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CHAPITRE LXV

Stuart et Galaor. — Ténébreuse, Le Sancy et Brisolier (suite). — Courses de Compiègne. — Vente de Plaisanterie. — • Liquidation du haras de M. V. Malapert. — Retraite de M. C.-J. Lefèvre. — L'écurie E. Veil-Picard.

L'année est peu chargée.

Stuart (Le Destrier et Stockhausen), à M. Donon, avait débuté, l'année précédente, à Deauville, dans le prix de Deux Ans, où il avait succombé d'une demi-longueur contre Widgeon, au comte de Berteux; puis, il avait racheté cet échec, en enlevant le Triennal et le Grand Critérium.

A trois ans, il remporta successivement le Triennal, le prix Dara, la Grande Poule, le prix du Jockey-Club et le Grand Prix, après quoi, il fut retiré du turf, son entraînement devenant impossible en raison du mauvais état d'une de ses jambes. C'était un animal de grande taille, à l'aspect peu séduisant, qui avait toujours besoin d'être monté sévèrement.

Sa carrière fut extrêmement brillante, certes, mais vraiment trop courte pour permettre d'affirmer qu'il fut un grand cheval. Il n'avait jamais battu, en somme, que le médiocre Saint-Gall et Galaor, qui n'avait pas encore trouvé sa forme.

Après le Grand Prix, on en offrit à M. Donon — qui refusa — 600.000 francs, pour l'Amérique du Sud.

On sait qu'il n'a joué aucun rôle au haras.

Au contraire de Stuart, Galaor (Isonomy et Fidehne), à M. Lupin, possédait un grand air de race. Poulain tardif— après avoir été battu par Walter Scott et Le Rieutort, dans le prix du Nabob, par Reyezuelo, dans la Poule d'Essai, par Stuart et Saint-Gall, dans le prix du Jockey-Club et le Grand Prix, — il n'avait commencé à donner sa mesure qu'à la saison d'été. Coup sur coup, il remportait alors le

prix de Juin, le Derby du Pin, le Saint-Léger de Caen, le prix Hocquart et le Grand Prix, à Deauville (d'une encolure sur Le Sancy^, les prix Royal-Oak et d'Octobre et, sur la distance, trop courte pour lui, du prix de la Forêt, il se classait néanmoins second derrière Catharina. Le montant de ses gains s'élevait à 172.225 francs. Ces brillantes performances firent d'autant plus regretter la retraite prématurée de Stuart, qu'il eût été intéressant de revoir contre le Galaor de l'automne : en pleine possession de ses moyens, c'était un tout autre cheval que le poulain incomplètement développé du printemps, et nombre de bons juges s'accordaient pour le préférer au fils de Stockhausen.

Après ces deux chevaux de tête, on peut citer : Saint-Gall, au baron de Soubeyran, gagnant du prix Hocquart et du Biennal, deuxième du Jockey-Club et troisième du Grand Prix; — Reyezuelo, au baron A. de Schickler, Poule d'Essai ; — • Sibérie, à M. P. Aumont, prix de Longchamp, à Deauville, prix de Chantilly et de Villebon; — Bocage, à M. A. Lupin, prix de Guiche et Grefîulhe ; — Faust, d'abord à M. André, prix des Cars et Grand Prix de Bruxelles; puis à M. E. Blanc, Handicap Libre; — Solange, à M. J. Joubert, prix de Diane; — Widgeon, Poule d'Essai, et W aller Scott, prix du Nabob,tous deux au comte de Berteux; — • et, en province, Serpentine, au comte F. de David-Beauregard, gagnante de 13 courses.

Les vétérans qui se distinguent sont, outre Le Sancy et Ténébreuse, dont nous avons retracé la carrière pages 501 et 503, Brisolier qui triomphe dans la Coupe, le Biennal, le prix de Deauville et celui du Prince de Galles, et C/pas, gagnant de plusieurs prix Nationaux en province, après quoi son propriétaire l'envoya à son haras de ChefïrcviUe, où il se montra digne de son père (1).

A l'étranger, en plus de la victoire de Ténébreuse, dans le Cesarewitch, dont nous avons déjà parlé, nous avions remporté le prix du Jubilee, à Bade, avec Waverley, au comte Le Marois, et, à Goodwood, les Lavant Stakes, avec Crinière, au baron de Rothschild.

Celle-ci cueiUit ensuite le Triennal, à Chantilly, ce qui la classait en tête de la jeune génération, avec May Pôle, au baron de Soubeyran, gagnante des Grands Critériums de Vichy, de Dieppe et de Paris.

Le 4 novembre, eut lieu l'inauguration du champ de courses de Compiègne.

(l) Son fils Omnium II Sera, en effet, un des meilleurs chevmx qu'ait produits rél?vage national.

Le 7 décembre vit l'épilogue du différend qui, depuis trois ans, divisait Mme V^ Bouy et Th. Carter, au sujet de Plaisanterie. En vain Mme Bouy avait-elle demandé que la jument reparût sur le turf ou fût vendue. Th. Carter promettait toujours, mais était empêché de l'amener en condition par le suros dont elle souffrait, bien que les experts eussent à différentes reprises affirmé qu'elle pouvait parfaitement supporter les fatigues de l'entraînement. C'est ce que, sur le rapport du comte de Berteux et de M. P. Aumont, commis par lui à cet effet, le Tribunal civil avait déclaré, au printemps. Il donnait un mois — jusqu'au 10 juin — à Th. Carter pour mettre la jument en état de paraître en public, à défaut de quoi elle serait vendue. Les choses traînèrent en longueur encore une fois. Finalement, Plaisanterie, n'ayant pu être remise en condition, passa aux enchères pubhques, le 7 décembre, au Tattersall.

Ce fut le grand éleveur anglais, Sir Tatton Sykes, qui s'en rendit acquéreur, pour le prix, relativement peu élevé, de 60.000 francs.

Parmi les autres ventes de l'année, on peut rappeler celle du haras de Champagne-Saint-Hilaire, à M. V. Malapert (22 poulains de lait, 4 yearhngs, 30 pouUnières, 10 produits dressés et 3 étalons, dont Nougat, acheté 13.000 francs par M. Maurice Ephrussi, ensemble 217.625 francs), et celle de l'écurie de courses et du haras de M. P. Goldschmit (5 yearlings, 5 poulinières et 9 chevaux à l'entraînement, 160.175 francs).

Enfin signalons l'acquisition, par M. Maurice Ephrussi, à la vente de l'écurie du bookmaker Robinson, pour la modeste somme de 1.150 francs du yearling War Dance (GaUiard et War Paint), qui fournira une carrière très honorable et sera le père de Perth.

La casaque tricolore de M. Lefèvre avait connu des heures de gloire, mais découragé par les insuccès de ces dernières années, l'éleveur de Chamant renonce au turf et cesse de faire courir. Ses produits seront dorénavant exploités parl'écurieRothschild, jusqu'en 1892, où M. Lefèvre vendra son domaine à M. A. Ménier et liquidera complètement son stud.

M. E. Veil-Picard — dont l'élevage de Neaufles (Gisors) devait se classer en bon rang — débute modestement avec quelques chevaux provenant de prix à réclamer, comme Fabiola, qui, la première, fait passer le winning-post à sa casaque cerclée marron et jaune, toque jaune, dans une épreuve secondaire, en septembre, à Maisons- Laffitte.

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