‹ Historique des courses de chevaux de l'antiquité à ce jourChapitre 95 sur 202 · CHAPITRE LXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXVII

Loi du 2 juin. — Nouveau contrat de cinquante années entre la Ville de Paris et la Société d'Encouragement. — Ermak, Clamart, Révérend, Gouverneur.

— Mirabeau, Le Glorieux et Yellow (suite). — • Meeting international de Maisons-Laffitte. — Prix Boïard et prix Eclipse. — L'écurie de M. E. de Saint-Alary. — MM. Mackenzie-Grieves et A. de Montgomery. — T. Carter neveu. — Retraite du turf de M. A. Lupin. — Liquidation de l'écurie P. Donon. — Childwick : record du prix de vente d'un yearling.

— Mort des étalons Atlantic ei Mortemer.

' La nouvelle période qui s'ouvre est celle de la démocratisation du turf et du struggle for lije.

Faire courir va cesser d'être une question de goût ou de luxe, pour ne plus être qu'une entreprise commerciale.

De l'avenir de la race chevaline, chacun se désintéressera de plus en plus, pour ne plus voir que le seul moment présent.

Les grands sportsmen de l'ancienne école s'ingéniaient à utiliser leurs produits au mieux des aptitudes différentes qu'ils croyaient trouver en chacun d'eux; les sportsmen de l'école moderne n'y mettront pas tant de façons et, dans l'animal nerveux et impressionnable qu'est le pur sang, ils ne verront qu'une machine, qui a coûté plus ou moinscher,et qui doit rapporter le plus d'argent possible, le plus tôt possible.

Aussi les courses de deux ans vont-elles se multiplier à l'infini.

Qu'importe qu'un poulain soit usé avant l'âge, s'il paie son avoine dès sa première année de turf!... Malheur au cheval à qui son état de santé et de préparation permettra de paraître de bonne heure en pubUc! De ce jour, plus de répit pour lui, et la pauvre bête courra par tous les temps, sur toutes les pistes et sur toutes les distances, jusqu'à ce qu'elle claque.

Alors que les courses devraient n'avoir qu'un but, la sélection, pour l'amélioration de la race, elles ne seront plus, au figuré comme en réalité, qu'une bousculade plus ou moins brutale, une vulgaire chasse aux gros sous.

Au sens littéral du mot, ce seront peut-çtre encore là des courses de chevaux, mais, à coup sûr, cela sera de moins en moins du sport.

L'année 1891 marque une date capitale dans l'histoire du turf en France.

A l'ère de liberté absolue dont les sociétés de courses jouissaient depuis 1866, allait succéder leur subordination complète, matérielle et financière, à l'autorité administrative.

Nous avons vu à quelles contradictions judiciaires avait donné lieu l'interprétation de l'arrêté ministériel du 2 juin 1890 défendant de parier aux courses en dehors des hippodromes, par l'entremise de mandataires.

On en était là quand, le 28 février 1891, le Ministre de l'Intérieur déposa sur le bureau de la Chambre un projet de loi, concernant « la centrahsation et le mode de répartition des fonds provenant des prélèvements de 2 p. 100 opérés sur le pari mutuel, en vertu de l'arrêté du 28 avril 1887, lesquels s'élevaient à somme de 4.111.000 francs, qui avait été déposée provisoirement dans les caisses du Crédit Foncier ».

Comme le Conseil Municipal, quatre années auparavant, la Chambre se montra fort hostile à l'incorporation au budget de sommes provenant du jeu, et elle se refusa à réglementer la question des paris aux courses, celle-ci semblant ne devoir être qu'une simple mesure de police.

Devant ce vote, le Ministre n'hésita pas, et, par l'arrêté du 3 mars,, il fit à nouveau disparaître des hippodromes « tous les signes extérieurs du pari mutuel et du pari à la cote ».

Les mêmes causes produisant toujours les mêmes effets, on vit, comme la première fois, le chiffre des entrées sur les hippodromes parisiens diminuer brusquement de façon inquiétante, cependant que les mêmes protestations s'élevaient parmi les éleveurs et les Sociétés de courses. Ces plaintes, appuyées par la manifestation imposante faite en faveur des courses par les Conseils généraux (dont 64 sur 86 émirent des vœux favorables au rétabUssement des paris, inséparables de leur existence), amenèrent le Ministre de l'Agriculture à déposer, le 12 mars, un projet de loi ayant non plus pour objet la répartition des fonds provenant du pari mutuel, mais bien

«déréglementer l'autorisation et le fonctionnement des courses de chevaux ».

Quelles raisons motivaient ainsi l'intervention de F Etat dansl'existence même des Sociétés de courses, qui n'étaient soumises jusqu'alors à aucune réglementation, à aucune autorisation préalable et pouvaient se former et fonctionner librement?

Nous les trouvons dans l'exposé des motifs du projet de loi et dans le consciencieux travail du rapporteur, M. Riotteau.

« De nombreux champs de courses, disait le Ministre, qui ne reçoivent pas de prix du Gouvernement, ont pu s'ouvrir et s'exploiter sans approbation ni contrôle de l'administration supérieure. La plupart des sociétés qui exploitent ces hippodromes sont loin de consacrer exclusivement leurs ressources à l'œuvre d'intérêt général qui a servi de prétexte à leur création, et les courses qu'elles organisent n'ont aucune utilité réelle pour le perfectionnement de nos races de chevaux de trait ou de guerre. Le nombre des journées de courses à Paris et dans la banlieue en est aussi arrivé à atteindre le chiffre exorbitant de 315 en une année. C'est à cette situation, qui a largement contribué au développement de la passion du jeu, qu'il importe de mettre fin. »

Et le rapporteur ajoutait : « A côté des Sociétés de courses fondées, soit à Paris, soit en province, soit même dans la banlieue, dans le but exclusif d'améliorer la race chevaline et qui consacrent à cette œuvre l'intégralité de leurs ressources, sans profit personnel pour aucun de leurs membres, se sont constituées, sous le nom de « sociétés de courses », de véritables entreprises industrielles. Quelques-unes de ces entreprises n'ont vu dans les courses de chevaux qu'un genre de spectacles d'autant plus fructueux à exploiter qu'à l'intérêt de la course s'ajoute l'attrait puissant du jeu. Nous ne nions pas qu'elles n'aient fait la part de l'élevage dans leurs bénéfices. Mais on peut contester les services que sont susceptibles de rendre à la race chevaline les épreuves organisées sur leurs hippodromes. Il est trop évident que sur certains d'entre eux la course n'est le plus souvent que le prétexte. Le nombre des journées a pris des proportions considérables. Ainsi, les réunions organisées par les Sociétés dans la banlieue de Paris ont fini par dépasser le nombre des séances de courses tenues par les principales sociétés. Les hippodromes suburbains donnent par an 200 journées de courses ; Longchamp , Auteuil et Vincennes, 1 1 5 . Au total, 315 journées pour Paris et sa banlieue. Or le nombre des journées de courses, pour la même région, s'élevait naguère au tiers. M. le Ministre de l'Agriculture estime que l'élevage n'est pas réellement intéressé à ce développement abusif des courses; il y voit la cause principale de l'accroissement constant du nombre des parieurs et de la passion du jeu (1). Votre Commission partage en grande

(1) Des statistiques présentées par M. Riotteau, il résultait que, pour 106 réunions données, en 1890, sxir les hippodrome? de Longchamp, Auteuil et Vin-

majorité l'avis du Gouvernement. Elle estime, avec lui, qu'il importe de ne plus tolérer désormais que les seules courses de chevaux organisées exclusivement en vue de l'amélioration de la race chevaline et de ne pas permettre aux Sociétés de courses de se transformer en entreprises industrielles.

« Pour arriver à ce but, il y a lieu : 1° de soumettre l'ouverture des champs de courses au régime de l'autorisation préalable; 2» d'interdire aux Sociétés autorisées tout partage entre associés ou toute attribution à des tiers, de bénéfices ou de gains, sous quelque forme que ce soit.

« A cet effet, toute Société de courses doit soumettre ses statuts sociaux à l'approbation du Ministre de l'Agriculture, qui rendra sa décision après avis du Conseil supérieur des Haras. Ce Conseil, composé des hommes les plus experts dans toutes les questions qui intéressent la race chevahne, est parfaitement placé pour reconnaître les services que telle Société de courses peut rendre à l'élevage et pour apprécier si cette société n'a en vue aucune spéculation financière.

« Enfin, pour s'assurer qu'elles se consacrent à l'améhoration de la race chevahne, le Gouvernement était d'avis qu'il y avait lieu de procéder à l'examen et au contrôle du budget annuel de chaque société. »

C'est ce projet ministériel, voté par la Chambre dans sa séance du 13 mai, et par le Sénat, le 1er juin, qui est devenu la loi du 2 juin 1891, qui régit encore les courses aujourd'hui.

Cette loi était bientôt complétée par le décret du 7 juillet — nous publions, aux annexes, le texte intégral de ces deux actes — qui spécifiait les conditions de contrôle de l'Administration et l'emploi des recettes des Sociétés, ainsi que les obligations qui leur étaient imposées pour l'exploitation du pari mutuel sur leurs hippodromes.

Un nouveau régime était créé.

Dorénavant, l'existence des Sociétés de courses est entièrement subordonnée, non pas même au Gouvernement, mais au seul bon plaisir du Ministre de l'Agriculture, à qui appartient désormais le droit de leur accorder ou de leur refuser l'autorisation préalable : il prononce en dernier ressort, en effet, d'après l'avis du Conseil supérieur des Haras (et non en conformité de cet avis), ce qui le laisse libre de donner à cet avis telle suite qu'il entend.

Aucun hippodrome ne pouvait plus s'ouvrir sans l'avis favorable dudit Conseil, comme n'étaient plus autorisées à fonctionner, que les

cennes, le chiffre moyen de paris, par tête de spectateur, a été de 90 francs au pesage et aux tribunes, et de 7 francs à la pelouse; alors que, sur les hippodromes suburbains, cette moyenne, pour 170 réunions, s'est élevée à 154 francs au pesage, et 32 francs à la pelouse.

C'était bien la confirmation que la clientèle des « Suburbains » était exclusivement composée de joueurs, tandis que les grandes réunions de Longchamp et Auteuil attirent tout un public élégant qu'intéresse la beauté du spectacle hippique.

1891 A Fix 1913 531

Sociétés de courses consacrant l'intégralité de leurs ressources à l'élevage, sans profits ou gains d'aucune sorte pour qui que ce fut (1); de plus, leurs comptes annuels devaient être soumis à la vérification des inspecteurs du Ministère des Finances (2).

Dans ces conditions, elles étaient autorisées à installer le pari mutuel sur leurs hippodromes, moyennant un prélèvement global de 7 p. 100 sur les fonds engagés, à répartir ainsi : 4 p. 100 au profit des sociétés pour les indemniser de leurs frais; 2 p. 100 au profit des œuvres de bienfaisance et 1 p. 100 qui faisait retour au Ministère de l'Agriculture pour être employé en encouragements à l'élevage (3).

Si l'on s'en rapporte aux discussions parlementaires qui précédèrent le vote du projet de loi, il en ressort clairement que députés et sénateurs avaient surtout pour but de diminuer le nombre des hippodromes et, par suite, celui des journées de courses, et d'enrayer ainsi la passion du jeu.

Vingt ans se sont écoulés depuis, et Ton est obligé de constater que la loi du 2 juin 1891 a eu un effet absolument contraire à celui que l'on en attendait, puisque le nombre des hippodromes, qui n'était alors que de 277, s'élève aujourd'hui à 433, et que le total des sommes engagées au pari mutuel, qui était en moyenne de 181 millions ipendant les cinq premières années, n'a cessé d'aller en augmentant pour atteindre près de 400 millions en 1912!

La loi du 2 juin ne marquait pas qu'une étape nouvelle, et non la moins importante, dans la marche des courses en France.

Elle allait avoir pour conséquence immédiate une modification radicale du statut originaire de la Société d'Encouragement, par lequel celle-ci s'était engagée à consacrer l'exclusivité de ses allocations aux seuls chevaux de pur sang nés et élevés en France. Et le plus curieux, c'est que cette violation allait lui être imposée par la Ville de Paris, pour doter des prix que la Ville serait censée offrir?

Onreconnaîtbien l'esprit politique du temps, dans cette générosité... avec l'argent des autres.

En effet, suivant acte administratif en date du 25 juillet 1891, le bail de cinquante années — consenti par la Ville de Paris, le 24 juin 1856, à la Société d'Encouragement, pour l'exploitation de l'hippodrome de Longchamp, et qui venait à expiration en 1906, — était prorogé jusqu'au 31 décembre 1941, aux conditions suivantes, la

(1) En contradiction formelle avec ce texte, nous verrons que le premier soin du Comité consultatif permanent des Courses, créé par l'arrêté ministériel du 16 juillet 1906, sera de demander la suppression de la gratuité des fonctions de commissaires, imposée jusque-là par la Société d'Encouragement!...

(2) Le décret du 4 novembre 1896 complétera encore ces dispositions en fixant un maximum au fonds de réserve que les Sociétés étaient autorisées à constituer.

(3) La proposition Lempereur, votée en 1903, portera ce prélèvement global à 8 p. 100, grâce à un prélèvement supplémentaire de 1 p. 100.

Société d'Encouragement demeurant maîtresse de le résilier, au cas où le pari mutuel viendrait à être à nouveau interdit :

1° La Société, dont la gestion antérieure a été approuvée sans réserve, paiera à la Ville de Paris, à partir du l^'" janvier 1892, un loyer annuel de 100.000 francs;

2» La Ville recevra, en outre, sur les recettes perçues à Feutrée de l'hippodrome, un droit variable de 3 à 5 p. 100, dont le montant représente à peu près une somme égale (3 p. 100, sur les recettes audessous de 1.500.000 francs; 4 p. 100, de 1.500.000 à 2 millions; 5 p. 100, au-dessus de 2 millions de francs);

3° L'allocation du Grand Prix sera portée à 200.000 francs, sur laquelle la Société d'Encouragement fournira 150.000 francs. Un autre prix international de 100.000 francs, le prix du Conseil Municipal, exclusivement à la charge de la Société, sera couru à la réunion d'automne du Bois de Boulogne. Ces deux prix n'en seront pas moins offerts au nom de la Ville de Paris, la Société devant, par ses statuts, réserver aux chevaux nés en France, la totalité de ses allocations .

Depuis la création du Grand Prix, en 1863, l'allocation de 100.000 francs avait été fournie, moitié par la Ville, et moitié par les cinq grandes compagnies de chemins de fer. Quant au loyer annuel que la Société d'Encouragement payait pour l'exploitation de l'hippodrome de Longchamp, il avait été fixé à 12.000 francs, parle bail du 24 juin 1856.

Par suite des nouvelles conventions, c'était une charge annuelle de450.000francs, que la Ville imposait à la Société d'Encouragemen|;, au lieu de 12.000!

Nous reviendrons, en 1893, quand se courra le premier prix du Conseil Municipal, sur les conditions de cette nouvelle épreuve.

Vainqueur du prix de Guiche, du Derby du Midi et du prix Daru, Ermak (Farfadet et Energetic), à M. R. de Monbel, enleva facilement le prix du Jockey-Club. Favori dans le Grand Prix, il y fut victime d'un grave accident, une profonde coupure au paturon, qui termina virtuellement sa carrière.

Les deux premières places furent prises par Clamart (Saumur et Princess Catherine) et Révérend (Energy et Rêveuse), qui n'avaient pas figuré à Chantilly. Ils appartenaient à M. E. Blanc, qui avait mis également en ligne Gouverneur. Celui-ci, qui eut toujours les préférences de l'écurie, ne joua aucun rôle dans la course, dont Révérend, au contraire, peut être considéré comme le vainqueur « moral ». Il avait eu la tâche la plus dure, en effet, menant bon train dès le tournant de la cascade et résistant successivement à tous les assauts, et ce n'avait été qu'à la distance alors que, maître de la partie, il ne pensait pas avoir à lutter contre un camarade d'écurie, que Clamart était venu le dépasser.

Clamart avait à son actif les prix Lagrange, Fould et Seymour; Révérend, le prix Greffulhe et, moralement aussi, la Grande Poule des Produits, dans laquelle il s'était effacé devant Gouverneur.

Alors que ses deux compagnons en resteront là de leurs succès, Révérend remportera encore une course des plus importantes en Angleterre, le Prince of Wales Stakes, de 125.000 francs, à Leicester, et prendra la seconde place, dans le Saint-Léger, derrière Common (1).

A côté d'eux, on peut citer la pouliche Primrose (Peter et La Papillonne), à M. Michel Ephrussi, qui gagne le prix du Nabob (aujourd'hui Noailles), la Poule d'Essai, de son sexe, sur son homonyme, Primerose, à M. H. Delamarre, et le prix de Diane.

Parmi les vieux, Mirabeau (Saxifrage et Marionnette), à M. P. Aumont, qui n'avait pas fait grand'chose à trois ans, réalise le triple event Cadran-Rainbow-Gladiateur; — Le Glorieux, au baron de Soubeyran, enlève les prix du Prince de Galles, de Dangu, de Jouvence et du Pin; — Yellow, au comte de Juigné, le Grand Prix de Deauville, ceux de Seine-et-Marne, de Bois-Roussel et de Chantilly ; — et Rarberousse termine sa fructueuse carrière, avec celui des Sablons et la Coupe.

Le meilleur deux ans est Rueil, le jeune frère de Révérend, qui gagne le Whitesuntide plate de 65.000 francs, à Manchester, le prix Eclipse, à Maisons-Laffitte, et le Grand Critérium, à Paris; — puis viennent trois poulains, au baron de Schickler, Chêne-Royal (prix La Rochette), Fra Angelico (prix de l'Avenir, à Bade) et Caballero (prix du Premier Pas, à Caen) ; — eiRânes, à M. H. Say (prix de Deux Ans, à Deauville, et Critérium de Dieppe).

A l'étranger, notre élevage avait encore triomphé dans le prix du Jubilee de la Fondation de Bade, avec Le Capricorne, au baron de Schickler, et, dans le Grand prix du Commerce à Milan, avec Clarisse, à M. E. Veil-Picard.

La Société Sportive renonce aux courses plates sur son hippodrome de Saint-Ouen, dont la configuration ne s'y prêtait guère, avec ses tournants répétés. Désormais, elle va porter tous ses efforts sur le développement des réunions de Maisons-Laffitte, où elle crée, cette année même, son meeting international d'automne : il ne comprend encore que deux journées, dont les principales épreuves sont le Handicap de la Tamise (12.500 francs, 1.800 mètres) et le Critérium de Maisons-Laffitte (10.000 francs, 1.400 mètres).

(1) Gouverneur avait déjà succombé contre ce même Common, d'abord dans les Deux mille Guinées, où, favori à 5/4, il n'avait pas été placé, puis dans le Derby, où il fmit à deux longueurs de lui. Plus tard, bénéficiant d'un avantage de 3 livres, il l'avait battu d'une tête, pour la seconde place dans les Eclipse Stakes, gagnées par Surefoot.

Elle avait créé également, pour les deux ans, le prix Eclipse, dont la distance, d'abord de 1.200 mètres, puis de 1.400, sera portée à 1.600 en 1908, et le prix Boïard, course à poids pour âge, pour .3 ans et au-dessus, sur 2.000 mètres. Grâce à l'augmentation rapide de son allocation ( qui , de 6 .000 francs la première année , s' élève à 1 0 .000 , en 1892; 20.000, en 1893, et 50.000, en 1896), cette épreuve, la plus importante de ce genre, pendant le printemps, ne tarda pas à jouir de la plus grande vogue, et les meilleurs chevaux tinrent à honneur de la disputer.

De 1905 à 1910, inclusivement, le prix Boïard prit le nom de prix Eugène-Adam.

M. Mackenzie-Grieves.

Au bulletin nécrologique, nous avons à enregistrer la mort de MM. Mackenzie-Grieves, A. de Montgomery et T. Carter neveu. M. Mackenzie-Grieves était âgé dfe quatre-vingt-deux ans. Membre

du Jockey-Club depuis 1841, il s'occupait plus spécialement de la surveillance des terrains de la Société d'Encouragement, et sa compétence dans cette branche du sport lui avait valu de prendre une part active à l'aménagement de l'hippodrome de Longchamp, en 1856. Gentleman accompli, M. Mackenzie-Grieves fut, jusqu'à ses derniers moments, un fervent cavalier, et, chaque après-midi, on pouvait le voir au Bois, dans son impeccable tenue, d'une élégance un peu désuète, redingote bleue, cravate flottante et pantalon gris-perle, montant toujours des chevaux admirablement mis.

T. Carter neveu avait connu les grands succès comme entraîneur de^ï. Edouard Fould, d'abord, puis du duc de Castries et du baron de Soubeyran, avec Saltarelle, Saltéador, Saxifrage, Mondaine, Frontin, Little-Duck, etc.

M. A. de Montgomery fut, avec M. André, le prototype du propriétaire heureux. Avec quelques chevaux seulement, il n'en remporta pas moins les victoires les plus enviées, et La Toucques et Fervacques rendirent célèbre la casaque écossaise. Il ne faisait plus courir depuis longtemps, et s'occupait de la direction des écuries du baron <ie Rothschild.

Un jeune propriétaire, qui peut prendre rang à leur côté parmi <:eux que la Fortune se plaît à combler de ses faveurs, gagne sa première course au début de la saison à Maisons-Laffitte.

Cet heureux débutant est M. E. de Saint-Alary, dont la casaque rayée marron et jaune n'allait pas tarder à s'illustrer dans les plus grandes épreuves, bien qu'il ne dût jamais posséder qu'une écurie €t un élevage restreints à quelques têtes seulement.

M. A. Lupin entrait dans sa quatre-vingt-cinquième année. Dès l'automne précédent, il avait manifesté son intention de se retirer du turf. Mais, quand il procéda à la liquidation de son écurie, on ne voulut pas croire — tant il avait été coutumier du fait — que sa résolution était, cette fois, définitive, et l'on attendra la dispersion de son haras, deux ans plus tard, pour se rendre à l'évidence.

Les chevaux de trois ans et au-dessus passèrent aux enchères avant l'ouverture de la saison de plat; les yearlings et les deux ans, à l'automne. L'effectif était de cinquante têtes, qui produisirent S15.800 francs (1).

(1) Voici les prix les plus intéressants :

MM. tr.

Philadelphie (Xaintrailles et Pensacola), 3 ans. . Raphaël. 46.500

Jei-d'Eaii (Xaintrailles et Cascatelle), 3 ans. ... Ch. Liénart. 41.000

Aérolithe (Nougat et Astrée), 5 ans W. Scott. 40.000

PerZe-Fine (Xaintrailles et Perla), 3 ans Raphaël. 39.000

Cha,ndernagor (Xaintrailles et Pensacola), 2 ans. E. P.lanc. 30.000

€romaie»a (Wellingtonia et Perla), 4 ans O» de St-Phalle. 25.000

Une autre écurie, qui eut son heure de célébrité, disparut également, emportée, celle-ci, dans la déconfiture d'un grand établissement financier, dont M. P. Donon était un des dirigeants.

La vente, qui comprenait 32 chevaux de deux ans et au-dessus, eut lieu le 15 avril; le total des enchères atteignit 864.850 francs. En dépit des prix très élevés obtenus par certains sujets (1), la pouliche de deux ans, Kairouan (Le Destrier et Khabara) — dont M. C. Blanc se rendit acquéreur pour 28.000 francs — est la seule qui fit quelque chose par la suite:

Signalons aussi, en raison du rôle qu'il jouera dans notre élevage, la vente, parmi les yearlings présentés à Newmarket, du poulain Childwick, le premier produit de Plaisanterie. Son aspect et sa haute origine (il était par Saint-Simon) suscitèrent de chaudes enchères; finalement, ilrestaà Sir Blundell Maple, pour 157.000 fr., ce qui constituait alors le record du prix qu'eût atteint un yearUng.

Atlantic mourut au haras de Martinvast, où il avait été importé, en 1884, par le baron de Schickler. Né chez lord Falmouth, en 1871 (de Thormanby,Berhy 1860, et H ur ricane, Mille Guinées, 1862), U sembla tout d'abord vouloir justifier les espérances que sa haute naissance permettait de fonde*r. Il gagna, en effet, d'une tête les Deux mille Guinées, monté par F. Archer, dont ce fut la première grande victoire classique. Mais, victime d'un accident de chemin de fer en se rendant à Epsom, il ne put prendre que la troisième place, dans le Derby, derrière George Frederick (qui sera le père de Frontin) et Couronne de Fer.

Atlantic a produit Iceberg, Transatlantic, Pacific, Fitz Roy a, Le Capricorne (père de Punta Gorda), Fousi-Yama, Ravioli, Cherbourg, etc., mais c'est surtout par son glorieux fils Le Sancy, qu'il a marqué une trace profonde dans l'élevage indigène.

Le célèbre étalon Mortemer avait dû être abattu, pour cause d'épuisement, au haras de Brookdale (États-Unis), à l'âge de 26 ans. Importé en Amérique, à la fin de 1880, par M. P. Lorillard, il n'y avait pas confirmé la haute qualité dont il avait fait preuve jusque-là en France. Comme le remarque fort judicieusement Saint-Georges,.

(1) MM. Fr.

Sain^Grégoire (Bruce et Regardez), 3 ans E. Blanc. 102.000

Wa,ndora, (Bruce et Windfall), 4 ans E. Blanc. 92.000

Carrousel (Escogriffe et Clémentine), 3 ans H. Say. 72.000

Windoxo (Escogriffe et Windfall), 3 ans C. Blanc. 66.000

L'étalon Le Destrier (Flageolet et La Dheune), âgé de 14 ans, fut payé 97.000 francs, par M. Th. Dousdebès.

dans le Turf français au XI X^ siècle, cet étalon puissant et de haute taille — et dont tous les produits, grands et fortement charpentés, furent des animaux tardifs — n'était pas fait pour l'élevage américain, qui pousse exclusivement aux modèles légers et précoces.

C'est surtout par ses filles , dont M. Vanderbilt ramena plusieurs en France, que son sang s'est transmis au delà de l'Atlantique.

A la mort de M. Lorillard, Mortemer avait été racheté par M. Whiters pour 12.500 francs, le dixième du prix qu'il avait été payé.

Pour plus de détails, nous renvoyons à la notice que nous lui avons consacrée au moment de son exportation.

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