DE L'ORIGINE A LA FIN DU XVIIP SIÈCLE
Les premières courses. — Les Stuarts. — Formation de la race de pur sang. — Les grands ancêtres : Byerly Turk, Darley Arabiaîi, Godolphin Arabian, Flying Childers, Matchem,Herod, Eclipse, Pot-S-Os, Highflyer, Sir Peter, etc. -^ — Le Jockey-Club de Newmarket. — Le Stud-Book. — Le Whip.
Il est impossible d'entreprendre l'historique des courses en France sans commencer par les suivre dans la marche ascendante qu'elles ont parcourue en Angleterre.
D'abord, parce que c'est chez nos voisins d'Outre-Manche qu'elles ont pris naissance et que se forma la race de chevaux actuellement connue sous le nom de pur sang anglais; ensuite, parce que tout ce que l'on tentera plus tard, en France, pour fonder les unes et acclimater l'autre, ne sera guère que la copie pure et simple de ce qui se sera pratiqué dans le Royaume-Uni.
C'est en Angleterre, au début du xvii^ siècle, que les véritables courses de chevaux prirent naissance, bien que nos voisins courussent des cross-countries dès la fm du xii^ siècle.
Ils n'avaient cependant pas attendu jusque-là pour se préoccuper de la question chevaline, car, dès le milieu du x® siècle, Athelstan, monarque anglo-normand, fds naturel d'Edouard l'Ancien, s'était soucié de l'amélioration des races indigènes.
En 960, Hugues Capet, qui avait épousé sa sœur Ethelwhista, lui avait envoyé en signe d'amitié des étalons de choix — dont on
ignore la race, bien que tout laisse présumer qu'ils étaient arabes ou barbes — qui furent considérés par Athelstan comme tellement précieux, qu'il publia un édit interdisant « qu'aucun d'eux ou de leurs produits pût sortir du royaume, si ce n'est à titre de présent royal ».
Il en fit ensuite venir d'autres de diverses races du continent, notamment de la Saxe, qui lui fournit des chevaux entièrement blancs, qu'il employa également à la reproduction, et dont il appréciait à ce point le mérite, qu'il fit un legs dans son testament pour leur entretien.
Ces mesures montrent le souci de ce monarque de sélectionner l'élevage de son pays et prouvent, par les précautions qu'il prenait pour empêcher l'exportation des reproducteurs de marque, que la race tant admirée par Jules César, lors de son expédition en Grande- Bretagne, n'existait plus, comme nous l'avons vu précédemment.
Cette préoccupation d' Athelstan de doter son pays d'un élevage national sera celle de tous ses successeurs et, à travers la longue file des rois qui ont occupé le trône d'Angleterre, elle se poursuivra, avec une suite dans les idées digne d'admiration, jusqu'à la création des races nécessaires à ses différents besoins, par une sélection de plus en plus resserrée. C'est ainsi que, plus tard, du cheval arabe, gracieux, mais petit et ramassé, sortiront ces admirables animaux du xviii^ siècle, d'une robustesse et d'une endurance à toute épreuve, dont les Flying Childers, Herod, Matchem et Eclipse sont les prototypes, et auxquels remonte la race tout entière du pur sang.
Le mérite de ces grands ancêtres, tant sur le turf qu'au haras, n'a jamais été dépassé, et nous doutons fort qu'il le soit à l'avenir, avec la conception moderne qui sacrifie tout à la précocité et à la vitesse. Déjà même, le type est en régression et...
Mais n'anticipons pas et revenons à ces époques lointaines.
Cent ans après le règne d' Athelstan, les premiers chevaux arabes font leur apparition en Angleterre. En effet, dès la première croisade (1096-1099), les chevaliers anglais ayant constaté la supériorité de ces animaux, tant au point de vue de la vitesse que de la sobriété et de la pureté des lignes, en avaient ramené quelques-uns, afin d'en perpétuer la race chez eux; mais cet essai ne réussit pas.
Henri 1er (ii00-1135) fut le premier grand importateur de chevaux étrangers. Indépendamment de deux superbes étalons arabes, dont l'un fut offert par lui au roi d'Ecosse, Alexandre I^^, dit le Farouche — ■ qui le joignit aux magnifiques présents qu'il fit à l'abbaye de Saint- André, — il en fit venir aussi d'Italie.
Sous Henri II (1154-1189), William Fitz-Stephens nous apprend, dans sa Description of the City of Londo?i, que, chaque vendredi, on menait les chevaux à vendre au marché de Smithfield — le premier d'Angleterre — établi aux portes de la ville. Pour montrer les qualités des concurrents, on les faisait courir ensemble et lutter de vitesse, et les meilleurs prix d'achat étaient obtenus par les vainqueurs. Ces chevaux étaient montés par des garçons d'écurie appelés
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jockeys, du vieux moi français jaquel (1), qui les connaissaient et savaient en tirer le meilleur parti.
Est-il besoin d'ajouter, toutefois, que ce genre d'épreuves ne présentait qu'une ressemblance très éloignée avec les courses actuelles? Quelle que fût la distance, en effet, les Chevaux étaient poussés à fond dès le départ, et c'est à grand renfort de coups de cravache et d'éperons qu'ils achevaient le parcours, au milieu des cris discordants de leurs cavaliers
Puis, les amateurs de chevaux choisirent pour leurs exploits hippiques les landes d'Epsom, à quelques lieues seulement de Londres, autrement propices à ces luttes de vitesse que le marché de Smithfield.
La première course dont parlent les chroniqueurs, entre autres Sir Bevys de Southampton, dans sa Metrical Romance, eut lieu à la Pentecôte, sous le règne de Richard Cœur de Lion (1189-1199). La distance était de trois miles, le prix de 40 livres d'or, somme énorme pour l'époque. Ce prince avait ramené en Angleterre, au retour de la troisième croisade, deux superbes chevaux orientaux, qui faisaient partie du butin pris à Chypre. En même temps, Roger de Belesme, comte de Shrewsbury, introduisait plusieurs étalons d'Espagne, qui produisaient cette race des genêts, déjà fort appréciée, et qu'ont célébrée à l'envi Giraldas, Cambrenis et Drayton.
La plupart des rois qui suivirent — jusqu'à Jacques I^r, que l'on peut considérer comme le véritable fondateur des courses en Angleterre — s'occupèrent activement de la reproduction et ne cessèrent de donner tous leurs soins à l'amélioration de la race indigène, tant par des lois de protection que par l'infusion du meilleur sang étranger, et la sélection par les courses.
C'est ainsi que Jean sans Terre (1199-1216), fonda le premier
(1) Jaquet désignait un petit valet et parfois aussi, tout comme jockey, un petit vaurien. On disait primitivement en anglais jackey « diminutive of Jack obviously borrowed from the French Jacques » (Skeat). Dans la vieille pièce, The famous vidories of Henri V, 1598, un des compagnons de débauche du jeune prince s'appelle Jockey, un autre Theefe (voleur). — J.-J. Jusserand, Les Sports et Jeux d'exercice dans l'ancienne France (Paris, 1901).
Il est curieux de noter, ainsi que cet auteur le fait encore judicieusement remarquer, que le mot sport lui-même n'est que notre ancien mot desport, desporter, anglicanisé, dont nos voisins se servirent d'abord tel qu'il était : leur grand poète du xiv« siècle, Chaucer parle, dans the Taleof Melibeus, d'un jeune homme qui allait « pour son desport jouer aux champs ». (« Upon aday bifelthat he for his desport is went in-to the feeldes him to pleye. »)
Deux cents ans plus tard, Rabelais employait encore notre vieux mot dans son sens sportif : « se desportaient... es près et jouaient à la balle, à la paume. » {Gargantua, chap. XXIII).
Et c'est encore du mot dispori, dont on se servait, en Angleterre, du temps de Charles I", pour désigner la chasse ou les courses, ainsi qu'on le voit dans un acte du Parlement relatif au harnachement des chevaux.
Mais le terme s'appliquait, dans les deux pays, à tout amusement quelconque, Jeux de paroles comme jeux d'exercice, et il ne tarda pas à être remplacé, pour signifier les exercices physiques, par celui de esbattement, dont se servait déjà Froissart pour parler des joutes à cheval. .
harasroyaljfit venir une centaine d'étalons des Flandres, qui créèrent la race de gros trait actuelle ; en place d'argent ou de prix de fermages, il acceptait avec empressement des chevaux de belle conformation.
Edouard II (1307-1327), importa trente chevaux de Lombardie.
Edouard III (1327-1377), — conquérant de l'Ecosse, créateur de l'ordre de la Jarretière, et qui entreprit contre la France la guerre de Cent ans, — possédait un haras magnifique et de nombreux chevaux de courses. Il fit venir du Hainaut un étalon qu'il ne paya pas moins de 25.000 florins, et cinquante étalons d'Espagne, qui lui revinrent l'un dans l'autre à 13 1., 6 sh., 8 d.. soit environ 660 livres ou 16.500 fr. de notre monnaie actuelle, chiffre colossal pour l'époque. Le roi de Navarre lui ayant fait don de deux chevaux (l'armes, il donna 100 sh. (6.340 fr.) de gratification à celui qui les avait amenés.
Richard III (1483-1485), défendit l'exportation des étalons de race indigène, et Henri VII (1485-1509) — sous le règne duquel les troupeaux de chevaux étaient déjà nombreux dans les pâturages particuliers — ^ interdit d'employer à la reproduction des animaux n'ayant pas atteint leur pleine croissance et d'une taille inférieure à 12 paumes 1/2 (1 mètre 27).
Mais Henri VIII (1509-1547), est le premier qui prit vraiment des mesures radicales en vue d'assurer la robustesse de la race. Un acte du Parlement déclara impropres à la reproduction les étalons d'une taille au-dessous de 15 paumes (1 m. 52) et les juments au-dessous de 13 paumes (1 m. 32). Tout dénonciateur d'un reproducteur audessous de la taille légale avait droit à ce cheval, ei l'officier judiciaire qui refusait, sur une dénonciation, de constater la taille d'un cheval, était puni d'une amende de 40 shillings (2.500 francs). Un second bill ordonna même de tuer, avant la Saint-Michel, tous les chevaux n'ayant pas la taille voulue. De plus, il fut interdit, sous peine d'une amende de 10 sh., de faire pâturer ou de loger, avec les autres chevaux, tout animal atteint d'une maladie de peau. Un troisième bill, enfin, obligea chacun à élever un nombre de chevaux en raison de son rang et de ses moyens (1).
Toutes ces mesures eurent pour effet de fournir le royaume en chevaux robustes, en même temps que d'amener, ainsi que Carew le constate dans son History of Cornwall, la disparition complète de la petite raco de cette contrée et du pays de Galles.
(1) Les archevêque? et les ducs étaient tenus d'entretenir chacun sept chevaux de selle ; bs ecclésiastique? jouissant d'un bénéfice annuel de 100 livres et les laïques dont le? femmes portaient une coiffe française ou un bonnet de velours, un cheval, sous peine d'une amende de 20 livres; tout propriétaire, deux juments, etc.
A titre de curiosité, voici, d'après J.-C. Whyte, la composition de l'écurie d'un grand seigneur, en 1 51 2, telle qu'elle résulte des livres de dépenses d'Algernon Percy, cinquième duc de Northumberland, — (nous avons respecté l'orthographe de l'époque) :
6 gentyll horsyi (chevaux de selle du meilleur élevage, à l'usage du duc);
4 pzlfreyi (palefrois chevaux plutôt de petite taille, très doux et dressés à
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Ce prince — sous le règne duquel parut le premier Traité d'Agriculture — fit aussi beaucoup pour améliorer le haras royal d'Eltham, fondé par le roi Jean (non loin des pâturages où M. Blenkiron devait, quelques siècles plus tard, installer son célèbre établissement de Middle Park), et il en créa d'autres à Windsor et à Hampton-Court. Son élevage était important, et Thomas Chaloner nous apprend que, en plus des juments barbes que lui avait offertes le prince de Mantoue, il importa, à des prix fort élevés, de nombreux étalons de Turquie, de Naples et d'Espagne (1). Le cardinal Wolsey, qui partageait sur ce point les idées de son maître, possédait aussi un haras réputé, avec un étalon barbe donné au roi par le marquis d'Urbin.
Henri VIII publia aussi le premier bill sur les courses, et il en fonda à Stamt'ord et à Chester, en 1512. Au début, la corporation des selliers offrait au vainqueur une balle de laine décorée de fleurs et fixée à la pointe d'une lance. Ce n'est qu'en 1540, que ce trophée fut remplacé par une clochette de bois ornée de fleurs, bientôt remplacée elle-même par une clochette d' argent — appelée de Saint-Georges — d'une valeur de 3 sh. 6 pence. Elle était disputée le Mardi-Gras de chaque année. Dans la suite, la Saint-George's Bell fut d'or ; puis on y substitua des coupes, vases, etc., et, enfin, des prix en espèces, de 10 ou 12 livres sterling (2).
l'usage des dames et des personnes âgées : un, pour la duchesse ; deux, pour ses dames d'honneur; un, pour son écuyer);
4 hobys and nags (forts chevaux de selle de petite taille, originaires d'Irlande — dont un pour son fils, lord Percy) ;
1 gret doble trottynge hors called curtal (cheval de selle à la queue coupée ra--, pour le duc, à la campagne);
1 trottynge gambaldyne (cheval de selle de parade, pour le duc, à la ville);
1 amblynge (sorte d'ambleur, pour le duc, lors de ses voyages);
1 amblynge Utile nag (pour le duc, à la chasse à courre ou la rauconnerie);
1 gret amblynge or trottynge gelding also called clothseck (cheval hongre, pour le porte-manteau);
7 gret trottynge horsys (forts chevaux de trait, pour les chariots);
1 nag (pour le conducteur des chariots).
Aucune jument, comme on le voit, ne figure dans cet effectif. Au temps de la chevalerie, en efTet, par suite d'un préjugé absurde dont on ignore les raisons, un noble n'aurait osé monter une jument sans déshonneur.
(1) Dans les Privy Purse Expenses of Henri VIII, de sir N.-H. Nicolas, on trouve le détail des dépenses pour l'entretien de ses chevaux barbes, de leur palefrenier, des jockeys qui les montaient, etc.
(2) L'Ecosse avait précédé l'Angleterre dans cette voie. En 1160, en effet, Guillaume le Lion — qui ne devint roi que cinq ans plus tard, à la mort de son frère Malcolm — avait offert au comté de Lanark, comme prix d'une course annuelle de chevaux, une clochette d'argent.
On a pu la voir, avec celle de la corporation des selliers de Carlisle, qui date de 1559, à l'exposition faite, en 1890, à la Grosvenor Gallery, à Edimbourg. A cette clochette sont attachées, par des petites chaînettes, de nombreuses médailles portant les noms des détenteurs successifs de ce trophée annuel.
Toutefois, comme la plus ancienne de ces médailles ne porte pas de date antérieure à 1628, dans l'opinion de beaucoup de connaisseurs, cette clochette ne serait pas celle de Guillaume le Lion, et elle ne remonterait pas au delà du règne de Jacques I*'".
Telle quelle, elle n'en constitue pas moins une très précieuse pièce de collection.
Mais ces courses différaient entièrement de ce qu'elles sont aujourd'hui. Non seulement l'art de l'entraînement n'existait pas, mais encore les champs de courses ou hippodromes étaient inconnus. On lançait les chevaux à travers la campagne, et c'était toujours aux terrains les plus accidentés qu'on donnait la préférence. On désignait un point à l'horizon (bouquet d'arbres, clocher, etc.), et chaque concurrent était libre du choix du parcours pour y atteindre. Ce que l'on recherchait avant tout, c'était moins la vitesse que la robustesse. Il fallait, en effet, des chevaux de guerre et de fatigue d'une grande force musculaire, capables de porter le poids, fort lourd, d'un cavalier revêtu de sa pesante armure (environ 300 livres, soit 136 kilos). Ce fut même une des raisons qui retarda, pendant des siècles, l'acclimatation des chevaux légers d'Orient ou d'Espagne, dont la qualité dominante était précisément la vitesse.
Comme on le devine, dans les courses de ce genre — appelées crosscountries, et d'où dérivent les steeple-chases modernes — où le parcours n'était pas le même pour tous les concurrents, la victoire restait souvent au cheval le plus médiocre, soit qu'il eut rencontré un terrain meilleur ou un moins grand nombre d'obstacles (murs, haies, fossés, ruisseaux, etc.).
Aussi ne tarda-t-on pas à comprendre que, pour apprécier exactement le mérite respectif des concurrents, il fallait les placer dans des conditions de parcours identiques. On reconnut que les terrains les plus convenables étaient les plus unis et les plus élastiques, ceux que recouvre un gazon ras. De là le nom de turf (gazon), donné depuis à tous les champs de courses. Mais il se passera encore une cinquantaine d'années avant l'établissement d'hippodromes de ce genre, dont les premiers datent du règne de Jacques I^^.
Sous Edouard VI (1547-1553), les chevaux indigènes avaient déjà pris une réelle valeur marchande, aussi les vols en étaient-ils fréquents en dépit des peines sévères qui punissaient alors les délits de ce genre. Pour y mettre un terme, le Parlement décréta que « toute personne convaincue d'avoir volé un étalon ou une jument sera privée des secours de la religion ». L'histoire ne nous dit pas si cette sanction toute morale eut plus d'effet que le gibet.
Sous Elisabeth (1558-1603), Robert Hall nous apprend, dans ses Satires, que les courses de chevaux semblèrent passer de mode, au point qu'elles ne figurent dans aucune des réjouissances de la Cour. Mais ce discrédit ne fut que passager, comme on le verra, et l'innovation, due à Fitz-Alan,duc d'Arundel, d'employer les carrosses dans les cérémonies royales, où jusqu'alors le roi et les seigneurs paraissaient à cheval, allait donner une nouvelle impulsion à l'élevage national; et, comme ses prédécesseurs, Elisabeth poursuivit l'œuvre d'amélioration des races indigènes, en fondant, à Greenwich, un haras où elle réunit une quarantaine d'étalons orientaux, en dehors de ceux qu'elle possédait à Hampton-Court, Richmond, Windsor, Saint- Albans et Waltham.
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En dépit de tous ces efforts, il est curieux de constater que, lors do la panique causée en 1588,en Angleterre, par l'armement delà fameuse Armada de Philippe II, c'est tout au plus si l'on put réunir une cavalerie de 3.000 chevaux.
Mais c'est surtout Jacques l^^ (1603-1625), que l'on peut considérer comme le véritable fondateur des courses en Angleterre. Jusque-là, elles n'avaient pas de règles fixes, ne reposaient sur aucun système raisonné, et les chevaux de toutes races y prenaient part. Le premier, il eut l'idée de régulariser les courses et d'en créer dans les immenses plaines de Newmarket, où il aimait à chasser à courre et au faucon. En 1605, il y fit construire un château avec de vastes écuries, et il y établit des courses, en 1611; puis à Gatherley, près de Richmond (Yorkshire), à Croydon et à Enfield-Chase. Ce fut surtout pendant la résidence de ce prince à son rendez-vous de chasse de Nonesuch, près d'Ewell — non loin d'Epsom, où couraient ses chevaux — que son goût pour les luttes hippiques s'étant répandu parmi le peuple, ce sport devint en quelque sorte national, et l'on peut considérer son règne comme la première période des courses régulières en Angleterre (1).
Les premiers hippodromes gazonnés datent de cette époque. C'est aussi à ce moment que l'hygiène du cheval devient l'objet d'une surveillance attentive, et que l'art de l'entraînement commence à se révéler (2), sans que l'on se préoccupe encore cependant des questions de poids, les règlements imposant pour tous les chevaux indistinctement un poids uniforme, en général, de 10 stones (63 kilogs 1/2).
(1) Ce prince ne dédaignait pas de descendre jusqu'aux plus petits détails d'organisation, et c'est à lui que l'on est redevable de la limitation des pistes, jusqu'alors ouvertes aussi bien aux concurrents qu'aux spectateurs. Touchstone rappelle à ce sujet l'anecdote suivante. Le 3 avril 1617, à Lincoln, Jacques I" remplit en quelque sorte les fonctions de clerk of the course; on courait ce jour-là, une grande course pour une coupe, et l'on avait établi un échafaudage pour servir de tribune au Roi. Celui-ci eut l'idée, pour dégager la piste, de placer des piquets et des cordes, de manière à maintenir la foule de chaque côté, et il en surveilla lui-même l'exécution.
Puisque nous parlons des courses du comté de Lincoln, il n'est pas sans intérêt de rappeler que le règlement de cette époque prescrivait, en cas de. chute d'un jockey, que tous les autres arrêtassent leurs chevaux jusqu'au moment où le cavalier démonté, s'étant relevé, pouvait mettre le pied à l'étrier !.. .
(2) Cet art était encore des plus empiriques, à en juger par l'ouvrage de Gervax Markham, How to choose, ride, traîne and diet both Hunting-horses and Runniny-horses, publié en 1599.
A titre de curiosité, nous relèverons seulement, parmi les étranges pratiques alors en usage, celles à suivre la veille d'une course :
« Frottez fortement les quatre jambes de votre cheval et enduisez-les d'huile de pied de bœuf ou de mouton... Puis donnez-lui sa nourriture : prenez une miche de pain, coupez-la en tranches, faites-les griller devant le feu, trempez-les dans du vin de Muscat, puis faites-les sécher dans des couvertures bien chaudes, et donnez-les-lui à manger.
« Le jour de la course, quand l'heure de le sortir sera arrivée, bridez-le ; veillez avec soin à ses couvertures; puis emplissez-vous la bouche de vinaigre bien fort et insufflez-le-lui doucement dans les naseaux, ce qui aura pour effet d'ouvrir ses canaux respiratoires et de les rendre plus aptes à recevoir le vent (!!!). »
C'est également Jacques I^r qui, le premier, pressentit tout le parti que l'on pouvait tirer, au point de vue de l'amélioration des races indigènes, du sang arabe. Ses prédécesseurs avaient, depuis longtemps déjà, fait des tentatives dans cette voie, sans résultats appréciables, en raison même des conditions où elles s'étaient poursuivies. Mais ces conditions, il faut le reconnaître, étaient modifiées. L'usage de la poudre à canon — employée pour la première fois en Europe par les Anglais, à la bataille de Crécy (1346) — s'était singulièrement généralisé depuis lors, et l'emploi des armes à feu avait de plus en plus rendu inutiles les pesantes armures des chevaliers et, partant, les lourds chevaux qui les portaient. De plus, les progrès de la voirie avaient considérablement augmenté l'usage des voitures et porté par cela même à la recherche de chevaux plus rapides. Toutes ces considérations, jointes à la prédilection que son goût pour les courses et la chasse lui donnait pour les chevaux vites et légers, et à ce qu'il savait de la vigueur et de la sobriété de la race arabe, poussèrent Jacques P^ — en dépit du préjugé qui existait déjà contre cette race, et que le roi lui-même ne put vaincre ■^— à faire venir plusieurs étalons orientaux. Celui sur lequel il fondait le plus d'espérances — et que Markham acheta, à Constantinople, au prix, considérable pour l'époque, de 500 guinées — ne réussit ni sur le turf, où il fui battu dans presque toutes les courses qu'il disputa, ni au haras. Ce cheval, the King's Arabian, comme on l'appela, était bai, de petite taille, assez mal conformé, et n'avait, au dire du duc de Newcastle, le spécialiste le plus autorisé (1), aucune des qualités que le dicton arabe exige du cheval de race, qui doit posséder :
trois choses longues : — les oreilles, l'encolure et les membres antérieurs;
(1 ) Ce duc de Newcastle, dont l'autorité faisait ainsi loi en la matière, passait pour le plus habile écuyer de son époque Ses ennemis prétendirent qu'il ne s'était élevé aussi véhémentement contre cette tentative, que parce qu'il avait compris quel redoutable rival serait pour le cheval de manège le cheval arabe aux allures rapides, et quel danger les courses pouvaient faire courir à l'inutile équitation savante.
Il est curieux de remarquer à ce sujet — les mêmes causes ne produisent-elles pas partout et toujours les mêmes effets! — que ce seront encore les écuyers de manège qui mèneront la plus violente campagne contre le pur-sang anglais quand, sous Louis XVI, le comte d'Artois et ses amis tenteront de l'implanter en France.
Si, dès le règne de Jacques I", certains partisans du duc de Newcastle peuvent être accusés d'avoir obéi à ces mesquines considérations, ce reproche ne nous semble pas pouvoir être adressé au duc lui-même II a pu critiquer les défauts de l'étalon du roi; mais, loin d'être un détracteur de parti pris de la race orientale, il la prisait au contraire au plus haut point. Nous n'en voulons pour preuve que ce qu'il en dit dans sa Méthode et Instruction nouvelle de dresser les chevaux, qu'il écrivait en français, en 1658, à Antwerp, où il s'était exilé durant le protectorat de Cromwell. Passant en revue les différentes races de chevaux alors connues, Il admire particulièrement « le cheval barbe, à la structure résistante, dont les 03 sont si denses qu'à peine la moelle y tient la place d'un fétu de paille, tandis qu'on pourrait introduire le petit doigt dans celle du cheval de Flandres »
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trois choses courtes : — le dos, l'os de la queue et les membres postérieurs ;
trois choses larges : — le front, le poitrail et la croupe;
trois choses pures : — la peau, les yeux et les sabots.
Cet essai n'ayant pas donné de suite des résultats satisfaisants, l'expérience — sans doute, aussi, enraison du préjugé que nous venons de rappeler — fut abandonnée, et, pendant un siècle encore, la race arabe, qui devait cependant triompher à la fm, sera délaissée et méprisée. L'histoire hippique de l'Angleterre n'en a pas moins conservé le nom d'un étalon turc, ramené à cette époque par l'écuyer Place, et qu'on appela The Place' s White Turk, suivant la coutume d'alors de désigner les chevaux orientaux tant par la couleur de leur robe que par les noms de leur propriétaire et de leur pays d'origine. C'est à ce Place' s White Turk que s'arrêtent les plus anciennes généalogies chevalines tracées au Stud-Book.
C'est également sous le règne de Jacques I^r que se coururent, en 1604,1e premier raid (1) et, en 1609, à Chester,le premier sweepstakes ou poule, institué par le shérifï Robert Ambrye. Le vainqueur recevait le montant des engagements, plus la Saint-George's Bell, — instituée, comme nous l'a von? dit, sous Henri VIII, en 1540, et dont la valeur était maintenant de 8 à 10 livres sterling — qu'il conservait toute l'année, pour la transmettre ensuite au vainqueur de l'année suivante. Ce n'est qu'en 1623 — dix ans après que les courses de Chester furent devenues annuelles — que le maire, Thomas Bereton, décréta que la sonnette serait définitivement acquise au vainqueur et renouvelée chaque année. C'était alors un glorieux trophée que cette modeste Saint-George's Bell, et les cloches des églises carillonnaient joyeusement en l'honneur du gagnant. Aux premiers temps des courses, et jusqu'à la fin du xvii^ siècle, en efîet, on sonnait les cloches pour annoncer la victoire d'un cheval dans une épreuve importante (2).
C'est de cette époque, que l'aristocratie se décide enfin à imiter ses rois et commence à s'intéresser aux courses qui, jusque-là, n'avaient guère été qu'un amusement populaire et qui, quelques années auparavant — sous le règne d'Elisabeth, comme nous l'avons vu — avaient été fort délaissées. Mais ce discrédit fut de courte durée et, devant la faveur croissante dont les chevaux anglais jouissaient, même en France (3), les seigneurs prirent vite goût aux courses; bien qu'ils
(1) Un de ses grooms, nommé John Lepton, entreprit, en effet, de faire cinq fois le trajet de Londres à York, sur le môme cheval. Il accomplit cette tâche en cinq jours.
(2) Les registres de la paroisse de Saint-Edmunds, à Salisbury, mentionnent, en 1645, une recette de 5 sh. 8 d., pour avoir sonné les cloches en l'honneur d'un cheval au comte de Pembroke, qui avait gagné la Coupe. (Touchestone, Les courses de chevaux en France et à l'étranger.)
(3) Dans ses Mémoires, le maréchal de Bassompierre nous apprend que, lors du séjour de la Cour de Louis XIII à Fontainebleau, les courtisans avaient
préférassent, en général, les confier à leurs jockeys, formés spécialement, on ne les vit pas moins les monter eux-mêmes dans certains matches ou paris particuliers.
Charles I^r (1625-1649), fut également un grand amateur de courses, et, sous son règne, les progrès s'accentuent encore. Il patronne celles de Newmarket, de Stamford (où, comme à Chester, elles sont devenues annuelles), et en établit à Hyde-Park, près de Londres, qu'il dote d'une coupe d'une valeur de cent guinées. De plus, il fonde le haras royal de Tutbury, dans le Stafïordshire. Cavalier consommé et des plus compétents en ce qui touchait au harnachement des chevaux, il en régla officiellement les termes et, par acte du Parlement, en date de 1626, il enjoignit très judicieusement de réserver à l'avenir le
p. Longmaus and C°, London, Copyriglit,
Mors de troupe et hriclon de course.
mors pour la troupe et le bridon pour les exercices de sport (times of disport), tels que la chasse et les courses.
Cromwell, devenu Protecteur, s'éleva violemment tout d'abord corntre les courses, dans lesquelles il ne voyait qu'un passe-temps frivole, indigne de l'esprit puritain (1), et il laissa ses lieutenants faire main basse sur les poulinières royales. Puis, son bon sens pra-
coutume de jouer fort gros jeu. L'argent était remplacé par des jetons, qui passaient et repassaient d'un joueur à l'autre avec autant de rapidité que les chevaux anglais lorsqu'ils courent, d'où l'habitude d'appeler ces jetons Quinterots, du nom de la personne qui, la première, avait introduit des chevaux anglais en France.
(1) Dan? un discours, au Parlement, le 17 septembre 1756, Cromwell faisait honte à ses compatriotes de leur frivolité. « On se plaint parmi vous de ne plus avoir de courses de chevaux, de combats de coq et le reste... Tant que Dieu ne nous aura pas amené à un autre état d'esprit, il ne pourra nous supporter... Oui, dira-t-on, mais il supporte bien les gens de France; en France, ils font ceci et cela... Mais ont-ils, en France, l'Évangile que nous avons? Ils n'ont vu le soleil qu'un peu et nous avons, nous, de grandes lumières. Si Dieu vous donne un esprit de réforme, vous préserverez cette nation du danger de retomber encore dans ces folies. » (Speeches and letters of Olivier Cromwell, par Thomas Carlyle, Londres 1888.)
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tique lui montra la nécessité de continuer l'œuvre nationale des Stuarts, et, en 1657, il donna l'ordre à sir Thomas Bendish, l'ambassadeur anglais à Constantinople, de lui procurer plusieurs étalons orientaux, auxquels il attacha l'écuyer Place, dont nous avons parlé. Sous son protectorat furent également importés Helmsley Turk et Fairfax's Morocco Barb.
A la Restauration, les royalistes s'emparèrent d'une deses juments, que l'on avait cachée dans le caveau d'une église, ce qui lui valut le nom de Cuffin mare (jument du Cercueil).
Mais c'est du règne de Charles II (1660-1685), que date vraiment la grande prospérité des courses en Angleterre, par le développement qu'il y donna. Non seulement il établit des convocations régulières en coordonnant les réunions des différents centres, fixa les conditions d'âge et de poids imposées aux chevaux, remplaça les clochettes d'argent par des aiguières ou coupes avec plateaux d'une valeur de 100 livres (1 ), reconstruisit le château et les écuries de Newmarket qui étaient tombés en ruines (2), mais encore, pour prêcher d'exemple et inciter la noblesse à l'imiter, il fit même courir sous son propre nom.
C'est de son règne que datent réellement les premières courses régulières de Newmarket, organisées en 1671, par le comte de Craven, dont elles ont depuis porté le nom. C'est en souvenir de Charles II que fut instituée, cent ans plus tard, par le Jockey Club, la course du Whip, dont nous parlerons.
L'amélioration des races indigènes fut aussi un des soucis dominants de Charles II, et il envoya au Maroc, en Arabie et en Turquie, sesécuyers Christophe Wirville et Georges Fenwick,pour lui acheter des étalons et surtout des juments triées sur le volet, connues depuis sous le nom de royal mares (juments royales), qui donnèrent le jour aux meilleurs chevaux de l'époque, et dont le sang se retrouve dans le pedigree de tous les chevaux les plus célèbres du turf anglais.
Si éphémère qu'ait été le règne de son successeur, Jacques II (1685-16£9), il n'en est pas moins à rappeler par le nombre d'étalons orientaux qui furent alors importés, et dont les noms, comme ceux des royal mares, reparaissent à chaque instant dans le Stud- Book. Les plus connus sont : Lister Turk, ramené par le duc de Berwick; — Barb C/ziZ/aè?/, qui se distingua par sa férocité et, aussi, par son amitié pour un chat, comme plus tard, le célèbre Godolphin;
(1) Si l'on remplaça les clochettes par d'autres objets, tels que des coupes, aiguières ou buires — • comme celle qui fut offerte, en 1728, au Burham Downs meeting, et qui provenait de Charles II — ce fut autant par la nécessité d'augmenter la valeur des prix, que parce que ces objets pouvaient décorer les dressoirs et même servir aux usages de la table.
Les plus anciennes coupes sont celles de Chester, York et Paisley.
(2) Reconstruites à nouveau, il y a une cinquantaine d'années, par le5 Rothschild, qui y ont leur principal établissement d'entraînement, ces écuries ont conservé le nom de Palace House.
— les deux D'Arcy : D' Arcy''s White Turk et D'Arcy's Yellow Turk;
— les deux étalons achetés par M. Curwen, de Cumberland, au comte de Toulouse, fils naturel de Louis XIV et de Mme de Montespan,et qui avaient été offerts au Roi-Soleil par le Sultan du Maroc, Curweri's Bay Barb, qu'il garda, et Toulouse Barb, qu'il recéda à Sir John Persons; — Saint- Victor' s Barb, qui provenait du comte de Saint- Victor; — les deux chevaux de M. Hutton, Huttoii's Bay Turk et Hutton' s Black Legs; — Matthew's Persian, Croft's Egyptian, et une vingtaine d'autres, de toutes races orientales, auxquels on donna principalement les royal mares ainsi que toutes les autres juments qui s'étaient distinguées sur le turf, quelle que fût leurorigine. Les courses ayant fait éliminer de la reproduction tous les autres animaux médiocres, il en résulta une sélection, où le sang allait sans cesse en se purifiant, passant du demi-sang d'abord, aux troisquarts de sang, aux sept-huitièmes, aux trente-deuxième, etc. Il serait sans intérêt de suivre pas à pas cette épuration de la race, tous les chevaux de pur sang anglais du monde entier remontant à l'une des trois grandes souches, Byerly Turk,Darley Arabian ou Godolphin Arabian, dont nous allons parler, et dont nous indiquons, à la fin de cet ouvrage, les descendants principaux (Voir Livre VIII).
Guillaume III (1689-1702), porta également toute son attention sur l'amélioration des races chevalines, surtout en vue du recrutement de sa cavalerie. Comprenant toute la valeur de l'origine d'un cheval et la nécessité que sa filiation fût régulièrement et officiellement constatée, il créa le Stud-Book ou registre de la généalogie de tous les chevaux de pur sang {The gênerai Stud-Book containing pedigrees Bace Horses). De son règne date l'importation de The Byerly Turk — dont on ne sait rien, sinon qu'il fut le cheval' d'armes d'un de ses meilleurs officiers, le capitaine Byerly — qui. devait être la souche, par son descendant Herod, de l'une des trois grandes familles précitées. The Byerly Turk est le plus ancien étalon auquel le Stud-Book anglais fasse remonter, par une généalogie incontestable et ininterrompue, partie des chevaux qui y figurent.
Guillaume III augmenta le nombre des plates dans le royaume et fonda une académie d'équitation, à la tête de laquelle il appela un cavalier français émérite, le capitaine Joubert.
La reine Anne (1702-1714), qui succéda à Guillaume III, institua dans plusieurs localités — tant par goût personnel, que pour plaire à son époux, Georges de Danemark, qui était un grand amateur de courses — - de nouveaux prix royaux ou plates, dotés de pièces d'argenterie, dont la valeur, à partir de 1721, sera donnée en numéraire. En 1710, s'était disputée la première Gold Gup (Coupe d'Or), offerte par la reine, d'une valeur de 60 guinées, portée, dès l'année suivante, à 100 guinées, pour chevaux de 6 ans, portant 12 stones (76 kilos), sur 4 miles ou 6.400 mètres, en partie liée. La reine Anne faisait courir sous son propre nom : en 1712, Pepper,
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hongre gris lui appartenant, disputa la R^yal Gold Cup,à York, et Mustard, « gris-muscade », la même épreuve, en 1713.
Le 30 juillet 1714, nous voyons son poulain iSfar remporter à York une poule de 10 guinées ajoutée à un prix de 40 livres. Quelques jours plus tard, le 12 août, devait se disputer le GoldCup de 60 livres. Une assistance énorme s'était rendue sur l'hippodrome, où l'on ne comptait pas moins de cinquante-six carrosses, nombre considérable pour l'époque. Au moment où la cloche sonnait pour appeler les •concurrents sur la piste, on apprend la mort de la reine. Les passions
Simpsou L'iw, Marstou .lud C. LuuJou, Cupyi'.ji
The Darley Arabian.
politiques se réveillent aussitôt. En un clin d'œil, ainsi que le rappelle E. Chapus,le champ de courses devient un meeting populaire. Le lord-maire, William Bedman, et l'archevêque Davis haranguent la foule en faveur de la maison de Hanovre. On quitte l'hippodrome et l'on se rend à York, où l'on s'assure de tous les chefs du parti tory, et Georges I^r est proclamé roi. Quelques jours après, Londres, investi, acceptait la révolution qui avait eu pour berceau un champ de courses, et la dynastie des Stuarts était à jamais exilée du trône d'x\ngieterre.
C'est sous le règne de la reine Anne que fut importé un cheval arabe
dont la venue allait fixer pour toujours — concurremment avec Byerly Turk — l'orientation définitive à donner à l'élevage. Ce cheval portait le nom arabe de Mannicka, mais on l'appela The Darley Arabian, du nom de son propriétaire, M. John Brewster Darley, éleveur à Aldby Park, près de York. Ce M. Darley avait un frère cadet, établi à Alep. A rencontre de ses compatriotes, celui-ci tenait la race arabe en haute estime, et, dans toutes ses lettres à son frère, il en vantait les qualités de vitesse et de résistance, qu'il était chaque jour à même d'apprécier. De guerre lasse, John Brewster finit par se laisser convaincre et lui demanda de lui envoyer le meilleur reproducteur qu'il pourrait trouver. Dans une partie de chasse aux environs d'Alep, M. Darley junior fut frappé par la beauté des formes d'un certain cheval et par la supériorité qu'il montra durant toute la journée. C'était un type du plus pur sang oriental, — de cette race Kochlani qui remonte, prétend-on, au règne de Salomon, — que son maîire, un Arabe, avait ramené des déserts de Palmyre. Il était aussi de taille sensiblement plus élevée que l'arabe ordinaire. Il avait la robe baie, avec deux balzanes postérieures et un boulet antérieur blanc, une liste prolongée en tête et un épi de poils blancs à la crinière. Après de longues négociations, M. Darley l'obtint en échange d'un superbe fusil de chasse anglais, ce qui était alors une nouveauté rare, et il l'envoya en Angleterre en 1705.
Les héros du turf, dans ces premières années du xviii^ siècle, étaient Spanker (D'Arcy's Yellow Turk ou D'Arcy's White Turk et Fairfax's Morocco mare); Bay Bolton (Grey Hautboy et Makeless mare), Dragon et Merlin, dont nous parlons plus loin; Brockleshy Betty (Curwen's Bay Barb et Leedes' Hobby mare), célèbre jument qui avait déjà pouliné avant d'être mise à l'entraînement; Chanter (Akaster Turk et Leedes' Arabian mare); le, fameux Fox (Clumsey et Bay Peg), qui remporta dix victoires sur onze courses et ne fut battu que par Flying Childers; Partner (Jigg et Sister to Mixbury), un des meilleurs reproducteurs de l'époque; White joot (Bay Bolton et Darley Arabian mare); Mixbury Galloway (Curwen's Bay Barb et Curwen's Old Spot mare); Brockleshy (Woodcote et Brockesby Betty); Bald Charlotte (Old Royal et Bethell's mare), la meilleure jument de son temps; indépendamment des nombreux plates royaux qu'elle remporta, de cinq à huit ans, elle gagna un match fameux, sur 4 miles, à Newmarket, sous le poids écrasant de 114 kil. 1/2. Elle est l' arrière-grand' mère de Dorimant, qui eut une carrière extrêmement brillante, de 1774 à 1779.
The Darley Arabian ne courut pas, et, pendant longtemps, son nouveau propriétaire — cédant, après coup, à la prévention générale contre la race orientale — refusa de lui donner des juments de valeur. Mais certains de ses produits, bien qu'obtenus avec des juments inférieures, déployèrent de telles qualités sur le turf, qu'un revirement d'opinion commença à se faire. Après les succès retentissants de Flying Childers — le premier grand cheval de courses de l'Angle-
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terre (1) — • la cause était gagnée : c'était désormais au seul pur sang oriental, si longtemps décrié, que l'on allait demander la rénovation de la race, ou plutôt des races indigènes, en vue de leurs diverses utilisations. « Quinze ans après l'arrivée de Darley Arabian, écrit Eugène Chapus, le sang arabe faisait sentir son influence dans hs races anglaises. Partout où il se trouvait, on reconnaissait que
aiimi'tou Low, ilurslou uud C". Loudon, Copyr.'glit.
Bald Charlotte.
les qualités du cheval augmentaient. A la chasse ou dans les voyages, à la selle comme à l'attelage, on voyait les sujets appartenant à cette
(1) The Darley Arabian avait déjà donné Almanzor, Aleppo, Cupid, Brush, Dart, Dœdalus, Skipjack, Manica, etc., qui, tou3 remportèrent des prix nombreux, quand il produisit ses deux fils les plus célèbres : Devonshire ou Flying Childers et Bleeding ou Bartlett's Childers. Ces deux chevaux furent ainsi nommés de ce qu'ils avaient été élevés par M. Childers, de Carrhouse, près de Doncaster; le premier fut vendu au duc de Devonshire, et le second, à M. Bartlett. C'est ce dernier qui sera la souche û'Eclipse.
Né en 1715, Flying Childers — qui, par sa mère Betty Leeds, remontait doublement à Spanker, par D'Arcy's Yellow Turk — était bai clair, avec une liste
noble origine, accomplir des prodiges d'endurance et de vitesse. Il en fut ainsi de Black Bess, la célèbre jument de Turpin, le non moins célèbre voleur de grand chemin. Les registres officiels qui constatent le
FI y in g Childers.
mérite et la filiation des chevaux de courses n'ont point recueilli ce nom de Black Bess, mais il est inscrit dans un nombre infini de
en tête et quatre balzanes. Plus grand et plus fort que son père, il servit d'abord de cheval de chasse et montra de telles qualités que le duc de Devonshire décida de le faire courir. Sa force était remarquable et sa vitesse — que n'égala jamais que celle a'Eclipse — était si prodigieuse, qu'il parcourait 4 miles (6.400 mètres) en 6'42". Aucun concurrent n'osait plus l'approcher et, dans la dernière course qu'il disputa, il battit Almanzor et Brown Betty, deux excellents performers cependant, de 400 mètres, tout en leur rendant 13 livres! ..
Ce fut la continuité même de ses succès qui obligea son propriétaire à le rétirer du turf, devant les menaces réitérées qu'il reçut. On verra plus loin que ce fut ce mêflne motif qui interrompit la carrière de course û'Eclipse!... Si bizarre que cela paraisse, ce ne seront pas là les seules manifestations antisportives que nous aurons à reprocher aux Anglais.
Flying Childers fut le père de nombreux chevaux de valeur, tels que Plaistow y Black Legs Second, Snip, Commoner, Blaze, grand-père maternel de King Herod, Poppet, Steady, etc., qui, eux-mêmes, se perpétueront jusqu'à nos jours. Pour de plu? amples détails sur la descendance de Darley Arabian et de Flying Childers, voir Livre VIII, Les trois grandes lignées.
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livres, qui ont conservé le récit de sa merveilleuse histoire (1). » Georges I®^ (1714-1727), convertit les plates en prix royaux de 100 livres. Georges II (1727-1761), en augmenta le nombre (de onze, en 1727 ; ils furent progressivement portés à vingt, à la fin de son règne); il interdit les courses de poneys et défendit de courir aucune épreuve, privée ou publique, au-dessous de 50 livres, dans le but d'empêcher tout à la fois l'élève des chevaux médiocres et le peuple de perdre son temps et son argent en matches à bon marché, ce qui était devenu une fureur. Une ordonnance du Parlement fixait l'âge des chevaux aptes à courir à cinq ans, leur poids à 10 stones, et infligeait une amende de 200 livres pour toute infraction à ce règlement . C'est sous ce règne que parut le premier Racing Calendar ou répertoire des courses passées (2).
(1) « Fille d'un étalon arabe, fils de Darley Arahian et d'une mère pur sang', Black Bess était noire, d'un poil soyeux et brillant, près de terre et de taille ordinaire. Sa vue aurait défié celle du lion et sa sagacité rappelait les instincts si sûrs du cheval du désert. En route, elle hennissait pour prévenir son maître de la présence d'un cavalier, qu'elle pressentait à l'odorat. »
Le dernier exploit de Black Bess — avec laquelle Turpin avait déjà défié toutes les polices du Royaume-Uni — fut celui-ci :
Au début de 1737, Turpin, dont la tète était mise à prix, fut surpris dans une taverne. Il n'eut que le temps d'enjamber une fenêtre, de courir à sa jument qui était attachée à la porte, de sauter en selle et de partir à franc étrier. Les policiers étaient nombreux et bien montés et leurs chevaux étaient frais, alors que, la veille, Black Bess avait déjà parcouru un long chemin, ce qui ne l'empêcha pas de dépister ses poursuivants, après une randonnée demeurée légendaire. Portant un poids de 150 livres au moins, car Turpin était grand et fort, elle accomplit, en onze heures de temps et d'une seule traite, un trajet de 1 60 kilomètres, sans avoir mangé, et par des routes difficiles et hérissées d'obstacles, murs, fossés, ravins, cours d'eau et palissades I
Nous doutons que l'histoire hippique offre l'exemple d'un autre raid semblable.
M. Osbaldeston, en 1813, paria de parcourir, en huit heures, la même distance de 160 kilomètres, mais à l'aide de 8 chevaux, et sur le terrain gazonné de Newmarket. Il gagna de 20 minutes.
(2) Cet ouvrage, que l'on doit à John Cheney, parut en 1728, sous le titre : Historical List of ail H orse- Matches run, and ail Plates and Prizes run for in England und Wales {of the value of ten pounds or upwards), in 1727.
« Le fait que l'on ne possède aucune information authentique sur les courses avant 1727, tient, nous dit l'auteur, à ce qu'il n'en était pas tenu d'écritures régulières auparavant. »
En 1748, Reginald Heber fit paraître, à York, Historical List of ail Plates and Prizes run for on Clifden and Ra\<cli{fe Ings; also since they havebeen removzd to Knavesmire, near the city of York; likewise how the mares came in every year at Black Hambleton.
La plus ancienne course relatée dans cet ouvrage est une Coupe d'or de 50 livres, courue près d'York, par des chevaux de 6 ans, en septembre 1709.
Ce n'est qu'en 1773, que James Weatherby publia le premier volume, qui remonte à 1709, du véritable Racing Calendar, qui a été continué depuis, sans interruption, par ses descendants.
Ce James Weatherby avait été nommé, en 1774, secrétaire du Jockey Club et gardien des archives, fonctions que ses mêmes descendants remplissent encore.
On peut encore citer l'ouvrage de Pick, Authentic Historical Racing Calendar of ail Plates, Sweepstakes, Matches, etc , run at York from 1709 to 1785.
■ Ce fui également sous ce prince que naquit, en 1730, le fameux Goliah (par Fox, fils de Clumsy, et Graham's Champion mare), au duc de Bolton. Par sa taille et sa structure puissante, il dénote un progrès sensible dans l'amélioration de la race. Ce cheval, qui ne fut battu qu'une seule fois, était surtout remarquable par son aptitude à porter le poids. Il ne'Jaut pas le confondre avec un autre Goliah (par Grey Hound et Curwen's Bay Barb mare), né en 1722, qui avait été également une illustration du turf, sous les couleurs de lord Halifax.
Les courses publiques, dont le centre principal était encore à York (1), s'étaient prodigieusement développées. Les pouvoirs publics n'étaient plus seuls à les encourager et des sportsmen enragés, tels que les ducs de Devonshire, de Somerset et de Rutland,le fameux lord-trésorier Godolphin, le notaire Tregonwell Frampton, si tristement célèbre par sa cruauté (2), et d'autres, payaient de leur personne et de leur bourse, multipliant les prix et les réunions. En 1727, on en comptait déjà 12 dans l'année pour chevaux de cinq et six ans, toutes sur 4 miles en partie liée. Il fallait gagner deux épreuves au moins pour être vainqueur. Encore celui-ci ne devait-il pas être
(1) Si suivies que fussent alors les réunions d'York, l'hippodrome ne fut complètement aménagé qu'en 1754, quand les tribunes y furent édifiées, sous le patronage du marquis de Rockingham.
(2) Le D'' John Hawkworth rapporte, dans le n° 37 de VAdventurer, que ce Frampton possédait un superbe étalon. Dragon, qu'il remit à l'entraînement pour un match de 1.000 livres contre une jument alors réputée sur le turf. La jument fut battue. Furieux de cette défaite, son propriétaire lança un défi de 2.000 livres à tout cheval hongre, pour le surlendemain. Frampton releva le gant, et, dans sa cupidité, fit castrer Dragon, qui gagna encore, mais au prix de sa vie.
Ce Frampton était au reste aussi cruel que peu scrupuleux, ayant été convaincu, quelques années auparavant, dans un match où ce même Dragon avait été battu par Merlin, à W. Strickland, d'avoir voulu corrompre le jockey de son concurrent. Des sommes considérables avaient été engagées de part et d'autre. Dragon était favori. Par son jockey, Frampton fit proposer à Heseltine, le jockey de Merlin, de faire un essai privé aux conditions mêmes du match; ce qui leur permettrait ensuite de jouer à coup sûr. Heseltine ayant d'abord refusé, mais de manière à laisser la porte ouverte à de nouvelles propositions, en référa immédiatement à son patron, qui lui ordonna d'accepter, mais en faisant porter 7 livres de plus à Merlin. Par une coïncidence curieuse, Frampton donna les mêmes instructions à son jockey. Merlin gagna d'une longueur. Chacun des deux propriétaires fut ravi du résultat : W. Strickland, parce que son Merlin ayant gagné avec 7 livres de surcharge, vaincrait d'autant plus facilement qu'il ne les porterait plus; Frampton, parce que Dragon n'ayant été battu que d'une longueur, avait 7 livres pour prendre sa revanche. Les paris furent augmentés dans des proportions folles. Comme dans l'essai privé, Merlin triompha par une longueur. Plusieurs personnes, qui avaient engagé jusqu'à leurs propriétés, furent complètement ruinées dans cette scandaleuse affaire, à la suite de laquelle le Parlement édicta une loi interdisant le recouvrement de toute somme supérieure à 10 livres pariée entre joueurs.
La vérité fut découverte peu de temps après, à la grande honte de Frampton, ce qui ne l'empêcha pas d'être nommé « le père du Turf » et de jouir, jusqu'à sa mort, en 1 727, à l'âge de 86 ans, de la considération des souverains suce :s ùfs, Guillaume III, la reine Anne, Georges I" et Georges II, dont il avait dirigé les écuries
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-^distancé dans la Iroisième manche, c'est-à-dire arriver à plus d'un furlong (200 mètres) du poteau, au moment où le gagnant l'atteignait. Mais tous ces efforts individuels, pour si efficaces qu'ils fussent, n'en demeuraient pas moins isolés. Il appartenait au Jockey-Club DE Ne WMARKET de leur donner toute la cohésion voulue pour amener l'institution de ses courses à sa pleine prospérité et en faire une des branches de la richesse nationale (1).
(1) Fondé en 1750 le Jockey-Club se réunissait soit à la taverne « Star and Garter », à Pall-Mall, soit à « The Thacked House», Saint-James, soit au « Red Lion », à Newmarket. Jusque-là, les affaires du turf étaient-elles régies par un comité de sportsmen ou entièrement sous le contrôle royal, on l'ignore. Toujours est-il qu'en 1752, le Jockey-Club édifia à Newmarket, sur le terrain qu'un marchand de chevaux, nommé William Erratt avait loué en commun pour cinquante ans, au duc d'Ancaster et à lord Hastings, un pavillon « The Jockey- Club Rooms », où il tiendra désormais ses assises. L'année suivante, il commença d'exercer son action sur les terrains dont il était devenu propriétaire, en même temps qu'il y faisait disputer son premier plate, réservé aux chevaux de ses seuls membres.
Ces premiers terrains ne comprenaient encore qu'une infime partie de l'immense domaine actuel du Jockey-Club, dont il ne devint propriétaire que par lots successifs, de 1752 à 1882.
La première résolution du Jockey-Club date du 24 mars 1758 : elle a trait au pesage des jockeys.
Ce n'est que le 6 décembre 1767, qu'il établit son règlement relatif aux admissions, en stipulant que nul ne pouvait faire partie du cercle que sur présentation d'un membre, et après vote. Parmi ses premiers membres, citons : S. A. R. le duc de Cumberland, les ducs de Devonshire, York, Bridgewater, Hamilton, Grrafton, les lords Craven, Rockingham, Godolphin, Grosvenor; le marquis de Barrymore, etc.; puis, plus tard, Georges IV, Guillaume IV, Philippe-Égalité, etc.
En 1764, le Jockey-Club avait institué le Challenge Whip, en souvenir de •Charles II, et, en 1768, le Challenge Cup, dont nous parlerons plus loin.
En 1770, les pouvoirs des stewards, furent déterminés. On trouve mention de nomination de stewards dès l'année 1762, sans qu'on sache en quoi consistaient alors leurs fonctions.
Le premier règlement du Jockey-Club parut, en 1771, dans un ouvrage intitulé Tuting and Falconer's Sporting Calendar. Cette même année, il se ûxait •dans les locaux que M. R. Vernon, membre du cercle, avait construits à cet effet, moyennant une rente de 8 p. 100, pendant soixante ans, qui fut fixée à 250 livres par an. A l'expiration de ce contrat, en 1831, le Jockey-Club acquit <i3 la famille Erratt, pour 4.500 livres, les terrains où il est actuellement installé à Newmarket.
Au début, le Jockey-Club n'exerça d'abord son action que sur les seules courses de Newmarket. Ce n'est qu'en 1844, que ses commissaires furent chargés de la direction de l'hippodrome d'Epsom; en 1857, de celui d'Ascot; en 1878, de celui de Goodwood. Depuis lors, leur juridiction s'est étendue à toutes les courses plates du Royaume-Uni.
Il est intéressant de remarquer que ce n'est pas par une loi ni par un arrêté gouvernemental que le Jockey-Club anglais est investi des attributions qu'il possède et du contrôle qu'il exerce souverainement. Ses décisions n'ont aucune sanction légale. Mais l'honorabilité, la haute situation, la compétence et l'indépendance de ses membres, choisis, en plus des princes de la famille royale, dans la vieille aristocratie et parmi les sportsmen les plus réputés, lui donnent une autorité morale du plus haut poids.
Il n'exerce sa juridiction que sur les courses plates. Les courses d'obstacles relèvent, depuis 1883, du Comité du Grand National. Les décisions de l'une
Malgré ces intelligents efforts et les sacrifices d'argent consentis^ ce n'était pas pourtant parmi tous ces reproducteurs amenés à grands frais que devait se trouver l'étalon de marque qui allait être la souche de la troisième famille — et non la moins illustre — de la nouvelle race.
Il appartenait à la France — qui, une fois de plus, méconnaissait ses propres richesses — d'en doter l'Angleterre.
Au lendemain du traité de commerce conclu avec la France, en
Godolphin Arahian.
d731 , le Bey de Tunis avait envoyé à Louis XV huit superbes étalons le pure race arabe ou barbe, on ne sait exactement, bien que les
des deux Sociétés sont applicables, depuis 1866, sur les hippodromes régis par l'autre. Bien plus, les Sociétés françaises ont adhéré à cette union qui, depuis 1892, s'est étendue à toutes les grandes Sociétés européennes et même américaines.
Les questions de paris ne sont pas du ressort du Jockey-Club, comme ils le furent au début de celui de la Société d'Encouragement. Ceux-ci sont arbitrés par deux tribunaux privés, le Committee of the Rooms, à Newmarket, et le Committee of Tattersall's, à Londres, dont les règlements, bien que purement officieux, n'en sont pas moins reconnus par toutes les autorités du turf britannique.
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écrivains autorisés penchent pour cette dernière et que le portrait de Godolphin,ipdiT Stubbs,soit nettement celui d'un cheval barbe, ce qui n'a pas empêché que le nom d'arabe lui soit resté. Les chevaux barbes ou de Barbarie étaient, d'ailleurs, aussi recherchés que les arabes, turcs ou persans. Quoi qu'il en soit, ces étalons ne plurent pas à Louis XV, qui n'estimait rien autant que les chevaux ramassés et près de terre du comté de Sufîolk, appelés en France courtauds. Aussi, les « orientaux » ne tardèrent-ils pas à être affectés aux besognes les plus grossières, puis vendus à vil prix. Un Anglais, M. Groke, se promenant dans les rues de Paris, fut frappé — malgré
Matchc
le mauvais état dans lequel il se trouvait — de la beauté des lignes d'un grand cheval bai, qui traînait une charrette, d'autres disent un tonneau d'arrosage. Renseignements pris, M. Croke, apprenant qu'il provenait du lot du Bey et n'était âgé que de sept ans environ, l'acquit aussitôt pour 75 francs et l'emmena à Londres, où il le vendit à un amateur de ses amis, Roger Williams, tenancier de la taverne Saint- James, alors fort renommée. Celui-ci, ne pouvant dompter le naturel fougueux du cheval, le céda, moyennant 25 guinées, à l'un de ses clients, éleveur important, le lord-trésorier Godolphin. Pendant deux ans, Godolphin Arabian — qui prendra son nom
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de son dernier propriétaire — n'eut d'autre rôle, au haras de Gog- Magog (dans le Gambridgeshire, à quatre miles environ de la célèbre Université), que de servir de boute-en-train à l'étalon Hohgohlin, et ce ne fut qu3 parce que celui-ci refusa de saillir la jument Roxanna, qu'elle fut présentée à Godolphin, — faute de mieux.
D'autres prétendent — et cette lutte fait le sujet d'un tableau célèbre de Rosa Bonheur, Le Duel — que, lorsque pour la troisième année de suite, Roxanna lui fut amenée pour qu'il l'agaçât, Godolphin entra dans un tel accès de rage et de jalousie, qu'il renversa l'homme qui le tenait, se rua sur Hohgohlin et le tua avant qu'on put les séparer.
Quoi qu'il en soit, Lath, le premier produit de Godolphin avec Roxanna, fut un des meilleurs chevaux de son époque. Puis vinrent successivement : Cade (dont le nom signifie tendre, délicat), qui fut élevé au lait de vache, sa mère Roxarina étant morte peu de temps après sa naissance, et qui fut le père du célèbre Matchem (1) ; — Regulus, qui ne fut jamais battu, et qui fut le grand-père maternel d'Eclipsé; — • Tamerlan, Tarquin, Slug, Rlossom, Sultan, Skewball, Old England, Cripple, père de Gimcrack (2), etc., tous chevaux renommés qui, à leur tour, firent souche d'enfants illustres. (Pour plus amples détails sur la descendance de Godolphin, yoît Livre VIII, Les trois grandes lignées.)
La renommée de Godolphin s'accrut au point qu'il fut et est encore considéré comme le type le plus précieux qu'ait possédé l'Angleterre. Son sang sera précieusement conservé et, dans le pedigree de presque tous les bons chevaux, on retrouvera toujours,
(1) Matchem (Cade, par Godolphin, et une fille de Partner), naquit en 1748, chez M. Holmes, de Carlisle. Vendu à M. William Fenwick, il ne courut que treize fois, de 5 à 7 ans, pour remporter onze victoires. C'était un cheval bai-brun, qui mesurait 1 m. 52. Il parcourut une fois 6.400 mètres, en partie liée, en 7'52" à la première manche, 7'40" à la deuxième, et 8'05" à la troisième.
Ce temps de 7'40", à la seconde épreuve d'un aussi long parcours, est tout à fait extraordinaire, étant donnée la petite taille de ces chevaux, dont les plus grands, comme Matchem, nous paraîtraient des poneys.
Comme étalon, il rapporta plus de 300.000 francs à son propriétaire, et ses produits remportèrent près de 4 millions de francs d'argent public. Nous parlons plus loin de ses fils. Parmi ses filles, il faut citer la célèbre Prestess (sa mère Gower était une petite-fiUe de Regulus), née en 1767. Achetée par le comte de Clermont, elle fut victorieuse dans toutes ses courses. A l'âge de neuf ans, sa qualité était encore telle qu'aucun concurrent n'osait plus se présenter contre elle, et qu'elle n'eut qu'à paraître, à la réunion de printemps de Newmarket, pour ramasser 4.050 guinées de prix (106.312 fr. 50), en parcourant la piste au pas, suivant l'habitude d'alors dans les walk over.
(2) Gimcrack (Cripple, par Godolphin, et Bloody Buttocks, descendante de Curwen Bay Barb), né en 1760, chez Gédéon EUiott, dans le Hampshire, appartint successivement à MM. Green, Wildman (le même qui fut, un moment, le propriétaire ù'Eclipse), lord Bolingbrooke, comte de Lauraguais — dont nous aurons occasion de reparler, et pour lequel il gagna, en France, un pari sur 22 miles et demi, en moins d'une heure — sir Charles Bunbury et lord Grosven !)r.
Gimcrack fut un des meilleurs chevaux de cette époque, qui en compta tant;
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par l'une ou l'autre ligne, son intervention ou celle de son descendant Eclipse. De même, plus tard en France, il ne sera guère d'animal de classe qui n'ait dans les veines, à un degré quelconque, du sang de Royal-Oak, de Gladiator ou de Monarque.
Godolphin était bai-brun, avec une trace de balzane au pied droit postérieur. Il avait le garrot élevé, le dos creux, la tête bien placée, l'encolure fortement recourbée, l'épaule longue et la musculature puissante. Il manquait de grâce, mais respirait la vigueur et la force. Il était de taille bien au-dessus de la moyenne (15 paumes ou 1 m. 52), ce qui peut expliquer les prompts succès de la descendance, les autres étalons orientaux étant en général plus petits et moins fortement charpentés.
Entre autres anecdotes le concernant, rappelons qu'au meeting de Newmarket, en 1738, trois de ses fils se trouvaient engagés, le même jour, dans des courses différentes. C'étaient Lath, cinq ans, Cade, quatre ans, et Regulus, trois ans. Ils gagnèrent tous trois. Leur propriétaire, lord Godolphin, avait tellement escompté ce triple succès, qu'il avait fait conduire leur père sur l'hippodrome, afin qu'il pût assister à la victoire de ses enfants.
Godolphin fut le héros d'un exemple d'amitié rare. Il avait pour camarade de b^x un chat qui ne le quittait pas pour ainsi dire, et qui passait son temps, soit sur son dos, soit couché entre ses jambes de devant. Quand Godolphin mourut, en 1753, à l'âge de 29 ans, le chat refusa de manger, languit quelque temps et mourut à son tour..
Le portrait de Godolphin et de son chat, par Stubbs, se trouve encore au château de Gog-Magog.
Darley Arahian avait donné Flying Childers en 1711, et Godolphin Arabian, Matchem, en 1748. Byerly Turk allait s'illustrer à son tour dans sa descendance. En 1758, naissait, en effet, chez le duc de Cumberland,unpoulainpar Tarfar (par Jigg, parjBi/er/2/ Turk) ei Cypro«. (par Blaze,psr Flying Childers), qu'on nomma King Herod ou Herod. De haute taille et de musculature puissante, il remporta les plus grands succès sur le turf, de 5 à 9 ans, confirmant ainsi les qualités de vitesse et d'endurance de la race nouvelle, celle que l'on appellera désormais le « pur sang anglais » (1).
il courut de 7 à 11 ans, disputant 29 courses, pour remporter 21 victoires.
Ce fut pour perpétuer son souvenir que fut fondé, en 1767, à York, le Gimerack- Club, qui fournit l'allocation des Gimerack Stakes, qui sont demeurées une des épreuves les plus importantes pour chevaux de deux ans.
L'usage s'est perpétué jusqu'à nos jours de réunir, après la clôture de la saison de plat, les membres du Club en un grand dîner annuel, auquel est convié le propriétaire du vainqueur des dits Gimcrack Stakes, lequel, à l'issue du repas, passe en revue les principaux événements de l'année sportive, donne son opinion sur les faits intéressants et formule les desiderata des convives sur la prise en considération de telle ou telle mesure par le Jockey-Club.
(1) Herod fut aussi remarquable au haras que sur le turf, et peut être considéré comme un des meilleurs étalons de l'Angleterre. Il laissa une descendance-
EN ANGLETERRE, de l'origine a fin 1800
j Simiwou I,u\\ M.u-tuu unie Luudou Cop.Mig^it.
King Herod.
De l'union des deux courants Darley et Godolphùi, allait ensuite naître le cheval-type, la gloire des gloires du turf ancien et moderne, — Eclipse!
C'est le 5 avril 1764, jour marqué par une mémorable éclipse de soleil, que Spiletta (fille de Regulus, fils de Godolphin Arabian) mit bas, au haras du duc de Cumberland, son premier produit, un poulain par Marske (fils de Squirt, par Bartletfs Childers, par Darley Arabian) (1).
glorieuse, parmi laquelle on peut citer Florizel (père de Diomed, vainqueur du premier Derby, et de Eager, Derby, i;92), Fortitude (père de John Bull, Derby 1792), Phœnomenon (père de Bellissima, Oaks 1798), Woodpecker et le fameux Highflyer, père lui-même du non moins célèbre Sir Peter, sur lequel nous revenons plus loin.
Pour plus amples détails sur Herod et sa descendance, voir Livre VIII, Les trois grandes lignées.
(1) L'origine û'Eclipse a été fort discutée, nombre d'écrivains lui attribuant également comme père Shakespeare qui aurait, dit -on, couvert sa mère en même temps que Marske. Cela ne changerait rien, du reste, à son origine paternelle, ces deux chevaux remontant, au même degré, à Darley Arabian, dont Shakespeare était également l'arrière-petit-fils, étant ûls ù'Hobgoblin, fils ù'Aleppo,
Eclipse était alezan vif, avec une liste en tête prolongée et une balzane postérieure gauche haut-chaussée. Il avait des taches noires sur la croupe, particularité qui s'est perpétuée dans sa descendance (surtout dans la branche Stockwell). Les crins étaient d'une grande finesse.
Voici, au surplus, comment les écrivains s'expriment sur la conformation de ce cheval quasi-fabuleux :
« La ligne supérieure était étroite et très rigide, les grandes cavités se montraient parfaitement dessinées et logeaient à l'aise les principaux viscères. L'avant-main était gracieuse et belle; les épaules offraient de la hauteur, elles étaient larges et fortement inclinées en arrière; les membres antérieurs étaient puissants dans toutes leurs divisions; l'encolure avait de la longueur et de la souplesse; le chanfrein était prolongé; la tête, bien placée et bien faite, offrait tous les caractères de la noblesse et de l'intelligence; l'œil était vif, beau, plein d'expression dans le regard; les naseaux s'ouvraient largement, comme dans le cheval de race. L'arrière-main était musculeuse et puissamment accusée par l'écartement des hanches; les quartiers présentaient l'image de la force; le jarret était large, net, évidé, plein de ressort; les pieds étaient admirablement conformés; les allures étaient fermes et la démarche élastique. »
Cette description est celle de V Eclipse devenu célèbre. Mais à l'âge de deux ans, c'était un poulain bas du devant, qui non seulement n'annonçait rien de remarquable, mais montrait du caractère et semblait devoir devenir cornard. Le duc de Cumberland étant mort, son stud fut dispersé aux enchères publiques. Eclipse venait d'être adjugé à 70 guinées, quand un marchand de chevaux du quartier de Smithfield, nommé Wildman, qui arrivait à ce moment, constata à sa montre que la vente avait commencé avant l'heure fixée. Il réclama donc que tous les lots déjà vendus fussent remis aux enchères. On fit droit à sa demande et, cette fois, ce fut Wildman qui s'en rendit acquéreur pour la somme de 75 guinées.
En commémoration du jour de sa naissance, marqué, comme nous l'avons dit, par une éclipse de soleil, il le nomma Eclipse.
Le poulain fut élevé au milieu des campagnes d'Epsom. Bientôt ses qualités de vigueur et de vitesse se révélèrent; mais, en même temps,
fils de Darley Arabian. Il est assez curieux de remarquer que, dans ce cas, Eclipse serait le produit de deux familles mortellement ennemies, cet Hobgohlin étant l'étalon que Godolphin tua, ainsi que nous l'avons relaté, dans sa jalousie pour la jument Roxana. Le pedigree d'EcHpseque nous publions ci-contre, est celui qui figure au Stud-Book anglais.
Au sujet de la naissance d'Eclipsé, on peut rappeler que son grand-père Squirt, né, en 1731, de Barllett's Childers (propre frère de Flying Childers) et Old mare (par Snake), ne dut qu'à un hasard providentiel de ne pas être abattu avant d'aller au haras. Tombé en de mauvaises mains, soumis à des exigences exagérées, il était devenu si malingre, si usé avant l'âge, que son propriétaire avait résolu de le tuer. Pris de compassion, un groom l'acheta moyennant une chanson, et, à force de soins et de bons traitements, lui rendit vigueur et santé.
EN ANGLETERRE, de l'urioi.ne a fix ISOO
se développait son caractère ombrageux et fantasque. Alors qu'on le croyait le plus calme, il se mettait tout à coup à ruer et à se cabrer, rendant impossible l'approche du cavalier.
Wildman, qui fondait de grandes espérances sur Eclipse, était désespéré de voir que les hautes qualités du poulain étaient ainsi paralysées par son naturel indomptable. Un jour qu'il s'en entretenait avec le capitaine O' Kelly, un des plus célèbres amateurs de courses de l'époque, celui-ci lui dit qu'il avait à la tête de ses écuries un Irlandais, appelé Sullivan — qu'on avait surnommé le Charmeur —
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Eclipse.
qui possédait l'art merveilleux de dompter séance tenante les chevaux les plus rebelles.
— Et que me demanderez-vous en échange? interrogea Wildman.
— J'avais remarqué ce poulain quand il passa en vente, répondit O' Kelly. Si j'avais été en fonds ce jour-là, vous ne l'auriez pas eu. Actuellement, vous ne pouvez rien en faire. J'aurais pu ne vous dire mot du talent de Sullivan, et vous racheter Eclipse pour peu de chose. Cédez-m'en la moitié. Vous fixerez vous-même le prix après sa première sortie en public. Jusque-là, le cheval restera chez vous, et c'est vous-même qui surveillerez son entraînement.
Il était impossible d'agir plus galamment. Wildman accepta le marché. Sullivan vint, et chose extraordinaire, en quelques minutes
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passées seul à seul avec Eclipse dans son box, il subjugua pour toujours sa fougue, et le développement de ses hautes qualités s'accrut du fait même de sa docilité (1).
A cette époque, les chevaux entraînés sur le même hippodrome luttaient non seulement entre eux à l'exercice, mais encore ces essais étaient publics. C'était d'après leurs résultats que s'engageaient les paris sur les courses.
Wildman est le premier qui rompit en visière avec cet usage, et il s'arrangea pour que les derniers essais d'Eclipsé — qui allait débuter à Epsom — fussent ignorés du public habituel qui suivait le travail des chevaux. Comment s'y prit-il? nous n'en savons rien, bien qu'il soit vraisemblable qu'il ait sciemment indiqué une heure inexacte. Mais toujours est-il que le dernier galop à.' Eclipse n'eut pas de spectateurs. Les amateurs et les parieurs furent déroutés et n'arrivèrent sur le terrain qu'après coup. Très désappointés, ils interrogèrent une vieille femme qui se trouvait là par hasard. L'Histoire du turf a cons?rvé sa réponse.
— É' Je ne pourrais pas dire si c'était une course ou non, mais je viens de voir un cheval à jambe blanche qui courait d'une façon monstrueuse, et, à une grande distance derrière, un autre cheval qui courait après lui. Mais le dernier aura beau faire, jamais il n'attrapera le chn-al à jambe blanche, quand même ils courraient jusqu'au bout du monde! (2) »
(1) Ce pouvoir de domination de Sullivan sur les animaux les plus fougueux était réel et reposait sur des faits absolument irrécusables, attestés par les témoins les plus dignes de foi. Pour dérouter la curiosité publique, et, aussi, pour se faire valoir davantage, Sullivan prétendait que sa puissance — dont il ne voulut jamais dévoiler le secret, même à prix d'or — résidait dans la magie de certaines parole? mystérieuses. Il n'avait jamais recours ni aux menaces ni aux coups, et il lui suffisait ordinairement d'une heure de tête-à-tête avec le cheval le plus rétif pour en faire un modèle de douceur.
Ce n'est qu'en 1850, que M. Catlin, dans le Morning Advertiser, divulgua son procédé — qu'il avait vu d'un usage courant chez les Peaux-Rouges — et qui consistait tout simplement à poser les mains sur les yeux de l'animal à dompter, à lui souffler fortement dans les narines, puis à aspirer, en répétant l'opération jusqu'à complète soumission de la bête.
Les expériences faites depuis dans ce sens ont très souvent réussi.
Sullivan mourut en 1810. Son fils lui succéda, mais sans grand succès. On avait offert à Sullivan des sommes énormes pour aller à l'étranger, mais il refusa toujours. Il avait la passion de la chasse au renard, et, en Irlande, il pouvait mieux la satisfaire que partout ailleurs.
(2) Cette appréciation enthousiaste de la vieille pauvresse sur la vitesse â'Eclipse se retrouvera sous la plume dithyrambique des chroniqueurs de l'époque :
« Eclipse part, voIb. Ses foulées sont de plus de 28 pieds (8 m. 54). En quatre bonds, il en a franchi 120. Cette immensité d'allure était stupéfiante, et le jockey, ramené au poteau en 4 m. 30 s., était presque suffoqué par la vitesse. Les autres chevaux se trouvaient distancés d'un tiers du parcours. Avant que la vue n'en eut embrassé les limites, Eclipse a parcouru l'espace. Sa vitesse est un vol. Les arbres, les haies, les spectateurs n'ont pas pour lui de solution de continuité. Ce sont des lignes enrubannées dont les couleurs se mêlent, se fondent en teintes
EN ANGLETERRE, de l'origine a fin 1800 47
Le 3 mai 1769 est une date mémorable dans les annales hippiques de l'Angleterre. C'est le jour où Eclipse, alors âgé de 5 ans — à cette époque les chevaux ne débutaient guère en public avant cet âge rationnel, où leur croissance et leur formation sont terminées — parut pour la première fois sur le turf, dans le prix des Nobles et des Gentlemen, à Epsom. Il était monté par le jockey \\'liiting, qui portait la casaque jaune et la toque noire du capitaine O' Kelly; la selle était d'un petit modèle, retenue par un surfaix blanc. Les compétiteurs étaient: Gower, à M. Fortescue; Chance, à M. Castle; Social, à M. Jennings, et Plume, à M. Quick. Le premier avait 5 ans; les autres, 6 ans. La distance était de 4 miles (6.400 mètres) en partie liée. Eclipse — bien que retenu à la fin par son jockey — la couvrit en six minutes, battant facilement ses adversaires, dans l'ordre où nous les avons nommés.
A la seconde manche, O' Kelly paria 1000 guinées contre 500 qu'Eclipse gagnerait encore et que tous ses adversaires seraient distancés, c'est-à-dire qu'ils seraient battus de plus de 200 mètres, — ce qui eut lieu.
A la suite de cette victoire, Wildman estima à 935 livres sterling (23.375 francs) la valeur d'Eclipsé. Le capitaine lui en paya de suite la moitié, et devint co-propriétaire du cheval.
Eclipse triompha ensuite : le 29 mai, à Epsom; les 13 et 15 juin, à Winchester; les 23 et 24 juin, àSalisbury,oùron paie 10 en sa faveur; le 25 juillet, à Canterbury, où il fait walk-over dans le prix de 100 guinées; le 27 juillet, à Lewes, et le 19 septembre, à Lichfield, où il remportait son cinquième King's Plaie ou prix du Roi.
Eclipse prit alors ses quartiers d'hiver, ayant procuré au capitaine 0' Kelly des bénéfices considérables, non pas tant par l'importance des prix qu'il avait remportés, qu'en nombreux paris.
A la première réunion de printemps de Newmarket, en 1770, Eclipse avait deux engagements à courir : d'abord, contre Bucephalus, à M. Wenthworth, qui n'avait jamais été battu, puis dans le prix du Roi.
Le capitaine O' Kelly — qui avait en la supériorité de son cheval une confiance illimitée — tint tous les paris qu'on voulut, en donnant Bucephalus à l^jW... Eclipse gagna sans lutte. Il en fut de même du prix du Roi, qu'il enleva en se promenant.
Une supériorité aussi écrasante ne tarda pas à exciter l'envie et la haine, et l'on résolut de se débarrasser d'un cheval qu'on ne pouvait battre. Ses triomphes répétés, qui ne laissaient plus place à aucune
diaprées. Eclipse ne court pas, il vole, il arrive. On admire, on est étonné ... » On en dira autant, plus tard, de Gladiateur, surnommé l'Eclipsé moderne :
<t Quand il galope, s'écriera-t-on, les autres chevaux semblent rester sur place 1 o Et ces louanges n'auront rien d'exagéré. A rencontre d'Eclipsé, doublement illustre comme coureur et comme repro
ducteur. Gladiateur — précisément peut-être parce qu'il courut plus jeune —
ne fut glorieux que sur le turf.
compétition, déchaînèrent une telle jalousie parmi les autres propriétaires et les menaces contre la vie d'Eclipsé devinrent si violentes, que Wildman prit peur et céda l'entière propriété du cheval à 0' Kelly, moyennant 1000 livres sterling (1).
Le capitaine, malgré les nombreuses lettres anonymes contenant des menaces de mort contre Eclipse, paya d'audace, tout en ne négligeant aucune des précautions dictées par la prudence.
Eclipse continua donc à courir et à triompher successivement : le 15 juin, à Guildford; le 3 juillet, à Nottingham; les 20 et 23 août, à York (cette fois on payait 1/30 en sa faveur); le 5 septembre, à Lincoln.
Les avertissements sinistres se multipliaient d'une manière effrayante. Sullivan lui-même, qui ne quittait pas Eclipse d'une seconde, mangeant et dormant dans son écurie, prévint son patron que, s'il pouvait garantir son cheval du poison, il était impuissant à le protéger contre une balle de pistolet. O' Kelly entrevit dès lors un danger sérieux, et il fit annoncer qu'Eclipse terminerait sa carrière de courses après le meeting d'automne de Newmarket, où il avait encore deux engagements à remplir.
Le 3 octobre, Eclipse — pour lequel on ne payait pas moins de 10 contre un/ — remporta les Subscripters'Stakes de 150 guinées. Le lendemain, 4 octobre 1770 — date non moins mémorable que celle du 3 mai 1769 — Eclipse parut pour la dernière fois en public, dans le prix du Roi. Seul, et au pas — aucun concurrent n'osant plus se présenter — il couvrit le parcours, au milieu des acclamations d'une foule en délire:...
Ainsi donc en pleine force, en pleine vigueur. Eclipse quittait le turf, pour cette seule et unique raison qu'il était le meilleur cheval de son époque!... Vraiment, si l'Histoire n'était là, ce serait à ne pas y croire!... Et cependant, trente ans plus tôt, comme nous l'avons vu, même chose s'était déjà produite avec Flying Childers, ce précurseur d'Eclipsé, que la continuité de ses succès avait obligé son propriétaire à retirer de l'entraînement!
Et la stupéfaction est sans bornes quand on constate que c'est en Angleterre — ce berceau, ce temple du sport — que de pareilles iniquités ont pu se produire!... Cela tient, hélas! à ce que l'Anglais, pour avoir l'âme sportive, n'en est pas moins fort mauvais joueur,
(1) O'Kelly en avait offert 1.400 livres (35.000 fr.), mais comme Wildman en voulait 1.600 (40. 000 fr.) et qu'ils n'avaient pu se mettre d'accord, ils convinrent du singulier marché suivant : O'Kelly prit trois banknotes de 1 .000 livres chacun et, Wildman ayant tourné le dos, il en mit deux dans une de ses poches (50.000 fr.) et une seule dans une autre (25.000 fr.). Wildman devait choisir. Après un moment d'hésitation, il indiqua la poche qui ne contenait qu'une bank-note. Au fond de la poche se trouvaient quelques pièces d'or, que Wildman réclama comme lui appartenant également.
Inutile de dire que O'Kelly les lui abandonna gaiement dans la'^joie de son beureux marché.
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comme nous aurons d'autres occasions de le noter au cours de cet ouvrage.
Pour en revenir à Eclipse, il quittait le turf, non seulement sans avoir connu la défaite, mais encore sans jamais avoir été touché de l'éperon ou de la cravache. Jamais il n'avait eu, quels que fussent ses concurrents, à s'employer pour vaincre. Son jockey n'avait qu'à lui lâcher la tête, quand il le jugeait utile, pour qu'Eclipse s'étendît aussitôt dans une action tellement puissante que ses adversaires semblaient rester sur place.
11 avait disputé 21 courses — dont la grande majorité en partie liée, sur 4 miles — pour remporter 21 victoires, toutes dans le même style, c'est-à-dire dans un canter, sans avoir jamais eu à donner sa mesure!
Quelques jours après la dernière course d'Eclipsé, lord Grosvenor, le plus fanatique et le plus fastueux des sportsmen d'Angleterre — il ne dépensait pas moins, prétend-on, de 5 millions de francs chaque année pour l'entretien de son haras et de ses écuries — en offrit la somme fantastique pour l'époque, de 12.000 livres (300.000 francs). Mais O' Kelly, qui ne se souciait nullement de se séparer de son cheval, en demanda — sachant que l'énormité de l'offre la ferait repousser — 500.000 francs comptant, plus une rente viagère de 7.500 francs dûment garantie, et trois poulinières de prix.
Ce fut l'année suivante, en 1761, qu'Eclipse commença sa carrière de reproducteur, qui fut au moins aussi glorieuse que la première. Jusqu'à sa mort, il n'est pas un éleveur qui ne recherchât, pour ses juments, l'honneur de son alliance, et l'on s'arracha littéralement ses saillies, bien que le capitaine O' Kelly n'en demandât pas moins de 75, puis même de 100 livres sterling (2.500 francs), chiffre inconnu jusqu'alors.
Eclipse a laissé une descendance aussi nombreuse qu'illustre, qui compte les chevaux les plus célèbres du turf anglais, et dont le sang, conservé avec soin, s'est perpétué jusqu'à nos jours (1). Ses 340 produits n'ont pas gagné moins de 852 courses, se montant à plus de 4 millions d'argent public, alors que la valeur et le nombre des prix n'atteignaient pas le dixième de ce qu'ils sont aujourd'hui, et que la presque totalité des riches épreuves actuelles n'existaient pas.
En 1789, Eclipse tomba malade à Epsom. Transporté à la résidence du capitaine O' Kelly, à Whitechurch, comté de Hertford, il y mourut d3 coliques, à l'âge de 26 ans (1).
Tant en prix qu'en paris et en saillies. Eclipse avait rapporté à son
(1) Eclipse fut enterré avec pompe. On s'était — après coup — engoué de lui jusqu'au fétichisme. A 22 ans, les juments lui venaient encore si nombreuses, en dépit du prix fort élevé de la saillie (2.500 francs), que le capitaine O'Kelly, pour le ménager (il lui devait sa fortune et ne l'oublia jamais), fit annoncer qu'il ne recevrait plus aucune poulinière à moins de 25.000 francs. Il espérait ainsi éloigner tous les éleveurs, sans en désobliger aucun, quand un lord — dont Canter, qui rappelle le fait dans son A fî C des Courses, oublie de nous donnor le nom — lui envoya à la fois trois juments et 3 000 livres sterling I
heureux propriétaire la somme — fabuleuse pour l'époque... et même pour aujourd'hui — de quinze millions de francs! (1).
Un immense intérêt s'était attaché à l'existence presque phénoménale de ce cheval. Dans l'intérêt de l'hippiatrie, le capitaine C Kelly laissa pratiquer l'autopsie du cadavre. On trouva que son cœur pesait 13 livres, et que ses os offraient la résistance et la condensation de l'acier. Il était bas sur ses jambes de devant, mais rien ne se pouvait comparer à l'étendue et à l'obliquité de ses épaules, à la largeur de ses reins, aux belles proportions de ses hanches et à la puissance musculaire de l'avant-main et des cuisses. Il avait les crins d'une finesse rare. A sa mort, ils furent employés à tresser la lanière et la courroie de poignet du whip, le trophée sportif légué par Charles II (2).
Ajoutons — et ce n'est pas la chose la moins extraordinaire concernant ce cheval extraordinaire — • qu'Eclipse avait l'haleine forte et que sa respiration s'entendait à une très grande distance.
Quoi qu'il en soit, Eclipse — bien qu'il eût l'avant-main trop bas et le cou trop long, qu'il portât le nez en terre et fût à peu près
(1) Pour tous les renseignements sur la descendance d'Eclipsé jusqu'à nos jours, voir Livre VIII, Les trois grandes lignées.
Signalons, toutefois, parmi ses fils, le célèbre Pot-8-Os, né en 1773, chez le marquis d'Abington, qui le vendit 1.500 guinées à lord Grosvenor, en 1778, pendant qu'il disputait les Renewed Twelve Hundred Guineas, qu'il gagna.
Pot-8-Os courut de 5 à 12 ans et, comme son père, ne connut pas la défaite. Comme son père encore, il s'illustra au haras, et ses produits gagnèrent près de 200 courses, s'élevant à plus d'un million et demi d'argent public, sans compter les Coupes, Vases, Clarets, etc.
Pot-8-Os, fut ainsi nommé par la faute d'un lad qui, chargé d'écrire le mot Potatos, l'écrivit Potoooooooo. La chose amusa le marquis d'Abington qui le transcrivit à son tour ainsi Pot-8-Os. Il y a là un jeu de mots facile, reposant sur la prononciation identique, en anglais, de ces trois mots, qu'il est cependant impossible de traduire en français.
Parmi ses autre; fils célèbres, on peut citer Waxy, dont nous parlons plus loin.
(2) Ce whip, au lourd pommeau d'argent marqué aux armes royales, est celui ■que Charles II avait l'habitudî de porter à cheval, et dont il avait fait comme un prix de course, transmissible chaque année à celui de ses gentilshommes •qui possédait le meilleur cheval.
C'est en souvenir de cet usage que le Jockey-Club institua, en 1764, le Whip- Challenge, qui se dispute encore aujourd'hui. Le détenteur du whip est tenu de relever les défi; qui peuvent lui être lancés, deux fois par an, à des conditions et des époques déterminées, ou de restituer le whip.
Longtemps, ce trophée fut convoité par les chevaux les plus fameux, mais sa gloire a bien déchu, et souvent plusieurs années se passent maintenant, sans •qu'il trouve de compétiteurs. On ne risque plus un crack dans une épreuve purement honorifique, car les 200 souverains d'enjeu ne sauraient être un appât.
Entre autres conditions, il est stipulé que le whip ne doit jamais quitter l'Angleterre.
Sur la liste dss vainqueurs on trouve Dumplin, au duc de Cumberland, oncle de Guillaume III, qui l'emporta le premier, en 1764; puis Gimcrack, 1771, et Pot-8-Os, 1783, tous deux à lord Grosvenor; Aurus, au prince de Galles, 1787; Mameluke, 1829; Cailand, 1830; Zinganee, 1831; Glencoe, 1835; Venison, 1853;
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•cornard — n'en demeure pas moins le cheval fameux entre tous, •qu'aucun n'a encore égalé, et que l'on peut considérer comme l'expression la plus élevée de la perfection chevaline et comme le type le plus accompli du pur sang.
Au moment où Eclipse brillait d'une gloire immortelle sur le turf, une transformation capitale commençait à s'opérer dans les courses. Jusque-là, comme nous l'avons vu, les chevaux ne paraissaient guère •en public avant leur cinquième année (1). Très judicieusement, les sportsmen de l'époque estimaient qu'un cheval ne pouvait affronter les exigences de la lutte qu'une fois sa pleine croissance terminée et ■son développement physique achevé. Mais des exigences nouvelles s'étaient déjà fait jour; dans le désir hâtif de certains propriétaires •de profiter plus tôt de la valeur des chevaux sur lesquels on fondait •des espérances, ces animaux avaient été soumis plus jeunes à l'entraînement et on les avait vu débuter, d'abord à quatre ans, puis à trois, sans que le Jockey-Club ait cru devoir intervenir, au nom de l'avenir de la race. On allait bientôt pousser plus loin encore la précocité et, ■en 1770, eurent lieu les premières courses pour chevaux de deux ans.
On a beaucoup écrit sur l'opportunité de ces débuts à un âge aussi précoce, et cette mesure compte autant de partisans que d'adver- •saires. Nous sommes résolument de ces derniers et nous nous réservons — la question étant de trop d'importance pour être traitée en passant — d'y revenir dans la conclusion de cet ouvrage.
Ces premières courses n'étaient point, comme aujourd'hui, de •courts déboulés, mais de véritables épreuves de fond, dont certaines ne mesuraient pas moins de 3 miles (4.800 mètres). Elles ne furent supprimées que cent ans plus tard.
Mais ces courses mêmes n'allaient bientôt plus suffire à alimenter la curiosité.
« Du nouveau!... encore du nouveau!... toujours du nouveau!... » S3mblait être la devise générale du monde du turf. Et dans cette
Slockwell, 1854; Fisherman, 1857; Saunterer, 1858; Thormanby, 1861; Thurio, 1880; Osboch, 1904.
Deux médiocres chevaux français, Lavarei et Serge II, au baron de Rothschild, y triomphèrent en 1885 et 1886.
Pot-8-Os et Stockwell son' les deux seuls chevaux marquants qui aient également remporté le Challenge- Cup, institué en 1768, et dont les conditions sont à peu de chose près celles du Whip.
Mai5 le Challenge- Cup est loin d'avoir rencontré le même succès, et des intervalles de temps souvent considérables se sont écoulés sans soulever la moindre compétition.
(1) A cette époque, l'âge des chevaux datait du 1*^ mai. Ce n'est qu'en 1833, que le Jockey-Club adopta le 1^'^ janvier, mais seulement pour les chevaux courant à Newmarket. Les autres Sociétés n'appliquèrent qu'en 1851 cette mesure, qui ne fut insérée que six ans plus tard dans les Rides of Racing.
soif de l'inédit quand même, qui pousse toujours à l'absurde, on institua, en 1786, des courses de yearlings/...
Comme toutes les folies, on aurait pu espérer que celle-ci serait de courte durée. Elle dura cependant plus de soixante-dix ans, la dernière des épreuves de ce genre, les Anglesey Stakes, ayant été courue à Shrewsbury, en 1859. Elles furent alors interdites par le Jockey-Club qui n'inséra toutefois cette défense dans les Rules of Racing qu'en 1873!...
Les grands noms de Flying Childers, Matchem, Herod, Eclipse^ Sir Peter, Pot-S-Os, nous ont fait négliger certains animaux qui, sans avoir leur notoriété, ne s'en illustrèrent pas moins, sur le turf ou au haras, dans la seconde moitié du xviii^ siècle.
Nous rappellerons brièvement : Spectator, 1 7 49-1 7 7 2 ( Crab et Partner mare is. de Bonny Lass); — Charlotte, 1756 (Blank et Crab mare), surnommée Quick Charlotte (la rapide), en raison de sa vitesse prodigieuse (1); — Tortoise, 1762-1776 (Snap et Shepherd's Crab mare), qui remporta de nombreuses victoires et ne fut battu que par Eclipse; — Shark, Mil (Marske et Snap mare, is. de Sister to Babraham), qui remporta 19 victoires sur 29 courses, s'élevant à 401.825 francs, chiffre alors fabuleux! — Dorimant (Otho et Babraham mare, is. de Chiddy, fille de Bald Charlotte), qui, de 1774 à 1779, triompha dans 23 courses sur 26; — Rockingham, 1781-1799 (Highflycr et Purity); — Trumpator, 1782-1808 (Conductor et Brunette), 10 victoires sur 14 courses, père de Didelot (Derby 1796); — Gohanna, 1790-1816 (Mercury et Herod mare, is. de Maiden), qui ne triompha pas dans moins de 23 courses et ne fut battu, dans le Derby, que par le fameux Waxy, qu'il battit ensuite (2); — Priinella, 1791 (Highflyer et Promise), qui gagna plus de 300.000 francs et fut une excellente poulinière, mère, entre autres bons produits, de Pénélope, qui donna deux vainqueurs du Derby, Whalebone et Wisker; — Hambletonian, 1792-1818 (King Fergus et Highflyer mare, is. de Monimia), vainqueur de 20 courses, dont les Deux mille Guinées, le Saint-Léger et le Doncaster Cup; — Sorcerer, 1796-1821 (Trumpator et Y. Giantess), gagnant de 17 courses sur 23, père de Soothsayer (Saint -Léger, 1811), Smolensko (Deux mille Guinées et Derby, 1813), Morel, Maid of Orléans et Sorcery (Oaks, 1808,
(1) C'est une autre Charlotte, également réputée pour sa vitesse, qui enlèvera le premier prix des Mille Guinées, en 1814.
(2) Waxy, 1790-1818 (Pot-8-Os et Maria, par Herod), à sir F. Poole, remporta 11 victoires sur 12 courses, dont le Derby. Étalon remarquable, est le père de Pope, Whalebone, Blucher et Whisker (Derby 1809. 1810, 1814 et 1815); Music et Minnet (Oaks, 1813 et 1815); Corinne (Mille Guinées et Oaks, 1818).
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EN ANGLETERRE, de l'origine a fin 1800 53
1809 et 1811), Wizzard et Trophonius (Deux mille Guinées, 1809 et 1811).
Enfin, nous ne voulons pas clore la liste des « grands ancêtres » sans en citer encore un qui vaut d'être nommé, aussi bien par la haute qualité dont il fit preuve, tant sur le turf qu'au haras, qu'en raison du nom de son propriétaire.
Ce cheval s'appelait Highflyer; son propriétaire, Richard Tattersall.
Celui-ci était entraîneur du duc de Kingston, quand il eut l'idée d'un établissement d'encan public et permanent pour la vente des chevaux, avec betting-room pour les paris. Séduit par le projet, lord Grosvenor mit à sa disposition un vaste terrain dans le quartier occidental de Londres, où s'élevèrent, dès 1770, les écuries et l'établissement devenus célèbres dans le monde entier.
Né en 1774, chez sir Charles Bumbury, de Rachel, arrière petitefille de Godolphin, Highflyer fut vendu tout jeune à lord Bolinbrooke, puis, avant d'avoir couru, il passa en vente chez Tattersall.
Séduit par son aspect, Richard Tattersall, par un heureux pressentiment j s'engoua du cheval et poussa les enchères jusqu'au chiffre, très élevé pour l'époque, de 800 guinées (21.000 francs). Il n'eut pas lieu de s'en repentir, car, en peu de temps, le poulain — qui ne connut jamais la défaite — lui rapporta plus de 700.000 francs de prix et de paris. Tattersall convertit aussitôt cette fortune inespérée en une somptueuse propriété dans le Cambridgeshire, qu'il appela « Highflyer Hall », où il eut l'honneur, par la suite, de recevoir plusieurs fois le Prince de Galles, plus tard Georges IV.
Après quelques désagréments judiciaires (1), Richard Tattersall mourut en 1795, à l'âge de 71 ans. Son œuvre a été continuée, avec un succès toujours croissant, par ses descendants.
Highflyer était mort en 1793, à l'âge de 19 ans, et avait été enterré à Highflyer-Hall.
Il avait été un reproducteur de premier ordre et, de 1783 à 1801, ses 237 produits ne gagnèrent pas moins de 1249 prix s'élevant à 170.407 livres d'argent public (4.260.175 francs), sans compter les Coupes, Plates, Champagne, etc. Les plus célèbres furent Bolton, Conjurator, Diamond, Escape, Volante (Oaks, 1792), King David, Rockingham (père de Bellina, Oaks, 1799), Stargarter, Noble (Derby, 1786), Skycraper (Derby, 1789), et surtout le fameux Sir Peter Teazle ou Sir Peter (issu de Papillon, ipdiT Snap), né en 1784, chez le comte de Derby, pour le compte duquel il gagna, outre la grande
(1) En vue de donner plus de développement encore à son établissement hippique, il avait fondé deux journaux, The English Chronicle et The Morning Post, dont il comptait exploiter la publicité. Mais un entrefilet scandaleux qui s'attaquait à la vie privée d'une certaine dame lui ayant valu une condamnation à cent mille francs de dommages et intérêts, Tattersall vendit aussitôt ses journaux, pour ne plus s'occuper que de la vente des chevaux peut-être moins glorieuse que la direction de grands organes mais aussi moins dangereuse.
épreuve d'Epsom, plus de 100.000 francs de prix en moins de deux ans.
Aussi remarqual)le au haras que son père, Sir Peter fut l'étalon le plus estimé de son temps. Parmi ses 284 descendants, qui remportèrent 1.084 prix, on peut citer quatre gagnants du Derby : Sir Harry (1798), Archduke (1799), Ditto (1803 ), Paris (1806) ; deux, des Oaks : Hermione (1794), Parisot (1796); et quatre, du Saint-Léger : Ambrosio (1796), Fyldener (1806), Paulina (1807), Petronius (1808).
Il mourut en 1811, à 29 ans (1).
Toute cette période que nous venons de résumer est célèbre dans les annales du turf, et nous bornerons ici cet aperçu sur la formation de la race pure en Angleterre. Au reste, n'avons-nous pas atteint le point culminant, après lequel, à vouloir trop bien faire, on ne pouvait guère que descendre.
« Le cheval de pur sang, comme l'écrit si justement Eugène Chapus, était arrivé à son apogée, comme distinction, taille, force et vitesse. On devait désirer que le développement général du cheval, comme ensemble, s'arrêtât là, car, hors de ces limites, les proportions en eussent souffert. »
Ce vœu si sage, que bien d'autres ont formulé, n'a pas été entendu, et, depuis une vingtaine d'années surtout, dirigeants et éleveurs semblent s'ingénier à défaire ce que l'on a eu tant de mal jadis à établir.
Au modèle si complet du cheval du xviii^ siècle, robuste, un peu près de terre, taillé pour la lutte et la fatigue, et qui ne le cédait cependant en rien pour la vitesse à nos sprinters actuels , on a substitué le type enlevé et léger que nous « admirons » aujourd'hui, dont la qualité est une précocité plus nuisible qu'utile à son rôle de reproducteur et qui, s'il est peut-être plus brillant d'allure et d'une action plus souple, est désormais inapte à toute tâche qui exige du fond et de l'endurance.
Seul, à peu près entre tous, le haras de Victot s'obstine encore dans les anciens errements qui ont fait sa gloire et celle de l'élevage national!
(l) Pour plus amples détails sur la descendance de Highflyer et Sir Peter, voir Livre VIII, Les trois grandes lignées.
CHAPITEiE III
DE LQRIGINE A LA FIN DU XVIII' SIÈCLE (suite).
Les Oaks et le Derby d'Epsom. — Le Saint-Léger de Doncaster. — Newmarket. — Ascot. — Georges IV et son écurie.
Comme nous l'avons vu, les landes d'Epsom, à quelques lieues seulement de Londres, servaient, dès le commencement du xviii^ siècle, de champ de courses aux amateurs de chevaux. Un cercle de gentlemen s'y était même formé qui, sous Georges I^^ (1714-1727), comptait parmi ses membres les noms les plus illustres. Aussi les réunions hippiques qui s'y donnaient — et que le Roi avait dotées d'un prix de 100 livres — étaient-elles des plus courues.
L'endroit, il faut le reconnaître, était merveilleusement disposé pour l'entraînement des chevaux, sans compter que la beauté du site, d'où l'œil embrassait de vastes horizons, y attirait volontiers les cavaliers ( 1 ) .
Une modeste auberge, à l'enseigne des Oaks — du nom des chênes séculaires qui l'abritaient — s'était élevée sur ces dunes, aujourd'hui célèbres dans le monde entier. Un jour que le général Burgoyne chassait par là, il fut séduit par le panorama qui se développait devant lui. Séance tenante, il fit l'acquisition de la taverne des Oaks et la transforma bientôt en un confortable rendez-vous de chasse.
Un brillant sportsman, lord Derby (2), acheta, à son tour, la pro-
(1) Epsom dut aussi une part de sa célébrité à la découverte, par le berger Henry Wicker, de ses sources minérales, au commencement du xviv siècle. Elles jouirent pendant une centaine d'années de la plus grande vogue. Puis on les délaissa, et le dernier coup leur fut porté quand les chimistes débitèrent ses eaux en poudre et en sel. Aujourd'hui encore, le sel d'Epsom est un purgatif des plus efficaces, fort employé.
(2) Au début de sa carrière, lord Derby entretenait une nombreuse écurie de courses et se montra, jusqu'à la fm de ses jours, un des plus zélés partisans du sport. Il débuta sur le turf en 1776 et fut l'un des plus influents protecteurs des réunions de Manchester, Lancastre et autres meetings de son voisinage. Après avoir brillé ensuite à Nottingham, York, Chester, Liverpool et Newmarket, il devint membre du Jockey-Club.
Ce ne fut qu'en 1787 qu'il remporta la grande épreuve qu'il avait créée.
priété des Oaks, l'agrandit, l'embellit, l'entoura de parcs splendides et en fit une demeure seigneuriale. En 1779, il épousait lady Elisabeth Hamilton, jeune et infatigable amazone. Les poètes de l'époque chantèrent les splendeurs de ces noces princières, et le souvenir de la fête champêtre qui fut donnée au château des Oaks s'est perpétué par la ballade, longtemps populaire, de The Maid of the Oaks (la Vierge des Chênes).
Dès cette époque, aucune vraie fête n'existait en Angleterre sans que les chevaux y jouassent un rôle. Les invités n'avaient donc pas manqué d'organiser, par souscriptions particulières (stakes), une course importante . Surle désir de lady Hamilton, elle fut spécialement affectée aux pouliches de 3 ans et prit le nom de Oaks, qu'elle a conservé depuis. Elle fut courue le 14 mai 1779, et gagnée par Bridget (par Herod et Jemima, par Snap), à lord Derby, sur onze concurrentes (1).
Bridget était montée par Richard Goodison, qui remporta encore les Oaks les deux années suivantes. Ce jockey fut le héros d'une plaisante aventure. Retenu par le marquis de Queensbury pour piloter un de ses chevaux, sur lequel de forts paris avaient été engagés, dans une épreuve importante, il l'avertit, la veille de la course, que des joueurs peu scrupuleux lui avaient offert une grosse somme pour ne pas gagner.
— « Qu'à cela ne tienne, répondit le maître, empochez l'argent et laissez-moi faire.»
Le lendemain, au moment où l'on sellait les chevaux, le marquis retint Goodison qui avait déjà le pied à l'étrier, et, jetant bas son habit, il apparut en tenue de jockey, sauta en selle et gagna la course.
avec Sir Peter (Highflyer et Papillon), un des meilleurs chevaux qu'ait produits l'Angleterre, et dont nous avons parlé à la fin du chapitre précédent.
Lord Derby fut le protecteur constant des courses de Newmarket, jusqu'en 1797. Ses sympathies se portèrent sur la ville de Preston, dans son comté, où avaient lieu des courses'et des combats de coqs.
Le? réunions de Liverpool et d'Aintrie furent organisées par son influence.
Il mourut très Agé, le 2 novembre 1834, et fut inhumé dans le caveau de sa famill'^, à Ormshirk, comté de Lancastre.
(l) Depuis l'origine, aucune pouliche n'a encore réussi le triple event, Derby, Oaks et Saint-Léger.
Troi? seulement ont gagné les Oaks et le Derby : Eleanor (1801), Blink Bonny (1857) et Signorinelta (1908).
D?ux, le quidruple ev^nt : Oaks, Mille et Deux mille Guinées et Sa'nt-Léger : Formosa, (1868, encore pirt jgea-t-elle les Deux mille Guinéss avec Mosiem), et Sceptre (1902).
Cinq, les Oaks et le Saint-Léger: Queen of Trumps (1835), Marie Stuart (1873), Jannette (1878), Seabreeze (1888) et Memoir (1890).
Une, le triple event : Oaks, Mille et Deux mille Guinées : Crucifix (1840).
Quatre, le triple event Oaks, Mille Guinées et Saint-Léger : Hannah (1871), Apology (1874), La Flèche (1892) et Pretty Polly (1904).
Une seule, les Mille Guinées et le Derby ; Tagalie (1912)
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Les aigrefins, est-il besoin de le dire, a'eurent pas les rieurs de leur côté.
Le succès des Oaks eut un tel retentissement sportif, que lord Derby institua, à son tour, pour l'année suivante, une poule de 50 guinées, moitié forfait, pour chevaux de 3 ans, qu'on dénomma les Derby Stakes. La distance, comme celle des Oaks, était de un mile ( 1.600 mètres ) ; les poids étaient fixés à 8 st . ( 50 kil. 1 /2 ) pour les poulains et 7 st. 11 Ibs (49 kil. 1/2) pour les pouliches. Le premier Derby se disputa le 7 mai 1780. Il fut gagné par Diomed, poulain bai (par Florizel et Spectator mare, sœur de Juno), à Sir C. Bumbury. Il y eut 9 partants sur 36 inscriptions, et le prix s'éleva à 1.125 guinées (29.531 fr. 25).
La vogue du champ de courses d'Epsom était atout jamais assurée, et le Derby (dont la distance sera bientôt portée à 1 mile 1/2 (2 .400 m.), devait devenir non seulement la course la plus populaire de l'Angleterre, sa course nationale par excellence — jusqu'à ces dernières années encore le Derby Day était considéré comme jour férié, et le Parlement même ne siégeait pas — mais aussi le fleuron hippique le plus glorieux, le plus envié du monde entier 1
Le tableau pittoresque du champ de courses d'Epsom, le jour du Derby, a été décrit tant de fois et si brillamment, qu'on nous excusera de ne pas revenir sur sa cohue, où tous les mondes se coudoient, sur le défilé interminable des voitures les plus disparates, depuis l'automobile la plus perfectionnée jusqu'aux plus antiques coucous, sur ses baraques, ses pitres, ses mendiants, ses marchands ambulants et ses pickpockets, qui en font comme une foire unique en son genre (1).
(1) Nous citerons cependant ce passage d'un ouvrage paru en 1868, pour les détails amusants qu'il contient :
« L'hippodrome est en fer à cheval; on court le bras gauche en dedans, c'est absolument le contraire en France. Le juge au départ est à cheval; il porte un habit rouge, des bottes à revers, un grand feutreet un drapeau. Le juge d'arrivée, enfermé dans une petite maison roulante, s'en va ainsi jusqu'au winning-post, sans qu'il puisse voir les chevaux; il a seulement un petit tableau indiquant les couleurs de chaque jockey : quand le vainqueur passera, il le désignera par sa couleur.
« Alors des pigeons obscurcissent l'air pendant quelques instants; ils tournent d'abord en cercle, pour s'orienter, puis ils s'en vont de tous les côtés porter la bonne ou la mauvaise nouvelle.
« Les dernières courses se passent au milieu de l'indifférence, comme les premières, ou plutôt mieux encore que les premières, car c'est le moment du lunch ou goûter; on lunche, on se grise et l'on revient en se jetant à la tête des bouquets et des poupées d'un sou. Le jour du Derby, la poupée d'un sou est la décoration de la joie; le chapeau qui n'en porte pas est l'exception; la règle, c'est dix au moins, avec des effets de bras et de jambes qui ne manquent point de pittoresque.
« Le lendemain du Derby, on vend à Londres et, bientôt après, dans toute l'Angleterre, des foulards ornés des portraits dj vainqueur et de son jockey. Si l'homme et le cheval sont peu ressemblants, les couleurs sont du moins exactes. Le premier spéculateur qui a eu cette idée, a gagné, dit -on, plus d'un million en quelques jours. »
Ganter. — ABC des Courses (Paris, 1868).
Bien d'autres courses, tant en France qu'en Angleterre, sont plus rémunératrices que le Derby (1). Mais quel est le propriétaire qui ne sacrifierait pas l'épreuve la plus richement dotée à l'honneur d'inscrire son nom sur le Livre d'Or des vainqueurs du Derby! (2)
Les tribunes d'Epsom, qui peuvent contenir 7.000 spectateurs, ne furent édifiées qu'en 1829-1830.
Jusqu'en 1839, le Derby se courait le mardi, et les Oaks, le vendredi de la même semaine, dans la seconde quinzaine de mai. Puis, pendant soixante-dix ans, et afin de permettre aux chevaux français qui ont
(1) La plus forte allocation, en Europe, est aujourd'hui celle du Grand Prix de Pari5 : 300.000 francs. Avec les entrées et forfaits, la part du premier s'élèveà 360.000 francs environ, plus une prime de 20 000 francs à l'éleveur du gagnant si celui-ci est né en France; il est, en outre, alloué : 30.000 francs au 2« et 15.000 francs au 3 .
Ce n'est que depui? 1890, qu'un minimum de 125.000 francs est garanti au vainqueur du Derby et de 100.000 francs à la gagnante des Oaks. Avec les entrées et forfaits, ces prix atteignent respectivement 175. 000 et 125.000 francs environ. Jusque-là, les allocations, très variables, étaient fournies, outre les entrées et forfaits, par les redevances imposées aux propriétaires voisins et aux tenanciers des baraques de tous genres installées sur le champ de courses.
Actuellement, on compte, en Angleterre, trois prix supérieurs au Derby; ce sont les Eclipse Stakes, à Sandown Park, les Jockey- Club Stakes et les Prince of Wa.les Stakes, à Newmarket, tous de 250.000 francs.
(2) Il est curieux de remarquer que le Derby n'a été gagné qu'une seule fois par la famille de son fondateur, en 1787, par le célèbre Sir Peter, à lord Derby lui-même.
Les seuls chevaux étrangers, en dépit de leurs nombreuses tentatives, qui aient triomphé dans la grande épreuve d'Epsom, sont : Gladiateur, français (1865), Kisber, hongrois (1876), et Iroquois, américain (1881). Nous ne considérons pas les chevaux irlandais comme étrangers, sans quoi il faudrait ajouter Orby (1907).
Depuis sa création, le Derby n'est revenu que cinq fois à des pouliches r Eleanor (1801), Blink Bonny (1857), Shotover (1882), Signorinetta (1908) et Tagalie (1912); sur ces quatre pouliches, l'une, Shotover avait enlevé précédem> ment les Deux mille Guinées; les trois autres remportèrent les Oaks.
Le Derby n'a donné lieu qu'à deux dead-heat : en 1828, entre Cadland et The Colonel (à la seconde épreuve Cadland gagna facilement), et, en 1884, entre Harvester et Saint-Gatien, qui partagèrent le prix.
Running Rein, arrivé premier, en 1844, fut distancé au profit â'Orlando, au général Peel, l'enquête réclamée par ce dernier, ayant démontré que Running Rein n'était autre qu'un cheval de 4 ans, nommé Macchabeus.
Le triple event Derby-Deux mille Guinées-Saint-Léger n'a été réussi que dix fois : West Australian (1853), Gladiateur (1865), Lord Lyon (1866), Ormonde (1886), Common (1891), Isinglass (1893), Galtee More (1897), Flying Fox (1899), Diamond Jubilee (1900), et Rock Sand (1903).
Gladiateur est le seul qui, à la triple couronne, ait ajouté le Grand Prix de Paris; il est vrai qu'aucun de ces autres chevaux n'est venu le disputer.
Onze chevaux ont gagné le Derby et les Deux mille Guinées : Smolensko (1813), Cadland (1828), Bay Middleton (1836), Cotherstone (1843), Macaroni (1863), Pretender (1869), Shotover (1882), Ayrshire (1888), Ladas (1894), Saint- Amant (1904) et Minoru (1909).
Onze chevaux ont également remporté le Derby et le Saint -Léger : Champion (1800), Surplice (1848), The Flying Dutchman (1849), Voltigeur (1850), Blair Athol (1864), Silvio (1877), Iroquois (1881), Melton (1885), Donoran (1889), Sir Visto (1895) et Persimmon (1896).
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disputé, le dimanche précédent, le prix du Jockey-Club, à Chantilly, d'y venir prendre part, le Derby fut reculé au mercredi suivant. Bien que ce délai de trois jours seulement fût bien court pour soumettre nos chevaux aux exigences d'une traversée et de deux courses aussi sévères, nous n'en tentâmes pas moins, sans succès d'ailleurs, la fortune à diverses reprises (1). Enfm, depuis que le Grand Prix de Paris — toujours fixé jusque-là au deuxième dimanche de juin — a été reculé, en 1909, au dernier dimanche du même mois, le Derby d'Epsom se trouve précéder maintenant d'une dizaine de jours celui de Chantilly.
Le champ de courses d'Epsom est valonné et accidenté; la piste commence par une montée et finit par une descente dangereuse pour les mauvais tendons.
C'est à cette conformation du terrain, qui rend le parcours bien plus dur qu'à Chantilly, qu'il faut attribuer les différences de vitesses obtenues sur les deux hippodromes, dans les épreuves similaires.
(1) Chevaux français ayant disputé le Derby d'Epsom :
Prix Derby
du Jockey-Club. d'Epsom.
1860. Dangu, au comte F. de Lagrange. . . . Pas couru. 4«
1861. Royallieu, — .... — 4« 1863. Hospodar, — .... ' — n. pi.
— Jarnicoton, — .... — n. pi.
1865. Gladiateur, — .... — 1"
— Le Mandarin, — .... i« n. pi.
1866. Czar, à H. Jennings Pas couru. n. pi.
— Plutus, au comte F. de Lagrange. ... — n. pi.
1867. Dragon, — .... — n. pi.
1871. Générai, au duc de Hamilton Prix pas couru n. pi.
1872. Condor, à M. H. Delamarre Pas couru. n- pi.
1873. Montargis, au comte G. de Juigné. ... — n. pi.
1875. Punch, au comte F. de Lsgrange. ... — n. pi-
1876. Braconnier, — - .... — n. pi.
1877. Chamant, — .... — n. pi.
1878. Insulaire, — .... 1" 2«
— Pontoise, — .... — n. pi.
1879. Rayon d'Or, — .... Pas couru. n. pi.
— Zut, — .... 1'' n. pi.
— Prologue, — .... Pa^- ouru- n. pi.
1885. Xaintrailles, k'M. A.'Liipin — 4«
1889. Ciouer, à M. E. Blanc 1^' • n. pi.
1890 Le Nord, au baron de Rothschild.. . . 3' 2^
1891. Gouverneur, à M. E. Blanc Pas couru. 2«
1892. Rueil, — .... -^ n. pi.
— Bucentaure, à M. C Blanc 3" 3«
1894. Sfyx, au baron de Rothschild 3* n. pi.
1899. Holocauste, à M. J. de Brémond 3^ n. pi.
(Il se cassa une jambe au moment où il restait seul en course avec Flying Fox et semblait même avoir le meilleur.)
1903. Vinicius, à M. E. Blanc Pas couru. 2«
1904. Gouvernant, — — n. pi.
1905. Jardy, — — 2*
1908. Sea Sick, à M. W. K. Vanderbilt. . . . 1" 4«
— Azote, à M. Hatmaker Pas couru n pi.
1913. Nimbus, à M. A. Aumont . . . • N- pi. n. pi.
Ainsi, tandis que le record établi à Epsom, en 1910, par Leinberg, n'est que de 2' 35" 1/5 — vitesse souvent constatée en France, même dans les années médiocres — celui de Little Duck, en 1884, est de 2' 22".
C'est ce qui explique également que, sur la piste ovale et plane de Doncaster, les vitesses soient souvent meilleures qu'à Epsom.
Le Saint-Léger fut créé en 1776 — deux ans avant les Oaks et quatre ans avant le Derby — à l'instigation du colonel Saint-Léger, qui résidait à Parkhill, près de Doncaster. Il y avait alors, en cette ville, des courses annuelles au commencement de l'automne. Le colonel fit placer cette poule de 25 guinées, pour poulains et pouliches de 3 ans, le 24 septembre. La distance était de 2 miles (3.200 mètres). Elle fut gagnée, la première année, par Allahaculia (par Sampson et mère inconnue), à lord Rockingham, sur quatre concurrents.
Ce n'est qu'en 1778 que cette épreuve reçut le nom de son fondateur (1).
En 1832, l'entrée fut portée à 50 souverains et la distance réduite à 1 mile 6 furlongs 132 yards (2.900 mètres).
Après le Derby et les Oaks, le Saint-Léger est aujourd'hui la troisième grande épreuve classique de l'Angleterre (2), et ce sont les mères des vainqueurs de ces trois épreuves que Bruce Lowe a prises, en 1892, pour base de sa classification des familles de pur sang.
A propos du meeting de Doncaster, rappelons cette particularité curieuse, que, non seulement les autorités n'accordaient aucuns subsides à la réunion, mais encore qu'elles prélevaient 150 livres pour frais d'organisation, dont 50 étaient partagées entre le juge et le starter.
L'hippodrome de Newmarket est un des plus anciens de l'Angleterre. Créé, comme nousl'avons dit, par Jacques I^'', en 1611, il n'avait jamais cessé d'être en faveur. Mais c^est surtout à partir du milieu du xviii^ siècle que, sous l'impulsion énergique du Jockey-Club — qui, sitôt sa fondation, en 1750, s'était rendu acquéreur des terrains de course — Newmarket va se développer pour devenir, en même temps que le premier centre d'entraînement de l'Angleterre, un de ses hippodromes les plus en vogue. Aucun ne s'y prêtait mieux, avec ses nombreuses pistes de conformation si différente, les unes plates, les
(1) Dans son testament, le colonel Saint-Léger avait demandé qu'à son nom fût ensuite substitué celui du propriétaire qui, le premier, remporterait cette épreuve trois fois de suite. Bien que cette condition ait été remplie par lord A. Hamilton, qui y triompha avec Pa,ra,gon, Spadille et Y. Flora, en 1786, 1787 et 1788, l'usage a prévalu et elle a conservé le nom de son fondateur.
(2) Nous avons donné précédemment la liste des gagnants du Derby et des Oaks qui triomphèrent ensuite dans le Saint-Léger.
Trois chevaux étrangers seulement ont jusqu'ici remporté cette épreuve : Gladiateur et Rayon d'Or, au comte F. de Lagrange, en 1 865 et 1 879, et Iroquois, américain, à M. P. Lorillard, en 1881.
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autres accidentées. Jusqu'en 1744, on n'y donnait encore que trois courses par an, pour chevaux de 6 ans et juments de 5 ans (deux en avril et une en octobre). Les habitants ajoutent alors deux plates de 50 livres et un prix de 50 guinées, prélevés sur les contributions foncières. Depuis lors, le nombre des réunions n'a cessé de croître : en 1753. c'est une journée ajoutée au Spring meeting, et, en 1762, une à rOctober meeting; en 1765, une en juillet; en 1770, l'Houghton meeting (fin octobre) est créé; en 1771, au printemps, celui de Craven, ainsi nommé en souvenir du comte Craven, fondateur, avec Jacques I^r, des courses de Newmarket.
Cependant, malgré ce développement considérable, Newmarket — où, entre autres belles épreuves, les July Stakes, pour deux ans, datent de 1786 — ne prit réellement toute son importance que du commencement du xix® siècle, quand furent créées les deux grandes courses classiques, devenues si célèbres, des Deux mille Guinées, en 1809, et des Mille Guinées, en 1814 (1).
Les premières courses d'Ascot remontent au 21 août 1711; elles eurent lieu en présence de la reine Anne. Mais le véritable fondateur fut le duc de Cumberland, oncle de Guillaume III, un des principaux sportsmen de son époque, qui fit beaucoup pour cet hippodrome, en 1727. Toutefois, c'est à Georges IV que ce meeting sélect doit la vogue qu'il n'a cessé de conserver (2).
La question des courses et l'amélioration de la race avaient de bonne heure intéressé Georges IV qui, n'étant encore que Prince de
(1) Avec les entrées, ces prix s'élèvent respectivement à 125.000 et 100.000 franc? environ.
Parmi les autres grandes épreuves qui se disputent actuellement à Newmarket, au cours de l'année, citons : les Criterion Stakes (1827), le Middle Park Plate (1866) et le Dewhurst Plate (1875), pour chevaux de 2 ans; les Newmarket Stakes (150000 fr.), les Jockey-Club Stakes et ks Prince of Wales Stakes <250.000 fr), et les deux grands handicaps d'automne, établis en 1839, le Cesarewitch (3. 600 m.), ainsi nommé parce que, primitivement, son allocation était donnée par le fils aîné du Tsar, et le Cambridgeshire (1800 m.).
A Newmarket se dispute aussi — seul souvenir des anciennes courses — le Whip ou cravache d'honneur du Jockey-Club, sur la piste de 4 miles, dite Beacon Course, avec poids de 10 stones (63 kil. 1/2). Cette cravache, au lourd manche, d'argent sur lequel sont gravées les armes royales, fut offerte par Charles II. Le cordon de poignet et la lanière en ont été, depuis, tressés avec la. crinière d'Eclipsé. Le whip se transmet d'un propriétaire à l'autre. Une fois par an, le détenteur est tenu d'accepter un défi, dont l'enjeu doit être de 5.000 francs. Longtemps ce fut un honneur que de conquérir le whip; mais aujourd'hui, la chose est tombée en désuétude.
(2) La réunion d'Ascot, qui a lieu dans le courant de juillet, n'a d'équivalent dans aucun autre pays, pour l'élégance et la tenue. Elle est le rendez-vous par excellence de toute la gentry, le cortège royal avec ses carrosses y fait sensation, et, de nos jours encore, le service du pesage y est rempli par les laquais de la Cour, en grande livrée.
La plus ancienne des épreuves classiques qui s'y disputent, qui en est restée la plus importante, est la Gold Cup, qui date de 1807 et qui, de 1844 à 1853 (guerre de Crimée), fut offerte par le tsar Nicolas !«'• et dénommée The Emperor's
Galles, possédait déjà une écurie et un haras nombreux, et dont les couleurs, de 1784 à 1792, avaient triomphé dans 185 épreuves — dont le Derby de 1788, avec Sir Thomas (1) — s'élevant ensemble à 32.588 guinées (865.435 francs), quand un incident des plus graves vint Fobliger à abandonner les grands hippodromes.
En 1792, à la première journée du Newmarket Spring meeting, son cheval Escape fut battu, alors qu'on payait 2 en sa faveur. Ce n'eût été là qu'une de ces vicissitudes si fréquentes sur le turf si, le lendemain, ce même Escape — qu'on donnait à 5/1 , cette fois — n'avait gagné dans un canter.
Le prince était gros joueur. Comme on le savait assez gêné d'argent et pas toujours très scrupuleux, le scandale causé par ces deux courses contradictoires fut immense.
Il était difficile aux Commissaires, pour ne pas dire impossible, de disqualifier l'héritier du trône. Chifney, le jockey du prince, fut choisi comme bouc émissaire, et ils déclarèrent à Son Altesse que, s'il continuait à l'employer, aucun autre propriétaire ne consentirait plus à courir contre lui.
Georges IV qui, pas plus que Chifney, n'était fautif, en la circonstance — la suite ayant prouvé qu' Escape était tout simplement un rogue, comme on en a tant vus, qui ne consentait à s'employer qu'à ses heures — se fit un point d'honneur de ne pas sacrifier son jockey, et il quitta pour jamais l'hippodrome. Mais, furieux, il liquida, à la fin de l'année, son écurie et son haras de Hampton-Court, pour la somme de 60.000 guinées. Puis, dans le but de faire concurrence à Newmarket, il reforme une écurie, favorise les courses de Brighton, Lewes et Bibury, et en organise même de nouvelles à Ascot, celles qu'y avait créées, en 1727, le duc de Cumberland, oncle de Georges III, n'existant guère que de nom, vu leur peu d'importance.
En 1805, les membres du Jockey-Club de Newmarket firent amende honorable, en adressant au Prince la lettre suivante :
« Puisse ce qui suit être agréable à Votre Altesse Royale. Les membres du Jockey-Club, regrettant profondément son absence de Newmarket, la supplient instamment d'oublier le passé et d'honorer à l'avenir les différents meetings de sa présence. »
Pri:e; puis vinrent le Vase d'Or, donné par la Reine (1838), les Ascot Sta,kcs (1839), le Royal Hunt Cup et les New Sta,kes (1843), VAlexandra. Plate (1865), fondé en l'honneur de la princesse de Galles, depuis la reine Alexandra, etc.
Notons, en passant, que Verneuil, au comte de Lagrange, réussit, en 1878, le triple évent du Gold Cup, du Gold Vase et de V Alexandra Plate, qu'aucun cheval n'avait encore — et n'a, depuis — accompli.
(1) Il faudra attendre plus de cent ans, après cette victoire, pour retrouver le nom d'un Prince de Gralles sur le palmarès du Derby. Ce sera Edouard VII, alors qu'il ne sera encore que l'héritier du trône, avec Persimmon (1896) et Diamond Jubilee (1900), jusqu'au jour où il remportera encore le glorieux trophée avec Minoru (par Cyllene), en 1909, sous le nom, cette fois, d'Edouard VII.
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Le Prince, oubliant l'injure qui lui avait été faite, répondit gracieusement; néanmoins, ce n'est que huit ans plus tard qu'il envoya ses chevaux courir sur cet hippodrome, où lui-même ne reparut jamais, et toute sa sollicitude pour le turf — suite d'un dépit qui se comprendrait à moins — se porta toujours sur As<^t.
Outre Sir Thomas (par Pontac), Georges IV posséda de nombreux chevaux célèbres, dont les plus connus sont : Rockingham et Traveller (par Highflyer), Pegasus et Don Quixotte (par Eclipse), Orville (par Beningborough), Haphazard (par Sir Feier), Rebel (par Trumpator), The Colonel (par Whisker) (1), Selim (par Buzzard), Fleur-de-Lys (par Bourbon), etc.
Les gains totaux de l'écurie royale sur le turf s'élevèrent à 313 prix, d'une valeur globale de 57.628 guinées (1.512.734 francs) (2).
Guillaume IV, qui lui succéda, en 1830, cessa de faire courir, et le haras royal de Hampton-Court fut liquidé. Il ne fut reconstitué qu'une vingtaine d'années plus tard, sous la reine Victoria.
(1) The Colonel (Whisker et My Lady's Dams) était né en 1825. Acheté par Edouard Peter, il fut battu dans le Derby, après un dead-heat avec Cadland, mais remporta le Saint-Léger, à la suite de quoi il fut vendu 4.000 guinées à <jeorge5 IV. Il termni sa carrière à 6 ans, dans la Coupe d'Or d'Ascot, où il tomba broken-down, de la faute de son entraîneur Delme Radcliffe qui, quatre jours avant la course, l'avait prêté comme cheval de service à un de ses amis, pour toute la nuit...
The Colonel était d'un caractère tellement sauvage, que longtemps on désespéra de l'utiliser. On le plaça néanmoins chez un dresseur de chevaux, près d'Epsom, qui le montait dans toutes ses courses à travers le pays, le gardant toute la nuit dehors pendant ses excursions. Ce traitement sévère — qui faillit ruiner <à jamais ses jambes — réduisit cependant un peu son indomptable ■caractère, sans rien lui enlever de sa brutalité. Jack Oakley, qui le monta dans la plupart de se? sorties sur le turf, ne put jamais le maîtriser et était obligé 4e le laisser aller comme il lui plaisait.
(2) Par ces chiffres, on peut voir que la valeur des prix, à la fm du xviiF siècle, •était déjà fort importante.
Tou2hstone rapporte qu'au First Spring meeting de Newmarket, en 1776, il fut couru 44 épreuves, disputées par 134 chevaux. Le prix principal, les Great Sweepstakes — qui correspondaient à peu près aux Deux mille Guinées actuelles — s'éleva à 5.500 guinées (144.375 francs) et fut gagné par Sarpedon, un des étalons qui ont le plus contribué au développement de la race de par sang aux États-Unis.
L'année suivante, cette même épreuve atteignit 147.000 francs.