PRÉFACE
des parlements, nous venons aujourd'hui le faire entendre dans toutes les demeures. Et c'est dans l'atelier, où l'on travaille encore, au milieu de la paix, une heure ou deux par jour pour entretenir les digestions de l'Ogre de la guerre; c'est dans les chaumières, où les vieux parents ne peuvent voir sans trembler leurs fils s'approcher de l'âge où ils seront bons à leur être pris que, tous unis pour cette tâche sainte, des hommes et des femmes de cœur de tous les pays veulent susciter, avec la vue claire du mal et du remède, la volonté d'en finir avec cette politique de convoitise, de haine et de spoliation réciproques qui a trop longtemps dévoré le plus pur de la substance de l'humanité.
Frédéric Passï
DO
MOUVEMENT DE Lk PAIX
On nous demande de plusieurs cÔlés, sinon un listorique complet du mouvement de la Paix, du moins quelques indications sur lea origines et les principales phases de ce mouvement. La demande n'esl pas sans fondement. Car, ii faut bien le dire, bien peu de personnes sont, k cet égard, luSme très insuffisamment renseignées.
Tout le monde, à Toccasion, parle de Ligue de la Paûc; mais sans savoir exactement, ce qu'il faut entendre par cette Ligae de la Paix, en qiiol elle consiste, où elle a son siège, voire même si elle existe.
Qu'un Congcès de la Paiï se réunisse ; que l'Union Interpailementaire tienne une session; qu'une Société
ro
HïSTOfilQUE DO MOtrVEMEST 1>E LA. PAIX
française, allsmanflcj autrichienne ou anglaise fasse quelque manifeslation ; que l'une des personnes connues pour faire partie de Tétat'inajor pacifique écrive un article, fassfi une conférence, ou formule une proposition^ on lit aussitôt, dans un ou deus journaux, que d'autres répètent aans autre éclaircissement ; La Ligue de la Paix a fait ceci ; la Lijiis de h Paix va se rënTiîr ; la Ligue de la. Paijc par et ; la Ligue de la Paix par là. On ne se gdnc pas, crailleurs. avec celle per- Boanalilé indctermincc, et l'on met volontiers à son compte toutes les fantaisies qui ont pu passer, à un moment ou à un autre, par la cervelle de quelque rêveur en possession d'une formule magique pour transformer le monde.
La réalité est plus simple, plus naturelle et tout à la , fois mûîns ambitieuse et moins vaine.
C'est en Amérique, après les grandes guerres de l'Empire, vers iBil\, que paraissent s'être constituées pour la première fois des Sociétés de la Paix. Elles oui] grandi depuis, en se multiplant, et quelques-unes sont à la fois riches et puissantes.
L'Angleterre, un peu plus tard, s'engagea dans U même voie. Sous diverses influences, particulièremenl sous celle des Quakers et de la grande famille des Pease, une association d'un caractère à la fois religieux
HlSTOmnUE DU MOUVEHE:«T DE LA PAIX
et philantropique^ U Pcace Society, fut fondée. D'autres suivirent de grande importance aussi : L' Association oiwriëre de la Paix; L'Àssoctalion internationale cF arbitrage et ds Paix ; L'Association des Femmes pour laPaljù, etc.
Sur le continent, un homme do bien, un Suisse, le comte de Sellon, prenant pour devise l'inviolabiliEé de ]a vie hiimaifie, entreprenait une œuvre analogue. Etil est curieux de lire, à plus d'un demi-siècle de distance, les lettres non seulement très llalteuaes et très encougcantes, mais très confiantes qu'il Tccevait du roi Louis'Piii lippe, du roi de Prusse et d'autres hauts personnages de l'époque.
La Belgique, de son cité, voyait, à l'appel d'Auguste Couvreur, de Visschers et de quelques autres, un mouvement se produire dans son sein. Et, de i843 à iS^S deux ou trois Congrès, dont les procès -verbaux ont élé conservés^ réunissaient successivement, à Londres et à Bruxelles, les prinoïpaui partisans de la Paix des diverses contrées de l'Europe. Plusieurs dca discours prononcés dans ces Congrès mériteraient d'êlre reproduits aujourd'Imi. M. Potonié, qui les a entendus, en a dunnéf dans une brochure spéciale, d'intéressants extraits.
Bientôt, à la suite de la Révolution de Février, Pagi-
Ta
HISTORIQUE nu MOUVEMENT DE LA PAIX
tation s'accentue. Deux CongrÈs considérables ont Heu, l'un, en iSiç), h Paris; rautre, en i85o, à Francfort. C'est à roccasion de ce dernier que Frédéric Bastiat, empêché de s'y rendre par l'ctat déjà très grave do sa santé, écrivit la lettre dans taquellc, portant sur la paix armée un jugement que l'avenir devait trop confirmer, accusait l'c^rc de la guerre de consommer autant pour ses digestions quft pour ses repas.
Quant au premier, il fut d'un éclat incomparable» grâce à la présence et au eoncours de personnages tels que Gobden, l'abbé Deguerry, Athanase Coqucrcl et autres notabilités. 11 fut préaidé, d'ailleurs, d'une façon absolument mag^istrale par Victor Hugo, qui, dès cette époque, en termes saisissants, formulait cette théorie de l'arbitrage qui devait paraître vingt ans plus tard encore une nouveauté téméraire :
(■ Vous êtes venus ici. disait-ll, de tous les points de l'horizon, pour tourner ensemble le plus auguste des feuillets de l'Evangile, cehii qui nrdafine aux hommes de s'aimer comme les enfants d'un même Père, et pouiapprendre aux peuples à latre enfin prononcer par la raison ce qui n'avait été décidé jusqu'à présent que par la force, 13
Rien de positif ne parut sortir alors de toutes ces déclarations ; et une longue période de silence suivit
cesbriilantea nianifestaliona. Les idées qui y avaient été mises etï avant subsistaient cependant, et une élite Je penseurs continuait, sui les divers points du globe, k entretenir le feu sacré. Une occasion surgit^ qui fit ■voir que ce n'était pas seulement cette élite, mais toute la partie saine des nations civilisées, qui, lorsqu'elle n'étail pas égarée ou entraînée malgré elle, réprouvait la guerre et sooliailait la paix.
En avril 1S67, la France et rAllcmagne, à propos d'un coin déterre qui s'appelle le duché de Luxembourg, et d'un tas de pierres qualiOé de fortlllcalion, étaient sur lo point de se ruer l'une sur l'autre, comme plus tard, hélas ! elles le devaient faire, h propos d'un soViveau ou d'une grue proposé aux gtenouitles espagnoles qui demandaient un roi. Deux ou trois personnes, M. GuslaYctl'Eiclillial, le pasteur Marlin-Paschoud et celui qiûdîcLe ceslîg^ncs. ccrivirent, le même jour, sans s'être donné le rnot, au rédacteuf en chef du journal Ltf Temps, l'Alsacien Nefftzer, pour le conjurer de ae jeter, en cette qualité d'Alsacien, entre la France et l'Allemagne.
Quelques démonstrations analogues curent lieu, au même moments de la part d'ouvriers allemands. Et, d'un bout à l'autre de l'Europe, Popinion, une fois 50ul^vée, se prononça de telle sorte qu'au bout de peu de
niSTOI\rQUE DU HÛUTEMEnT lïE LA PAIX
jours la guerre était impossible- La Reine d'Âng:leterre, à laquelle il convient de rendre hommage, et son gouvernement» alors animé des seDtiûieùls les plus pacifiques, eucenL l'honneur de profiter de ce mouvement. La Conférence de Paris» appelée» en i8î>6, après la guerre de Crînice, à régler les conditions de la paix, avait, par une disposition spéciate» suggérée par le se— crélaire g-énéral de la Peace Society de Londres, M. Henry Riclmrd, et formulée parle plénipotentiaire anglais, lord Clarendon. statu<: qu'à l'avenir les Puissances contractantes et celles qui adln^reraient à leurs déclarations s'interdiraient de recourir aux armes avant d"avoÎTfait» en tant que les circonstances l'admettraient^ appel aux bans offices d'une nation amie. Celait la première fois, avait dît M. Gladstone, que la g'uerre était ofiiciellement condamnée par la Puissance civi— lisée. Le cabinet anglais invoqua cette disposition ; et et une conférence, tenue à Londres, étouffa le feu prêt à éclater, en annulant la valeur de l'enjeu par la neu- Iralisation et le désarmement du. duché de Luxembourg.
w Vous venez d'empêcher une guerre w , dirent alors un certain nombre de personnages a ceux dont l'inler-r vention avait pu, à leur grande surprise peot-êlre, contribuer à préparer ce résultat ; « cela ne suffit pas : il
HISTQBIQDC DU M0UVEUËÎ4T DE L\ PAU
faut empêcher la guerre. Il faut, contre le retour de ■ dangers tels que celui auquel noua venons d échapper, organiser une assurance toujours prête à fonctionner. Il faut, puisqu'à voire appel il a élé répondu des points les plus divers de l'Europe, grouper en faisceau toutes les bonnes volontés, sans acception de partis, de religions ou de nationalités, et fonder une Ligae înterna- [. tionale et permanente de la paix, n
Ainsi dit, ainsi fait. Car, l'idée une fois énoncée, de toutes parts, du Nord ou du Midi, de l'Orient ou de l'Occident : de l'Italie, de l'Espagne, des Pays Scandinaves, de rAllemagnCj de l'Angleterre, de TAmérique du Nord et de l'Amérique du Sud, les adhésions ■ arrivèrent, et les plus grands noms figurèrent bientôt sur H' les listes de l' association naissante. Il est peut-être piquant de mentionner parmi les encouragements. » venus de très haut parfois, qui saluèrent sou début, lea félicitations très expressives, et assurément très sincères, de la Rfcine Augusla de Pruase, celle dont la çuerre de 1870 devait faire une Impératrice.
C'est dans ces circonstances, au printemps de 1S67, et au début de l'Exposilton de cette année, que fut prononcé, pour la première fois, le nom de Lït/ue de la. Paix.
Il y en avait une ; il j en eut bientôt deus.
HISTOHIQL'E DU ÏplOUVEilE?(T HE Li TAlX
Va homme avec lequel nous avons activement colla- ^ bore depuis, Charles Lemonnier, voulant, !ai aussi, profiter du réveil [l'opinion qui s'élaït protluîtj mais se proposant une action, à certains égards, dîtTércute et • plus complexe, entreprenait, peu de semaines après nous, de créer une fJ'jlie de la Paix et de In Liberté. Son programme, ù la fois social et politique, ne pou- . vait guère être développa en France sous le régime impérial. Aussi l'ut-il obligé d'éUblir bors de France, à Genève, où îl est encore, le siègû de cette seconde Ligue que préside actuellement notre ami Emile Arnaud. Il noua avait proposé de nous unir pour uneao-. lion commune. El je pria part, chez lui, rue Troncbet, avec Josepli Garnier et le secrélaîre général de laJ Peace Socîely, Henry Uichaid, en ce moment à Paris, à une coaversalion à la suite de larjuclle, tout en rendant justice à ses intentions et à sonzcle, nous crimes devoir conserver noire aulonomie. Nous tenions — la : chose était assez difficile sans la L'onipliquer ^— à pou— ■ voir exercer notre propagande en France au grand joïir. Noua tenions aussi, cbtirchant ce qui unit et évilanE ce ' qui divise, à pouvoir rassembler sous notre drapeau de ! la paii tous ceux que rapprochait l'amour de U paix, , quelle que pût être (a diversité de leurs aentimenta aupj d'autres points, de même que nous lenionsj dès cetfc
mSTOHlQllE DD MOm-EMETHr DE LA PAtX
première heure, à ouvrir nos rangs, sur un pied d'égalité absolue, aux femmes aussi bien Cfu'aux hommes.
(I La paix est notre principe et notre but n, disionsnous, dansnotre circulairedu i"' octobre 1667. «Nous ne connaissons pas d'autre mot d'ordre ; mais, à celuilà, nous sommes invariablement fidèles... i>. « Que d autres ^gsocialiona poursuivent d'autres œuvres, ou que, hors de la noire, de3 membres de la Ligue travaillent dans leur liberté à des lâches différentes pour lesquelles ils sont exposés 4 ne plus se trouver unîs, c'est leur droit et c'est peut-èlre leur devoir. Au sein de la Ligue, il n'y a qu'une pensée : l'apaisement des discordes internationales, qu'un drapeau : le drapeau dô la justice et dtt respeci mutaeL Et nt la politique, ni la religion, quelque inllnence qu'elles puissent avoir, d'ailleurs, sur les convictions et sur la conduite dé chacun de nous, ne sauraient troubler cet accord. Quiconque aime la pais, par quelque motif que ce soit, est avec noua, »
Ce langage et cette altitude ne furent pas toujours compris comme ils auraient du l'ctrû. Du coté du pouvoir, pr^t k prendre ombrage de tout, nous rencontrâmes peu de bienveillance. Des pétitions en faveur de la paix, que nous avions mises en circulation, fu-
HISTOKagUE DU MOUVEMENT BE LA. PAU
rent saisies par Ici^ gendarmes, et les si^iataîrea inquiétés. 11 est juste de dire que, sur nos réclainfltions, elles nous furent rendues. Mais lorsque, désirant profiter des circonstances excaptîonnellemeni favorables qÙB semblait oETrir l'ExpositLon, nous voulûmes tenir, à Paris, un Congrès de la Paix, nous nous heurtâmes à un refus absolu, La covre&pondancc écbang-ée, à cel égard, entre lo ministre de l'intorienr, M, de la ValleKe, et l'un de noua, est des plus curieuses.
J'ai cout<î ailleurs quelles difficultés nous furent opposées, plus tard, lorsque nous vouliimes tenir ha première assemblée de nos sociélaîree, et plus lard encore quand, à la demande de Jean Dolfus, je me rendis en Alsace, dans le but d*y développer notre programme. On ne voulait pas, disaît-on, m'exposer à êlre lapidéj les Alsaciens ne demandant que la guerre.
Dû côté du public, nous n'étions pas toujours mieux compris. Pour les uns, nous manquions à nos devoir» de Franç^iis ; pour les autres, nous avions le tort irrémissible de n'être pas des hiimmes de parti. Tels — et ce n'était pa? toujours des hommes sans valeur -^ après nous avoir écrit avec enthousiasme, se retiraient, de peur de se compromettre en mettant leurs noms sui?de& listes où se trouveraient d'autres noms qui ne leur agréeraient point. Nous voulons bien combattre le bon.
■ HlSTOniQUE DU MOUVEMENT DE LA PAIX
combatj disaient-ils, mais nous tenons à savoir à côté de qui. Comme si, leur répondlons^noua en vain, quand la maison brûle ûii quand le navire s engloutit, on de-
t mandait aux pompiers ou aux sauveteurs s'ils cmtdans leur poche nn billet de confession ou im diplômft de franc-maçûn.
Cependant, le mouvement se prononçait. Le premier Balleim, que nous avons sous les yenx, n'est autre cbosc, pendant plus de 20 pages, qu'une liste de souscriptions et d'adhésions. Le comité international, constitué dès le jîremier jour, comprenait, avec des noms bien Français, comme ceux d'Arles Dufour, de Jean Dolfus, de Michel Chevalier, de Joseph Garnïer, ceux des A.ltemands Altgeld, von Liebïg"» Varrentrapp ; de Tltalien Caittu ; des Belges Couvreur et Visschersîdn sénateur Américain Chades Sammer, et, comme témoignages des sentiments exprimés dans notre circulaire, ceux d'une des lumières de l'Eglise catholique, le Père Gratry, du Grand Rabbin Isidorel du Pasteur Martiû-Pasclioud. L'abbé Deguerry, qui, K en iSig, au Conjijrès présidé par Victor Hugo, avait, ^ avecAthanase Coqtiercl, le jour do la Saint- Barthélémy, acclamé la paix et maudit les haines de toutes sortes, n'avait pas eu le courage — il en rougissait — d'affronter de nouveau, dans sa vieillesse, les colères qu'avait
mSTO-RIQUE Dr MOCrVEMTlTïT HE T,A PAr
suscilées cet aclc de piété supérieure. Le Père Charles Perraud, l'élève favori diiPèrc Gratry, était plus hardi; el, clans l'pglise de Saînt-Roch, il prùcliaît, a l'inten-' tion spéciale de la Ligue, un magnifiq^uc germon, qui fuL imprimé soua le nom à' Evangile de la Paix, Il est vrai qu'on lui en sut mauvais gr&, et que, dans le dîo-i cèse de Rouen tout au moins, oi!i il avait été appelé! pour un rai'êmc, el peut-être ailleurs, la chaire luî fut,^ pendant une couple d'années, rîg-ourenscmeut fermée-j Nous commencions, en cfTet, h ce moment, à recou:-J rir pln^ largement, pour répandre nos idées, h la parole et à la [ilume. A la suite d'une conférence, faite] dès le 21 mai 1867, ptu' le signalaîre de ces lignes^ k\ l'nmpliîlliéàtrc de l'Ecole de Médecine, sur la La\ Gttefi^c et la PaiXt une série de brochures, parmi lesquelles figura au promiei' rangla belle étndedeM. Paul Leroy-Baulieu^ sur Les guerres contemporaines , avait été fondée sous le titre de Bihltothèf^îte de la Paie. Dca travaux du même ordre, comme La guerre et les épi^ démieSi par le D' Maréchal, de Metz, et une publication" magistrale daD^Ilenrol, de Reims, associaient la piovinceaux-efTortndcParis, DansParis, les conféi-encea, rendues bientôt moins dîlTicilcs.'aans^îlre trop faciles pourtant, par la loi nouvelle sur les réunions publiques^ se multipliaient. A notre voix sejoignaientdeavoixpluapuîg.-^
santés ou plus influentes : celles d'Edouard Laboulaye, d'Athanase Goquerel, de Foucher de Careil. Et, grâce à rinlervention décisive de Jean Dolfus, nous pouvions, pendant une assez longue suite de mois, publier régulièrement dans le journal Le Temps, [qui depuis... mais alors...] des Bulletins de quinzaine, qui étaient devenus comme le moniteur de notre campagne. La France, d'ailleurs, n'était pas la seule à participer à l'action de la Ligue ; la Belgique, à plusieurs reprises, la Suisse, l'Anglelerrc elle-même, nous appelaient à porter chez elles l'écho de l'agitation parisienne et à justifier ainsi notre titre de Ligue Internationale.
Nous aurions, avant de quitter cette première période du mouvement delà paix, bien des choses à dire. Mais l'espace nous est mesure, et force nous est de nous borner. Nous ne saurions cependant, à moins d'être trop volontairement incomplet, nous abstenir de mentionner particulièrement les deux grandes assemblées présidées, l'une, par Jean Dolfus, et l'autre, par Michel Chevalier, dans lesquelles, en 1868 et 1869, furent présentés aux sociétaires, de plus en plus nombreux, les rapports qui leur étaient dus sur la gestion de l'œuvre.
C'est dans la première, tenue, comme nous l'avons dit ailleurs, après des négociations qui firent peu d'honneur au ministère de l'Intérieur de l'époque, que nous entendîmes pour la première fois ce grand homme de bien, dont le seul aspect était éloquent et dont la parole, à la fois grave et persuasive forçait la conviction^ le
tnSlÛRrQUE DU HQirVEUENT HE Là PAU
secrelaire général de h Pectce Society de Londres, Henry Richard : svmbolc, maHieureu sèment trop imparfait encore, de l'accord qui n'aurait jamais dû cesser de régner entre les deux rives du détroit. Et c'est dans la seconde que Ton put voir el entendre, à la même trihiine, li'nîoîgnage d'nne autre paix, qui n'aurait jamais du être Iroublée non plus, le Grand-Rabbîn Isidor, le Pasteur Mai'tln-Paschoud et, dans sa ruhe blanche de Carme, le Père Hyacinthe.
On a dit que c'était précisément cette séance qui avait déterminé l'acte grave» cl que noua n'avons point à juger ici, que devait, peu de temps après, accomplir le célèbre prcdicaleur, L^ vérité est que, si elle en devint peut-ttre un peu l'occasion, elle n'en J'ut aucunement la cause, La vérité est aussi que la phras-e qui lui fut alors imputée comme ijn blasphème n'a jamais — la sténographie en fait foi — été prononcée par lui (11. Il avait pu dire, comme on l'a dit à Chicago, en 1893, sous la présidence du cardinal Gibbons, qu'il y a dans les trois grandes religions issues de la Bible des vérités communes et des préceptes dont l'observation peut doimer lîeu à de communes vertus ; il n'avait point été au-delà.
(1] Voir ]b conférence L* Pms, tlu P, lijacintbe.
UlSTÛItlQLË DIT UDUVËUËM* DE LA. PAIX
Cependant, nous l'avons dit, le mouvement s'étendait, et, en s'dtcndânt, s'accentuait. L'inipùpularîLé de la guerre gcandissait. Eiles'atTirniail dans les journaux, dans les réunions publiques, dans les conseils générauï et dans les parlements, où non seulement les hommes d'opposition irrcduclible, Jiiais des modéiéi et des conservateurs, comme le futur gauverneur delà Banque de France, M. Magniii, ou le marquis de ïalhouëtj se montraient préoccupés de l'exa^^t-ration des charges militaires. Le Guuvcrnemenl lui-même^ par l'org^ane du ministre des Âfîaires Etrangères, le comte Daru> chorcljait à aiitoroer, avec les autres puissances, un commencement de désarmement, et, pour affiruier la sincérité de ses intentions, réduisait de . son propre mouvement, vers le milieu de i S 70, de dix mil le hommes le contingent de l'armée. L'Allemagne, dans d'autres sphères malheureusement, était travaillée du lll"n^me désir; et les dernières lellies qui nous en arrivaient» vers cette époque, faisaient pressentir que ce serait sur ia question de l'armement et des budgets de la guerre que se feraientj peut-être d'une façon désag^réable pour le cabinet de Bismark, les étecUons imminenles.
On sait comment les choses changèrent bruaqucnienî de face, et quel coup de foudre, par la macliiavôlique habileté des uns et par l'insigne maladresse des autre&i..
lIlSTOKiyUE t)V UOLVEHEKT DE LA PAïI
éclata lûulà coup dans un ciel que beaucoup, malgré nos avei'tUacmcnts, s'obstinaient à croire serein.
Conlradiction étrange, et bien faite tout à la fois pour préserver du découragement d^tns les circoiisUinces les plus désûspéi'écs et pour prémunir contre l'illusion dans les plus favorables.
En 1867^ tout semble perdu: la guerre, virtuellement, est déclarée, et l'on n^attend plus, de paît et d'autre, que le mot fatal qui va la déchaîner. Quelques iiommcs obscurs, sans autre autorité que leurs bonnes intentions, risquent une protestation; et, a l'inverse de ces avttlauches di>nt la votx du voyageur suKit à provoquer l'écroulement, l'ouragan prtît à fondre sur l'Europe se dissipe et l'horizon s'éclaîrcit.
En 1870, nous sommes une puissance. Partout, sur toute la surface de l'Europe, les centres de propagande pacifique sont organisés. Dans la presse comme dans Ie& Parlements, les plumes et les paroles les plus écoutées mènent contre la guerre une campagne aussi active qu'énergique. Et, lorsqu'un incident, en appa- ^ rence insignifiant, vient révciUer, entre les deux advcr- Baires de 1867, une querelle que l'on pouvait croite éteinte, loua nos efforts, tous nos appels, toutes nos supplications demeurent vains. Ki les avertissements de M. TLiera, ni les éloquentes adjuiations de Gam-
HISrOAIQUE DU MOtlVEHETVT DE lÀ PAIE
betta, qui, avant de devenir Vincarnatîoa de la luUe à oulranccj avait commencé par se faire l'avocafc de laj paix, ne parviennent k a^oir raison de la folie générale, et, dans l'espace de quelques jours, Je crime esl con-l sommé.
La Ligue Internationale de la Paùr^ en celte douloureuse crise» pas plus que Ja Ligue de la Paix et de k Liberté, ne faillil à ses devoirs. Mais que pouvait-elle, alors que la tribune elle-même se vojait réduite au silence? Tout était contre clic. Ses principaux membres, disperséii par U saison, ne pouvaient se réunir et se concerter. Surpris par les événements, sur une plage lointaine, où j'étais allé chercher un repos dont j'avais un impérieux besoin, je ne pouvais, en prenant sur moi de parler, comme secrétaire général, au nom de mes collègues, qu'adresser en toute hâte aux journaux, qui ue les accueillirent pas tous, et aux membres de la Ligue, qu'elles ne rejoignaient pas toujours, les circulai l'es les plus douloureusement énergiques. De Paris, où ils étaient restés, quelques-uns de mes collaborateurs, de leur c6té, multipliaient leurs démarches. Marlin- Pascboud, dès le 18 juillet, adressait aux deux Souverains cette lettre, qui mérite d'élre conservée :
HISTOHIQUE DU MOUVEMENT DE tA PAU ij
À leurs Majestés,