SUPPLIQUE DES RÉFUGIÉS
transaction ne s'établirait sur la question du maintien de Tunité religieuse. Tous les souvenirs des grandes luttes, soutenues pour défendre la Suède contre les attaques de Rome, furent rappelés avec éclat et la belle médaille frappée à Toccasion de cet événement montra TEglise de la patrie battue par les flots de la tempête , mais pourtant en snreié , jactatur sed tuta tamen.
Cependant, malgré la rigueur des textes de loi, régnait une certaine tolérance. Si rares que soient les documents, nous savons que les catholiques, comme les réformés, exerçaient leur culte publiquement, dans des maisons particulières, ou dans les chapelles des légations. Les Français et les Wallons, qu'unissaient des croyances communes, se réunissaient dans la maison de M. de Geer. Ces assemblées religieuses ne tardèrent pas à être l'objet de nombreuses dénonciations, une instruction judiciaire fut ouverte et, poursuivis devant les tribunaux , plusieurs des assistants furent condamnés à de fortes amendes. Les réfugiés qui, pour servir Diei^, avaient abandonné leur patrie, ne purent taire leur douleur en voyant la persécution les poursuivre encore dans ce lointain exil, mais ils ne doutèrent pas de la clémence du roi et lui adressèrent une noble et touchante supplique \
« Nous tombons à genoux devant votre trône, écri-
* M. G.-E. Ekman, qui a fait de la bibliothèque de FinspoDg une des plus belles collections particulières de la Suède, a bien voulu, continuant les nobles traditions des de Geer toujours prêts à encourager les travaux historiques , mettre à notre disposition le précieux manuscrit où se trouve la supplique des réfugiés français dont nous reproduisons les parties les plus importantes. Nous tenons à lui en exprimer ici toute notre reconnaissance. Ce manuscrit, en langue sué-
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virent- ils, et nous venons demander protection pour notre foi, en nous réclamant des souffrances du Sauveur. Après Dieu, Sire, vous êtes notre seul refuge contre la haine du pontife romain qui depuis la Réformation a persécuté nos pères comme il nous persécute encore. Nous avons fui de ville en ville , abandonnant tout pour Tamour du Christ, laissant notre patrie et n'emportant pour toute richesse que notre âme. C'est par milliers et milliers que se trouvent dans tant de contrées nos pauvres frères, qui doivent à la charité des princes chrétiens de n'avoir pas succombé à la misère.
» Qui donc peut ignorer la bienveillance des princes de la maison royale de Suède pour les victimes des persécutions de Rome? Lorsque Gustave-Adolphe descendit en Allemagne, ne jura-t-il pas sur la place de Wittenberg, en présence des princes de Saxe et de Hesse, d'assurer aux luthériens comme aux réformés la liberté de leur religion? N'est-ce pas pour cette grande cause qu'il a sacrifié sa vie? Aussi avons-nous toujours cru que le royaume de Gustave-Adolphe serait un asile sûr pour les victimes des persécutions religieuses.
» C'est avec cette ferme assurance que de si nombreux réfugiés, nobles, marchands, artisans, sont venus se fixer en Suède. Les vieillards de notre communauté , arrivés dans ce pays depuis près d'un demi-siècle, y trouvèrent un pasteur réformé français, qui, avec l'autorisation royale, célébrait le culte dans notre langue
doise, porte le titre suivant : Extract utaf Protocollet om den reformerade Religion hallit uppo Stockholras Sodra Forstadz Giembners Cammar d. 12, 15, 18 Julij 1693.