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CHAPITRE LVIl

Castillon, Beauminet, Le Destrier, Versigny, Le Lion. — Rayon d'Or (suite). '•- Vente de Moriemer. — Mort de M. Ernest Le Roy. — Accident du jockey Hudson. — Robert the Devil. — L'affaire Rend Or. — Le prix de Saint- Firmin.

Rayon cVOr avait déjà mis en relief la production de Flageolet. Bien que de classe inférieure à leur aîné, Beauminet, Le Destrier et Versigny devaient y faire également honneur, comme Castillon^ allait signaler celle, peu relevée jusqu'ici, de Gabier.

Beauminet (Flageolet et Beauty), au haras de Chamant, alias M. C.-J. Lefèvre, finit quatrième dans les Deux mille Guinées. Sa défaite y causa quelque surprise, et certains journaux français, notamment le Sport, prétendirent qu'il avait gagné, mais que le juge à l'arrivée ne le plaça pas intentionnellement, comme il l'avait fait, précédemment, pour deux autres chevaux, à M. G.-J.

roi

Lefèvre, John et Nég

Rien, hâtons-nous de le dire, ne justifiait cette accusation, et le Sport, que sa compétence aurait dû rendre plus circonspect, tombait dans le travers de ces spectateurs qui, mal placés pour apprécier une arrivée, s'insurgent sans cesse contre la décision du juge.

En France, si Beauminet n'eut pas à galoper pour enlever le Biennal et la Grande Poule, il dut, par contre, déployer ses plus extrêmes ressources pour ne pas perdre le prix du Jockey-Club, où, monté par le célèbre Fred Archer, c'est à peine s'il put rejoindre l'outsider Le Lion (Rolfe), au vicomte de Trédern, qui s'était échappé à l'entrée de la ligne droite et qu'il ne battit que d'une courte tête sur le poteau. Comme on avait payé jusqu'à trois en faveur du fils de Beauty, on juge de l'émotion de ses partisans

Quelques jours plus tard, Fred Archer, qui était alors en pleine

gloire, remporta, d'une tête également, le Derby d'Epsom, avec Bend Or, sur Robert the Devil. Celui-ci devint immédiatement le favori du Grand Prix, qu'il enleva facilement, par une pluie torrentielle, à Le Destrier, Milan, Beauminet, etc.

A l'automne, ce dernier répara cette défaillance, en s' adjugeant le prix Royal-Oak.

Favorite des Mille Guinées, où elle ne put prendre que la seconde place, Versigny (Flageolet et Verdure), également au haras de Chamant, cueillit sans lutte le prix de Longchamp et le prix de Diane.

Le Destrier (Flageolet et La Dheune), au haras de Lonray (MM. A. Staub et P. Donon), est surtout remarquable par ses continuelles interversions de forme. Sa qualité, qui était réelle, fut, à maintes reprises, paralysée par son caractère fantasque. One on ne vit cheval plus lunatique, plus capricieux, et l'on eût dit, en vérité, qu'il se faisait un malin plaisir de se jouer de la confiance de ses propriétaires. Était-il favori, en effet, qu'il se laissait infailliblement battre; par contre, il suffisait qu'on ne pensât plus à lui dans une course, pour qu'il s'empressât de la gagner. Pour de gros parieurs, comme l'étaient, assure-t-on, MM. Staub et Donon, l'imprévu de ses victoires fut la plus cruelle des ironies (1) !

Castillon (Gabier et Chimène), au comte de Lagrange, n'avait pas de grands engagements. En dépit du merveilleux parti que son propriétaire sut en tirer, il n'en dut pas moins regretter son absence des épreuves classiques, où son courage, son endurance et sa qualité lui eussent très vraisemblablement permis de jouer un rôle actif.

Il courut 16 fois pour remporter 12 victoires, dont le Derby de l'Est, à Reims, les prix de Lutèce et de la Seine, la Coupe (où il fit dead-heat avec Fitz-Plutus), les prix du Printemps, Seymour, d'Octobre, de la Forêt, etc., s'élevant ensemble à 139.412 fr. 50; il avait pris, en outre, la troisième place, dans le prix d'Apremont, derrière Le Destrier et La Jonchère, et la seconde, à trois longueurs de ce même Le Destrier, dans le Grand Prix de Deauville. En fin de

(1) Le Destrier débute en enlevant, à 25/1, la Bourse; puis il court obscurément à plusieurs reprises, après quoi il remporte la Poule d'Essai, où le betting le délaissait à 15/1. Grand favori du prix Daru, il n'y est pas placé; de ce fait, on le considère comme quantité négligeable dans le prix d'Apremont, où il a néanmoins raison d'adversaires comme La Jonchère et Castillon. Il prend la seconde place dans le Grand Prix; puis, huit jours plus tard, alors qu'on paie 2 en sa faveur, il est battu, dans le prix de Seine-et-Marne, par Milan II, qu'il avait devancé dans le Grand Prix. A Deauville, dans le prix Spécial, où l'on paie 3 pour lui, Poulet le laisse sur place; aussi, part-il à 12/1 dans le Grand Prix, qu'il enlève dans un canter, monté, cette fois, — tant l'écurie semble peu croire à sa chance — par Rowell, jockey d'obstacles... Il précédait encore Castillon, auquel il rendait six livres.

saison, il s'en était allé disputer le Cambridgeshire, où il n'avait joué aucun rôle.

La Flandrie, Basilique et Louis d'Or n'avaient pas confirmé leurs performances de deux ans.

Parmi les autres trois ans, on peut citer Poulet, qui eut raison de Le Lion, dans le prix du Cèdre, et de Le Destrier, dans le prix Spécial, à Deauville; — Milan II, qui battit également le fils de La Dheune dans le prix de Seine-et-Marne; — Voilette, gagnante du prix Daru et deuxième du prix de Diane; — Pacific, vainqueur du prix du Nabob.

La carrière de deux et de trois ans de Rayon d'Or s'était passée en Angleterre, où il remporta les succès que Ton sait.

Aussi, sa venue en France était-elle attendue avec la plus grande curiosité. C'était un immense cheval, — un géant littéralement, — d'une puissance d'action incomparable, qui n'eut pas à s'employer pour enlever dans un canter les prix du Cadran et Rainbow, sur son camarade Zut, Saltéador et Clocher.

Rayon d'Or retourna ensuite en Angleterre (1).

Saltéador et Clocher succombèrent également, dans le prix Gladiateur, contre Courtois, compagnon d'écurie de Rayon d'Or, qui avait enlevé précédemment le prix de Dangu; — Clémentine avait remporté six courses, s' élevant à 50.000 francs, dont les prix de Deauville et de Bois-Roussel.

La Jonchère avait partagé le prix du duc d'Aoste avec Venise; — et Fitz-Plutus, l'allocation de la Coupe, avec Castillon, à 29 livres d'écart seulement pour deux années.

Après avoir gagné le prix de Deux Ans, Strélitz succomba contre Eva dans le Grand Critérium de Dieppe, précédant Perplexité, qui le battit dans le Grand Critérium.

Parlementaire avait remporté le prix duPremierPas; — Navette III, le prix de la Salamandre; — La Bultée, le prix de Condé; — Gourgandin, Bariolet, Transatlantic et Serpolette II des succès moins importants, — et Quasimodo, une épreuve qui se disputait pour la première fois à la dernière journée du meeting d'automne de Chan-

(1) Après deux walk-over, à Newmarket, dans des épreuves secondaires, Rayon d'Or remporta les Rous Mémorial Stakes, à Ascot, puis il succomba contre Exeter, dans les Hardwicke Stakes.

Il fut alors retiré de l'entraînement et envoyé au haras de Dangu. Il n'eut pas le temps d'y faire ses preuves d'étalon, ayant été acheté, à la liquidation du stud du comte de Lagrange, en novembre 1882, pour 150.000 francs, par M. W. Scott, pour son haras, aux États-Unis. Comme Mortemer, Rayon d'Or n'était pas l'étalon qu'il fallait pour l'Amérique, où l'on pousse à la précocité. Son nom se retrouve néanmoins dans le pedigree de la plupart des meilleures juments de ce pays, et son sang a été ramené chez nous par son petit-fils Amoureux HI.

1871 -k FIN 1890 443

tilly, le prix de Saint-Firmin, pour chevaux de 2 ans n'ayant pas encore couru (1).

Le dernier des douze membres fondateurs de la Société d'Encouragement, M. Ernest Le Roy, s'éteignit au cours de l'année, à un âge avancé. Nous avons retracé son rôle dans le chapitre que nous avons consacré à ces sportsmen du début (Voir page 141).

Rappelons le terrible accident dont fut victime Hudson, un des meilleurs jockeys de l'époque, dans le prix de La Morlaye, à Chantilly, le jeudi qui précède le prix du Jockey-Club, sur Brienne, à M. A. Lupin. Au dernier tournant, celle-ci, qui était en tête, se croisa les jambes, entraînant dans sa chute Fleurie (Lavis), qui tomba de tout son poids sur Hudson. Piétiné, en outre, par tout le peloton qui lui passa sur le corps, le malheureux fut ramené inanimé couvert de sang.

Hudson était très aimé. Aussi l'émotion fut-elle grande.

Après de longs mois, il sembla se remettre de cette terrible chute et il reparut en selle, sur cette même Brienne, dans le Second prix d'Automne. Mais, en dépit de ce succès trompeur, il ne recouvra jamais la plénitude de ses moyens, et sa carrière de courses fut virtuellement terminée.

Au nombre de ses plus brillantes victoires, on peut rappeler celles qu'il remporta, dans le Grand Prix, sur Saint- Christophe et Nubienne,

Signalons enfin la vente, par M. C.-J. Lefèvre, du célèbre étalon Mo /•«emer(Compiègne et Comtesse), à M. P. Lorillard, le grand éleveurpropriétaire américain, pour le prix de 125.000 francs.

Nous avons retracé en son temps la brillante carrière de Mortemer sur le turf, qui se révéla surtout à partir de sa quatrième année comme un stayer remarquable. Au haras, il se montra sire de premier ordre, avec des produits comme Verneuil, Saint- Christophe, Chaînant, Clémentine et Begain (qui venait de naître). Il était un des meilleurs reproducteurs que nous eussions alors en France, et son exportation fut d'autant plus regrettable que, Verneuil ayant été vendu à la Hongrie, Chamant à l'Allemagne et, plus tard, Begain, à l'Italie, ce sang précieux ne sera pas conservé chez nous.

Il n'avait commencé la monte qu'en 1873. Ses produits gagnèrent 99 courses et 1.379.078 fr. 75, somme énorme pour une aussi courte carrière de haras.

En Amérique, Mortemer ne donna pas ce qu'on pouvait en at-

(1) A l'exception d'Ajax, qui y triompha en 1903, la liste des gagnants ne contient le nom d'aucun cheval d'ordre. L'allocation, qui était de 6.000 fr., à l'origine, a été portée à 8.000, en 1890, et 15.000, en 1893. Depuis 1907, cette épreuve se dispute à Longchamp.

tendre. Il n'était pas fait, il est vrai, pour cet élevage tout de précocité. Son nom se retrouve néanmoins dans le pedigree de la plupart des bonnes poulinières du pays.

Inutile de parler de l'éphémère « suburbain » que A. Dennetier tenta, sans succès, de fonder à La Chapelle-en-Serval. M. Edmond Blanc venait en effet, de quitter cet établissement pour s'installer à LaCelle-Saint-Cloud, dans celui qu'il avait acheté à M. L. Delâtre, et qu'occupa jadis le baron de Schickler.

Nous avons dit que Bend Or (Doncaster et Rouge Rose), au duc de Westminster, avait remporté le Derby sur Rohert-the-Devil.

Cette victoire n'aurait rien eu d'autrement particulier, si des commérages de subalternes congédiés n'avaient tenté de jeter un doute sur sa régularité, en parlant de substitution de chevaux.

Étant données la situation et l'honorabihté insoupçonnable des personnalités mises en jeu, l'incident prit des proportions énormes, et, pendant un temps, « l'affaire Bend Or » accapara toute l'attention du monde hippique.

L'enquête menée par les Commissaires du Jockey-Club prouva d'ailleurs que cette sotte accusation — vengeance d'un stud-groom remercié — ne reposait sur aucun fondement et que Bend Or était bien le poulain de trois ans, qui avait été déclaré comme étant le fils de Doncaster et de Rouge Rose (1).

(1) Voici ce qui avait donné naissance à ces bruits malveillants :

Revenant d'Eaton, le haras du duc de Westminster, après le Newmarket July Meeting de 1879, où ils étaient allés chercher des poulinières qu'on y avait envoyées à la saillie, le stud-groom du duc et son aide, les ArnuU père et fils, prétendirent qu'ils avaient vu, à la station, son poulain Bend Or (qui venait de remporter les Chesterfield Stakes), que l'on embarquait pour le ramener à son centre d'entraînement et que, après examen, ils avaient reconnu que ce n'était pas là le fils de Doncaster et Rouge Rose, mais un de ses camarades, par Tadcaster et Climena, qui lui ressemblait.

En 1880, Goode, stud-groom de lord Falmouth, ayant amené à Eaton la jument Lady Coventry pour être présentée à Doncaster, Sexton, le gardien de celui-ci, lui raconta la substitution.

De retour à Newmarket, Goode en parla à Matthew Dawson, lequel en fit part à Blanton, l'entraîneur et co-propriétaire de Robert-the-Devil, que Bend Or venait précisément de battre dans le Derby : mis au courant de l'affaire, M. C Brewer, l'autre propriétaire de Robert-the-Devil, prit conseil du prince Soltykoff, le principal patron de l'écurie Blanton, lequel lui conseilla de voir M. Craven, l'un des stewards du Jockey-Club, après être allé à Eaton, interroger Arnull, le stud-groom du duc de Westminster.

M. Craven pria le noble lord de venir écouter ce que l'on racontait, et pendant le July Meeting une enquête fut menée par les trois commissaires, MM. Craven, James Lowtheret lord Calthorpe, remplaçant Sir G. Chetwynd.qui s'était récusé comme étant intéressé dans la question.

Un examen approfondi permit de découvrir que le bruit de ce changement

Bien qu'aucun grand succès ne soit inscrit, en Angleterre, à l'actif de nos représentants, en dehors des victoires de Rayon d'Or, ils n'en gagnèrent pas moins de 225.000 francs d'argent public.

Rayon d'Or figure dans cette somme pour 31.925 francs; — Laurier, 1 courses et 25.167 fr. 50; — Plaisante, 3 courses et 27.975; — • Milan, Newmarket Derby et Welter Handicap, 23.175; — • Poulet, Free Handicap, à Newmarket, 19.750; — Sutler, 5 courses et 23.175; — Euphrasie, deux ans, plusieurs selling plates, 25.170 fr.

entre les deux poulains émanait des Arnull, qui étaient sur le point de quitter Eaton.

Ils tenaient (ou étaient censés tenir) un registre où ils consignaient la date de naissance et le signalement détaillé de chaque produit, ce qui leur avait permis, prétendirent-ils, à certains signes particuliers, de reconnaître qu'il y avait eu substitution. Mais ils ne purent produire ce registre, et il parut curieux qu'ils eussent attendu le moment où ils étaient congédiés pour révéler un fait qu'ils connaissaient depuis longtemps.

Il fut prouvé, de plus, que les deux poulains avaient quitté Eaton depuis leur sevrage et que les Arnull ne les avaient jamais revus.

Mis en présence des deux chevaux, ils varièrent tellement dans leurs déclarations, et leur mauvaise foi parut si évidente, que l'affaire fut enterrée.

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