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large. Il était exempt de toute tare, et, quand il quitta le turf, à la fin de l'été de sa sixième année, il avait les jambes aussi nettes qu'à deux ans. On lui a reproché de n'avoir pas de cœur et de se rendre dès qu'il était attaqué. S'il en eût été ainsi, toutes les défaites du début de sa carrière n'eussent fait que le rebuter, et, comme tant d'autres, que la lutte écœure, il eût tourné au rogue et n'eût plus consenti à s'employer, alors, au contraire que plus il prit d'âge, plus il se montra allant et maniable. On a dit aussi qu'il manquait de tenue. Certes, il fit piteuse figure dans le Gladiateur qu'il disputa aux deux juments de M. P. Aumont, Ténébreuse et Sibérie, et dut s'arrêter, épuisé. Mais peut-on le condamner sur cette unique exhibition de ce genre, pour laquelle il manquait peut-être de l'entraînement spécial, son écurie ne lui ayant jamais imposé, à partir de sa quatrième année, un effort pénible sur une distance supérieure à 2.500 mètres. En réponse à ces deux critiques, nous pensons, d'abord, que Le Sancy fut un cheval extrêmement tardif et que, s'il ne fut pas un stayer à proprement parler, ce n'est pas tant la distance qui l'effrayait, que la façon maladroite dont il fut souvent monté. Il était doué d'un mécanisme et d'un abatage hors ligne, et Ton peut affirmer que la plupart de ses défaites sont dues à la tactique employée par ses jockeys, qui le retenaient au lieu de le laisser s'étendre dans sa longue et puissante action. Nous n'en voulons pour preuve que le style dans lequel il remporta ses plus belles victoires, après avoir mené de bout en bout. Avec la monte américaine, on peut affirmer que Le Sancy aurait fait merveille.
Comme Monarque Vermout et Dollar, ses glorieux prédécesseurs, Le Sancy a fait souche d'une famille, à laquelle il a transmis toute sa qualité, en même temps que sa robe grise. Le rôle prépondérant qu'il a joué, tant sur le turf qu'au haras, vaut qu'on retrace en détail sa carrière (1).
(1) Né en 1884, Le Sancy débute, à deux ans, dans le prix de Villers, à Deauville, où il prend la troisième place, derrière Frapotel et Saint-Luc; non placé dans le prix de Deux Ans, il gagne quelques jours plus tard le Grand Critérium de Dieppe, puis succombe d'une demi-longueur, contre le même Frapotel, dans le Grand Critérium, à Paris.
A trois ans, battu d'une encolure par Brio, dans la Poule d'Essai, il enlève dans un canter le prix Daru, après avoir mené dès le départ, ce qui aurait dû éveiller l'attention sur la tactique à employer avec lui; non placé dans le prix du Jockey-Club et le Grand Prix; battu de 3/4 de longueur par fîararde, dans le prix d'Octobre; non placé dans le prix de la Forêt.
A quatre ans, non placé, à Paris, dans le Handicap, avec 63 kilos, il se promène dans les prix de Neuilly, d'Apremont, de Chantilly, de Lonray et d'Escoville; battu d'une tête par Bavarde, dans le prix de Seine-et-Marne, à Fontainebleau; gagne le prix Guillaume-le-Conquérant, à Deauville, et perd d'une encolure le Grand Prix, contre Galaor; troisième dans le Lancashire plate, à Manchester, et non placé dans le prix de la Forêt, après avoir remporté le prix de Bois-Roussel.
Mais c'est surtout à partir de sa cinquième année qu'il trouva sa véritable forme, qui concordait avec l'achèvement de son développement physique. Après deux insuccès, au début de la saison, dans le prix des Sablons, où il fmit à
Dollar, dont nous venons de rappeler le nom, était précisément mort cette année même, à l'âge de 27 ans, chez son propriétaire, M. A. Lupin, au haras de Viroflay, où il faisait la monte depuis 1866. C'était une très grosse perte pour notre élevage. Dollar s'étant montré un des plus remarquables chefs de famille qu'il y ait eus en France. Il avait créé une lignée d'une rare élégance de formes et d'un entraînement facile, qui a hérité de lui son courage, son action souple et légère et sa précieuse maniabilité.
Plus de 4 millions de francs de prix ont été gagnés, en dix-huit ans, par ses produits, dont les principaux sont : Almanza, Salçator, Saint-Cyr, Fontainebleau, Vignemale, Patriarche, Saumur, Sansonnet, Clio, Verte-Bonne, Androclès et Upas, dont plusieurs seront eux-mêmes des reproducteurs remarquables.
^11 est fort rare qu'une épreuve de longue distance donne lieu à un dead-heat. C'est pourtant ce qui se passa dans le prix du Cadran, que se partagèrent Firmament et Upas. Celui-ci prouva son aptitude à tenir la distance, en enlevant ensuite les prix de Dangu de Satory, Jouvence et Gladiateur.
Parmi les autres vétérans. Gamin eut en partage le Triennal, — Alger, la Coupe, le Biennal et le prix Hocquart, à Deauville, — et Presta, le prix du Pin.
Dans la jeune génération, Stuart s'annonce comme le candidat le plus sérieux aux grandes épreuves à venir, avec Saint-Gall, Widseon et Galaor.
G. Fordham, le célèbre jockey anglais, rival de Fred Archer, fut emporté à 56 ans, par une maladie de poitrine. Il ne montait
3/4 de longueur d'Achéron, puis dans le prix de Lutèce, où il ne fut pas placé, il ne connut plus la défaite — à l'exception de sa tentative malheureuse dans le prix Gladiateur — jusqu'à la fin de sa carrière, au mois d'août de l'année suivante, et remporta, chaque fois dans un canter, 19 victoires consécutives, dont 3 walk-over.
Ce furent, à cinq ans : les prix de Courbevoie, d'Apremont, de Lonray, d'Escoville et d'Ispahan, sous le poids de 66 kil. 1/2; à Deauville, le prix Guillaume-le- Conquérant, des Dunes et le Grand Prix, portant 65 kil. 1/2; à Fontainebleau, le prix de Bois-Roussel ; — à six ans : les prix des Sablons, Hédouville, de Lonray, d'Escoville, de Deauville; le prix Bel -Ebat, à Maisons-Laffitte; le Grand Prix du Sart, à Spa; enfm le prix Guillaume-le-Conquérant et le Grand Prix de Deauville, pour la seconde fois.
Il avait couru 43 fois et remporté 27 victoires et 9 places; le total de ses gains s'élevait à la somme de 358.132 fr. 50, qui représenterait actuellement près d'un million de francs.
Il fut alors retiré du turf et envoyé au haras de Martinvast, où il fit la monte dès la saison suivante. On verra par la suite la place qu'il prit parmi nos reproducteurs.
plus depuis 1884. Il était des plus connus en France, où il avait piloté de nombreux vainqueurs, entre autres Fervacques, The Earl et Foxhall, dans le Grand Prix.
Le vieil Henry Jennings — surnommé le « Old Hat », en raison de l'immuable chapeau haut-de-form^ gris dont il était toujours coiffé, hiver comme été — prit sa retraite à la fin de l'année, à l'âge de 75 ans, pour convoler en justes noces avec une jeune personne dont il était follement épris!.,. Henry Jennings était une des plus curieuses physionomies du turf où, depuis près de cinquante an«, il jouait un rôle prépondérant. Comm» tant d'autres entraîneurs et jockeys réputés, il s'était formé tout jeune chez Thomas Carter, dans l'établissement de lord Seymour, à la Porte-Maillot. Pour ses débuts, il prit la direction — au sens absolu du mot, son patron lui laissant liberté entière — de l'écurie du prince Marc de Beauvau, et, du premier coup, révéla ses qualités professionnelles, en faisant de cette écurie modeste une des principales de son temps. Il passa ensuite au service du baron Nivière, quand celui-ci acquit en bloc tous les chevaux du prince; puis, lors de la fusion des écuries Lagrange- Nivière, il fut chargé de ceux qui restaient à La Morlaye, cependant que son frère Thomas s'occupait, à Newmarket, des produits que l'association envoyait en Angleterre. C'est à son insistance, rappelonsle, que Palestro, qui gagna par la suite le Cambridgeshire, dut de ne pas être réformé. A la hquidation de la « Grande- Éourie », le duc de Morny se l'attacha. C'est à la mort de celui-ci que H. Jennings s'installa comme entraîneur public à La Croix-Saint-Ouen, près de Compiègne, où il ne tarda pas à avoir sous ses ordres plus de cent chevaux, appartenant à MM. L. Delâtre, P. Aumont, Moreau- Chaslon, L. André, comte de Juigné, E. de la Charme, duc de la Force, etc.
Fantasque et bourru, baragouinant un dialecte incompréhensible, fait de mots français et anglais plus ou moins estropiés, et n'en faisant jamais qu'à sa tête, cet original est demeuré célèbre aussi bien par ses bévues légendaires que par les innombrables succès qu'il remporta avec Lion, Ruy-Blas, Orphelm, Revigny, Peut-Être, Dutch Skater, Clocher, La Carmélite, Basilique, Satory, Ali-Bey, Le Piégeur, Mélina, Montargis, Jongleur, etc. Il avait, pour les gens et pour les bêtes, des engouements ou des éloignements inexpliqués, préférant tel mauvais cheval à tel autre qui était meilleur, et l'on se rappelle que Peut-Être ne dut de perdre le prix du Jockey-Club qu'à l'insuffisance de son cavalier, un jockey français, nommé Meunier, dont le Old Hat s'était entiché, et qui n'avait pour toute qualité professionnelle que sa seule bonne volonté.
Comme son maître, Thomas Carter, Henry Jennings forma toute une pléiade d'hommes de cheval de premier ordre, entre autres Ch. Pratt, G. Cunnington, Carratt, ^Vheeler et Rolfe.
Les chevaux de courses que possédait Henry Jennings n'eurent
pas à passer aux enchères publiques, le comte P. Le Marois les lui ayant achetés en bloc.
Une des conséquences de la retraite de Henry Jenningsfut la dispersion de l'écurie du comte G. de Juigné et du prince A.d'Arenberg, dont il était l'entraîneur.
Les plus beaux succès de la casaque cerclée jaune et rouge avaient été remportés avec Jongleur, Mantille et SaJi Stéfano.
La vente de l'écurie et du haras, faite dans le courant de septembre, ne produisit que 211.700 francs : elle comprenait 16 chevaux de 2 ans et au-dessus, 19 foals et yearlings et 19 poulinières.
A signaler une innovation qui était appelée à prendre un développement considérable. Nous voulons parler de la première vente publique de yearlings, par l'établissement Chéri, à Deauville.
Cinq produits du haras de Barbeville firent 17.500 francs, et quatre du haras de Colombelles, 5.100; au total 22.600 francs.
Aujourd'hui, le chiffre d'affaires que réalisent, au grand meeting normand, les établissements Chéri-Halbronn et du Tattersall, dépassent deux millions de francs (1).
(1) En 1912, les 14 vacations de ces deux établissements ont réalisé un chiffre d'affaires de 2.348.000 francs, pour 332 yearlings vendus aux enchères publiques.