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CHAPITRE XLVÏ

Les prix Rainbovv, Royal-Oak et Gladiateur. — Consul, Glaneur, Cerdagne, Clotho, Péripétie. — Le haras de Lonray. — Mortemrr, Trocadéro, Longchamp (suite). — M. J. Reiset. — Mort de Baîkilde et de West-Australian. — Importation de Regalia. — Courses de Beauvais. — Les agences de Poules condamnées par les tribunaux.

Le Gouvernement cessant de fournir l'allocation des prix classés, tels que le Grand Prix de l'Impératrice, le Grand Prix du Prince Impérial et le Grand Prix de l'Empereur, la Société d'Encouragement les prend à son compte, leur donne les noms de prix Rainhow, Royal- Oak et Gladiateur, qu'ils n'ont pas quittés depuis lors, et modifie les conditions du premier et du troisième, en supprimant la clause qui interdisait aux chevaux de les gagner plusieurs fois.

Le minuscule Consul (Monarque et Lady Lift) — qui sera, avec Trocadéro, le meilleur continuateur de son illustre père — avait remporté, à deux ans, le Premier Critérium, et il peut être considéré aussi comme le gagnant moral du prix de la Forêt, dans lequel il était maître de la partie à la distance, quand son jockey le reprit pour laisser passer son aîné, Pompier, avec lequel l'écurie devait gagner... et qui ne put venir à temps,

A trois ans, il succombe d'une tête contre Pandour, à M. J. Reiset, dans le prix de Longchamp, puis il enlève la Poule d'Essai, à Eckmilhlei Cerdagne, le prix de Guiche, et, enfin, le prix du Jockey-Club, à Cerdagne, Pandour et onze autres adversaires, parmi lesquels le favori, Glaneur (Buckthorn et Aima), à M. A. Lupin.

Celui-ci, qui avait à son actif le prix des Cars, le prix de l'Empereur (Grande Poule) et le prix du Cèdre, prit sa revanche dans le Grand Prix, qu'il enleva d'une tête à l'anglais The Dru?nmer,que son

compatriote Ryshworth suivait à une encolure; Consul était quatrième devant Cerdagîie, Péripétie, Clotho, etc.

Glaneur, était un rogue qui provenait, comme Souvenir, de l'élevage des Douze-Traits, à M. J. Robin. Après le Grand Prix, il s'en fut cueillir un modeste prix, à Toulouse, puis ne reparut plus en public.

Consul remporta encore le prix de Seine-et-Marne, sur le seul Ouragan II, puis il disparut également du turf.

Après Consul et Glaneur, nous trouvons deux excellentes pouliches, Clotho et Cerdagne.

Clotho (Vermout et Lady Clockloi, à M.^ H. Delamarre, est la gagnante des prix des Acacias, du Lac, des Écuries; du Grand Prix de Bourgogne, à Chalon-sur-Saône; du Saint-Léger Continental, à Bade; du prix de Chantilly et du prix Royal-Oak.

Cerdagne (INewminster et La Maladettai, à M. L. Delâtre, joue de malheur en rencontrant devant elle Péripétie (Sting et Péronnelle), à M.Staub, dans la Poule des Produits et le prix de Diane -(1); Consul, dans la Poule d'Essai et le prix du Jockey-Club; Clotho, dans le prix Royal-Oak et le Saint-Léger Continental de Bade; mais elle eut raison, par deux fois, de Mortemer, dans le Grand Prix de Bade et dans le Handicap libre, où Clotho, qui ne lui rendait que 4 livres, était troisième.

Mlle de Fligny, l'héroïne de la campagne de deux ans, sans remporter d'épreuves classiques, fait encore une ample moisson, avec les prix de Sèvres, d'Apremont, Seymour, de Glatigny, de Villebon; le Grand Prix du Midi, à Toulouse, et le Derby Continental, à Gand. L'Oise — propre sœur de l'infortuné Ruhican — qui avait également fait preuve de quahté à deux ans, doit se contenter des prix de Lutèce, de Vanteaux, du Handicap de D eau ville, et de la troisième place dans le prix de Diane, où elle était partie favorite; — Trompette eut le Biennal et le prix de la Neva; — Boulogne, le Grand Prix de la Ville de Lyon et le Newmarket Derby; — • Mlle de Saint- Igny, le Saint-Léger de MouUns et le Handicap libre, à Deauville; — Minerve, \q Handicap de la Ville de Caen, de 22.000 francs;— et Belle-Étoile, le Derby Universel, à Bruxelles.

En province, les meilleurs sont Gage-d\hnour , k M. D.Guestier,

(1 ) Péripétie provenait du haras de Lonray, proche d'Alençon, créé par M. A. Donon, en 1860. A l'origine, tous les produits de cet élevage étaient loués, jusqu'à leur cinquième année, au duc de Morny, puis, à sa mort, au comte de Lagrange. Une société avait été formée ensuite, pour l'exploitation directe de ces produits, entre MM. A. Donon, vicomte Paul Daru et A. Staub, sous le nom et les couleurs de celui-ci (casaque rose, toque noire).

Après la guerre et jusqu'à la suppression des pseudonymes, en 1881, les chevaux courront sous le nom de « Haras de Lonray », puis, à nouveau, sous celui de M. Staub, qui aura alors pour associé, son gendre, M. Pierre Donon, fils du fondateur de Lonray. A la mort de M. Staub, en 1885, M. P. Donon restera seul en nom, jusqu'au jour où haras et écurie seront emportés dans une débâcle financière, en 1891.

gagnant du Derby du Midi, à Bordeaux, et du prix d'Essai, à Angoulême ; — • et Glaïeul, au baron de Nexon, vainqueur de la Poule d'Essai, à Pau, du Grand Prix des Pyrénées, à Tarbes, et du Grand Saint- Léger du Midi, à Périgueux.

A l'exception du Grand Prix de Bade où, comme nous l'avons vu, Mortemer avait été battu par Cerdagne, les vétérans du comte de Lagrange font table rase de toutes les autres grandes épreuves.

C'est d'abord ce même Mortemer, qui gagne 9 courses, dont les prix delà Seine, Biennal, du Printemps, de Satory, de Bois-Roussel; la Coupe de Deauville et le Grand Prix de Marseille.

Dans la Coupe, à Paris, il avait pris la seconde place derrière son aîné Trocadéro, qui s'adjugea également les prix Rainbpw et Gladiateur, et les Walton Manor Stakes, de 25.000 francs, à Epsom;

— Longchamp eut les prix de Dangu et de la Ville de Fontainebleau ;

— Auguste, le prix de la Moskowa, — et Le Sarrazin, qu'un accident avait tenu éloigné du turf pendant un an, les prix du Cadran, de l'Empereur et des Pavillons.

L'Omnium seul avait échappé à cette terrible coalition, et il était revenu à Lady Henriette, à M. Kennington.

Les meilleurs deux ans sont Sornette et Florian.

Sornette, après une série d'insuccès à Deauville, Bourges et Moulins, enlève le Grand Critérium sur Roquefort (vainqueur du prix Morny et de l'Epsom Two Year Old Plate) et le Grand Prix de Marseille; entre temps, elle n'avait pu rendre 10 livres à Bachelette, dans le prix de Condé.

Florian était le gagnant du Critérium de Moulins, du prix de l'Avenir, à Bade, et du Premier Critérium, à Chantilly.

Parmi les autres, Monseigneur avait remporté le prix de la Forêt;

— Luisette, le Deuxième Critérium et le prix de la Société, à Marseille; — Don Carlos, le Critérium, à Bordeaux; — La Risle, le Biennal, à Newcastle, et les Hardwicke Stakes, à Stockton.

Bigarreau avait couru obscurément.

Le monde du turf fut péniblement affecté par la mort de M. J. Reiset, qui faisait courir depuis 1844. Très compétent dans les questions de sport et très zélé, il avait apporté un précieux concours à la Société d'Encouragement, dans les diverses fonctions qu'il n'avait cessé de remplir.

Il avait son écurie à Chantilly, sous la direction de Th. Carter, le doyen de nos entraîneurs. Son meilleur cheval avait été Celebrity, vainqueur du prix du Jockey-Club, en 1854, qu'il avait acheté à ce même Th. Carter, comme nous l'avons vu, quelques jours avant la grande épreuve de Chantilly.

Une de nos meilleures poulinières, la célèbre Bathilde, mourut à l'âge de 27 ans (1), et l'étalon West-Australian, à l'âge de 19 ans (2).

Regalia (Stockwell et Gem), gagnante des Oaks, en 1865, et seconde de Gladiateur, dans le Saint-Léger de Doncaster, fut importée par M. C.-J. Lefèvre. Elle jouera un grand rôle dans notre élevage, en donnant successivement trois produits de la valeur de Verneuil, Clémentine et Zut.

Signalons l'inauguration des courses de Beauvais, qui jouiront d'une certaine vogue, en raison de leur proximité de Paris.

Mais le fait saillant de l'année consiste dans les poursuites intentées par le Parquet contre les établissements de Poules et de Paris Mutuels.

(1) Née en 1842, au haras de Pomparlour, Bathilde fut consacrée rie bonne heure à la reproduction. Saillie d'abord par un demi-san?, elle donna ensuite» entre autres produits de pui: sang :

Mika, 1849, gagnante de nombreux prix gouvernementaux, mère de Télégraph;

Pauline, 1854, gui ne parut jamais sur le turf, mère de Fille de l'Air (mère de Reine, Fille- du- Ciel, Flavio et Finance, mère de Faust), et de Camisole (mère de Chemisette, mère de Chauve-Souris, m.ère de Chopine, mère de Champignol et Chambe'tin);

Inkerman, 1855, gagnant le Grand Prix de la Ville de Spa;

Capucine, 1857, une des bonnes juments de son époque, gagnante, entre autres épreuves, du Derby Continental, à Gand, du Saint-Léger et du Grand Prix, à Bade;

Mademoiselle de Champigny, 1858, mère de Milan, gagnant des prix du Cadran et Rainbow;

Armagnac, 1859 ;

La Fortune, 1862, gagnante du prix du Cadran, mère de Mademoiselle de Juvisy (mère de Mademoiselle de Sentis), La Finance, Logique, Franchard, Figaro IL, gagnant du prix Gladiateur, Source, gagnante de l'Omnium et mère de Séraphine II;

Cérès, 1863, mère d'Artois;

Orpheline, 1866, mère de Blaviette et Prestige, célèbres en obstacles, Fra Diavolo, Nativa et Salvanus (exporté dans l'Amérique du Sud, où il gagna, en 1887 le Grand Prix de Rio -de- Janeiro).

A l'exception de Capucine, toutes les fdles de Bathilde furent extrêmement fécondes.

(2) West-Australian, dont nous avons retracé la brillante carrière, en 1853, avait été importé en 1860, par le duc de Morny, qui le paya 80.000 francs; il lui donna Clermont, Ruy-Blas, Czar et Quaker.

A la mort du duc de Morny, en 1865, il fut acheté pour 30.000 francs par l'Administration des Haras, qui l'envoya en station au Pin. Nous ne voyons guère à citer, parmi sa production de cette période, que Verdure (qu'il eut de la fameuse Vermeille), que M. H. Delamarre vendit 100.000 francs à M. C.-J. Lefèvre, en 1871.

Quelques explications sont ici nécessaires.

La Poule, véritable ABC du parieur, n'est qu'une simple loterie, comme chacun sait. Ce mode de paris était le seul que l'on eût à l'origine, et, pendant longtemps, il jouit en Angleterre d'une très grande vogue. Les parieurs se réunissaient avant la course et l'on mettait dans un chapeau autant de bulletins qu'il y avait de chevaux engagés ; chacun déposait l'enjeu convenu et l'on tirait au sort. Celui que la chance favorisait du bulletin portant le numéro du cheval vainqueur gagnait la totalité des enjeux.

En France, les poules se faisaient entre amis et connaissances. C'était un jeu intime et un moyen tout simple de s'intéresser plus vivement à telle ou telle course.

Puis des individus plus ou moins louches en organisèrent dans le public, sur les champs de courses, en prélevant, comme commission, un tant pour cent sur la masse des enj eux . Jusque-là rien de répréhensible, mais la mauvaise foi dans les tirages, la disparition fréquente du caissier avec les mises, au moment du règlement, les querelles, les disputes, attirèrent l'attention d'un jeune homme ingénieux, qui imagina tout aussitôt un système simple, pratique et loyal de permettre aux amateurs de poules de se livrer à leur jeu favori, tout en les soustrayant aux fraudes auxquelles ils étaient jusqu'alors exposés.

Ce jeune homme s'appelait Joseph 011er.

U Agence des Poules, créée par lui dans le but de « centraliser la formation des poules entre les joueurs sur tous les champs de courses » était installée 27, boulevard des ItaUens, où fut construit depuis le théâtre desNouveautés et où s'ouvre aujourd'hui la rue des Italiens (1 ) .

La première apparition en pubhc de la voiture-bureau de l'Agence des Poules eut lieu sur l'hippodrome de La Marche, le 5 mars 1865. C'était une immense roulotte, peinte en jaune, à vastes compartiments intérieurs et à nombreux guichets, comportant le personnel et le matériel qu'exigeaient les multiples opérations de délivrance de tickets, de tirage au sort et de paiement des numéros gagnants dans les différentes séries. Par un mode de tirage fort simple — une grande roue numérotée, très visible — • chaque joueur connaissait, avant la course, par le billet qui lui avait été distribué, le cheval qui correspondait à son numéro. Après la course, le montant de la Poule,

(1) Les Poules qu'elle organisait sur toutes les courses — à 2, 5, 10, 20 et 100 francs, qui permettait et incitait toutes les bourses à y participer — étaient de trois sortes :

Poules à engagements, englobant tous les chevaux engagés dans la course;

Poules au programme, ne comprenant que les chevaux restant inscrits au programme;

Poules au tableau, réduites aux seuls chevaux partants.

Celles-ci naturellement ne pouvaient s'agincer qu'au dernier moment, sur le champ de courses même, alors que les autres étaient ouvertes plus ou moins longtemps à l'avance, dès qu'étaient publiés les engagements ou déclarés les forfaits.

Chaque sorte de poules pouvait comprendre de nombreuses séries, aux dif-

déduction faite des sommes revenant aux chevaux placés et de la commission que se réservait l'Agence, était versé au gagnant.

ferents tarifs indiqués, qui, toutes, donnaient lieu à des tirages différents, en sorte que tous les bulletins gagnants des séries à 5 francs, par exemple, pouvaient ne pas porter le même numéro d'ordre.

Fac-similé de ticket.

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