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CHAPITRE LXYl

Vasistas, Clover, Aérolithe, Barberousse. — • Le Sancy et Galaor (suite). — ^ Rentrée de l'écurie H. Say. — Formation des écuries J. de Brémond et J. Arnaud- — La Société hippique de Colombes contre la Société d'Encouragement. — • Mort du baron de La Rochette, lord Faimouth, comte Le Marc is et comte Dauger. — Une épreuve de 125.000 francs pour chevaux de 2 ans. — Donovan. — Le Grand Prix du Commerce, à Milan.

Le budget de la Société d'Encouragement est augmenté de 157.000 francs : plus de prix inférieurs à 4.000 francs, ni de prix à réclamer au-dessous de 3.000 francs.

Une journée, la première, 'est ajoutée à la réunion de printemps de Longchamp. Création du prix Dollar, 12.000 francs, et du prix de Luzarches, 10.000 francs, pour chevaux n'ayant pas cessé d'appartenir au même propriétaire.

La saison de plat commence à Vincennes. Le prix de ce nom, qui deviendra plus tard le prix de Saint-Gloud, avec le changement d'hippodrome, est porté à 10.000 francs. Les cracks n'y font pas encore, comme de nos jours, leur réapparition en public, et les compétiteurs sont d'ordre modeste. •

Après les victoires d' Aérolithe (Nougat et Astrée), dans le prix Hocquart et le Triennal, et de Phlégéthon (Fontainebleau et Isménie), dans les prix de MarJ^ de Guiche, Reiset et Poule d'Essai, l'écurie A. Lupin pouvait se croire maîtresse du prix du Jockey-Club, où le fils d'Isménie partait favori à 7/4. Il n'y pouvait prendre cependant que la Misième place, à une tête d'Achille (Tristan et Aurore), au duc de Feltre, gagnant du prix du Nabob, que Clover (Wellingtonia et Princess Catherine), à M. E. Blanc, précédait d'une longueur.

Clover n'avait pas reparu en public depuis sa tentative infruc-

tueuse, l'automne précédent, dans le Middle Park Plate. Aussi était-il assez délaissé à 8/1, bien qu'on sût qu'il avait fait un bon travail en vue du Derby d'Epsom. Il y fut victime d'un accident assez grave : il mit le pied dans un trou et ne put terminer la course. Sa carrière de trois ans s'en trouva arrêtée; ce n'est qu'après un repos de près d'un an qu'il put reparaître en public.

Le Grand Prix revint, contre toutes les prévisions, à l'extrême outsider Vasistas (Idus et Véranda), à M. H. Delamarre, qui donna au Pari Mutuel un rapport sensationnel :

au pesage, unité, 10 fr.; gagnant, 830 fr; placé, 206 fr. 50 au pavillon, — 5 — 603 50 — 136 »

à la pelouse, — 5 — 728 50 — 138 »

Non placé dans le prix du Nabob et le prix du Jockey-Club, mauvais troisième, avec 48 kilos, dans le prix de la Pelouse, battu par Pourtant, dans le prix de Juin, Vasistas n'avait à son actif que le prix de l'Espérance et le modeste prix de la Neva, remporté la veille même du Grand Prix.

Il est curieux de rappeler que ce même prix de la Neva avait également porté bonheur, dans le Grand Prix de 1867, à un autre outsider, dont les performances antérieures étaient aussi insignifiantes que celles de Vasistas. C'est, en effet, après sa victoire dans cette humble course que Fe n-acques ir'iomphdi d'un nez, dans le Grand Prix, après un dead-heat demeuré légendaire, de Patricien, k M. H. Delamarre, qui lui était de beaucoup supérieur.

Cette fois-ci, par exemple, le bénéficiaire de cette heureuse surprise était précisément M. H. Delamarre qui, à vingt-deux ans de distance, connaissait dans la même épreuve, tout ce que « la glorieuse incertitude du turf » comporte d'amertume et de réconfort.

Vendu quelques jours plus tard 150.000 francs au baron de Hirsch, Vasistas eut encore ceci de commun avec Fervacques, qu'il ne confirma pas par la suite cette heureuse victoire.

Les autres lauréats de trois ans sont :

Crinière (prix de Diane), Amazon (prix de Fontainebleau, Biennal et Omnium) et Tire-Larigot (Grand Prix de Bruxelles), tous trois au baron de Rothschild;

Tantale (prix des Cars, Grand Prix du Casino de Spa, et prix du Jubilee de Bade, au total 101.612 fr. 50 et une Coupe d'or), au comte G. de Juigné.

Pourtajit, à M. Michel Ephrussi, prix de Juin et Royal-Oak, et deuxième dans le Grand Prix; — Achille, au duc de Feltre, prix du Nabob et du prince d'Orange, et deuxième du prix du Jockey-Club; — Chopine, à M. J. Prat, prix Greffulhe; — Thomery, à M. C.-J. Lefèvre, prix Daru; — Cléodore, à M. H. Delamarre, Grande Poule; — May Pôle, à M. P. Donon, Poule d'Essai des Pouliches; — Fligny, à M. Maurice Ephrussi, la Coupe.

Une mention est due à certains chevaux qui, pour n'avoir pas connu les grands succès, suppléèrent à la qualité par la quantité. Tels sont, par exemple : Barberousse (Don Carlos et Mlle de Saint- Igny), à M. E. de La Charme, qui gagne 17 courses, s' élevant à 73.387 fr. 50 ; — Malgache, à M. R. Petit, 10 courses, 50. 062 fr. 50 ; — Carmaux, au baron de Soubeyran, 8 courses, 52.287 fr. 50; — Canadien, au baron de Nexon, 11 courses, 43.837 fr. 50; — et les trois représentants de M. D. Guestier, Au Petit Bonheur, In-folio et Mademoislle de Capeyron, qui ne cueillirent pas moins de 32 prix en province, se montant à 97.425 fr. 50.

Parmi les vieux, Le Sancy vient en tête avec 10 courses et 125.800 fr. (voir page 503), suivi 'de près par Galaor (124.050 francs), qui, sur 5 courses qu'il dispute, en gagne 6 (prix Dollar, Biennal, Triennal, etc.), et se place deux fois second, d'abord dans le Grand Prix de Trou ville, où Le Sancy prend sa revanche de l'année précédente, puis dans le prix du Prince d'Orange, derrière Achille. L'écurie Lupin est encore représentée par Achéron (48.55^francset 4 courses, dont les prix des Sablons et de la Seine), et Bocage (49.385 fr. 50, 5 courses, dont les prix de Dangu, Vermout et du Pin),

Nous avons parlé, page 500, de Ténébreuse, qui figure pour 5 victoires et 56.787 fr. 50; une autre jument de M, P, Aumoni, Sibérie, s'inscrit pour 50,604 fr, 50, avec les prix du Cadran et Jouvence.

Mentionnons enfin, en province, la fameuse Serpentine, au comte F. de David-Beauregard, qui, confirmant ses succès précédents, ne gagne pas moins de 16 courses, ne s'élevant cependant qu'à 48,550 francs.

Certains chevaux de deux ans donnent les plus belles espérances. Tels sont :

Alicante (Hermit et Madeira), à M. Maurice [Ephrussi, qui, sur € sorties, remporte 5 victoires (le prix de La Toucques, à Deauville, le Grand Critérium de Dieppe, le Grand Prix de Spa, de 40 .000 francs, le prix de la Forêt et le prix de la Salamandre) et une place de troisième, en dépit d'une terrible bousculade, dans le Lancashire plate, de 300.000 francs, à Manchester, créditant son propriétâTe de 109.125 francs;

Heaume (Hermit et Bella) et Le Nord (Tristan et La Noce), au baron de Rothschild, dont les victoires en Angleterre font sensation : sur 5 courses, le premier en gagne 4 et une place de second, s'élevant à 87.977 francs; et le second, 4 et 2 places de second, se montant à 85.633 fr. 75 sur 6 courses;

Cromatella (Wellingtonia et Perla), à M, A. Lupin, prix de Deux Ans, à Deauville et Grand Critérium, à Paris; — Yellow (Dutch Skater et Miss Hannah), au comte G, de Juigné, prix de l'Avenir, à Bade; — et Natiça (Saxifrage et Orpheline), à M, P, Aumont, prix du Premier Pas.

La casaque rouge, manches et toque bleues de M. H. Say, absentedu turf depuis onze ans, fait sa rentrée avec les victoires des deux ans Sweetlips et ^/aôama, dans le Premier prix d'Automne et le prix de La Masselière.

L'arrière-saison voit également les débuts heureux de deux nouveaux venus, MM. J.Arnaud et J. de Brémond.

M. J. Arnaud (casaque blanche, toque jaune) remporte quelques petits succès à Maisons-Laffitte, avec Sabreur, et M. J . de Brémond — qui jouera de bonheur avec ses réclamations, et qui connaîtra tout à la fois les grands triomphes et les grands déboires — ■ enlève le prix de La Celle Saint-Cloud avec Aglaé, qu'il avait achetée à Boulogne-sur-Mer.

Ses couleurs — qui furent depuis casaque cerise, manches cerclées cerise et blanc, toque cerise — étaient alors casaque noire, manches cerclées mauve et noir, toque noire.

On sait que la Société d'Encouragement s'est toujours réservé le droit de refuser l'insertion à son Bulletin des Courses des programmesdes Sociétés dont le seul but ne semble pas être le souci de l'élevage, ou dont la nature et les conditions des épreuves ne lui donnent pas satisfaction.

Une Société nouvelle, dénommée Société Hippique d'Encouragement, s'étant vu refuser l'insertion du programme des trois journées de courses qu'elle se proposait de donner sur l'hippodrome de Colombes, y vit un abus de pouvoir, et actionna la Société de la rue Scribe, en 100 francs d'indemnité par jour de retard et en cent mille francs de dommages et intérêts.

Inutile de dire que le Tribunal de la Seine, par jugement en date du 9 décembre, confirmé par la Cour d'Appel, le 3 juin suivant, fit justice de cette prétention, en déboutant la Société Hippique et en la condamnant aux dépens, la Société d'Encouragement jouissant d'uncaractère purement privé et étant maîtresse absolue chez elle.

Le comte Daru, président du Comité de la Société d'Encouragement, et l'amiral Rous, en qui s'incarnait le Jockey-Club anglais, étaient morts, à quelques mois de distance, en 1877.

Par une triste coïncidence, deux des personnalités les plus marquantes du turf, de chaque côté du détroit, le baron de La Rochette et lord Falmouth, s'éteignirent également presque en même temps.

Membre du Jockey-Club depuis 1842, le baron de La Rochette, comme tous les jeunes gens de son monde, à cette époque, avait été d'abord un fervent gentlemen-rider et il avait même eu quelques chevaux de courses, en association avec son ami, le comte d'Hédouville. Nommé membre du Comité de la Société d'Encouragement,

deux ans'plus tard, il s'était consacré exclusivement aux différentes fonctions qu'il avait remplies successivement : starter, juge à l'arrivée, commissaire; puis il était devenu l'âme même de la Société, qu'il personnifiait dans sa correction, sa haute honorabilité, sa compétence et son horreur des mesures hâtives et mal étudiées. Car ce que l'on a appelé « sa routine, son esprit rétrograde, » n'était que la méfiance que lui inspiraient toutes les innovationsjntéressées, prônées

Baron de la Rochette.

par ceux qui, n'ayant pas la responsabilité, se souciaient en général fort peu de la cause de l'élevage.

Le baron de La Rochette — comme tous les dirigeants successifs de la Société d'Encouragement — ne perdit jamais de vue le but que s'était imposé la Société, et c'est en partie à sa sage résistance que l'institution des Courses dut de triompher du furieux assaut que lui avaient livré les Sociétés de spéculation.

La Société d'Encouragement a honoré sa mémoire en donnant^ dès l'année suivante, son nom au prix Triennal.

Tant par ses succès comme éleveur et propriétaire, que par le dépôt e sa fameuse motion de la réciprocité, en 1877, lord Falmouth tient une très grande place dans l'histoire du turf anglais.

Parmi tous les chevaux célèbres qu'il éleva, il en est deux qui nous intéressent tout particulièrement, en raison du rôle, considérable pour l'un d'eux, qu'ils étaient appelés à jouer dans notre élevage. Nous voulons parler de Silvio, et surtout dC Atlantic, qui avaient été importés en 1881 et 1884, et sur lesquels nous reviendrons.

Il nous faut enregistrer aussi le décès du comte P. Le Marois, qui ne faisait courir que depuis 1887, et qui venait de fonder le haras de Pépinvast, qu'a conservé sa veuve; — et celui du vicomte Dauger, grand éleveur, dont le haras de Menneval avait donné,, entre autres chevaux remarquables, la fameuse Plaisanterie.

En Angleterre, les honneurs de la campagne sont pour Donoçan (Galopin et Mowerina), au duc de Portland, qui avait fait sensation par ses onze victoires à deux ans dans les épreuves les plus importantes. Battu d'une tête, pour sa rentrée, dans les Deux mille Guinées, par Enthusiast, il rachète cette défaillance en enlevant successivement le Derby, les Newmarket Stakes, les Prince of Wales, à Ascot, le Saint-Léger, etc., créditant son propriétaire de 1.378.850 francs d'argent public,- ce qui constituera le record des gains d'un cheval durant sa carrière sur le turf, jusqu'au jour où Isinglass fera mieux encore.

La Société des Courses de SandownPark, à qui l'on était déjà redevable des Eclipses Stakes, de 250.000 francs, la plus riche épreuve du monde, pour trois ans et au-dessus, crée également le plus gros prix pour deux ans, les National Breeder's Foal Stakes, de 125.000 francs.

De cette même année, date, à Kempton Park, V Impérial Produce Plate, de 62.500 francs.

En Italie, une belle épreuve internationale pour 3 ans et au-dessus est inscrite au programme de Milan, le Grand Prix du Commerce, de 50.000 francs, porté à 100.000, en 1911. La distance, primitivement fixée à 2.900 mètres, est, depuis 1902, de 2.800 mètres, après avoir été de 3.000 et 3.200.

Notreélevagey adéjàtriomphé septfois, avec Clarisse, àM.E. Veil- Picard (1891); Odin, au vicomte d'Harcourt (1892); Times, au comte de Glermont-Tonnerre (1894) ; Aigle Royal, à M. D. de Gernon (1900) ; Acacia, au prince Deliella (1906) ; Étoile de Feu, au haras de Besnate (1910) ; et Sablonnet, à M. J. de Brémond (1911).

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en

CtlAPITHE LXVII

Le comte de Hédouville. — Suppression des courses de Fontainebleau. — Le prix Lagrange. — Les chevaux d'une même écurie couplés au Pari Mutuel. • — Arrêté du 2 juin sur les paris en dehors du champ de courses. — Fitz Roya, Heaume, Le Nord, War Dance, Alicante, Wandora et Yellod'. — Le Sancy et Galaor (suite). — Brillants succès de nt)s jeunes chevaux en Angleterre. — Mort de Silvlo, Hermit et Energy. — Allocations du Derby et des Oaks. — ■ Liquidation de l'écurie du baron de Soubeyran et constitution de l'écurie du vicomte E. d'Harcourt. — Arrêté du 2 juin. — Agences illicites de paris mutuels.

Le baron de La Rochette venait à peine de disparaître, que son vieil ami le comte de Hédouville mourut à son tour. Amateur passionné de chevaux et cavalier émérite, il avait été autrefois un de nos plus brillants gentlemen-riders. Longtemps, il avait même possédé, en association avec le baron de La Rochette, quelques pur sang, qu'il se plaisait à entraîner lui-même.

La Société d'Encouragement — dont il faisait partie depuis 1836 et où il avait successivement rempli les fonctions de starter, de juge à l'arrivée, de Commissaire et de surveillant des pistes — a commémoré son souvenir, en donnant son nom au prix d'Ap remont, qui se dispute à Chantilly, le jour du prix de Diane.

La mort du baron de La Rochette entraîna la suppression des réunions que la Société d'Encouragement donnait sur l'hippodrome de La Sole, dans la forêt de Fontainebleau. Leur création avait eu leur raison d'être sous le Second Empire, alors que la Cour y séjournait à l'automne, pour les chasses. Mais jamais les chevaux ni le public n'avaient été nombreux; le déplacement était long et incommode, et si le décor était pittoresque, le terrain était vraiment exécrable. Aussi, la Société d'Encouragement aurait-elle renoncé depuis

longtemps à ces réunions, si elle n'avait tenu à être agréable au baron de La Rochette, qui avait sa propriété dans les environs.

Le budget total des courses plates, pour la France, s'élève à 6.397 .630 francs, et cela vingt ans seulement après la terrible secousse de 1870, et au lendemain du coup mortel que les Suburbains de tous genres faillirent porter à la cause de l'élevage.

Dans cette somme, la Société d'Encouragement figure pour plus du tiers (2.292.000 francs, dont 445.000 francs de subventions à la province), et le Gouvernement, pour 460.800 francs seulement, c'est-à-dire moins que la Société Sportive, qui ne compte, cependant, que quatre ans d'existence!

Le budget de celle-ci est déjà voisin de 600.000 francs, répartis sur 35 réunions de plat, à 5 courses par journée, tant à Saint-Ouen qu'à Maisons-Laffitte. Les prix sont encore très modestes, variant de 2.000 à 5.000 francs. La Société vient cependant de créer une épreuve destinée à devenir classique, le prix Lagrange.

C'est l'honneur de la Société Sportive — née, cependant, trois ans après la mort du comte de Lagrange — que d'avoir placé sa première grande épreuve sous l'égide du plus illustre des sportsmen français.

Le prix Lagrange, poule de 3 ans, sans surcharges ni décharges, est l'une des courses les plus attendues de la première partie de la saison de plat, et il est rare que sa riche allocation n'attire pas les meilleurs sujets de la génération (1).

Une modification capitale, et très heureuse, est apportée au fonctionnement du Pari Mutuel. Désormais les chevaux d'une même écurie sont couplés gagnants. On ne saurait trop applaudir à cette sage mesure dont le public, tout au moins, n'a jamais eu, depuis lors, qu'à se louer.

(1 ) L'allocation primitive de 20.000 francs a été portée, en 1 893, à 30.000 francs plus un objet d'art de la valeur de 5.000 francs d'abord, puis de 10.000 en 1898. Neuf ans plus tard, l'objet d'art a été supprimé et l'allocation élevée à 40.000 francs.

Actuellement le prix s'élève, avec les entrées et forfaits, à plus de 50.000 francs pour le gagnant, plus une prime de 3.000 fr. à l'éleveur; en outre, il est alloué 6.000 fr. au 2« et 3.000 fr au 3^

La distance initiale de 2.000 mètres, en ligne droite, n'a pas varié.

Sur la liste des vainqueurs, on relève les noms de Clamart, Callislrate, Omnium II, Codoman, Flambeau, Prestige, Sea-Sick. Oversight, Faucheur, et parmi les vaincus, Ragotsky, Dolma Baghtché, Holocauste, Saxon, Finasseur, Verdun et Alcantara II.

Mais pourquoi, pendant que l'on était en aussi bonne voie, s'être arrêté à mi-chemin, et n'avoir pas couplé, également, les chevaux d'un même entraîneur?

Pourquoi toujours des demi-mesures et des injustices?

Pourquoi un entraîneur public peut-il jouir d'un avantage refusé à un entraîneur privé?

Ce sont les grandes écuries, ne l'oublions pas, qui font la fortune du turf, et non celles à efîectifs modestes. Alors pourquoi ces grandes écuries — qui, dans l'espèce, sont les plus intéressantes, puisque ce sont elles qui font vivre les courses — payent-elles pour les petites, qui en vivent?

Quelle différence y a-t-il vraiment entre les chevaux appartenant à un même propriétaire, et ceux qui sont entraînés par un même entraîneur? Cet entraîneur public n'est-il pas, à proprement parler, le véritable maître des chevaux confiés à ses soins; n'est-ce pas lui, la plupart du temps, qui dirige toutes les petites écuries dont il a charge, contractant les engagements et choisissant les épreuves où courra tel ou tel de ses pensionnaires?

Et, sous prétexte que tous ceux-ci n'appartiendront pas au seul M. A., mais à MM. B.,G. et D., il lui sera loisible de gagner avec celui de ses chevaux à la cote la plus rémunératrice.

Encore une fois, pourquoi cette différence de traitement, tout à fait contraire aux intérêts du public?

Une solution s'impose, et il est regrettable que le fameux Comité Consultatif des Courses, constitué par le décret du 16 juillet 1906, n'ait pas songé une seconde à la question.

Mais de quoi, du reste, s'est-il bien occupé utilement?

Aucun cheval ne se détache de l'ensemble de la production.

Troisième dans le prix du Jockey-Club, vainqueur du Triennal,puis des prix de Malleret et de Juin, peu de jours avant le Grand Prix, Fitz Roya (Atlantic et Perplexité), au baron A. de Schickler, y remporte une facile victoire.

Partie une cote d'outsider — le grand favori était Le Nord (6/4), au baron de Rothschild, qui ne joua aucun rôle dans la course — il ne donna pas moins, au rapport du pari mutuel au pesage, de 376 francs.

Ses gains de l'année s'élevèrent à 200.150 francs.

Le prix de Diane et le prix du Jockey-Club étaient revenus — la chose est assez rare pour être notée — aux gagnantsjespectifs des deuxPoules d'Essai, Wandora et Heaume.

Wandora (Bruce et Windfall), à M. P. Donon— seconde favorite, à 3/1, du Grand Prix, où elle ne fut pas placée— remporta cinq autres courses dont le prix des Cars et celui du Prince d'Orange ; le total de

ses gains s'élevait à 151.950 francs; — Heaume (Hennit et Bellà),au baron de Rothschild, 3 prix et 187.700 francs.

Après eux, il faut citer Alicante et Yelloiv, dont nous parlons plus loin; — War Dance (Gaillard et War Paint), à M. Maurice Ephrussi, qui, sans grands engagements, gagne 12 courses, s'élevant à 109.925 francs (1); — Puchero, au baron de Schickler, prix de Mars, Grande Poule des Produits et Grand Saint-Léger, ensemble 96.650 francs; — Pourpoint, à M. Michel Ephrussi, 73.175 francs et 6 courses (prix L.agrange,Seymour, Seine-et-Marne, etc.); — • Dacis^ au baron de Soubeyran, 5 courses, 56.250 francs; — • Pré Catelan, à M. Dephieux, 7 courses, 53.637 fr. 50; — Chalet, au comte Le Marois, 4 courses, 54.662 fr. 50 ; — Nativa, à M. P. Aumont, 5 courses, 51.262 fr. 50; — en province, Belle Dame, au baron de Nexon^ 13 courses, 60.250 francs.

Parmi les vieux. Le Sancy vient encore en tête avec 9 courses et 122.000 francs. C/est la fin de sa magnifique carrière, que nous avons retracée précédemment. (Voir page 503.)

Puis viennent : Malgache, 4 courses, 69.212 fr. 50 et Barberousse, 8 courses, 57 .937 fr. 50, sans aucune grande épreuve classique. Cellesci se partagent entre Pourtant (Biennal et Rainbow), Aérolithe (Triennal), Clover (Cadran) et Carmaux (Gladiateur).

Galaor n'avait paru que quatre fois pour remporter un petit prix au mois de juin. Précédemment, sous des poids très élevés, variant de 66 à 69 kilos et rendant à ses adversaires de 13 jusqu'à 38 livres, il avait fini troisième dans le prix Dollar, puis second dans le prix de la Seine et la Coupe. A la fin de l'année il passa en vente, et fut acquis, pour 100.000 francs, par le Gouvernement autrichien. • A cette même vacation, Fontainebleau, 16 ans, avait été acheté 17 .000 francs, par M. J . Arnaud.

C'est surtout par leurs brillantes performances en Angleterre que nos jeunes chevaux appellent l'attention, et les succès à^ Gouverneur et Béçérend,à M. E. Blanc, et du trio du baron de Rothschild, Beauharnais, Haute-Saône et Mardi-Gras pouvaient faire espérer que les grands jours de l'écurie Lagrange allaient revenir (2).

(1) War Dance sera l'un de nos bons reproducteurs, et ses produits -^ parmi lesquels figurent Roxelane, Rodilard, Perth, Saint- Armel, Lady Killer, Mordant et Syphon — gagneront 259 courses, montant à 3.211.761 fr. 65, plus 375.553 fr. en obstacles.

(2) Voici le détail de leurs performances :

Gouverneur (Energy et Gladia), à M. E. Blanc. 3 prix. ... Fr. 94.585 50 Kempton Park, Spring T. Y. O. Plate, 3«. . . 1.250 »

Leicester, Portland Stakes, 3« 3.685 50

Newmarket, Rous Mémorial Stakes, 1«'' 15.125 »

— Middle Park Plate, 1" 66.375 »

— Criterlon Stakes, 1" 18.150 »

L'avenir devait, une fois de plus, réduire à néant ces prévisions, et leurs états de service ne seront plus qu'honorables.

Nos jeunes chevaux n'avaient pas été seuls à triompher au delà du détroit et, si Le Nord avait échoué contre Surefoot, dans les Deux mille Guinées, et contre Sainfoin, dans le Derby, etsi Heaume n'avait remporté que les Hastings Plate de 12.500 francs, par contre, Alicante^ à M. Maurice Ephrussi, avait enlevé le Cambridgeshire avec la plus extrême facilité, après avoir pris la seconde place dans le Cesarewitch. Elle portait 46 kil. 1/2, dans cette épreuve, et 50 kilos dans l'autre; chaque fois, elle était partie favorite, d'abord à 5/2, puis à 9/2. Cette faveur se justifiait par ses performances antérieures. Après une carrière particulièrement brillante à deux ans et une victoire au début de sa troisième année, dans le prix du Nabob, elle venait seulement de retrouver sa forme et d'enlever successivement le prix Royal-Oak et le prix d'Octobre, avant d'aller disputer les deux grands handicaps de Newmarket, après lesquels ses gains, à 3 ans, s'élevaient à 159.000 francs

L'année, comme on le voit, avait été heureuse pour notre élevage en Angleterre, où il n'avait pas remporté moins de 450.000 francs de prix.

Nous fûmes aussi heureux en Allemagne. Yellow, au comte de Juigné, qui a.vait triomphé, l'année précédente, dans le prix de l'Avenir, à Bade, n'eut pas de peine à y renouveler l'exploit de son

Révérend (Energy et Rêveuse), à M. E. Blanc. 5 prix. ... Fr. 147.237 60

Newmarket, Maiden Plate, 1" Fr. 2.500 »

Manchester, Whitesuntide Plate, 1" 81.865 75

Caen, Prix du Premier Pas, 1" 15.900 »

Vincennes, Critérium, l^'' 10.000 »

Paris, Grand Critérium, 1" 29.600 »

Leicester, Portland. Stakes, 2« 7.371 85

Beauharnais (Archiduc et Belle Henriette), au baron

de Rothschild. 2 prix ï Fr. 50.937 50

Ascot, Windsor Castle Stakes, 1" Fr. 15.937 50

Newmarket, July Stakes, 1" 33.750 »

— Rutland Plate, 2« 1-250 » '

Haute-Saône (Tristan et Hauteur), au baron de Rothschild. 5 prix Fr. 81.970 »

Newmarket, Exeter Stakes, 1" Fr. 16.525 »

Brighton, Corporation Stakes, 1" 12.145 »

Doncaster, Champagne Stakes, 1" 31.250 »

Newmarket, Prendergast Stakes, 1" 16.175 »

— AU aged Stakes, 1" 5.875 »

Mardi-Gras (Robert the Devil et Skotzka), au baron de

Rothschild. 2 prix Fr. 50.952 50

g, Epsom.SurreyBreeders' Foal Stakes, 1". Fr. 27.827 50 Manchester, Lancaster, Nursery Handicap, 1". 23.125 » Clairon (Wellingtonia et Aida), au baron de Rothschild. 2 prix . Fr. 66.750 »

Spa, Grand Prix, l^'- Fr. 46.750 »

Fontainebleau, prix La Rochette, 1" 20.000 »

camarade Tantale, dans le Grand Prix du Jubilee. Avec se s victoires du Biennal, des prix Hocquart et de Fontainebleau, il créditait son propriétaire de 143.537 fr. 50 et une Coupe d'or.

La Société des Courses de Bade avait apporté une importante modification au programme général, en supprimant la journée qui avait lieu en octobre, pour rétablir, comme au début, une réunion complète, dans la seconde quinzaine du mois d'août.

L'étalon Energy (Sterling et Cherry Duchess), à M. E. Blanc, mourut au moment où ses jeunes produits, Gouverneur et Révérend^ venaient de le mettre en évidence. Il n'était âgé que de dix ans.

Silvio (Blair Athol et Silver Hair) succomba également à une double fracture des boulets antérieurs. Il était né en 1874. Après avoir succombé contre Chamant, dans les Deux mille Guinées, il avait remporté le Derby et le Saint-Léger. Importé, en 1880, par le duc de Gastries, au moment de la reconstitution, sous son nom et ses couleurs, de l'ancienne écurie Edouard Fould, il n'a pas réalisé, au haras, ce qu'on était en droit d'attendre de son origine et de ses succès, ses meilleurs produits ayant été Jupin, Firmament, May Pôle et Lwie II.

Il n'en fut pas de même du célèbre Hermit (Newminster et Seclusion), qui mourut en Angleterre, à l'âge de 26 ans. Nous renvoyons nos lecteurs à la notice que nous avons consacrée aux incidents qui marquèrent sa victoire dans le Derby de 1867. Au haras, il se montra reproducteur du plus grand ordre. En dix-huit ans, ses produits, qui avaient paru sur le turf pour la première fois en 1873, avaient déjà gagné 9 millions de francs d'argent pubUc, dont plus de 800.000 francs en France. C'était alors un record, qui a été battu, dans la suite, par l'extraordinaire Saint-Simon.

Dans les dernières années, ses sailUes étaient tarifées 12.500 francs.

La liste est considérable des bons chevaux qu'il a engendrés, et nous nous contenterons de citer parmi les principaux Thebais, Peter^ Shotover, Saint-Biaise, Tristan, Bavarde^ Heaume, Alicante, etc.

Nous avons dit la transformation que la création des gate-money meetings avait apportée dans les habitudes du turf anglais.

L'époque n'était plus où les prix pouvaient n'être constit par les souscriptions. Sous peine de perdre leur prestige, il fallait que les plus grandes épreuves classiques elles-mêmes fussent dotées d'une allocation. Aussi le Jockey-Club fixait-il, cette année, l'allocation du Derby à 5.000 souverains et celle des Oaks, à 4.000. En 1895, elles seront portées à 6,000 et 4.500 souverains, et en 1903. à 6.500 et 5.000.

A signaler la liquidation, pour cause de fin de société, de l'écurie et du stud du baron de Soubeyran, qui ne conserve que Frontin et Little Duck, pour son haras d'Albans, près de Jouy-en-Josas, où ils font la monte à raison de 2.000 francs.

Les 17 chevaux qui passent aux enchères réalisent 210.125 francs. Le prix le plus fort est atteint par le'trois ans Cadi, que M. Michel Ephrussi paie 40.000 francs.

Le haras de Saint-Georges (Allier) et l'écurie de courses sont immédiatement reconstitués sous le nom et les couleurs du principal associé, le vicomte d'Harcourt (casaque et toque rouge et or.)

Avec l'arrêté du 26 avril 1887, on pouvait croire résolue la question du jeu aux courses; les bookmakers n'existaient plus 'et le pari mutuel, officiellement établi, fonctionnait seul à côté du pari au livre, que l'on n'avait pas encore songé à incriminer.

Si les bookmakers avaient disparu du turf, l'on pense bien qu'ils étaient gens trop ingénieux pour s'être ainsi laissé dépouiller de leurs riches profits sans essayer de les ressaisir par ailleurs. Et c'était à ce pari mutuel même, qu'on leur préférait, qu'ils allaient demander les bénéfices qu'ils avaient tirés jusque-là du pari à la cote. Sous le nom de « Commissionnaires du Pari Mutuel », ils n'avaient pas tardé à transformer Paris en un vaste tripot. Pas de café, d'hôtel, de restaurant, de débit de vin ou de tabac, d'échoppe même, où ils n'eussent d'officines, où, poussés par leurs rabatteurs, bourgeois, ouvriers, employés, concierges, domestiques et collégiens, alléchés par le mirage de certains rendements mirifiques, ne versassent quotidiennement leur obole. Pas de somme, si minime qu'elle fût, qu'ils n'acceptassent, pas de combinaison, si compliquée qu'elle fût, qu'ils n'exécutassent! Cette facilité de pouvoir jouer aux courses, sans y aller, leur assura une clientèle sans cesse grandissante.

Comme bien on pense, ils se gardaient de porter au pari mutue les sommes qui leur étaient ainsiVemises et qu'ils conservaient à leurs risques et périls, se contentant, comme bénéfice, du prélèvement de l'État (qui fut porté ultérieurement à 8 p. 100), ainsi que d'une légère commission; de plus, ils ne payaient jamais au delà de 200 francs par unité de 5 francs, quel que fût le rendement officiel.

Et si, malgré toutes ces sages précautions, leurs affaires tournaient mal, ils en étaient quittes pour filer avec les mises sans rien payer du tout. '

Ils ne disparaissaient pas pour cela; ils permutaient simplement avec un camarade d'un autre quartier qui, pour gagner les bonnes grâces de la chentèle, ne manquait pas de s'indigner hautement de

son indélicatesse et n'hésitait pas à le traiter de voleur, jusqu'au jour où, pour les mêmes raisons, il prenait à son tour la poudre d'escampette.

Et le public affluait de plus en plus chez ces honnêtes trafiquants.

Après Paris, ce furent les grands centres de province qu'ils mirent en coupe réglée.

On peut évaluer à cent millions par an, au bas mot, l'importance de leurs opérations!

Nous ne surprendrons personne en disant que, en même temps que ces opérations prenaient ce développement prodigieux, les vols, abus de confiance, ruines et suicides se multipliaient de façon inquiétante.

Le Gouvernement s'émut, et, le 2 juin 1890, un arrêté ministériel interdisait « de participer au pari mutuel par l'intermédiaire de mandataires au moyen de commissions en dehors du champ de courses.

En dépit des nombreuses poursuites opérées, cette mesure était trop anodine pour enrayer le mal, d'autant que les tribunaux des différents ressorts judiciaires n'envisagèrent pas de la même façon le nouveau déUt que cet arrêté créait : en effet, tandis que les uns condamnaient les inculpés, d'autres estimaient au contraire qu'il y avait dans co genre de commission un exercice parfaitement légitime du mandat; d'autres, enfin, s'en prenaient au pari mutuel lui-même, qu'ils déclaraient parfaitement illégal!...

C'était l'anarchie. Nous verrons, en 1891, comment fut tranchée la question et le nouvel état de choses qui allait en découler.

Ici se termine la dernière période du sport libre, du sport élégant et de luxe.

Déjà bien déchu de ce qu'il était autrefois, il conservait cependant encore une certaine allure de noblesse et de courtoisie, qui ne résistera pas à l'ère de démocratisation dans laquelle nous allons entrer.

Au régime de liberté, va succéder, pour les sociétés de courses, leur subordination à la volonté de l'État. Une nouvelle législation va désormais donner au turf une tout autre physionomie, et, si la bienfaisance trouve son compte dans l'application de la loi, les vrais sportsmen regretteront l'ancien état de choses qui, sans être parfait, avait cependant ses bons côtés.

L'installation du pari mutuel n'était pas incompatible avec celle des donneurs, qu'il eût suffi de réglementer.

En les supprimant radicalement, on a ôté au public toute chance de se défendre au jeu; on a éloigné ainsi du turf nombre de bons sportsmen et enlevé toute vie, toute animation au bettingqui était, qu'on le veuille ou non, l'âme des courses.

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