‹ Historique des courses de chevaux de l'antiquité à ce jourChapitre 88 sur 202 · CD · texte numérisé non relu

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Dès le début de l'industrie des bookmakers, la jurisprudence avait bien essayé d'établir une distinction entre les joueurs éclairés et ceux qui ne l'étaient pas. Mais cette subtilité alla à rencontre de son but, en paralysant toute action de l'autorité administrative, qu'elle mettait dans l'impossibilité absolue de discerner entre les joueurs. A quels signes précis, en effet, reconnaître celui qui parie en connaissance de cause de celui qui joue au hasard? Supposant donc à priori que les joueurs du pesage étaient des parieurs éclairés, l'autorité commença par tolérer l'industrie des bookmakers dans cette enceinte des hippodromes parisiens. Puis, cette tolérance s'étendit insensiblement du pesage au pavillon, et, enfin, du pavillon à la pelouse.

De temps à autre, un petit industriel était poursuivi, sans que l'on sût au juste pourquoi, et sans que cela nuisît d'ailleurs aux opérations générales de la corporation.

Les bookmakers étaient alors ambulants, si l'on peut dire, et n'avaient pas d'installation fixe.

Puis, leurs affaires augmentant dans des proportions considérables, ils prirent l'habitude, nous dit M. Villa A. Reggio, de se tenir dans un endroit déterminé, afin que leurs clients pussent les retrouver facilement. Mais, parmi les places adoptées, les unes étaient bonnes et les autres mauvaises. Comme il était naturel que les meilleures appartinssent aux premiers occupants, on vit donc les bookmakers passer la nuit dans les buissons du Bois de Boulogne, afin de se trouver les premiers, de grand matin, à la queue des portes d'entrée des hippodromes de Longchamp ou d'Auteuil. Aussitôt après leur ouverture, ils s'élançaient de toute leur vitesse vers l'endroit assigné au betting, et le premier arrivç occupait, de fait sinon de droit, le meilleur emplacement.

Il leur fallait, en outre, transporter chaque jour avec eux le matériel de leur installation, parapluie, piquet et estrade.

C'est alors qu'un sieur Regimbaud eut une idée vraiment géniale. Sans autorisation ni mandat de qui que ce fût — ■ en sorte que les bookmakers purent le considérer comme le représentant des Sociétés de Courses, alors que celles-ci le prirent pour l'agent des listmen — il planta sur tous les hippodromes des piquets supportant un grand parapluie de cotonnade de couleur, avec un tableaucarte pour l'affichage des listes; au-dessous, un banc pour exhausser le crieur de la cote; derrière, un pupitre pour le commis chargé d'inscrire les paris.

Et ceci fait, tranquillement, il mit les places aux enchères. L'opération fut aussi mirifique que l'installation était sommaire. Certains emplacements atteignirent des prix exorbitants. L'ensemble des locations rapporta à l'ingénieux Regimbaud plus d'un million par an!

Les bookmakers y trouvèrent également leur compte. En dépit des prix de location énormes payés par eux, ils faisaient des affaires splendides. M. Laffon assure, en effet, qu'un bon piquet à Longchamp ou

à Auteuil ne rapportait pas moins de quinze à dix-huit cent mille francs nets par an à son titulaire, sans compter quatre à cinq cent mille francs qu'on oubliait de lui payer (1).

Ce fut l'âge d'or des bookmakers. Ils tenaient le haut du pavé et menaient une existence princière.

En plus des bénéfices considérables qu'ils réalisaient sur les champs de courses, ils avaient ouvert des agences publiques en ville et tout un quartier de Paris leur appartenait. Des grands boulevards à la rue du Quatre-Septembre, pas une boutique des rues de Gramont, de la Michodière, de Hanovre où une de leurs officines, portes toujours grandes ouvertes, ne sollicitât le passant.

Gomme on jouait « courir ou payer » — c'est-à-dire que toute mise placée sur un cheval qui ne gagnait pas était perdue, que ce cheval eût couru ou non — on devine, les Suburbains battant alors leur plein (2), ce qu'il fut débité au pubhc de chevaux « morts ». (On appelle ainsi, dans l'argot du turf, tout cheval que les intéressés savent ne pas pouvoir ou ne pas devoir gagner.)

L'omnipotence des bookmakers et les méfaits dont, à tort ou à raison, on les accusait — tels, par exemple, que la corruption de certains jockeys — joints aux scandales dont les Suburbains étaient le théâtre, firent alors courir le plus grave danger à l'institution même des courses, par le discrédit où ils menaçaient de l'entraîner, si, devant l'émotion qui s'était emparée de l'opinion publique, les Pouvoirs publics ne s'étaient émus à leur tour, et il fut un moment question de fermer les hippodromes de spéculation.

On n'eut pas à avoir recours à cette mesure.

Devant les nouvelles décisions qu'avait prises, dès le commencement de l'année, la Société d'Encouragement (3), les « Suburbains » comprirent que leurs beaux jours étaient passés et que la lutte — maintenant que le Gouvernement lui-même semblait vouloir mettre un, terme à leurs agissements — devenait impossible. Certes, il

(1) « Saffery, le roi des bookmakers, pourrait montrer un livre sur lequel figurent des noms très connus et qui ne contient pas moins d'un million de créances. Mais c'est un livre qu'il ne montre jamais. Il se contente de répondre : « Il y a quelquefois des gens qui font attendre. »

(A DE Saint-Albix. — Les Courses de chevaux en France.)

(2) Les Suburbains avaient pris un développement tel qu'ils ne donnèrent pas moins de 119 réunions sur leurs différents champs de courses, pendant l'année

Quant à ce qui concernait leur souci de l'élevage et de l'avenir de la race, il suffit de rappeler que les chevaux y paraissaient dès le mois de janvier!

(3) Depuis 1879, la Société d'Encouragement avait déclaré disqualifié et incapable de courir partout où son règlement était en vigueur, tout cheval ayant couru en France, dans une réunion publique dont le programme n'a pas été publié au Bulletin Officiel

Dans se^ séances des 31 janvier et 12 février 1884, le Comité avait précisé cette interdiciion par l'addition suivante à l'art. 2 du Code des Courses :

« Le pro:,aMinme d'aucune réunion n'est publié au Bulletin Officiel qu'autant

était dur pour eux de renoncer à leurs lucratives opérations, mais la prudence leur conseillait de disparaître à l'anglaise, avant que la justice ne mît le nez dans leurs affaires. Faisant donc à mauvais jeu bon visage, à la fin de l'année, ils mirent la clé sur la porte de leurs hippodromes, après fortune faite.

Il était temps, car le turf tout entier eût risqué de sombrer en leur triste compagnie.

De leurs cendres devait naître, comme nous le verrons plus loin, une société, régulière cette fois, qui ne tardera pas, sous la bannière de la Société d'Encouragement, à atteindre un développement prodigieux : nous voulons parler de la Société Sportive d'Encouragement.

La question des hippodromes louches était réglée.

Restait celle des bookmakers : nous la retrouverons en 1887.

qu'il a été établi à la satisfaction du Comité et, en cas d'urgence, des CommLssaires; que cette réunion est régie par le Code des Courses; qu'elle ne fait pas l'objet d'une spéculation; et qu'il n'y est perçu aucune taxe spéciale sur les agences de paris au comptant. »

C'était exclure radicalement du Bulletin Officiel les programmes de tous les hippodromes suburbains, qui non seulement vivaient de spéculations, mais encore percevaient des droits considérables sur les bookmakers.

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