‹ Historique des courses de chevaux de l'antiquité à ce jourChapitre 79 sur 202 · V FIN · texte numérisé non relu

V FIN

Le premier était le vicomte Paul Daru, membre fondateur du Jockey-Club, depuis 1837, et président du Comité de la Société d'Encouragement, depuis 1857, fonctions dans lesquelles il rendit les plus grands services à la cause du sport. La Société d'Encouragement commémora son souvenir en donnant, dès cette même année, son nom à l'épreuve connue jusqu'alors sous celui de Poule des Produits.

Le second était l'amiral Rous, la plus haute personnalité du turf anglais et le porte-parole dy Jockey-Club. C'est à lui que nos voisins sont redevables de leur échelle de poids, dont celle qui est en usage en France n'est guère que la copie. Nous les avons publiées toutes deux au chapitre IV (voir pages 70 et 71). De nombreux hippodromes, en Angleterre, ont donné le nom de cet éminent sportsman à l'une de leurs épreuves : Rous Stakes, Rous mémorial Stakes, Rous plate, etc.

Magnifique année, avec Chaînant^ Jongleur, S^aint- Christophe^ Verneuil, Fontainebleau, Stracchino et La Jonchère.

Chamant (Mortemer et Araucaria), sur lequel, en raison de ses brillantes performances à deux ans, le comte de Lagrange était en droit de fonder les plus belles espérances, sembla d'abord vouloir les réaliser en remportant facilement les Deux mille Guinées sur Silvio; malheureusement, un tour de reins vint, quelques jours avant le Derby, lui enlever toutes chances dans cette épreuve, où il ne joua aucun rôle contre son runner-up des Deux mille Guinées. Ce fut la fin de sa carrière sur le turf. Vendu au Gouvernement autrichien, il se montra reproducteur de premier ordre.

Jongleur (Mars et Bijou) fut plus heureux. Pour sa rentrée, il enleva facilement la Grande Poule, k] Fontainebleau (propre frère de Saint-Cyr), qui venait de remporter la Poule d'Essai, et à Saint- Christophe, ses deux seuls adversaires. Dans le prix du Jockey-Club — • qui se courait pour la première, fois sur le parcours actuel, jusque-là les chevaux partaient devant les tribunes — on, paya trois en sa faveur. Son jockey Carratt eut toutes les peines du monde à lui faire garder un mince avantage sur Vemeuil qui, vingt mètres plus loin, aurait eu le meilleur. Stracchino était troisième. Dans le Grand Prix, il semblait maître de la partie, s' étant débarrassé, à la distance, de Stracchino et de Vemeuil, quand le compagnon de celui-ci, Saint-Christophe, survenait comme une flèche pour le battre facilement. Non placé, à l'automne, dans le prix de Chantilly, il remportait le Royal-Oak, triomphait de Placida^ gagnante des Oaks, dans les Select Stakes, à Newmarket, et terminait la campagne par une victoire sensationnelle dans le Cambridgeshire, où son poids de 52 kilogrammes paraissait tellement lourd pour un trois ans, qu'il partait à 33/1. Monté par Rolfe, il gagna de deux longueurs, sur Belphœbe, gagnante des Mille Guinées et trente-

deux autres concurrents, parmi lesquels les deux chevaux français Verneuil et Roi de la Montagne. Sa victoire coûta, dit-on, plus de deux millions de francs au ring anglais (1).

Saint- Christophe (Mortemer et Isoline) avait reparu dans le prix de Guiche, qu'il avait enlevé facilement ; troisième dans la Coupe (derrière Stracchino et Mondaine, et dans la Grande Poule, derrière Jongleur et Fontainebleau), il n'avait pas disputé le prix du Jockey- Club, où il n'était pas inscrit. Il avait remporté le prix du Printemps (2.900 mètres), et battu avec désinvolture, dans le prix de Deauville, le dimanche qui précède le Grand Prix, son camarade Braconnier, Kilt, Mondaine et Enguerrande, c'est-à-dire les meilleurs quatre ans. Cette performance eût dû servir d'indication pour le Grand Prix. Il n'en fut rien, et Saint- Christophe, monté par Hudson, qui portait les secondes couleurs — les premières étaient portées par Goater, sur Verneuil — partit à la cote invraisemblable de 66/1, que rien ne justifiait.

Mais de tous temps le betting a eu de ces dédains exagérés, à opposer à ses engouements incompréhensibles!

On sait de quelle façon brillante Saint-Christophe triompha. Maintenu en seconde position jusqu'à l'issue du duel engagé entre Jongleur et Verneuil — avec lequel l'écurie Lagrange voulait gagner — Saint- Christophe ne vint que lorsqu'il vit son compagnon battu, et Jongleur, qui avait déjà triomphé de deux durs assauts, ne put résister à cette dernière attaque.

A quelques jours de là. Saint- Christophe essuyait, dans le Grand Prix de Lyon, un échec trop complet pour être exact et qu'excusait la fatigue qu'il pouvait ressentir. Puis il remportait le Triennal de son âge, à Newmarket, et il terminait la campagne par un exploit demeuré célèbre, un double dead-heat avec Mondaine, à poids pour âge, sur les 3.000 mètres du prix de Chantilly.

Dans la première épreuve, les deux chevaux s'empoignèrent dès l'entrée de la ligne droite et, après une lutte terrible, arrivèrent nez à nez, loin devant Braconnier et Jongleur.

A la seconde manche, même empoignade, même acharnement et même résultat.

Ce fut du délire parmi le public, et des acclamations frénétiques saluèrent la rentrée aux balances des deux champions et de leurs jockeys, qui avaient rivalisé de science et d'énergie.

Ces deux luttes prolongées, sur une distance de 6 .000 mètres, constituent la plus belle performance moderne qu'ait accomplie un cheval de trois ans et rappellent l'endurance des grands ancêtres du xviii^ siècle, qui couvraient communément 12 à 16 kilomètres par

(1) La carrière de Jongleur — qui, à 4 ans, parut en déclin de forme — ne fut pas de longue durée. Il mourut, en effet, à l'automne de 1878, du tétanos, des suites d'une blessure du paturon.

jour... Sa carrière de quatre ans devait prouver qu'il ne se ressentait en rien de ce magnifique effort.

Mondaine montra, elle aussi, de quelle trempe étaient encore les pur sang de cette époque, en enlevant au petit galop, à quelques semaines de là, le prix Gladiateur. Au printemps, elle avait eu raison, , dans le Biennal, de Kilt, qui venait de remporter le prix Rainbow, sur Braconnier et Engiierrande, laquelle l'avait devancé, précédemment, dans le prix du Cadran.

Battu par Jongleur et Saint- Christophe, dans toutes leurs rencontres, Verneuil devait prendre sa revanche par la suite. C'était un immense cheval, dans le genre de Gladiateur, dont le développement était loin d'être avancé. Il ne devait trouver sa véritable forme que l'année suivante, pour accomplir un exploit unique en son genre, comme nous le verrons. A trois ans, après avoir failli gagner le prix du Jockey-Club, il remporta le prix du Cèdre sur Stracchino, le prix Seymour sur La Jonchère et le Jockey-Club Cup, à Newmarket; entre temps, il avait fini quatrième dans le Grand Prix et avait été battu à nouveau, par Jongleur, dans le prix Roval- Oak.

Parmi les autres chevaux on peut citer encore : Stracchino, frère de Kilt, au baron de Rothschild, gagnant du prix de la Seine, de la Coupe, sur Mondaine, placé troisième dans le prix du Jockey-Club et le Grand Prix; — Boiador, propre frère de Boïard, à M. H. Delamarre, qui dut se contenter du Biennal, dans lequel il avait débuté; — et La Jonchère, à M. A. Lupin, lauréate du prix de Diane et, précédemment, du prix Daru, où sa victoire avait donné lieu à une manifestation tumultueuse de la part du public, la grande favorite Astrée — qui n'avait pu y prendre que la troisième place — étant sa camarade d'écurie. La correction légendaire de l'écurie Lupin aurait dû suffire cependant à empêcher ces clameurs malsonnantes. Le pari mutuel, tel qu'il fonctionne aujourd'hui, a ceci de bon que les chevaux d'un même propriétaire — en attendant ceux d'un même entraîneur — y sont couplés, ce qui évite les incidents de ce genre.

Rien n'empêchait, il est vrai, les sportsmen prudents, de jouer l'écurie, au lieu de tel ou tel de ses représentants.

Si c'eût été alors la règle, le public se fût épargné bien des manifestations déplacées. En tous cas, il ne devrait jamais oublier (comme l'a si judicieusement autant que peu grammaticalement exprimé un entraîneur célèbre) « qu'on ne gagne pas une course avec le cheval qu'on veut, mais bien avec celui qu'on peut ».

Deux pouUches et un poulain se distinguent parmi les jeunes chevaux :

Clémentine, propre sœur de Verneuil, qui remporte, à Newmarket, les Champagne Stakes, de 30.000 francs, et n'est battue que d'une encolure, par la fameuse Jannette, dans les Criterion Stakes;

Insulaire, — le cheval malheureux entre tous — qui, après deux victoires dans les Corporation Stakes, à Brighton, et les Rutland Stakes, à Newmarket, inaugurera sa série d'éternel second, en succombant devant JanneUe.àd^ns les Clearwell Stakes, et devant Pilgri- ?nage, dans le Dewhurst Plate;

Enfin Mantille, au comte G. de Juigné, qui, après avoir été battue par Saint-Mars, à M. L. André, pour ses débuts, dans le Grand Critérium Continental, de Gand (5.000 francs), enlève successivement le prix de Vichy, le prix de Deux Ans, à Deauville, le Grand Critérium de Dieppe (qu'elle partage avec Phénix), le Grand Critérium et le prix de la Salamandre.

A signaler, au mois de mars, un de ces matches singuliers, renouvelé des temps passés, entré Jacinthe, pur sang, 5 ans, que le baron J. Finot, avait réclamée, à Lille, pour 2.300 francs, contre Zéthus, demi-sang, à M. Pourquey. La distance à parcourir était de 30 kilomètres. La jument, montée par le vicomte d'Autichamp, devait l'effectuer au galop; le cheval, au trot. Jacinthe gagna au petit galop, couvrant les 30 kilomètres en cinquante-neuf minutes.

C'est en 187 7 que le comte de Berteux fonda le haras de Chefïreville, près de Fervacques, d'où devaient sortir, sinon un grand cheval, tout au moins nombre d'excellents sujets, dont deux, Upas et Cambyse, allaient se montrer reproducteurs remarquables.

La fameuse Stradella était morte à l'âge de 18 ans. Elle n'avait pas tenu, au haras, les espérances qu'avait fait concevoir sa brillante carrière sur le turf.

A l'automne avait eu lieu la première vente publique de yearlings, du haras de La Celle-Saint-Cloud, à M. L. Delâtre. Ils atteignirent 6.000 francs en moyenne. Le prix le plus élevé fut donné pour une pouliche nommée Nubienne, par un jeune sportsman encore inconnu, dont l'écurie devait un jour jouer un rôle prépondérant sur le turf et qui devait s'installer précisément dans l'établissement de M. Delâtre.

Ce nouveau venu n'était autre que M. Edmond Blanc. Il n'avait encore eu, sous la direction de Macksey, à La Chapelle-en-Serval, que quelques chevaux d'obstacles. Il avait pris goût au sport et, rêvant déjà de grandes choses, il venait de s'attacher Ch. Pratt comme entraîneur de plat.

Du premier coup — on sait ce que fit Nubienne, — il allait connaître la joie des grands triomphes, que tant d'autres ont vainement attendue I

La casaque gros-bleu à pois jaunes de M. Maurice Ephrussi parut également sur le turf au cours de cette même année, dans quelques prix secondaires, en attendant ses futurs succès dans les grandes épreuves classiques.

En même temps naissait une troisième écurie, celle du vicomte de Trédern et du comte de Montreuil, qui, plus modeste et plus éphémère, faillit avoir également son heure de gloire avec Le Lion.

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