, qui, commençant le 1^^ août, jouit de la primeur du début des chevaux de deux ans, ce qui fit crier la Société des Courses de Caen à la centralisation!...
M. A. Schickler — qui, ainsi que nous l'avons dit, avait importé The Nabob, en 1857 — remporte sa première- grande victoire avec un de ses fils, Suzerain (issu de Bravery), qui enlève successivement le Prix de l'Empereur (Grande Poule) et le prix du Jockey-Club, sur un lot nombreux et médiocre, il est vrai, puis qui succombe, dans le Grand Prix, où il reçoit de fortes atteintes, contre The Earl, au marquis de Hastings.
Mais le meilleur produit de l'année — • qui ne trouvera d'ailleurs sa vraie forme qu'avec l'âge et qui se montrera étalon de premier ordre — est Mortemer (Compiègne et Comtesse), au comte de Lagrange, vainqueur des prix de la Seine, des Acacias et du Biennal, et qui céda la première place, dans le Saint-Léger de Bade, à son compagnon Ouragan II, qui avait déjà remporté la Poule des Produits.
La casaque bleu et rouge cueille encore les prix de Guiche, des Cars et de Sèvres, avec Pompier; — le prix de Longcliamp, avec Le Bosphore, frère de Le Mandarin; — le prix de Diane, avec Jenny, que suit sa camarade Sarah, gagnante du prix de l'Espérance; — la Coupe et le Grand Prix du Prince Impérial (Royal-Oak), avec Nélusko qui, entre temps, avait fait dead-heat, dans le Grand Prix de Bade, avec son compagnon Trocadéro. Le comte de Lagrange ayant déclaré ensuite vouloir gagner avec le vieux cheval, Trocadéro avait été proclamé vainqueur.
C'est le premier exemple, croyons-nous, d'un dead-heat d'écurie.
La Poule d'Essai avait été pour Gouvernail, au duc de Hamilton, qui partit ensuite favori à 5/4 dans le prix du Jockey-Club, où il ne fut pas placé.
Trocadéro accomplit une magnifique campagne de quatre ans. En plus du Grand Prix de Bade, dont nous venons de parler, il remporte les Coupes, à Fontainebleau et à Deauville (malgré une très violente bousculade dans la ligne droite, qui faillit le culbuter), les prix de Chantilly et deJouvence,à Longcliamp,le Prix Impérial et leGrand Prix de la Ville, à Marseille. Dans le Grand Prix de l'Impératrice (Rainbow) et le prix de Seine-et-Marne, il avait cédé la première place à son camarade Longchamp, déjà vainqueur du Cadran, et, dans le Grand Prix de l'Empereur (Gladiateur), à son autre camarade Auguste, qui avait enlevé précédemment le prix de Dangu.
Néméa, également au comte de Lagrange, avait gagné le Biennal et les prix d'Apremont et de Bois-Roussel.
Le Petit Caporal inscrivit à son actif le prix de Lutèce; — Ferragus, le prix du Printemps et le Handicap de 6.000 francs, à Châlons; — et Alahama, l'Omnium.
Le meilleur deux ans est Mlle de Fligny, à M. A. Aumont. Restée au poteau dans le prix Morny, à Deauville, gagné par Masaniello (à qui l'état précaire de ses jambes ne permit pas de reparaître en public après sa deuxième année), elle remporte le prix de la Toucques, le prix de l'Avenir, à Bade, le Second Critérium et le Grand Critérium.
Après elle, citons Consul, dont nous reparlerons, Péripétie, Clotho, Belle-Étoile, Massinissa et Rubican.
Qui se souvient encore de ce dernier, au comte de Lagrange?
Et cependant, sans un accident, sait-on si ce fils de Ventre- Saint- Gris et Préférée, complètement oublié aujourd'hui, n'aurait pas laissé un nom glorieux entre tous.
Ce Rubican, en effet, avait montré une telle qualité à l'exercice, que Tom Jennings le considérait comme le meilleur cheval qu'il eût jamais entraîné, y compris Gladiateur!
Malheureusement il se cassa la jambe dans un de ses derniers galops en vue du Derby d'Epsom.
A Bade, une tentative de course en deux épreuves (le prix du Rhin, 10.000 fr.), n'eut pas le succès attendu, et ne subsista que deux ans.
**^ En Angleterre, les honneurs de la campagne sont pour une pouliche, Formosa (Buccaneer et Eller), à M. G. Jones, qui, après avoir partagé les Deux mille Guinées avec Moseui, remporte les Mille Guinées, les Oaks et le Saint-Léger.