‹ Historique du Chancre mouChapitre 7 sur 24 · SARA · texte numérisé non relu

SARA

bre des malades augmentait avec une rapidité déconcertante, et n'épargnant «ne couronne ne crosse », la vérole frappait jusqu'aux monarques les plus puissants de l'époque : François [*, Charles Quint, Henri VIT, Barberousse, sans oublier l'évêque de Ségovie, le cardinal Wolsey, le pape Alexandre VI !-

Ce ne sont pas seulément des médecins qui ont signalé celte première invasion du fléau ; des historiens de premier ordre, comme GuicHarDix (1) en ont parlé. Eten Songeant à l'importance sociale de ce ‘mal, il n'est pas élonnant qu'on ait-appelé le XV: siècle, le siècle de la vérole ! » ae ten

En 149,5, le médecin vénilien BéNépicrus, accuse les astres, dont là maligne influence/avait créé cetle maladie, « fruit nouveau ou du moins inconnu aux anciens. »

Sa nouveauté el sa nature inconnue frappent égale- . ment les chroniqueurs et les annaluistes de l'époque. Le moine allemand. ScPHovÉR signale le ravage de celte cruelle épidémie en Westphalie, en Prusse, en Saxe etc. « Cest-une maladie nouvelle, qu'aucun siècle n'avait éprouvé. jusque là, écrit SaBeLLicus; presque la vinglième partie du genre humain fut atteinte, »

En 149%, année de l'apparition de la Syphilis en Ila- Jie parmi les troupes de Cliarles VIIT, Marcellus Cumapus'est au camp de Novarre, un des foyers de l'épidémie.

Dans son observation IV, il décrit une maladie nouvelle,

{1) Guichardin a publié dé la meilleuré foi du monde, les malheurs dont il a été ‘témoin et dont il a «lui-même éprouvé une grande partie ». MAUR

développée celle année même chez un grand nombre d'écuyers et de fanlassins. Celte maladie est bien la Vérole, car il la déerit comme débutant par des pustules développées sous le prépuce, affectant aussi la face el le corps. Ces puslules.s’ulcèrent et deviennent serpigineuses. Il y a aussi des douleurs dans’les bras et les jambes. Il:conseille la saignée, el il note que chez les individus non lrailés; les pustules qui couvrent tout le corps, donnant aux malades Fapparence de lépreux ou

de varioleux, durent une année et plus.

Les édits du Parlement montrent la panique de lépoque. Après les avoir menacés de la chart» en 1497, le prévôt de Paris en 1498 invite les vérolés à quitter la ville « sous peine d'estre jectés en la rivière ». IL est noté dans la Chronique du Puy (149%), que des gens du roi Charles vinrent à Lyon affectés d'une maladie appelée «la grand’ gorre ou grosse vérole où maladie de Naples, dont on fut bien esbahi ». Aussi le 12 août 1497, les prie-t-on de sortir au plus vite de la

ville:

Voici comment s'exprime Fracasror dans le De Mor-

bis conlagiosis Litet te" Es re

« Ce mal apparuten [alie une dizaine d'années avant la fin du siècle (XV®) au:moment où les Français vinrent, dans le royaume de Naples, sous la conduite du roi Charles VITE : C'est ce. qui fait que les Napolilains l'ont appelé mal français; en échange, les Français l'ont

appelé mal napolitain : quant à moi je lui ai donné le

nom de syphilis. Celte maladie est nouvelle en Europe, voici quels étaient ses symplômes ….

Puis il survenait des ulcères « aux parties génitales, ulcères semblables à ceux qui ont coutume de se développer dans ces organes à la suite du coïtet qu'on appelle caries, mais d'une nature bien-différenté, ‘car guéris d’un côté ils récidivaient de l’autre » Toute la descriplion de Fracasror est conforme à celle de‘tous les contemporains de l'épidémie (LeonicENo, TorEeLrA, Ca- TANÉE,, AEMEMAR, Vico, MaAyNarp, elc.) el dans lesquelles se déroulent-tous les symptômes d’une maladie non décrite avant. eux et bien -différente: des gonorrhées, chancres et bubons anciennement connus.

Non seulement on donna dès:son début à la vérole: -une quantité de noms (Morbus Gallicus,scabies Gallica, puslulae epidemicae, pudendagra; ete.}, mais beaucoup de ces noms montrent combien on en fit une maladie nouvelle et absolument : inconnue jusqu'alors (morbus novus, incognilus, inaudilus, elc:). Quelques-üuns seulement, nous dit A. FourMER, pensèrent en retrouver les iraces dans. l'Antiquité, : car. il était-impossible à leurs yeux qu'HippocraTEe et GALIEN eussent rièn ignoré, mais ils n'admirent pas moins, forcés. par l'évidence, que cette maladie s'était éteinte et qu'elle n'existait plus au XV° siècle. Ils crurent seulement que l'épidémie actuelle n'étail qu'une recrudescence d'une maladie préexistante.

André Tuever, hisloriographe au ‘XVI*'siècle nous raconté dans le Grand Insulaïre que pendant la’ guerre

de Naples, un capilaine . espagnol nofînmé MENDOZE

donna la vérole à la femme d’un seigneur napolitain qui la contraeta naturellement à son tour. Ayant été les deux premiers personnages alleints en Italie, ces derniers furent l'objet d'un vif sentiment de commisération et de curiosité. « Celte maladie fut longuement examinée par les médecins dû pays. Le cardinal d'Amboise qui lors était à la ville de Naples, pour les affaires de France, voulut.avoir le pourtrait-du gentilhomme pour un irémorial perpétuel, elle fit mettre en la gallerie de la maison qu'il fit fairé au Gaillon, pays de Normandie. ».

Le cardinal, ne pensant:pas que la maladie s’installerait en Europe, voulait en conserver le souvenir, mais corime le dit Auzias-TURENNE; aujourd'hui que le fameux « pourtrait » s'est pérdu, on le remplacerait aisément.

- Fous les médecinSs d'alors furent unanimes à proclamer le caractère nouveau de cette maladie et leurs écrits témoignent de [a surprise qu'elle leur causa. « Un point sur lequel il n'y eut enlre eux. aucune divergence, sur lequel les plus âgés ét'les plus jeunes, les savants et les ignorants s'accordèrent ‘unanimement, ce fut que jamais aucun d'eux h'ävaitirien observé d'analogue ni de semblable au mal français avant l'arrivée de Charles VIH en Italie. » (BasserEau): : :

Nous pourrions multiplier à l'infini les cilalions des:auteurs de l’époque. attestant loules la nouveauté de la maladie qui surgissant tout d'un coup, venue des . Indes, d'Amérique ou produite par des influences sidérales ou météorologiques, comme on le crut tout d’abord, envahissail aussitôt l'Italie, l'Espagne, La France, puis l'Allemagne el toute l’Europe.

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