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A FIN IN'.KI

Tedevable, par l'émulation qui s'empara de nos éleveurs à la suite de ses victoires.

Au moment où disparaissait le comte de Lagrange , les mœurs sportives commençaient déjà à subir une transformation, et le sport luimême, dans une évolution nouvelle, allait entrer dans une phase d'intensité et de démocratisation qu'il ignorait encore.

Mais la place que tenait le comte de Lagrange était tellement grande , que, même vieilli, sa mort n'en fut pas moins une perte immense pour le turf, et y laissa le même vide que sa retraite. momentanée, -en pleine période de triomphes, avait, laissé, en 1870; et les lignes que Ned Pearson lui consacrait alors dans le Sport, conservent, treize ans plus tard, toute leur actualité.

(( La disparition de l'écurie Lagrange constitue pour le turf un -événement aussi important peut-être que son apparition. On n'était pas encore habitué à voir les courses sortir d'un certain cercle et d'une mesure limitée.

« Sans l'impulsion que l'entreprise du comte de Lagrange vint •donner au turf français, il se traînerait encore dans un chemin battu dont il n'oserait pas sortir par inconscience de ses forces réelles. Si l'on se reporte à l'époque dont nous parlons, on doit se rappeler combien on était loin alors de songer à lutter à armes égales avec l'Angleterre. Nous acceptions notre infériorité, sans penser même à secouer le joug. Le comte de Lagrange osa le premier passer ce terrible Rubicon : Fille de V Air et Gladiateur sont des réponses suffisantes à ceux qui l'accusaient alors d'imprudence et de témérité.

« Stimulé par la concurrence formidable du comte de Lagrange, l'élevage français dut faire des efforts inouis pour se tenir à la hauteur d'un mouvement aussi continu. Le niveau de la qualité de nos chevaux ne tarda pas à s'élever à la hauteur d'un semblable exemple; et, au moment où de terribles événements (guerre de 1870) vinrent interrompre la marche d'une œuvre si bien conçue et si parfaitement exécutée, notre production de pur sang était devenue l'égale de celle de nos voisins.

« Ce résultat, inespéré au début, est, après l'action de la Société d'Encouragement, dû pour la plus grande partie à l'initative du comte de Lagrange.

« Ainsi, quoi qu'il arrive, le comte de Lagrange restera une des plus grandes figures du turf. ».

Devant le rôle considérable qu'a joué le comte de Lagrange, il est regrettable que la Société d'Encouragement ait laissé à la Société Sportive — qui ne prendra naissance qu'en 1887 — • l'honneur d'avoir donné le nom de ce grand sportsman à l'une des épreuves principales de son programme.

Rappelons également la mort de M. A. Desvignes, éleveur à Ba-

rouges (1), et celle de A. Dennetier, agent d' affaires et publiciste, organisateur d'un grand nombre de champs de courses régionaux, en Normandie principalement, et fondateur, avec son frère René, des sinistres « Suburbains » de Maisons-Laffitte, Enghien, Saint-Ouen^ La Marche, etc.

Tous ces hippodromes, où les courses n'étaient que prétexte à spéculations, avaient pris un développement considérable depuis quelques années. Bien que les prix fussent peu importants — mais qui se souciait vraiment des allocations, en regard des bénéfices à côté qu'on pouvait réaliser! — ils attiraient des champs nombreux et les flatraces avaient leur cUentèle!... Peu de propriétaires réguhers, à vrai dire, — bien qu'on regrette d'y rencontrer de temps à autre les noms de MM. Moreau-Chaslon, Richard Hennessy, baron J. Finot, J". Archdeacon, F. Sieberet H. Bouy; mais, pour la plupart, les chevaux qui se présentaient dans ces épreuves singulières appartenaient à des entraîneurs ou des jockeys, des bookmakers ou des tenanciers de maisons de jeu!

Aux Suburbains déjà existants, un nommé Mathieu jugea opportun d'en ajouter un autre, et il ouvrit, en 1883, l'hippodrome de Colombes. On peut dire qu'il dépassa du premier coup ses confrères. Les réunions de Colombes sont demeurées légendaires : elles furent, en effet, plus anti-sportives encore que les autres, — si c'est possible.

Et cependant laSociété d'Encouragement multipUait ses allocations. Son budget était porté à 1 .861 .000 francs, en augmentation de 325.000 francs sur celui de 1882; une sixième course était ajoutée aux journées de Chantilly, une journée complète — celle du jeudi qui précède le Grand Prix — au meeting d'été de Longchamp; la Poule d'Essai venait d'être dédoublée et le Prix du Pin, créé à Farrière-saison.

Cette épreuve, unique en France, dans les courses plates, parle poids qu'elle imposait aux concurrents (4 ans, 78 kil. 1/2 ; 5 ans et au-dessus, 80 kilos), se disputa à la dernière journée de Chantilly. La distance était de 3.000 mètres, l'allocation, de 15.000 francs (2).

(1) Ses meilleurs produits avaient été Barbillon, Alabama, Androclès, Auricula (célèbre en obstacles), et Jasmin, qui faillit partager le prix du Jockey-Club avec Dandin et Saint-James.

(2) L'objet qui présidait à la création d'une épreuve disputée sou; d s poids aussi inusités était à la fois de révéler chez certains sujets l'aptitude à porter le poids, comme le prix G-ladiateur indiquait l'aptitude à tenir la dis aace, et, d'autre part, de montrer que le cheval de courses plates est capable de galoper sous les poids élevés aussi bien que sous les poids habituels.

L'expérience prouva du reste, sauf pour quelques sujets qui consii'uent une exception, que la forme du prix du Pin est la même que celle des autres courses.

Au moment de sa fondation, cette course n'en fit pas moins beaucoup de bruit, et de longues discussions s'engagèrent sur le choix des cavaliers et sur 1er avantages respectifs du poids vivant et du poids mort

Personne, aujourd'hui, ne songerait plus à préférer un gars de 80 kilos à nos meilleurs jockeys, en dépit de leurs 25 à 30 kilos de poids mort, mais, à cette époque, les partisans du poids vivant étaient fort nombreux.

Les vétérans qui retiennent rattention,fbien qu'ils se soient entrebattus à tour de rôle d'un bout de l'année à l'autre, sont, dans l'ordre alphabétique : Bariolet (Prix Rainbow, du Printemps et de Dangu); — Clio (prix Biennal, d'Apremont et de Deauville), — Friandise (prix de (Victot, de Seine-et-Marne et de Bois-Roussel), — Mademoiselle de Senlis (la Coupe, prix de Longchamp, à Deauville, prix de Jouvence et Gladiateur), et sa camarade, Athala (prix du Pin).

Tristan n'était venu qu'une fois en France, pour remporter, sou le poids de 68 kil.l /2,1e Grand Prix de Deauville, sur Friandise et Mademoiselle de Serilis, pour ne citer que les meilleurs de ses adversaires.

Le lauréat des chevaux de deux ans était Fra DmwZo, gagnant du prix de Villers, du Grand Critérium, sur Archiduc et Yi'rande. et du prix de la Salamandre, après avoir succombé, contre Kiss, dans le Grand Critérium de Dieppe, où Yvrande était troisième. Celle-ci avait ensuite remporté d'une courte tête le Triennal, sur Archiduc, qwi la devança dans le Grand Critérium.

Directrice avait enlevé le prix de Deux Ans.

La presse sportive se tenait alors dans des limites assez étroites. En effet, ses deux principaux organes, le Sport et le Jockey, tous deux sous la direction de A. de Saint-Albin manquaien:t<i' autorité. Le premier, bi-hebdomadaire, était avant tout un journal mondaip; quant au second, bien que quotidien, il était devenu le moniteur officiel des « Suburbains », ce qui lui enlevait tout cr-édit,,:,;.. . ;

Les grands chroniqueurs, comme les Eugène Cbçipus et. les Ned Pearson, n'étaient plus, elles comptes rendus sportifs n'étaient guère que de froides relations. Auguste Sautereau leur donna la vie qui leur manquait. Nul mieux que lui ne savait voir un cheval et voir une course, aussi le succès de la Vie Sportive, qu'il venait de créer, fut-il tout de sui.te très grand. Mais c'était une publicatio'n trop coûteuse pour atteindre le grand pubUc, et, quelques années plus tard, elle dut fusionner, ainsi que le Sport d'ailleurs, avec le /oc/ce?/, contre lesquels elle avait vaillamment combattu en fàvëur'/de'^' principes qu'avait toujours défendus la Société d'Encourâgemeilf, principes désintéressés contre lesquels s'insurgeaient tous ceux qui ne voyaient dans les courses que motifs à spéculation.

Signalons la suppression des cartes d'abonnement créées par la Société d'Encouragement, en 1856, au prix de 100 francs par an, porté à 125 en 1873, et à 150 en 1877.

Deux nouvelles casaques, qui connaîtront plus tard les gros succès, débutent obscurément. Ce sont celles du prince Joachim Murât (rayée rouge et bleu, manches bleues, toque rouge) et de M. A.

Abeille (d'abord mauve, toque noire, puis mi-noir, mi-orange, toque noire).

Une de nos meilleures poulinières, la vieille Finlande, mourut au haras de Viroflay, à l'âge de 25 ans. Rachetée par le baron Nivière, à la dissolution de la Grande- Écurie, en 1863, elle devint, cinq ans plus tard, moyennant 10.800 francs, la propriété de M. A. Lupin, à qui elle donna successivement Ferragus, Finistère, Fideline (mère d'Almanza et de Galaor), Saint- Cyr, Fontainebleau, Brienne (mère de Prytanée et de Polygone), Saumur (père de Clamart).

A noter la liquidation de l'élevage de La Masselière,à M.Balensi, qui comprend 17 poulinières (dont Cambuse, qui était pleine de Canihyse)', 24 foals et yearlings et 1 étalon, le vieux Faublas. Le tout ne réalise que 137.755 francs.

Ne quittons pas l'année 1883 sans rappeler que ce fut à une modeste vente de yearUngs, au Tattersall, le l^r septembre, que Plaisanterie fut adjugée pour 825 francs à M. H. Bouy.

Ce prix modeste dit assez combien cette pouliche, qui devait révolutionner le turf du bruit de ses exploits, passa inaperçue!

Pour la seconde fois, depuis sa fondation, le Derby d'Epsom donne lieu à un dead-heat, entre Saint-Gatien (Rotherill ou The Rover et St-Editha), à M. J. Hammond, et Harvester (Sterling et Weathear), à Sir J. Willoughby.

Lors du premier dead-heat, en 1828, on avait recouru; cette fois, le prix fut partagé.

Les Deux mille Guinées reviennent à un fils de Galopin, nommé Galliard, qui était appelé à jouer un rôle très important dans notre élevage, par son fils War Dance, père lui-même de Perth.

Le Saint-Léger est gagné par Ossian, au duc de Hamilton, fils de iSaZt^afo/', l'ancien crack de M. Lupin; il avait également remporté les Great Yorkshire et les Great Foal Stakes, à Newmarket.

GHAPriRt: LXI

Dispersion de l'écurie Lagrange. — Archiduc, Little-Duck, Fra Diavolo, Frégate, Yvrande. — L'écurie du duc de Gramont et celle de M. E. Deschamps. — Regain, Satory, Azur, Ali-Bey, Stockholm et Louis d'Or (suite). — Débuts de Plaisanterie.— Importation dMïZantte. ^Ls comte Hocquart de Turtot. — W. Flatman. — Saint-Simon. — • L3 jeu aux courses : les bookmakers et Regimbaud. — ■ Nouvelles mesures de la Société d'Ennoviragement contre les hippodromes de spéculation. — Fin des « Suburb-^in? ».

Un fait — capital en soi, car il préserva peut-être le turf d'une ruine complète — marque cette année d'une croix blanche : ce fut la disparition des « Suburbains ».

Nous y reviendrons à la fin de ce chapitre.

Au commencement de février avait eu heu la dispersion de l'écurie de courses que feu le comte de Lagrange avait reconstituée à la fin de 1882.

Elle comprenait 18 yearlings, 13 chevaux de deux ans, 18 de trois ans, 1 de cinq ans, 15 poulinières et 2 étalons. Elle produisit 346.960 francs.

Les prix les plus élevés furent atteints par l'étalon Consul (1) et par le yearling Conscrit (Rayon d'Or et Chimène), que M. ]\larix acquit, pour le compte du Gouvernement russe, au prix de 28.000 et 25.500 francs; la poulinière Chimène fut adjugée 21.000 francs à M. P. Donon, et le deux ans Influent (Insulaire et Iphigénie), 28.500 francs à M. J. Prat.

(i) Consul était âgé de 18 ans. Sans avoir eu, au haras, la valeur de son père Monarque, il n'en avait pas moins donné des produits comme Nouga,!. K'H Albion et Archiduc, pour ne citer que les meilleurs.

La « Société des Écuries de Dangu », à la tête de laquelle était M. H. Blount, avait racheté Azur, Albion, Clémentine, Farfadet, Frondeuse, Octave, Pâtre et Veston,

Quant au trois ans Archiduc (frère cadet à' Albion), — qui allait, cette année même, faire preuve d'une si grande qualité, — il avait été acheté directement 100.000 francs par le baron de Rothschild, lequel avait résiUé ensuite le marché, sur le conseil de son vétérinaire, qui prétendit que le poulain était atteint d'un éparvin susceptible de nuire à son entraînement!

M. C. J. Lefèvre s'était alors empressé de s'en rendre acquéreur : il ne lui rapporta pas moins de 357.775 francs de prix.

Le duc de Castries, qui avait remporté, l'année précédente, le prix du Jockey-Club et le Grand Prix, avec Frontin, renouvela ce double event avec Little-Duck (See Saw et Light Drum), accomplissant ainsi un exploit que nul n'avait été assez heureux encore pour réussir avant lui.

Et cet heureux propriétaire ne faisait courir que depuis trois ans!

Comme Frontin, Little-Duck n'avait pas couru à deux ans et avait fait des débuts victorieux dans le prix de Guiche; comme Frontin, il était d'origine essentiellement anglaise, et sa mère avait été importée pleine de lui, parle même M. V. Malapert. Mais, moins heureux que le fils de Frolicsome, il avait connu la défaite, d'abord dans la Poule d'Essai, où Archiduc l'avait battu au petit galop, puis dans le prix Reiset, où le médiocre Barbery, à M. C.-J. Lefèvre, en avait eu raison par deux longueurs. A sa décharge, il faut dire que son jockey Kellett l'avait arrêté net, devant les tribunes, alors qu'il avait course gagnée. Little-Duck était lourd et épais, long à se mettre en action, et il n'eut pas le temps de se ressaisir qwd^wà Barbery, monté depuis longtemps, vint sur lui. Comme on payait 5 pour Little-Duck, on juge de la fureur du public. Kellett — qui devait à quelque temps de là être disquahfié à vie pour quelque autre friponnerie — argua qu'il croyait avoir atteint le poteau, et il eut le toupet de déposer une réclamation contre Barbery, prétendant avoir été coupé!...

Entre temps. Archiduc poursuivait le cours de ses succès en enlevant littéralement au trot le prix Daru et la Grande Poule, où, seule, Kiss, compagne d'écurie de Little-Duck avait osé se présenter contre lui. C'était merveille vraiment de voir dans quelle action souple et légère ce joli cheval accomplissait sa tâche.

On comprend de quelle faveur il jouit dans le prix du Jockey-Club où, tandis que Little-Duck était délaissé à 14/1, il partit grand favori à 1/3. Son aspect, cependant, aurait dû éveiller l'attention de ses plus chauds partisans mêmes. Il avait le poil terne, piqué, la démarche hésitante, l'œil morne. Sans parler d'empoisonnement, comme pour

Fra Diavolo (1), il n'est pas douteux que le poulain était malade. De quoi souffrit-il, on ne le sut au juste, bien qu'il se peut que ce fût tout simplement de l'orage. On n'avait jamais vu temps pareil un jour de Derby : il faisait une chaleur étouffante, le ciel était chargé d'épais nuages noirs, le tonnerre grondait sans répit, cependant qu'un brouillard intense, extraordinaire à cette époque de l'année, couvrait la pelouse.

Ces étranges conditions atmosphériques suffirent-elles à influencer un animal aussi nerveux? Peut-être. Toujours est-il c^' Archiduc ne fut pas lui-même ce jour-là : il le prouva par la façon dont il courut. Lui qui devait donner tant de preuves de tenue, sembla battu parla distance même, et, après avoir suivi Kiss, qui avait mené un train d'enfer, il n'opposa plus aucune résistance à Little-Duck, quand celui-ci vint l'attaquer à l'entrée de la ligne droite, et ce fut même tout juste s'il put conserver la seconde place sur Fra Diavolo^ qu'il devait semer dans toutes leurs rencontres ultérieures.

Remportée dans ces conditions, la victoire de Little-Duck ne parut pas concluante, et, chacun des deux rivaux ayant une manche, l'on attendit avec impatience la belle qui devait les départager. Elle ne put malheureusement avoir lieu, Archiduc ayant été exclu du •Grand Prix, par suite de la mort de son nominator, et Little-Duck y ayant claqué après un succès facile sur de médiocres adversaires, de sorte que la question de suprématie demeura pendante.

Il en avait été de même, vingt ans auparavant entre Vermout et Fille de r^i>,quiavaient chacun deuxmanchesàleuractif et nepurent se mesurer en une rencontre définitive, Vermout n'ayant plus reparu sur le turf après sa troisième année, alors que sa rivale continua sa brillante carrière, jusqu'au jour où elle claqua, à son tour, comme on le sait, en menant le travail de Gladiateur.

Après Archiduc et Little-Duck, on peut rappeler les noms de Fra Diaçolo, dont nous venons de parler, qui remporta le Grand Saint- Léger et le prix de Chantilly; — Sansonnet (Derby de l'Est, prix de Lutèce et de la Seine) ; — Escogriffe (prix de Longchamp, à Deauville, prix de Villebon et d'Octobre); — Frégate (prix de Diane); — Le Sceptre (Triennal); — Yvrande (Poule d'Essai, deuxième du Triennal et du prix de Diane).

(l) Fra, Diâvolo (Trocadéro et Orpheline), à M. P. Aumont, avait été, comm nous l'avons vu, le lauréat des deux ans.

Sa rentrée, le 6 avril, dans le prix de Longchamp, était très attendue. Exté rieurement, le cheval paraissait au mieux ; aussi payait-on 2/5 en sa faveur. Il n'alla pas loin. Dès le tournant du moulin, il commença à perdre contact, et, en face, Dodge dut l'arrêter pour le ramener au pas. Les commentaires marchèrent grand train, et l'enquête menée par les vétérinaires Garcin et Milton ayant conclu à une entérite aiguë ne satisfit qu'à demi le public, qui, toujours enclin à voir partout des « coups », préféra continuer à attribver cette défaillance à une cause moins naturelle, comme si un cheval ne pouv: it être malade.

Le trois ans Imposant, que le duc de Gramont avait payé 15.700 fr:. à la vente du comte de Lagrange, fit triompher pour la première fois sa casaque tricolore dans le prix de Rueil, après de nombreuses places de second, notamment dans le Saint-Léger de Caen et le prix du Jubilee de Bade, comme le trois ans Sonnet fit de celle de M. E. Deschamps, dans le petit prix de Chaumont, à Vincennes (1 ).

Parmi les vétérans, viennent en première ligne Satory et Regain. Ces deux poulains de superbe origine (le premier était par Trocadéro et Reine de Saba, le second par Mortemer et Reine) font, à peu de chose près, le trust des grandes épreuves réservées aux vieux chevaux.

Regain, à M. C.-J. Lefèvre, remporte, sur Satory, le Cadran et le Triennal, mais il est battu par lui, dans le Biennal; on ne le revoit plus ensuite que dans le prix de Dangu, où il a facilement raison de Friandise.

xS'atory, à M. L.André, par contre, reste sur la brèche, du début à la fin de l'année, ne disputant pas moins de 19 courses, pour en gagner 14, dont les prix Rainbow, Biennal, de Deauville, Jouvence et Gladiateur, créditant son propriétaire de 120.000 francs, chiffre alors considérable pour un cheval de 4 ans.

Sans retrouver sa brillante forme de trois ans. Azur, racheté par M. H.Blount, triomphe dans 6 épreuves, notamment dans les prix du Prince d'Orange et de la Forêt, qu'il avait déjà gagnés l'année précédente.

Ali-Rey (Faublas et Arcole), à M. E. de la Charme, joue, au petit pied, les Satory, avec 13 victoires sur 16 courses (la Bourse, prix du Printemps, Grand Prix de Genève et Grand Prix d'Aix-les-Bains).

Stockholm ne paraît qu'en Angleterre, où elle s'adjuge trois courses, dont les Goodwood Stakes; — et, pour la troisième fois, Tristan vint cueillir le Grand Prix de Deauville.

Le prix du Pin revient au vieux Louis d'Or [BolldiT et Charmille), au baron de Rothschild, qui venait de battre deux vainqueurs du Derby dans le Doncaster Cup. Il était âgé de 7 ans et semblait prendre plus de quaUté à chaque saison. Sur les 14 victoires qu'il avait remportées depuis ses débuts, dix fois il n'avait triomphé que d'une tête ou d'une encolure, après lutte. En digne fils de Dollar, il brillait surtout par le cœur, et, sans doute aurait-il eu une glorieuse carrière de courses s'il n'avait eu besoin de tant d'années pour se remettre du terrible effort qu'il avait donné à deux ans, lors de la lutte meurtrière qu'il avait

1) La casaque du duc de Gramont, qui fut ensuite cerclée jaune et rouge, manches et toque rouges, était primitivement jaune, blanche et rouge, toque jaune.

M. E. Deschamps modifia de même plusieurs fois ses couleurs : d'abord casaque noire, toque verte, puis toque capucine, enfin casaque noire, manches cerclées noir et capucine, toque capucine.

soutenue, dans le Grand Critérium, ne succombant que d'une tête contre Basilique, à H. Jennings, avec laquelle il avait d'abord fait dead-heat.Lapouliche resta dans ce duel, et il n'avait pas fallu moins de cinq années à Louis cVOr, qui était mieux trempé que sa rivale, pour se remettre des exigences exagérées qu'on lui avait alors imposées.

Que de chevaux du plus grand avenir peut-être ont été ainsi ruinés à tout jamais par ces efforts précoces!

Le meeting de Gaen vit le commencement de la magnifique carrière de Plaisanterie, à MM. H. Bouy et Th. Carter.

Partie à 40/1, dans le prix du Premier Pas, elle eut facilement raison de ses 21 adversaires, dont le meilleur était ^arèerme, à M. Michel Ephrussi, avec qui elle partagea ensuite en lui rendant 10 livres, le Grand Critérium de Dieppe. A Paris, dans le Grand Critérium, elle fut amenée beaucoup trop tard par son jockey Carlyle, et succomba d'une tête contre The Condor, à M. J.-L. de F. Martin.

Barherine confirma sa bonne course de Dieppe en enlevant le Triennal et le prix de la Salamandre.

Après ces deux pouliches, on pouvait fonder de sérieuses espérances sur un beau poulain, à M. Lupin, Xaintrailles, qui n'avait pas encore quitté l'Angleterre, où il avait clos la saison, après quelques insuccès, par une victoire dans les Prendergast Stakes.

L'étalon Atlantic (Thormanby et Huricane), gagnant des Deux mille Guinées, en 1874, dont le baron de Schickler utilisait déjà les produits en France depuis 1880, fut immatriculé au Stud-Book au cours de l'année. Nous aurons occasion de revenir sur son rôle au haras, notamment avec Le Sancy.

Le comte Hocquart de Turtot, membre du Jockey-Club depuis 1856, et du Comité de la Société d'Encouragement depuis 1871, en remplacement du baron Nivière, et président de la Société des Courses de Deauville, était mort à l'automne.

Il avait été précédé de peu, dans la tombe, par W. Flatman, le doyen des entraîneurs français. Dans sa jeunesse, il avait piloté Lion, lors de son dead-heat avec Diamant, dans le prix du Jockey- Club, en 1856.

Avant de parler des mesures que prit la Société d'Encouragement pour mettre fin au danger que les « Suburbains » faisaient courir à l'institution des courses, il nous faut signaler la venue, en Angleterre, d'un cheval qui, par sa carrière sur le turf et bien plus encore par le rôle considérable qu'il jouera dans l'élevage des deux pays, est peut-être l'animal leplus extraordinaire qu'ait produit le xix^ siècle.

Saint-Simon (Galopin et Saint-Angela), naquit en 1881, chez le prince Batthyany, qui mourut subitement d'émotion, deux ans plus tard, dans la tribune du Jockey-Club, à Newmarket, en voyant Gaillard gagner les Deux mille Guinées. Ce n'était pas que ce cheval fût sa propriété — il appartenait à lord Falmouth — mais il était le fils de son étalon Galopin, qu'il idolâtrait,

La mort de son éleveur ayant entraîné l'annulation de ses grands engagements, Saint-Simon ne fut payé que 48.359 francs par le duc dePortland, pour qui il remporta dans un canter les six épreuves qu'il disputa, entre autres l'Ascot Gold Gup, le Goodwood Cup et l'Epsom Cup.

Cette dernière épreuve donna lieu à un essai public, entre chevaux

Saint-Simon.

d'écuries différentes, le seul, croyons-nous, qu'enregistre l'histoire du Turf.

Le duc dePortland, ne voulant pas courir le risque de faire battre son poulain, proposa à M. C.-J. Lefèvre, qui avait dans la course le vieux Tristan, alors âgé de six ans, de les mesurer dans un essai, le vainqueur devant seul disputer l'Epsom Cup.

Cet essai sensationnel eut lieu au début de la journée d'ouverture du Newmarket Second Spring Meeting, sur les derniers 2.400 mètres du parcours du Cesarewitch . Saint-Simon portait 8 stones, et Tristan, 9 ^ c'est-à-dire qu'il ne rendait à son jeune adversaire que treize livres pour trois années.

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