CAMBODGE
La lèpre est répandue dans toutes les provinces du royaume et, loin de disparaître, elle semble croître et s’étendre; dans certains villages, toutes les familles sont lépreuses.
Les Cambodgiens croient à l’hérédité de la lèpre; ils reconnaissent aussi qu’elle est contagieuse.
Au Cambodge, on isole en principe les lépreux, mais ce n’est, le plus souvent, que lorsque la maladie est déjà avancée. Tant que le lépreux peut travailler et gagner sa vie, il vit dans sa famille; quand il est devenu impotent, qu’il est couvert de plaies et ne peut plus se suffire', on lui construit une case en dehors du village, où il vit seul; sa famille lui apporte sa nourriture. Les lépreux qui n’ont pas de famille se livrent à la mendicité el il n’est pas rare d’en voir plusieurs se réunir sous le même toit, les hommes ensemble, les femmes ensemble. Un
grand nombre de malades vivent aux environs des bonzeries, où ils se nourrissent des restes des aliments apportés chaque jour aux bonzes par la charité publique.
Les lépreux ne restent pas volontiers dans les hospices; ils aiment beaucoup la liberté et sont très nomades.
A Pnom-Penh, beaucoup de lépreux, dont la maladie était assez avancée, exerçaient le métier de vendeurs au marché; d’autres couchaient pendant la nuit sur les tables qui servent d’étal. On en voit souvent couverts de plaies suppurantes dans les voitures publiques; il n’est pas étonnant que dans ces conditions la maladie se propage.
Il serait assez difficile d’isoler et d’interner tous les lépreux, mais on pourrait revenir aux moyens employés par les autorités khmer dans les siècles passés et qui consistaient à créer des villages lépreux dans des territoires qui leur étaient assignés. Le Gode cambodgien ne parle pas des lépreux; toutefois, si après le mariage, un des époux devient malade, l’autre peut demander le divorce, qui est toujours accordé si la maladie est avérée. On n’incinère pas les corps des lépreux; on les enterre, sous prétexte que la fumée résultant de la crémation communiquerait la maladie aux assistants.