‹ Historique des courses de chevaux de l'antiquité à ce jourChapitre 74 sur 202 · CHAPITRE L · texte numérisé non relu

CHAPITRE L

Boïard, Flageolet, Doncaster, Franc-Tireur, Montargis. — Barbillon, Revigny (suite). — • Retraite du turf du duc de Hamilton. — Mort de M. Fasquel. — Reconstitution de la Société des Steeple-Chases et de la Société des Courses de Bade. — Création des Jockey-Club Cup Stakes, à Newmarket.

Une des plus belles années pour l'élevage national.

Au point de vue technique, elle tient tout entière dans le long duel entre Boïard (Vermout et La Bossue), à M. H. Delamarre, et Flageolet (Plutus et La Favorite), à M. G.-J. Lefèvre, le premier ayant toujours eu raison, par un léger avantage, de son redoutable adversaire. Ces deux chevaux étaient tellement près l'un de l'autre que Doncaster (Stockwell etMarigold),le vainqueur du Derby d'Epsom, ne put les départager à l'arrivée du Grand Prix, où il dut se contenter de la troisième place, à une demi-longueur de Flageolet, que Boïard précédait, comme dans le prix du Jockey-Club, d'une encolure (1).

(1) Il est curieux de remarquer que, tout comme M. H. Savile,qui avait gagné le premier Grand Prix, avec The Ranger (1863) et le premier, après l'interruption de 1871, avec Cremorne (1872), M. H. Delamarre, qui avait remporté le second Grand Prix, avec Vermout (1864), battant Blair Athol, vainqueur du Derby, remportait aussi le second, après la reprise, battant également un autre vainqueur d'Epsom.

Et Boïard était fds de Vermout, comme Blair Athol et Doncaster étaient fils de Stockwell... Et ces deux vaincus atteindront précisément les plus hauts prix payés jusqu'à ces dernières années pour des étalons {Blair Athol, 12.000 guinées en 1872; Doncaster, 14.000 livres sterling, en 1875), alors que Boïard ne se vendra que 150.000 francs 1

A noter encore que Boïard, Flageolet et Doncaster n'avaient pas été placés dans les Deux mille Guinées.

Puisque nous en sommes au Grand Prix, rappelons que la Ville de Paris» bien mal inspirée en la circonstance, avait annoncé son intention de cesser à l'avenir de donner son allocation de 50.000 francs. Sans s'émouvoir, la Société d'Encouragement lui fit savoir que si, l'année suivante, les 50.000 francs promis

Avant de triompher à Chantilly et à Longchamp — victoires que son entraîneur T.-R. Carter célébra par une grande fête aux étangs de Commelles — le poulain de M. H. Delamarre avait remporté les prix de Guiche, de la Seine et la Poule des Produits; à l'automne,

M. Henri Delamarre.

il cueillera le prix de Chantilly et le Royal-Oak. Nous le retrouverons à 4 et 5 ans, toujours victorieux en France, et n'essuyant qu'une défaite dans l'Alexandra Plate.

n'étaient pas versés en temps voulu, elle supprimerait purement et simplement le Grand Prix. C'était priver du coup Paris d'une source considérable de profits. Devant cette menace, le commerce s'émut et les protestations énergiques des électeurs firent revenir les édiles sur l'incroyable bévue qu'ils allaient commettre, uniquement pour faire pièce à la Société d'Encouragement, dont la prospérité commençait déjà à éveil'.er les appétits des politiciens.

Mais, s'il se montra constamment supérieur à ses deux rivaux sur le turf, ceux-ci prirent une éclatante revanche au haras (1).

Plus heureux en Angleterre qu'en France, Flageolet y remporta quatre victoires, toutes dans un canter, battant notamment tous les récents vainqueurs du Derby, Favonius et Cr2morne, dans le

Phot. J. Delton.

Boïard.

Goodwood Cup, et Doncaster, dans les Grand Duke Michael Stakes, à Epsom, confirmant ainsi la régularité du résultat du Grand Prix.

(1) Après sa victoire dans le prix Rainbow, à 5 ans, Boïard fut vendu 150.000 francs au baron de Rothschild. Ses meilleurs produits furent Serge II, Forum, Silène, Barbe-Bleue, Lavaret et Polyeucte, qui ne sortent pas de la moyenne ordinaire. Il fut ensuite exporté en Russie.

Flageolet est le père d'un cheval hors ligne, Rayon d'Or, et d'animaux comme Zut, Beauminet, Le Lion, Versigny, Le Destrier, Ermengarde, Xaintrailles, etc., qui, en treize ans, ont gagné 234 courses et 2.439,655 fr. de prix.

Doncaster fut vendu à la fm de sa cinquième année, pour 350 000 francs, à son entraîneur R. Peck, qui le céda presque aussitôt, avec un bénéfice de 50.000 fr., au duc de Westminster.

Il est le père, entre autres, du célèbre Bend Or, père lui-même du fameux Ormonde.

Doncaster, qui s'appelait primitivement AU Heart and no Peel, avait été payé yearling 950 guinées, par M. J. Merry. Il avait débuté par une place de cinquième, dans les Deux mille Guinées — où Boïard était quatrième et Flageolet sixième — que Gang Forward avait enlevées d'une tête, à Zaïse/-. Parti à 40/1, dans le Derby, il l'emporta d'une longueur et demie sur ces deux mêmes chevaux, qui firent dead-heat pour la seconde place. Dans le Saint-Léger, il se plaça deuxième, derrière sa camarade d'écurie Marie Stuart.

Les noms glorieux de Boïard et de Flageolet ne doivent pas nous faire oublier ceux de Franc-Tireur (Tournament et Fleur-des-Bois), au Major Fridolin, vainqueur du prix de Lutèce, de la Grande Poule et du Saint-Léger de Caen, et qui ne succomba que d'une encolure, contre Boïard, dans le prixRoyal-Oak, après une résistance acharnée. Favori dans le Grand Prix de Deauville, remporté par l'extrême outsider Sir Jones, au duc de Hamilton, il avait fait tête à queue au signal et était resté au poteau.

Le prix de Diane était également revenu à l'écurie Delamarre, avec Campêche, au Major Fridolin; — la Poule d'Essai, à Sire; — et l'Omnium, à Androclès, que son propriétaire, M. A. Desvignes, avait déjà gagné avec Alahama, 1 ^ mère du vainqueur.

Enfin, une mention spéciale est due à Montargis (Orphelin et Woman in Red), au comte de Juigné, pour sa brillante victoire dans le Cambridgeshire. Il portait 50 kilos et partit à 40/1 . Après une lutte superbe, il battit d'une tête le favori Walniit et trente-quatre adversaires, ce qui constituait un des champs les plus nombreux qu'on ait vus dans cette épreuve.

Indépendamment de ce beau succès, l'année avait été excellente pour notre élevage en Angleterre. Comme en 1872, M. G.- J. Lefèvre arrivait en tête des propriétaires gagnants, avec 647.825 francs, dont plus de 250.000 francs étaient fournis par ses seuls chevaux français. (On sait qu'il eut toujours des chevaux des deux nationalités : Tristan est le plus célèbre de ses chevaux anglais.)

En plus des victoires de Flageolet, dont nous avons déjà parlé, Reine avait enlevé l'Ascot Plate, et le deux ans F eu- d' Amour s'était classé comme un des meilleurs de sa génération : battu d'une encolure dans les Champagne Stakes, il avait ensuite cueilli deux des épreuves les plus importantes pour les jeunes, les Clearwell et les Prendergast Stakes.

Ne quittons pas l'Angleterre sans rappeler la création, à Newmarket, du Jockey- Club Cup Stakes, pour trois ans et au-dessus, que Flageolet remportera, en 1874, Braconnier, en 1876, et Verneuil, en 1877.

En France, quatre pouliches se détachent parmi les jeunes, ce qui ne semble pas une bonne recommandation pour la génération de 1871 .

Fideline, gagnante du Grand Critérium sur Perla, qui avait remporté le prix de Deux Ans ; Tartane, lauréate du prix du Premier Pas, et Saharelle, qui triomphe, en fin de saison, dans le prix de Gondé.

Barbillon avait eu les honneurs de la campagne, parmi les vétérans. Battu par Revigny, dans le Biennal, il avait pris sa revanche dans les prix Rainbow et Gladiateur. Il avait enlevé également la Coupe, mais n'avait pas disputé le prix du Cadran, qui était revenu à Tabac.

On courut, cette année-là, en été, à Longchamp, la Société d'Encouragement ayant donné une journée supplémentaire, dans le courant de juillet, en l'honneur du Shah de Perse.

Les prix portaient des noms de circonstance, dont celui^d'Ispahan, qui est resté.

Comme réunions « hors série », on peut rappeler que Chantilly possédait alors un second petit hippodrome, au Parc-aux-Fontaines, où l'on avait coutume, au lendemain du meeting officiel du printemps, de donner, en petit comité, des courses de hacks et de poneys.

A la fin de l'année eut lieu la dispersion de l'écurie de courses du duc de Hamilton. Sans connaître les succès retentissants, la casaque cerise à manches grises avait été portée avec honneur par Monseigneur, Little Agnes et Barbillon.

Le duc de Hamilton ne quittait que passagèrement le turf; nous l'y re verrons quelques années plus tard.

Parmi ses chevaux qui passèrent aux enchères, il n'y a guère à citer que Wild Monarch — qui sera célèbre en obstacles sous les couleurs du marquis de Saint-Sauveur, et qui fut adjugé à 1.375 francs — et Almanza, que M. Lupin acquit pour 3.200 francs.

Nous avons à enregistrer la mort de M. Fasquel (de Courteuil), l'un des douze membres fondateurs de la Société d'Encouragement, dont les couleurs, en dépit des sacrifices qu'il fit pour son élevage, ne connurent jamais les grands s jccès classiques. Au livre d'or du turf, on ne relève, en effet, comme vainqueurs lui ayant appartenu, que Minuit, gagnant du Grand Prix Royal, en 1842, et Tomate, lauréate du prix du Cadran, en 1846.

Rappelons enfin que deux sociétés de courses, qui deviendront des plus florissantes, s'étaient reconstituées cette même année : en France, la Société des Steeple-Chases; en Allemagne, la Société des Courses de Bade.

Nous renvoyons, pour de plus amples détails, aux notices que nous leur avons consacrées respectivement, au cours des années 1858 et 1863.

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