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CHAPITRE LXIII

Upas, Sycomore, Gamin, Jupin, Sauterelle. — The Condor, Escarhoude Lapin et Barberinc (suite). — Frapotel. — Match Richelieu-Ouragan. — Fondation de la Société Sportive d'Encouragement. — Meeting de Vichy. — Le duc de Castries, Fred A^cher, H. Bouy. — Mort de Vermout. — Ormonde et Minting. — Les Eclipse Stakes. — Le projet Thuanes et la Société d'Encouragement.

Encore un dead-heat dans le prix du Jockey-Club, entre Upas, 40/1, au comte de Berteux, et Sycomore, 10/1, au baron de Schickler, qui fit une glissade dans les dernières foulées, ce qui permit à son adversaire de le rejoindre à temps pour partager le prix.

Upas (Dollar et Rosemary) était, certes, le meilleur des deux; il avait déjà remporté le prix Hocquart, et, en fin de saison, il gagn-a le prix de Chantilly. Nous le verrons, à quatre ans, faire preuve d'une grande tenue.

Le favori de la course était Jupin, au duc de Castries, qui ne fut pas placé. Vainqueur du prix Daru et de la Grande Poule, puis ensuite des prix du Cèdre, de Deauville et de Seine-et-Marne, il ne manquait pas de qualité, mais souffrait d'un suros, qui paralysa à maintes reprises ses moyens.

Les meilleurs trois ans sont Gamin, ex-Gracieux (Hermit et Grâce), à M. Michel Ephrussi, que nous voyons remporter la Poule d'Essai, le Triennal, le Royal-Oak et le prix d'Octobre ; — et Sauterelle (Saxifrage et Solliciteuse), à M. P. Aumont, qui gagne près de cent mille francs avec les prix GrefTulhe, de Jouvence et Villebon, à Paris, et le prix des Villas, à Deauville.

On peut encore citer son camarade Alger, qui inscrit à son actif le Biennal, le Saint-Léger de Caen et le prix Hocquart, à Deauville; — Viennois, au duc de Castries, le Derby de l'Ouest, à Nantes, les prix Seymour et d'Ispahan, et le Grand Prix de Lyon,

— Firmament, à M. Lupin, les prix des Acacias, d'Apremont et de Juin, et sa camarade Presta, le prix de Diane; — • Fricandeau, les prix du Prince d'Orange et de la Forêt ; — Saint-Honoré, le Grand Prix de Bruxelles et le prix.Reiset; — et Néro, à H. Jennings, le prix du Jubilée, à Bade.

Comme son compatriote Paradox, l'année précédente, l'anglais Minting prend un galop d'exercice dans le Grand Prix, où le médiocre Polyeucte se place second, avant de remporter le Grand Prix de Deauville sur Sauterelle, qui lui rend quatre livres et le sexe, Firmament, Alger et Althorp, le vainqueur de 1885.

The Condor (Dollar et Charmille), à M. J.-L. de F. Martin, qui n'avait eu que des places à trois ans, cueille le Rainbow, la Coupe et le Triennal; — • Escarboucle, le Gladiateur; — Lapin, le Cadran et le Biennal ; — et Barberine, le prix du Pin.

Parmi les deux ans, Frapotel, à M. C.-J. Lefèvre, semble vouloir jeter un nouveau lustre sur la casaque tricolore, ses trois sorties étant trois victoires, dans les prix de Villers, de Deux Ans et le Grand Critérium, où il précédait d'une demi-longueur Le Sancy.

Mais alors que celui-ci devait prendre rang parmi les illustrationsdu turf, Frapotel ne sera qu'un poulain précoce, dont les brillants débuts n'auront pas de lendemain.

Si fréquents à l'osigine des courses, alors que les épreuves étaient rares et de peu d'importance, les paris particuliers étaient complètement tombés en désuétude. L'année 1886 vit cependant le match de 5.000 francs, sur 2.000 mètres, entre Richelieu, 5 ans, 66 kilos, à M. Michel Ephrussi, et Ouragan, 3 ans, 56 kilos, au duc de Morny ; le vieux cheval l'emporta facilement.

Le vendredi 2 avril, la Société Sportive d'Encouragement inaugurait ses réunions de courses plates sur son hippodrome de Maisons-Laffitte. La ligne droite de 1.500 mètres constitua une véritable innovation en France, aucun des champs de courses existants n'en possédant encore.

Cette Société n'était autre que l'ancienne Société des Champs de Courses Réunis, alias « Suburbains », dissoute à la fin de 1884, et reconstituée sur des bases sérieuses, cette fois. Ses dirigeants avaient fait amende honorable, s'étaient rangés sous la bannière de la Société d'Encouragement et rêvaient maintenant de grandes choses.

Ils ont tenu parole. Le budget des courses plates de la Société Sportive, qui ne s'élevait, en cette année de début, qu'à 214.000 francs

— la plus riche épreuve était le prix de Saint-Cyr, handicap, doté d'une allocation de 5.000 francs! — atteint aujourd'hui 2.467.935 fr., dont 417.750 francs de subventions aux réunions provinciales.

Son programme, qui ne comprenait que 18 journées de courses en 1886, en comporte actuellement 39. Elle a son Grand Prix de 100.000 francs, et bon nombre de ses épreuves sont devenues classiques, à Tinstar de celles de sa grande sœur aînée. Ses réunions ont le don d'attirer toujours des champs nombreux et, grâce au développement qu'elle a donné aux courses, Maisons-Laffitte est devenu le second centre d'entraînement de France.

L'hippodrome est très bien entretenu, très coquet et d'accès des plus faciles, le chemin de fer déposant les voyageurs à l'entrée même du champ de courses. La pelouse comporte une tribune avec abri, et le pesage est des mieux aménagés, tant pour les spectateurs que pour les chevaux.

Il est fâcheux, toutefois, que la disposition même de l'hippodrome

— long boyau en bordure de la Seine, qu'il est impossible d'élargir davantage — ■ oblige la Société à abuser de la ligne droite. Celle-ci est superbe, nous n'en disconvenons pas, mais le lieu d'arrivée variant d'après les parcours, quelle fatigue pour le spectateur que de suivre le juge, tantôt à l'extrémité droite du pesage, tantôt à l'extrémité gauche, tout au bout, à plusieurs centaines de mètres des tribunes!...

La quasi-totalité des grandes épreuves de Maisons-Laffitte se disputent ainsi sur la hgne droite, ce qui leur enlève beaucoup de leur intérêt, le public ne pouvant guère voir de la course que le milieu, les deux phases importantes du départ et de l'arrivée se faisant pour ainsi dire hors de sa vue.

C'est là un très grave défaut pour un champ de courses, sans compter qu'il exclut tout contrôle des Commissaires sur les agissements des jockeys.

Quoi qu'il en soit, la Société Sportive a fait beaucoup pour la cause du sport, et il lui revient l'honneur, que la Société d'Encouragement n'eût pas dû lui laisser, d'avoir donné le nom du comte de Lagrange à l'une de ses plus importantes épreuves.

A signaler également la création du meeting de Vichy qui, modeste à l'origine, devait prendre un grand développement quelques années plus tard, par la création du premier prix de cent mille francs en province. Les épreuves principales étaient alors le Grand Critérium, de 7.000 francs, et le Grand Prix de la ville de Vichy, handicap, de 10.000 francs.

Le duc de Castries était mort quelque temps avant le prix du Jockey-Club, où Jupin avait couru sous les couleurs de son entraîneur T. Carter. L'écurie continua ensuite sous le nom du principal associé,

le baron de Soubeyran, jusqu'au jour où, rassociation étant dissoute, le vicomte d'Harcourt en prendra la charge.

Un autre décès cfui intéresse tout particulièrement le turf, est celui de Fred Archer, le plus célèbre jockey des temps modernes, qui se suicida dans un accès de fièvre chaude. Il était plusieurs fois millionnaire et ne comptait pas ses succès : entre autres, il avait remporté cinq fois le Derby, quatre fois les Deux mille Guinées, .'es Mille Guinées et les Oaks, six fois le Saint-Léger, trois fois le Grand Prix de Paris et deux fois le prix du Jockey-Club.

A signaler également la disparition : du baron Cartier, sportsman belge, qui fut l'associé du comte P. de Meeûs, le propriétaire de Swift; — de M. Pvichard Hennessy, qui faisait surtout courir en obstacles; — de M. Vincent, de Tarbes, grand agent de chevaux, entre le Nord et le Midi; — de René Dennetier, créateur, avec son frère, des Suburbains; — et enfin de M. H. Bouy, le propriétaire de Plaisanterie.

La glorieuse jument n'avait pas reparu sur le turf, ayant été victime, au printemps, d'un accident au boulet. Son entraîneur ne désespérait pas. cependant, de la remettre en état de courir, et, d'accord avec Mme Vve Bouy, elle fut retirée, à la vente qui sui\it la mort de M. Bouy, au prix de 150.000 francs. Les dix-sept autres chevaux composant l'écurie de ce propriétaire atteignirent à peine 50.000 francs. Xous verrons, en 1887, ce qu'il advint de Plaisanterie.

Vermout mourut à l'âge de 25 ans, au haras de Bois-Roussel, où il faisait la monte depuis 1865. Ses produits ont gagné 268 prix, se montant à 2.130.263 fr. 50. Parmi les meilleurs, on peut QiXeT Boïard, Véranda, Conquête, Enguerrande, Perplexe, père de Perplexité i mère de Fitz-Roya, Chêne-Royal et Palmiste] et de Rago'sky, Jonquille, La Jonchère, Viveur. Vigilant. Friandise, Cadence, etc.

En Angleterre, c'est l'année deORMONDE iB end Or et Lily Agnes), au duc de Westminster, un des plus grands chevaux qu'ait produits l'élevage anglais, et qui perpétuait dignement la brillante lignée de Stockivell. Cheval tardif, il n'avait débuté, à deux ans. qu'à l'automne, remportant les cinq courses qu'il avait disputées, dont les Criterion Stakes et le Dewhurst Plate. A trois ans, il accompht le triple event des Deux mille Guinées-Derby-Saint-Léger, et remporte les Hardwicke Stakes et le Xewmarket Free Handicap, dans un canter, tout en rendant 28 Hvres à Mephisto et Théodore. A 4 ans, il n'a pas à s'employer pour enlever le Rous Mémorial, à Ascot, mais, déjà atteint dans ses voies respiratoires, il ne triomphe que d'une encolure, dans les Hardwicke Stakes, de Minting, son runner-up des Deux mille Guinées.

Ormonde quitta le turf sans avoir connu la défaite.

En Angleterre, il est le père d'Orme.

Vendu 12.000 guinées à la République Argentine, il fut racheté

Ormonde Monté par F. Archer.

trois fois plus cher, quelques années plus tard, par l'Amérique du Nord, où il alla rejoindre Saint-Biaise.

Minting (Lord Lyon et Mint Sauce), son rival malheureux de Newmarket, n'avait pas eu de peine, comme nous Lavons dit, à enlever notre Grand Prix, sur les médiocres adversaires que nous lui opposâmes.

Un autre fait important avait marqué l'année sportive en Angleterre. Nous voulons parler des Eclipse Stakes, de 250.000 francs, disputés pour la première fois au meeting d'été de Sandown Park.

La création des gate-money meetings, autrement dits hippodromes clos, avec droit d'entrée déterminé sur la pelouse, avait été une véritable révolution dans les mœurs sportives.

Jusqu'alors, pour subvenir aux frais d'entretien des hippodromes et du paiement des allocations, les Sociétés de courses n'avaient, comme recettes, que les entrées aux stands et rings, les droits payés

par les propriétaires voisins et le surplus des prix de réclamation. ANewmarket, le Jockey-Club ajoutait le montant des droits d'engagements, ceux payés par les jockeys et les entraîneurs pour leur licence, et ceux fixés pour chaque cheval entraîné sur ses terrains (7 guinées par an).

La création de prix monstres — avec entrées très élevées et annulation de la course si elle n'a pas reçu un nombre d'engagements déterminé, ce qui réduit à peu de chose la part contributive des sociétés — l'aménagement plus moderne des hippodromes, la construction de tribunes plus vastes et plus confortables, toutes choses nécessitant de bien plus grands frais, amenèrent la nécessité des gatemoney meetings.

Six grands hippodromes seulement sont encore régis par l'ancien système {open meetings) : Newmarket, Ascot, Epsom, York, Goodwood et Doncaster.

Les Eclipse Stakes ont été gagnés deux fois par nos chevaux, à dix ans d'intervalle : Le Justicier, au baron de Schickler, en 1895, et Val d'Or, à M. Edmond Blanc, en 1905.

Une modification au régime des courses était dans l'air, et nous lui verrons prendre corps dès le début de l'année suivante. Au miheu des préoccupations qui agitaient le monde des courses sur l'avenir du turf, un projet de réorganisation avait surgi, qu'un membre de la presse sportive parisienne, M. Thuanes, avait soumis à la Société d'Encouragement.

Considérant que les courses avaient subi une évolution et qu'elles tendaient de plus en plus à devenir un véritable spectacle populaire, l'auteur développait les moyens qui lui paraissaient les plus propres à séduire la foule et à en tirer le plus d'argent possible (1).

Pour si grandiose et ingénieux tout à la fois que fût ce plan, il allait trop à rencontre des principes mêmes de la Société d'Encouragement, pour qu'elle pût l'adopter. En lui proposant, notamment,

(1) Voici les grandes lignes de cette proposition :

1° Remaniement complet de l'hippodrome de Longchamp : — création d'un pesage grandiose, avec tribunes couvertes pour 50 à 60.000 spectateurs; — à droite et à gauche, pavillons à 5 francs, pour 17. 000 personnes; — sur l'emplacement du Moulin, un hémicycle de 150 mètres de façade, avec construction pour 5.000 places, à 2 francs; — de l'autre côté du champ de courses et faisant face au pesage et aux pavillons, d'immenses tribunes populaires, à 1 fr. 50, pour 20.000 personnes; — enfm, à l'extrémité du terrain, du côté de Boulogne, une gare qui se relierait, à Auteuil ou Passy, avec le c^iemin de fer de Ceinture, et, plus tard, avec le Métropolitain projeté.

2° Budget des courses pour Paris et Chantilly porté à 3 millions de franc? (il n'était encore que de 1.564.000 francs), réparti sur 40 réunions; — création de sept journées internationales, avec un prix de 50. 000 francs, à la dernière réunion de Chantilly, et un handicap de 100.000 francs, à la dernière de Paris; — prélèvement, sur le montant de chaque prix, de 5 p. 1 00 à partager entre le propriétaire de l'étalon et celui de la jument ayant produit le gagnant; — épreuves pour

de prélever — fût-ce par l'intermédiaire d'une société financière — une taxe sur les bookmakers et de substituer à sa seule autorité celle de cette société, ce n'était pas seulement une modification à son essence qu'on lui demandait de consentir, mais son assimilation complète aux hippodromes de spéculation, et, partant^ sa propre abdication. Aussi, dans sa séance du 29 septembre 1886, le Comité fit-il au projet de M. Thuanes une réponse, véritable modèle de sagesse et de dignité, qui était comme la profession de foi même de la Société d'Encouragement.

Nous en extrayons les passages les plus typiques :

« ...Sans doute, les courses sont un spectacle, et elles ne peuvent vivre et se développer qu'en satisfaisant, pour l'exploiter à leur profit, le goût chaque jour plus vif du public pour ce genre de spectacle, mais notre Société y voit surtout une œuvre utile, qui perdrait ce caractère, si la préoccupation de grossir par tous les moyens les ressources de son budget devait prévaloir contre l'intérêt public, qui commande de consacrer exclusivement ces ressources à favoriser la production d'animaux capables de contribuer à l'amélioration de nos races.

a Nous n'ignorons pas que, pour faire de bons chevaux, il faut en faire beaucoup et que, pour qu'on en fasse beaucoup, il faut avoir beaucoup d'argent à distribuer en encouragements, accessibles non seulement aux sujets de premier ordre, toujours fort rares, mais aussi à tous les animaux dont le mérite, bien que sensiblement moindre, est cependant suffisant pour qu'on puisse voir en eux des reproducteurs utiles. Nos programmes font largement la paît des animaux de cette catégorie; mais il y a une limite au delà de laquelle les courses cessent d'être des épreuves sérieuses... Nous devons donc repousser, comme un présent funeste, ces augmentations de recettes, qu'on nous laisse entrevoir sous la condition expresse de les affecter intégralement à des handicaps de 100.000 francs, à des dédommagements aux médiocrités bien confirmées, à des fiches de consolation aux fruits secs. Avec un pareil programme, on peut, à l'exemple des hippodromes de spéculation, tirer quelque argent du public; mais, au lieu de développer utilement pour le pays l'institution des Courses, nous n'arriverions qu'à la ruiner en la discréditant.

a Nous ne pouvons pas davantage nous proposer d'assumer la réglementation, le contrôle et, en dépit de toutes les réserves que nous pourrions faire à cet égard, la responsabilité du jeu sur les courses. Il ne nous intéresse que par un seul côté, l'influence fâcheuse qu'il peut exercer sur la sincérité des épreuves, qui est la base de toute notre doctrine... Nous tromperions le public en lui laissant croire que l'autorisation préalable, le cautionnement et la surchevaux ayant été placée deuxièmes ou troisièmes un nombre de fois déterminé; — allocation d'une somme de 100. 000 francs, à distribuer, parles soins du Comité, aux écuries malheureuses, bien que méritantes; — remboursement des entrées en fin d'exercice, en tout ou en partie, suivant les bénéfices, etc.

3° Pour couvrir les dépenses de mise en état de l'hippodrome (évaluées à 7 millions) et assurer à la Société son budget annuel (3 millions), création d'une Société financière, au capital de 10 millions, qui prendrait 8 p. 100 d'intérêt et se rembourserait, en trente années, sur les entrées du public, les redevances payées par les restaurants, buvettes, vestiaires, la ve.ite des programmes, la location des emplacements et des installations nécessaires aux bookmakers, etc.

4° Un seul genre de jeu autorisé : les paris au comptant, avec réglementation très sévère de l'industrie des bookmakers, cautionnement, etc.

veillance, tout à fait illusoires dans la pratique, que nous aurions imposées aux bookmakers, le garantiraient, si peu que ce soit, contre les manœuvres frauduleuses dont il peut être victime.

« Quant à l'influence de ces manœuvres sur la sincérité des épreuves, toute cette apparence de réglementation n'y changerait rien. Elle ne diminuerait pas l'intérêt des bookmakers à fausser, dans certaines occasions, le résultat des courses; elle ne leur ôterait pas les moyens d'y parvenir... Constitués en une sorte de corporation reconnue et autorisée, désignée par cela même à la confiance du public, ils verraient infailliblement grossir, avec le chiffre de leurs affaires, leur puissance pour le mal.

« ...Les grosses dépenses ne nous effrayent pas, pourvu qu'elles soient raisonnables, et, si de nouveaux agrandissements, de nouvelles améliorations nous paraissent désirables, nous avons tout lieu de croire que la tâche d'y pourvoir n'est pas au-dessus de nos forces. Mais ce que vous ne voudrez faire, dans aucun cas, c'est de vous livrer, pieds et poings liés, à une société industrielle comme celle à laquelle on vous propose de céder la place. Il suffit de lire le projet de traité qui est sous vos yeux pour voir que, le jour où vous l'auriez signé, la Société d'Encouragement ne serait plus que l'enseigne plus ou moins dorée d'une spéculation suburbaine. Elle aurait virtuellement cessé d'exister.

« Tel n'est assurément pas le but de l'auteur. Mais le point de vue auquel il se place est l'opposé du nôtre, et les conclusions auxquelles il arrive, en considérant les courses comme un spectacle dont il ne s'agit que de tirer le plus d'argent possible, ne saurait être acceptable pour ceux qui, comme nous, se préoccupent avant tout de leur conserver leur caractère d'utilité publique.

a Comment ne pas voir d'ailleurs que cette préoccupation constante du Comité n'a pas nui le moins du monde à la fortune de son œuvre! Bien loin de là : l'affectation exclusive de tous les encouragements à l'élevage national, la part du lion faite aux meilleurs produits, la politique des mains nettes en matière de jeu, le désintéressement de l'Administration, nous ont aidés à conquérir pour nos courses la faveur publique, et contribuent, plus qu'on ne croit, à grossir progressivement nos ressources dans des proportions inespérées.. .

« ...Pour être justes envers le travail consciencieux de M. Thuanes, nous devons ajouter que, si les vues d'ensemble nous paraissent inconciliables avec les principes de notre Société, on y rencontre bon nombre d'observations utiles, dont nous pourrons vous proposer de faire, à l'occasion, notre profit. »

M. Thuanes était un homme trop averti des choses du turf pour espérer un seul instant que la Société d'Encouragement pût se ranger à sa manière de voir. Ce qu'il avait voulu, surtout, c'était semer quelques idées qui lui tenaient à cœur, et il aura eu cette satisfaction d'en voir un certain nombre passer, peu d'années plus tard, du domaine de la fiction à celui de la réalité.

Le prix du Conseil Municipal ne correspond-il pas au handicap international de 100.000 francs qu'il rêvait?... La prime aux éleveurs n'est-elle pas l'équivalent du pourcentage de 5 p. 100 qu'il réclamait en faveur des propriétaires respectifs des père et mère du gagnant?... Et quant aux sept journées spéciales dont il prônait l'étabhssement, n'ont-elles pas été réahsées par la création de la semaine internationale de Maisons-Laffitte?...

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