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ATTITUDE DU CLERGÉ

De tous les préjugés, ceux qui se fondent sur des traditions nationales sont les plus difficiles à vaincre. Si l'intolérance semblait devoir rester longtemps encore la loi du royaume , il était juste d'en attribuer la cause aux souvenirs des luttes soutenues contre le catholicisme à la fin du xvi' siècle. Dans ce passé déjà lointain, le Synode d'Upsal apparaissait comme le vainqueur de la papauté et le sauveur de la nationalité suédoise. On peut dire que si là célèbre assemblée condamna le calvinisme, elle céda plus à la pression des docteurs qu'à un mouvement de l'opinion publique. Malheureusement, frappée par la même condamnation, la réforme évangélique rencontra toujours devant elle une opposition qui, pendant de longues années, demeura victorieuse.

Dans le clergé surtout, ces sentiments s'affirmaient avec une extrême passion. Rien ne peut peindre l'indignation de Bergius à la seule pensée de la tolérance demandée par les réfugiés. « Gustave le Grand , écrit-il ,

Il ne reculait pas devant la description des scènes éyangéliques :

Aux noces qu'on fit à Cana

Jésus aussi se trouTe, Qui ses disciples y mena

Et ce dessein approuTC.

Or quiconque se veut marier

U faut sur toute chose OuHI ait soin de faire prier

Jésus-Christ à sa noce, etc., etc.

Et cependant L. Arnell parlait des « grands et heureux changemens » faits à un livre imparfait; dur avait été le labeur, car c'est par un aUéluia que se termine sa revision :

Dieu le Père soit béni, Cet ouvrage est donc fini.

ne leur a jamais rien accordé, et comment le leur aurait-il accordé , aiant promis à Dieu par serment de ne jamais accorder la tolérance à personne. »

Cette tradition d'exclusion n'avait été que trop fidèlement maintenue. Charles -Gustave, par son arrêt de « Religions Stadgan » , avait interdit d'une manière si forte tout exercice des religions étrangères , que « c'est merveille, disait encore Bergius, que les étrangers l'aient osé demander ».

Sous le règne de Charles XI, à maintes reprises, les arrêts s'étaient succédé confirmant cette politique dont le clergé s'était fait le défenseur. Tous les ressentiments n'auraient-ils pas dû disparaître au moment où Louis XIV, « sous le plus léger prétexte et sans aucun besoin, dit Saint-Simon, révoqua l'Edit de Nantes »? Pouvait-on maintenir encore des lois de proscription devant « l'effrayant spectacle d'un peuple si prodigieux, proscrit, fugitif, nud, errant, sans aucun crime, cherchant un asile loin de sa patrie * » ?

Mais sous un roi, dont les prétentions au pouvoir absolu s'affirmaient si hautement, le mot même de concession ne pouvait être prononcé. Si sévère était la loi , que défense fut faite aux Suédois de fréquenter les chapelles des légations sous peine d'amendes pécuniaires et même de châtiments corporels 2. Du reste l'éclat avec lequel fut célébré, le 26 février 1693, le jubilé séculaire du Synode d'Upsal, montra que nulle

* Saint-Simon. Parallèle des trois Rois , 225.

* « Sous peine de 25 rixd. d'amende pour la première contravention, de 50 pour la seconde et de punition corporelle pour la troisième. 1685 ». Limiers, Histoire c^e Suède, III, 32.

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