PREMIÈRE COURSE
A titre de curiosité, nous croyons intéressant de rappeler, sans revenir sur ce que nous avons déjà dit, les principaux articles du règlement même de l'agence Oller :
Art. 6. — L'Agence complète toute Poule commencée, se réservant le droit de ne pas émettre de nouvelles séries.
Aet. 10. — Dans les Poules à engagements, le gagnant reçoit un dixième et une mise en moins, qui reviennent : le dixième, au second, et la mise, au troisième.
Aet. U. — Les Poules au programme et à engagements concourent à divers tirages et donnant la faculté de concourir à autant de Poules distinctes qu'il est fait de mises dans les tirages différents.
Art. 13. — Dans les Poules au tableau, si un ou plusieurs chevaux viennent à être ajoutés après le tirage, l'Agence ne paie que sur le nombre de chevaux inscrits au moment du tirage, et rembourse les mises dans le cas où un des chevaux ajoutés viendrait à gagner.
Si, au contraire, l'on vient à retirer des chevaux après le tirage, elle rembourse les numéros correspondant aux chevaux retirés et ne paye que sur le nombre des chevaux affichés en dernier lieu.
Art. 14. — Dans le cas de course annulée, l'Agence rembourse les mises, et, pour un dea,d-heat, partage le montant de la Poule dans les proportions de la répartition du prix.
Art. 15. — Le résultat des tirages est publié au champ de courses, dans le Derby et au siège de l'Agence.
Art. 16. ^ — Le gagnant est payé aux courses, aussitôt le vainqueur affiché, ou tous les jours, de 1 à 5 heures, dès le surlendemain de la course, au siège de l'Agence, sous une retenue de. . . . 10 % 7 % 6 % et 5 % sur le total des Poules à 2 5 TÔ~ 20 et 100 francs.
Art. 17. — Dans les courses en partie liée, la Poule revient au gagnant définitif, c'est-à-dire au bulletin du cheval dont le numéro est affiché à la dernière épreuve.
Art. 18. — L'Agence paie sur le numéro du cheval affiché, déclinant toutes
1857 A Fix 1870 371
Le succès de la voiture de l'Agence des Poules fut si grand — elle était littéralement prise d'assaut par la foule, qui se battait aux guichets pour obtenir des bulletins — que le jeune 011er dut, sans tarder, augmenter le matériel roulant qu'il transportait sur tous les <îhamps de courses parisiens.
Il réalisa ainsi des bénéfices considérables. Mais une telle vogue ne pouvait manquer, on le comprendra, d'engendrer la concurrence, et, bientôt des agences du même genre — dont la principale fut VOffice des Poules, 78, rue de Provence — surgirent un peu partout et jusques àXondres.
M. J. OUer était un homme ingénieux, nous l'avons dit. Devant cette concurrence — qui ne nuisait en rien, cependant, à son agence, que le public continuait à préférer à toutes autres — il imagina un nouveau système de jeu, qui devait faire plus de bruit encore dans le monde par les fluctuations qu'il subit, ayant d'abord été déclaré illégal, quand OUer l'exploitait, puis licite, quand l'État en tira profit.
Ce jeu, qu'il appela les Paris Mutuels, n'était autre, en effet, que le Pari Mutuel actuel, à cette différence près, qu'il comportait d'ingénieuses combinaisons qui ont disparu, et ensuite que M. 011er, après avoir d'abord prélevé une commission de 10 p. 100 sur les enjeux, l'avait abaissée à 5 p. 100, devant le développement rapide de son •chiffre d'affaires, alors que l'État, lorsqu'il imposera plus tard le Pari Mutuel, prélèvera d'abord 3, puis 7, puis 8 p. 100, et tentera même, grisé par l'accroissement des recettes et sous la ruée des appétits électoraux, d'all«r au delà.
Le mécanisme et le fonctionnement de ces premiers Paris Mutuels se différenciaient un peu du jeu tel qu'il est pratiqué de nos jours (1).
■conséquences de contestation ultérieure provenant de réclamations de divers genres.
Cependant, si le cheval arrivé premier n'était pas affiché, elle se réserverait le droit d'ajouriier le payement jusqu'à ce qu'une décision ait fait afficher ou déclarer le gagnant.
Art. 19. — Le payement des Poules ne peut être fait que sur la présentation «xpresse du bulletin dûment daté, sans qu'il puisse être remplacé d'une manière quelconque, ni qu'il soit admis de réclamation pour les billets égarés ou non datés.
Art. 20. — Tout bulletin non présenté dans les six mois qui suivent la course est déclaré périmé.
(1) Nous empruntons au rapport de M. le conseiller Saint-Luc Courborieu <Cour de Cassation, 18 juin 1875), la description du mécanisme des paris mutuelstels qu'ils furent pratiqués jusqu'à leur suppression.»
1° Pari mutuel simple. — Un tableau exposé aux regards du public indique, dans l'ordre du programme ou du poteau d'affichage, les noms et les numéros des chevaux qui doivent courir. Le parieur fait une ou plusieurs mises (par unités d'égales valeurs, qui ne peuvent être inférieures à 5 francs) sur le cheval qui lui convient, et chaque mise, par l'effet d'un mécanisme inventé par 011er, se reproduit en chiffres au regard de la colonne dans laquelle figurent le nom et le numéro du cheval qui en a été l'objet. A la partie supérieure de ce tableau se trouve le
Ils offraient cette supériorité sur les Poules, que le joueur choisissait les chevaux qu'il désirait jouer, au lieu de se voir attribuer un numéro au hasard, par le tirage au sort. L'ensemble des mises engagées dans chaque course constituait, défalcation faite de la commission de l'agence, la somme à partager entre tous les joueurs du cheval gagnant, au prorata du nombre des mises de chacun d'eux.
Ces paris mutuels présentaient, sur le Pari Mutuel officiel de nos^ jours, ce double avantage qu'ils se prêtaient à des combinaisons variées et que le public pouvait suivre, sur le tableau enregistreur^ non seulement le montant des mises totales engagées sur une course, mais encore celui des mises sur chaque cheval. Les joueurs connaissaient ainsi, au fur et à mesure des opérations, la cote du cheval qu'ils avaient joué et ils pouvaient se couvrir en conséquence. Aussi ce genre de paris eut-il une vogue énorme.
Les rendements, quelquefois fabuleux, publiés quotidiennement dans les journaux, firent tourner bien des têtes, et toutes les classes de la société ne tardèrent pas à se ruer aux guichets de l'agence OUer (1).
A ces poules, à ces paris mutuels et à toutes leurs combinaisons^
totalisateur, qui, au fur et à mesure des mises diverses, en indiquele total .L'Agence délivre un bulletin indiquant le cheval choisi et les mises du parieur qui, si son cheval est vainqueur, partage, avec ceux qui ont parié pour le même cheval, dans la proportion de leurs mises respectives, le total des sommes engagées, déduction faite de la commission de 10 p. 100 au profit de l'Agence.
A côté de ces paris mutuels simples, les agences offraient encore au public deux autres variétés : le pari mutuel par groupe et chevaux accouplés et le pari mutuel de combinaison.
2° Pari mutuel par groupes. — Ce pari consiste à classer les chevaux destinés à partir et chacun à son nom. Par exemple, sur soixante chevaux, on classe les vingt premiers; les quarante autres figurent sous le n° 21. Le joueur gagne ou perd suivant que le cheval vainqueur est parmi les vingt qu'il a désignés ou parmi le lot n" 21.
Le pari mutuel par chevaux accouplés n'est qu'une variante de ce pari : on groupe quelquefois sous un même numéro, tous les chevaux appartenant à un même propriétaire qui, au dernier moment, choisit celui ou ceux de ses chevaux qui doivent définitivement courir.
3° Pari de combinaison. — Au lieu de parier sur un cheval, comme dans le pari mutuel simple, on opère sur trois courses. On choisit son cheval dans chacune, et on parie que, dans chacune, le cheval choisi gagnera.
Le nombre de combinaisons possibles, étant donné le chiffre de 10 chevaux différents pour chaque course, est égal au nombre de chevaux de la première course, multiplié par le nombre de chevaux de la seconde, multiplié par le nombre de chevaux de la troisième, soit 10X10X10 = 1000.
Il peut arriver que la combinaison que le résultat des courses a produite n'ait pas été formulée parles parieurs. En vue de cette éventualité, on peut réunir sous un numéro spécial toutes les combinaisons non formulées, et ceux qui placent leurs espèces sur ce numéro, gagnent les mises déposées par les autres parieurs, si aucune des combinaisons formulées par ces derniers n'est conforme à l'événement.
(1) Aucun de ces rendements, cependant, n'est comparable à celui de La Manche, dans le prix du Rhône, le 28 septembre 1910, à Maisons-Laffitte, où elle ne rapporta pas moins de 6.6Î9 francs, par unité de 10 francs.
s'ajoutait le pari à la cote, maintenant public. Les transactions au livre, entre membres du Salon des Courses, ne suffisaient plus aux bookmakers, qui commençaient à tenir boutique ouverte. Déjà le Betting Office, installé sur le boulevard, dans l'immeuble même de l'agence 011er, et VOffice Jones, en face du Grand Hôtel, offraient leurs services à quiconque désirait parier sur quelque course que ce fût, en France ou à l'étranger.
Devant ce débordement du jeu sous toutes ses formes, les pouvoirs publics s'étaient émus, et, d'office, le Parquet avait poursuivi les •établissements des poules et de paris mutuels (1).
Le Tribunal correctionnel de la Seine, par jugement du 8 avril 1869, confirmé par l'arrêté de la Cour de Cassation du 4 juin suivant, déclarait « que les Poules qui fonctionnaient par le tirage au sort devaient être assimilées aux loteries prohibées par la loi de 1836. »
Mais, en ce qui concernait les paris mutuels, le Tribunal, puis la Cour de Cassation, estimèrent « qu'ils ne constituaient ni des loteries, ni même des jeux de hasard et ne tombaient pas sous le coup de la loi de 1836, ni des articles 410 et 475 du Code pénal ».
Les agences de Poules disparurent donc. L'action du Parquet n'en équivalait pas moins à un coup d'épée dans l'eau, le jeu, que l'on avait voulu atteindre, devant continuer à trouver un élément dans l'extension énorme qu'allait prendre l'institution des paris mutuels, désormais forte du caractère de légalité que semblait lui avoir conféré le Tribunal, jusqu'au jour où, se déjugeant, ce même Tribunal la condamnera comme illicite, ce qui n'empêchera pas l'État de le rétablir ensuite officiellement!...
(1) Nous avons dit que des agences de poules s'étaient fondées à Londres même. La police anglaise n'avait pas vu d'un bon œil l'installation de ces officines •de jeu. Aussi s'empressa-t-elle d'imiter le Parquet de Paris. Elle les fit fermer, confisqua le matériel, condamna à 50 livres d'amende leur organisateur, René Dennetier, frère et collaborateur du Dennetier des Suburbains.