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CHAPITRE XLIX

L'écurie C.-J. Lefèvre, Reine, Henry; débuts de Flageolet; importation des grandes poulinières anglaises, araucaria, Feu-de-Joie, Isoline et Green Sleeves. — Revigny, Little Agnes, Barbillon, Cremorne. — Arrivée tumultueuse dans l'Omnium. — Courses de Caen : prix du Premier Pas et Grand Saint-Léger. — Courses d'automne, à Fontainebleau : prix de la Salamandre. '

Peu à peu la vie normale reprend son cours, après les terribles secousses des deux années précédentes.

Devant l'action énergique de la Société d'Encouragement, la confiance renaît, les écuries se sont reconstituées, les centres d'entraînement repeuplés, les haras remontés (1). L'un après l'autre, les hippodromes régionaux vont rouvrir leurs portes et, si les champs sont pauvres en vieux chevaux, les trois ans sont suffisamment nombreux pour assurer la reprise régulière des courses.

Le budget total des épreuves de plat, sans atteindre encore le chiffre qu'il présentait à la fin de l'Empire, n'en dépasse pas moins déjà 1.200.000 francs, dont près de la moitié sont fournis par la seule Société d'Encouragement (2).

(1) A titre de curiosité, voici les prix de saillie — bien modiques comparés à ceux de nos jours — des principaux étalons du moment :

The Nabab, à Martinvast, i.OOO francs; — Tournament et Light, à Villebon, 1.000 ; — Trocadéro, à Victot, 500; — Dollar à Viroflay; 600 ; — Ruy-Blas, 400; — les autres, Glaneur, Y. Monarque, Optimist, etc. 100 à 200.

Monarque, à Dangu, et Vermout, à Bois-Roussel, étaient réservés à leurs propriétaires respectifs, le comte de Lagrange et M. H. Delamarre.

(2) La somme globale de 1.243.840 francs était ainsi composée :

Société d'Encouragement 572 000 francs.

Sociétés provinciales *. 196. 900 —

Divers 97.500 —

État 221.200 —

Villes et départements 157240 —

Il était, en outre, affecté 261. 700 francs aux courses d'obstacles et 201. 845 francs

aux courses au trot, ce qui portait à 1 .707.385 francs le budget total des courses

pour l'année 1872.

Répétons-le encore une fois, sans elle, que serait devenue l'institution des courses après la guerre?

Les principales écuries sont celles : du baron de Rothschild, avec Th. Carter, comme entraîneur; — baron de Schickler (sous le pseudonyme de Davis), avec C. Reeves; — H. Delamarre et P. Rœdereravec T.-R. Carter; — comte de Berteux, avec Ashmall; — duc de Fézensac, avec Th. Hurst; — Edouard Fould (en association avec le baron de Soubeyran, vicomte d'Harcourt, comte Hallez-Claparède), avec T. Carter, neveu; — Charles Laffitte (major Fridolin), avec Ch. Pratt; — duc de Hamilton et A. Desvignes, avec W. Planner; — comte de Juigné et prince d'Arenberg, L. Delâtre,P. Aumont, etc., avec H. Jennings; — A. Lupin, avec Hayhoe; — en province, baron de Nexon, D. Guestier, de Vanteaux, P. Clossmann, etc.

Mais aucune ne pouvait 'prétendre à l'importance de celle de M. G.-J. Lefèvre. Non seulement il avait acheté, en 1870, la presque totalité de l'écurie Lagrange et s'était assuré toute la production de Dangu pendant quatre années, mais il avait fait de nombreuses acquisitions en dehors, telles que celles de Verdure, Dutch Skater et tout un lot de grandes poulinières qu'il venait d'importer en France, où elles allaient illustrer son élevage, Regalia, Isoline, Feu-de-Joie, Gre3n Sleeves et cette extraordinaire Araucaria, qui devait être la mère de Charriant, Wellingtonia, Camélia et Rayon d'Or.

Dès ses débuts, M. Lefèvre — dont les chevaux coururent d'abord en Angleterre, sous le nom de T. Lombard — n'eut pas moins d'une centaine de chevaux à l'entraînement, tant à Phantom Cottage, à Newmarket, sous la direction de T. Jennings, qu'à Royallieu, avec Ch. Cunnington. Mais cet établissement était insuffisant pour ses vastes desseins, et il venait d'acheter le magnifique domaine de diamant, près de Senlis, qu'il était en train d'aménager pour y installer sa formidable cavalerie. Le château, si large que soit la vie qu'on y mènera, ne semblera en être, pour ainsi dire, que la partie accessoire; tout y étant consacré à l'entraînement et à l'élevage.

Ce fut princier et, sans contredit, l'établissement modèle.

Les débuts de l'écurie Lefè,;^re en France — où pendant tant d'années elle va joaer un rôle prépondérant — sont marqués par les succès de Henry, dans le prix Rainbow, de Dutch Skater, dans le prix Gladiateur, et de Flageolet, dans le prix de Deux Ans (ex-prix Morny), à D eau ville.

Flageolet, dont la carrière de deux ans fit sensation, avait couru sept fois en Angleterre, pour remporter cinq victoires (dont les Hopeful et Criterion Stakes), se montant à plus de 70.000 francs, ce qui état alors exceptionnel pour un jeune cheval.

Ces succès de Flageolet avaient été précédés, au printemps, par les victoires retentissantes de Reine, dans les grandes épreuves

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classiques des pouliches, les Mille Guinées et les Oaks. Elle avait la plus belle origine que l'on pût souhaiter, étant par Monarque et Fille de VAir, et ses deux belles performances semblaient l'augure d'une carrière sensationnelle. Elles furent les seules, hélas! car elle fut battue par Little Agnes, dans le prix de Diane, et ne put prendre que la troisième place dans la Grande Poule et le Grand Prix.

Aux succès de Reine et de Flageolet, il faut ajouter encore ceux de Henry, vainqueur de l'Ascot Gold Cup, où il battait Favonius, gagnant du précédent Derby, et Hannah, l'héroïne des Oaks et du Saint-Léger, tous deux au baron L. de Rothschild; — • de Dutch Skater qui, sur onze courses, triompha sept fois, notamment dans les Great Metropolitan Stakes, à Epsom, le Doncaster Cup et le Warwick Cup; — de Manille, Alaric, Chancellor, Verdure, Moissonneur, etc., en sorte que M. Lefèvre figurait, à la fin de la campagne, en tête des propriétaires gagnants en Angleterre, avec un total de près de GOO.OOO francs (588.850), précédant de plus de 100.000 francs M. H. Savile, qai avait cependant remporté le Derby, et le Grand Prix de Paris, avec C remorne.

En France, les lauréats de l'année, confirmant leurs performances de l'automne précédent, sont Revigny (Orphelin et Woman in Red), à M. P. Aumont, vainqueur du -prix de Guiche, du Biennal, de la Poule d'Essai et du prix du Jockey-Club, où la seconde place fut prise par Little Agnes (Saunterer et Wild Agnes), au duc de Hamilton, qui, elle-même, venait d'enlever la Grande Poule et le prix de Diane à la fameuse Reine.

Quelques jours plus tard, Little Agnes prenait sa revanche sur Revigny, dans le prix Seymour, mais aucun d'eux ne joua de rôle dans le Grand Prix, après quoi la fille de Wild Agnes s'en fut cueillir le Saint-Léger, qui, ainsi que nous le verrons, se courut alors à Caen.

Son camarade d'écurie, Rarbillon (Pretty Boy et Scozzone), poulain tardif, qui ne commença à trouver sa forme qu'au moment du Grand Prix, dans lequel il ne succomba que contre le seul Cremorne, remporta ensuite le prix de Chantilly, puis le Royal-Oak, battant Re^ùgny et tous les meilleurs sujets de sa génération.

Après lui, on peut encore citer Faublas, gagnant des prix de Lutèce et de Longchamp, et Tabac, du prix des Cars.

Nous avons parlé de Dutch Skater et Henry, parmi les vétérans. II faut mentionner également Véranda, qui remporta le prix du Cadran, et Don Carlos, le prix de Dangu.

Enfin faut-il rappeler que l'Omnium revint à Mathilde, 25/1, à M.L. Delâtre, entraînée par H. Jennings, alors que le grand favori Ba^ailley, à ce même entraîneur, n'y était pas placé. Les clameurs, les huées et les commentaires désobligeants furent tels, que le

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très brave homme qu'était M. Delâtre faillit en faire une maladie. Ce ne sera pas la dernière fois, du reste, que le résultat de l'Omnium donnera lieu à des manifestations tumultueuses.

Quand, sous l'Empire, les débuts des deux ans avaient été fixés à Deauville, la Société des courses de Gaen avait poussé les hauts cris, et réclamé cette primeur pour son propre hippodrome. Il va sans dire qu'on n'avait tenu nul compte de ces protestations. Mais depuis lors, elle avait fait si bien, au milieu de la perturbation apportée par les événements de 1870, que ses doléances avaient fini par trouver un écho à la Société d'Encouragement.

Et c'est ainsi que, le 4 août 1872, le prix du Premier Pas (3.000 fr., pour chevaux de 2 ans), se disputa à Caen, huit jours avant le prix de Deux Ans, à Deauville. Au meeting caennais était également transféré le Grand Saint-Léger de France qui, jusqu'à la guerre, avait été l'apanage des courses de Moulins, où il avait été transféré après 1848 (1).

Une autre épreuve, plus importante encore pour jeunes chevaux, date de cette même année, le prix de la Salamandre (6.000 fr., 1.600 m.), couru à la réunion d'automne de Fontainebleau, que la Société d'Encouragement venait d'instituer à la fin de la saison, à l'issue de la clôture de Longchamp et de Chantilly (2).

Cette épreuve revint à Montargis (propre frère de Revigny), au comte de Juigné, qui y prit sa revanche du Grand Critérium sur Franc-Tireur, au Major Fridolin, qui lui rendait 7 livres; il est vrai. La troisième place, comme dans le Grand Critérium, fut pour Reine- de- S ab a, à M, L. André, qui avait déjà gagné le prix du Premier Pas, à Caen, et le prix de La Toucques, à Deauville, avant d'aller remporter le Critérium, à Bordeaux.

(1) Le double at'ràit de ces deux épreuves asmra pendant un? quinzaine d'années le succès de laréuiioi d?, Cien. Mais devant le développement des courses, le Grand Saint-Léger perdit rapidement toute importance, et l'avancement du début des deux ans dans la région parisienne, ainsi que la création de riches épreuves pour jeunes chevaux, reléguèrent le prix du Premier Pas au rang des courses secondaires.

(2) Cette journée de fm de saison, à Fontainebleau, sera reportée, dès 1874, à Chantillv et remplacée, au début de septembre, avant la réouverture de Longchamp, par une réunion comportant les Premier, Deuxième et Troisième Critériums.

L'alloca'ion primitive du prix de la Salamandre a été élevée à 8.000 fr. en 1876; 10.000, en 1890, et 15.000 en 1908.

La distance a é'.é de 1.100 mètres, en 1874, et de 1400 depuis 1887, sauf en 1907, où elle fut de 1.600 mètres.

Parmi les non placés du prix de la Salamandre, figurait Boïard, qui y faisait ses débuts. Il avait été piqué très gravement par un insecte venimeux, ce qui avait retardé son entraînement et ne lui permit de paraître que cette seule fois en public à deux ans (1).

C'était un grand poulain, osseux et dégingandé, que les connaisseurs déclarèrent « mal bâti et incapable de courir ».

Les connaisseurs n'en avaient-ils pas dit autant, quelques années auparavant, de Gladiateur..., avant les Deux mille Guinées!

A la fin de l'année était mort M. J. Verry, sportsman de la première heure, membre du Jockey-Club et propriétaire du haras des Douze-Traits, en Bourgogne. Son plus beau succès remontait à 1862, quand Souvenir, qui provenait de son élevage, remporta, sous les couleurs de M. J. Robin, le prix du Jockey-Club, sur la fameuse Stradella.

Il y bénéficiait, il est vrai, de la décharge de 10 livres accordée jusqu'alors aux chevaux nés hors de la division du Nord.

(1 ) On sait que même chose était arrivée à Snahe — père de Old Snake mare, mère de Squirt, père de Marske, père û'Eclipse-, — qui fut si grièvement malade, qu'il ne put jamais être entraîné.

En 1879 Versigmj, à M. C-J. Lefèvre, sera victime d'un semblable accident.

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