‹ Historique sommaire de la lèpre dans nos diverses possessions colonialesChapitre 2 sur 21 · MARTINIQUE ET GUADELOUPE · texte numérisé non relu

MARTINIQUE ET GUADELOUPE

Nous ne possédons aucun renseignement sur l’époque à laquelle remonte l’existence de la lèpre aux Antilles, ni sur la question de savoir si les premiers occupants, les Caraïbes, la connaissaient. Ils avaient un mot, que l’on retrouve dans le langage créole des Antilles, pour désigner les maladies hideuses et difficiles a guérir; pour eux, c’étaient des piailles, affections données par les sorciers et qu’eux seuls pouvaient guérir. La lèpre faisait-elle partie de ces piailles? C’est ce que l’on 11e saurait affirmer, car ce n’est qu’au moment de l’immigration des esclaves africains dans le Nouveau-Monde quelle a été observée en Amérique. A l’époque de la traite, des mesures sévères avaient été prises pour arrêter l’importation de la lepie dans nos colonies d Amérique. Une commission procédait cà un examen minutieux des esclaves, afin de déjouer les fraudes employées par les capitaines négriers pour dissimuler les taches commençantes, premières manifestations du mal. En outre, une ordonnance du Code noir de 1718 autorisait les tribunaux des colonies à déclarer nulle la vente d’un esclave présentant le moindre symptôme de lèpre.

Quoi qu’il en soit, c’est en 1728 que l’on s’occupa de créer une léproserie aux Antilles; elle devait servir aux deux colonies sœurs, la Martinique et la Guadeloupe. Le lieu choisi à cette

époque pour isoler les lépreux était un petit îlot de deux lieues de long sur une de large, appelé La Désirade, situé à six lieues de la ville de Pointe-à-Pîire (Guadeloupe) et à deux lieues Nord-Est de la Pointe-des-CMteaux , par 16 degrés de latitude Nord et G i °y 2 de longitude Ouest; la partie la plus élevée de l’ilot a une altitude de 278 mètres.

Nous ne sommes nullement fixés, même approximativement-, sur le nombre des lépreux qui existent dans nos deux possessions des Antilles; mais nous savons que toutes les classes de la société payent leur tribut à la lèpre, qu’il s’agisse des races blanche ou noire, des riches ou des pauvres.

Les lépreux de la Martinique devraient toujours être dirigés sur la léproserie de la Désirade; mais ils redoutent tellement cet exil qu’on ne les voit pas; ils se cachent et se cacheront désormais davantage, la lèpre étant aujourd’hui une maladie dont la déclaration est obligatoire dans nos possessions d’outre-mer.

D’après le Dr Bouvier, les lépreux ne sont pas très nombreux à Fort-de-France; on en rencontre surtout dans le canton de la Trinité.

La visite médicale passée à la Guadeloupe en 1728 fit découvrir 12b lépreux, dont 22 blancs, sur une population de 43,ooo habitants environ.

Au début, il n’y eut pas d’hospice proprement dit; on mit à la disposition des lépreux un vaste espace, sur lequel ils se construisirent de petites cases et mirent le reste en culture. Le propriétaire d’esclaves malades devait les entretenir, et la colonie ne subvenait qu’aux besoins des individus dénués de ressources, les autres devant pourvoir à leur subsistance.

En 1788, 011 ne s’occupe plus des lépreux; aussi devinrentils, à bref délai, un danger pour la Guadeloupe où ils s étaient réfugiés. Ils furent de nouveau réunis et dirigés, au nombre de 96, sur la Désirade.

L’établissement, renouvelé en 1 7 9 ô , lut détruit lors de la prise de File par l’Angleterre, en 1808, et réédifié en 1811. Peu de temps après la prise de possession de la Guadeloupe par les Anglais, les lépreux, n’étant plus soumis a aucun contrôle, se répandirent sur la Grande- ferre, ou leur présence

causa une telle horreur et une telle crainte que l’on se mit à leur recherche et qu’on les interna à hord d’un ponton en rade de la Pointe-à-Pitre. Dès 1810, on procéda à de nouvelles recherches, et tous ceux qui furent trouvés dans la ville de Pointe-à-Pitre etdans les environs , furent dirigés sur la Désirade.

Les malades restèrent encore disséminés sur cet ilôt, sous la surveillance d’un chef, jusqu’en 1829, époque à laquelle la colonie lit construire un hospice régulier, dont l’administration passa par diverses mains en i852, 18 j'y, 1860.

Le développement de la léproserie remonte à une date assez récente. Elle comprend deux corps de bâtiments en maçonnerie, séparés l’un de l’autre par un mur très élevé et qui sont affectés, l’un aux hommes, l’autre aux femmes; l’établissement est enclos de murs.

L’alimentation des malades comprend deux régimes distincts : l’un, dit régime des Européens, comporte du pain, de la viande et des légumes du pays; l’autre régime, dit ordinaire, se compose d’aliments du pays avec pain et viande seulement deux fois par semaine.

L’entrée de tout lépreux à la léproserie, qui avait été tout d’abord rendue obligatoire, n’a lieu aujourd’hui que sur demande écrite dûment certifiée de l’intéressé.

MALADES ATTEINTS DE LA LEPRE ADMIS À L’HOSPICE DE LA DESIRADE DU 1" JANVIER 1859 AU 31 DÉCEMBRE 1899.

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