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CHAPITRE LXIX

Le Grand Prix est porté à 200.000 francs. — Création des prix de Fontainebleau, de Sablonville, et de l'Omnium de Deux Ans. — Chêne-Royal, Fra Angelico, Rueil, Gil-Pérès, Fripon, Galette. — • Bérenger (suite). — Débuts des chevaux de 2 ans dans la région parisienne. — • L'écurie Albert Menier. — MM. Léonce Delâtre et comte de Saint-Roman. — Les primes aux éleveurs. — Les familles de pur sang, par Bruce Lowe. — Orme et La Flèche. — Mort de Doncaster.

Nombreuses sont les nouvelles épreuves qui s'ajoutent au calendrier hippique.

Sans parler du Grand Prix de Paris, dont l'allocation est portée à 200.000 francs, citons la création, parla Société d'Encouragement, au début de la saison, du prix de Fontainebleau (15.000 fr., 2.200 m.), pour chevaux de 3 ans, et, à l'automne, du prix de Sablonville (7.000 francs, 1.000 mètres) pour chevaux de 2 ans n'ayant pas encore couru ( 1 ) .

De son côté, la Société Sportive ne reste pas inactive et on lui doit la création de VOmnium de Deux Ans, qui précède d'une semaine le prix du Premier Pas, à Caen, et qui ne tardera pas à prendre rang parmi les épreuves classiques pour jeunes chevaux (2).

(1 ) Si le prix de Fontainebleau, en raison de l'époque avancée où il est placé, n'attirera que tout à fait exceptionnellement les premiers sujets de la génération, le prix de Sablonville, par contre, servira souvent de début à d'excellents chevaux, retardés, pour ime raison ou l'autre, dans leur préparation, tels, par exemple, que Ragotsky, La Camargo, Macdonald II et Union. Aujourd'hui, l'allocation du prix de Sablonville est de 15.000 francs.

(2) La distance de 1.100 mètres a été portée à 1.200 pendant les trois années 1903, 1904 et 1905.

L'allocation primitive de 6.000 francs s'est élevée k 10.000, en 1896; 20.000, en 1906; 25.000, en 1908; et 50.000, en 1911.

C'est aujourd'hui la plus riche épreuve que nous ayons en France pour les deux ans; elle se monte, en effet, avec les entrées et forfaits, à 75.000 francs environ pour le gagnant plus une prime de 3.000 francs à l'éleveur.

Chêne-Royal (Narcisse et Perplexité) et Fra Angelico (Perplexe et Czardas), au baron de Schickler, après avoir remporté respectivement, le premier, le prix La Rochette et la Grande Poule, le second, le prix Grefïulhe et la Poule d'Essai, n'avaient pas eu à s'employer pour finir en tête, dans le prix du Jockey-Club, dans l'ordre désiré par leur propriétaire, comme ils le feront encore, à l'automne, dans le prix Royal-Oak.

Étant donnée la supériorité qu'ils avaient montrée — et qu'ils confirmèrent par la suite — sur tous leurs contemporains, il est hors de doute qu'ils eussent pris de même les deux premières places dans le Grand Prix, sans la folle tactique employée par leurs jockeys, Madge et Kearney qui, dès le commencement de la descente, avaient entamé une lutte acharnée entre eux, absolument comme s'ils eussent couru un match!... Le résultat de cette faute grossière fut d'user prématurément les moyens de leurs chevaux et de ne leur laisser aucune ressource pour la fin, en sorte qu'après s'être ainsi mutuellement coupé la gorge, ils furent incapables d'opposer la moindre résistance à ceux qui, mieux ménagés, avaient attendu patiemment la fin de ce duel fratricide.

Rueil (Energy et Rêveuse) — qui n'avait pas confirmé ses performances de deux ans et qui n'avait pas figuré à Chantilly — ne dut qu'à la maîtrise de Tome Lane de l'emporter d'une encolure sur Courlis (Rolfe), que Chêne-Royal suivait à trois longueurs, devant Rucentaure et Fra Angelico.

Cette heureuse victoire de Rueil n'eut pas de lendemain.

Courlis (Sansonnet et Citronelle), à M. H. Ridgway, n'était pas dénué de qualité : il avait enlevé les prix Stuart,Boïard,Mackenzie- Grieves et du Prince de Galles, mais il avait de mauvaises jambes et claqua à quelques mètres du poteau, dans le Grand Prix, ce qui lui coûta la course. (Avec Cambyse, sa mère avait produit Callistrate, que nous verrons débuter à l'arrière-saison.)

(1) Tom Lane, le meilleur des jockeys de l'époque avec Dodge, était un spécialiste du Grand Prix, qu'il remportait pour la quatrième fois en cinq ans, y ayant déjà piloté Stuart (1888), Filz-Roya, (1890) et Clamart (1891). Il sera également en selle, l'année suivante, sur Ragotsky, et, en 1899, sur Perth, établissant ainsi le record de 6 victoires.

Après lui viennent :

Avec 5 montes gagnantes: Tom Cannon (Qeylon, 1866; Trent, 1874; Thurio, 1878; Frontin, 1883, et Little-Duck, 1884);

Avec 4: W. Pratt (Le Roi Soleil, 1898; Semendria, 1900; Kizil-Kourgan, 1902, et Quo Vadis, 1903);

Avec 3 : G. Fordham {Fervacques, 1867; TheEarl, 1868, et Foxhall, 1881), — et Fred Archer (Bruce, 1882; Paradox, 1885, et Minting, 1886).

Avec 2: Kitchener (Vermout, 1864, et Glaneur, 1869); — Maidment (Cremome, 1872, et Kisber, 1876); — Hudson (Saint- Christophe, 1877, et Nubienne, 1879); Dodge (Dolma-Baghtché, 1894, et Doge, 1897); — Barlen (Andrée, 1895, et Arreau, 1896); — G. Stern (Ajax, 1904, et Brûleur, 1913).

Bucentaure, dont la meilleure performance était une place de troisième dans le prix du Jockey- Club, à distance respectueuse des deux représentants de la casaque blanc et cerise, ne craignit pas d'aller disputer le Derby d'Epsom. Il s'y comporta très honorablement, finissant bon troisième derrière Sir Hugo et la favorite La FlècJie {Vhéroïne des Mille Guinées, qui devait remporter par la suite lesOaks et le Saint-Léger), tandis que 7? ?/,e«7 était, comme à Chantilly > parmi les non placés, ce qui prouve la fausseté de sa victoire ultérieure dans le Grand Prix.

Après ces chevaux de tête, il faut citer le grand triomphateur de province, Gil Pérès (Vignemale et Gipsy), à M. D. Guestier, qui ne remporte pas moins de 14 victoires et 4 places, sur les 19 courses qu'il dispute. Vainqueur, notamment, de la Poule d'Essai, à Pau, et du Derby du Midi, à Bordeaux, il cueillit, à Paris, le prix d'Ispahan. Ses gains s'élevèrent à plus de 100.000 francs. Gil Pérès sera le père d'Aigle Royal, qui renouvellera, en 1900, ses fructueux exploits.

C'est également plus de 100.000 francs que ramassa Odin (Cœruleus et Oatcake), au comte R.de Clermont-Tonnerre, avec 7 victoires, dont le Grand Prix du Commerce, à Milan, et le prix du Prince Amédée,àTurin.

A noter aussi Fripon (Fil-en-Quatre et Fanny), à H. Gibson, qui gagne 9 courses sur 11 , — et Galette (Nougat et Sisler to Toastmaster), 8 victoires et 7 places, sur 18 courses. Elle provenait de l'élevage de M. Maurice Ephrussi et avait été réclamée pour 12.000 francs, par le capitaine A. Boyd, au début de la saison, à Maisons-Laffitte. Elle avait remporté, entre autres épreuves, les prix de Victot et de Longchamp, à Deauville, après quoi elle était devenue la propriété de M. Maurice de Gheest, pour le compte de qui elle fournira une carrière de quatre ans plus brillante encore.

Le meilleur des vétérans est Bérenger (The Bard et Boutade), à M. H. Say, à qui reviennent les prix des Sablons, Cadran, Rainbow et La Rochette; — Aquarium eut le Gladiateur.

La grande province n'a plus le monopole du début des jeunes chevaux, qui paraissent d'abord à Maisons-Laffitte, au commencement d'août, dans les Poules d'Essai des Poulains ou des Pouliches,, le jour même de l'Omnium de Deux Ans.

C'est la première étape de la décadence du prix du Premier Pas,, dont tout l'attrait résidait dans la nouveauté du spectacle.

Sept poulains se détachent nettement sur l'ensemble de la jeune génération : trois, au baron de Schickler, Ragotsky (prix de Sablonville), Fousi-Yama (prix de la Salamandre), et Tournesol (prix Eclipse); — trois, à M. E. Blanc, Marly (prix de Deux Ans et Grand Critérium), jLag/'ang:e (prix du Premier Pas et Critérium de Dieppe), et Commandeur (Omnium et Critérium de Maisons-Laffitte), — et Le

Nicham II, au baron de Rothschild, vainqueur des Woodcote Stakes, à Epsom.

Sur ces sept candidats aux grandes épreuves futures, combien allaient rester en route !

Callistrate, à M. A. Abeille, avait débuté obscurément dans le prix de Saint-Firmin.

Une nouvelle écurie, qui sera formidable — par le nombre, tout au moins, car il lui manqua toujours une âme directice — fait son apparition sur le turf, celle de M. A. Menier, le grand chocolatier, qui, en plus du haras du Mandinet, vient de se rendre acquéreur du domaine de Ghamant, où il aura plus d'une centaine de chevaux de plat et d'obstacles, sous la direction des frères Bartholomew, indépendamment de l'écurie régionale qu'il a montée, à Pau, avec Jacquemin, comme entraîneur.

Ce riche industriel ne connaissait rien ou presque aux choses de courses et d'élevage, mais son argent, pensait-il, devait lui tenir lieu de toute science. Il s'aperçut par la suite que, sur le turf moins que partout ailleurs, il ne suffit pas pour réussir de vouloir faire grand, mais qu'encore faut-il savoir, et que quantité n'est pas quaUté. Si, pour produire de bons chevaux, il ne s'agissait que d'en produire beaucoup, le métier d'éleveur, si fertile en déboires, serait vraiment trop facile. M. A. Menier rêvait de marcher sur les traces des Lagrange, des Lupin, des Schickler et des Aumont. Pour ce faire, il oubliait que, si ces grands sportsmen avaient fait naître tant de célébrités chevaUnes, ce n'était pas qu'au hasard qu'ils en étaient redevables, et que leurs efforts, leur patience, leurs connaissances techniques, y étaient 'pour quelque chose, pour beaucoup plus, à coup sûr, que leurs seuls billets de banque.

Les couleurs de M. Menier — casaque cerclée jaune et vert, manches et toque vertes — parurent d'abord sous le nom du baron L. d'Aimery, son associé.

Au moment où naissait cette nouvelle écurie, disparaissait celle de M. L. Delâtre, qui faisait courir depuis près de trente ans, en association, jusqu'en 1870, avec M. Pol Nanquette (en plat, les chevaux couraient sous le nom de M. Delâtre, en obstacles, sous celui de son associé).

Il avait d'abord eu son établissement d'élevage à La Celle-Saint- Cloud — que M. E. Blanc lui avait acheté en 1883, et où l'avaient précédé le baron de Schickler et le duc de Morny, — puis à Saint - Pair-du-Mont, près de Lisieux, où est actuellement installé M. de Saint-Alary.

Sans connaître personnellement les grands succès du turf — que ses produits ne rencontrèrent que sous d'autres casaques — ■ M. Delâtre avait élevé quelques bons sujets, tels, par exemple, que Cer-

dagne, runner-up de Consul, dans le prix du Jockey-Club, et gagnante du Grand Prix de Bade; Dutch Skater, Berryer, Massinissa^ Tyrolienne (qui remporta le prix de Diane, après un dead-heat avec Almanza, à M. A. Lupin), Clocher, Ninetta, Carmélite et Saint-Pair-du-Mont, dont, avant de mourir, il apprit la victoire dans l'Omnium, dans cet Omnium qui lui avait précisément causé, en 1872, une des plus pénibles émotions de sa carrière.

A plusieurs reprises, il avait liquidé son écurie, notamment en 1877, quand M. E. Blanc, qui débutait alors sur le turf, s'était rendu acquéreur du yearling Nubienne, pour 13.000 francs.

La vente de l'écurie et du haras, qui comprenaient un étalon, 20 poulinières, 16 chevaux de deux ans et au-dessus et 21 foals et yearlings, produisit 386.750 francs. Parmi tous ces animaux, dont nous indiquons ci-dessous les plus intéressants, se trouvait un poulain de lait, appelé à jouer les grands premiers rôles. Fils d'Upas et de Binette, celui qui devait être Omnium II n'avait pas encore de nom. Il fut payé 6.000 francs par la comtesse Le Marois, qui l'envoya l'année suivante, avec son lot de yearlings, aux ventes de Deauville, où il fut adjugé à 14.100 francs à M. H. Ridgway, pour M. de Saint- Alary (1).

On peut rappeler aussi la vente de Narcisse (Trocadéro et Julia Peel), né en 1876, chez le comte de Berteux, pour 30.000 francs, à M. Lenoir (il était le père de Chêne Bayai et à' Aquarium), — et l'importation de Betreat (Hermit et The Quack), né en 1877, que M. E. Blanc avait acheté, en remplacement d' Energy, pour la même somme au D'^ Fremay.

Le comte de Saint-Roman, l'un des principaux associés de l'écurie Delamarre, membre du Jockey-Club depuis 1851, mourut au cours de l'année. La Société d'Encouragement a donné son nom à l'une de ses épreuves de l' arrière-saison.

La PRIME AUX ÉLEVEURS cst uuc lunovatiou, introduite par la Société Sportive dans les conditions de certaines épreuves qui^

(1) Nous ne voyons guère à'citer que les autres noms suivants :

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