CONSTRUCTION DU TEMPLE
Il ne fut pas donné au vénérable pasteur, qui avait consacré sa vie à la communauté française de Stockholm , d'inaugurer ce temple , pour l'édification duquel il avait tant prié. Depuis plusieurs années déjà , M. D'Artis supportait difficilement les fatigues de son ministère. Déjà, en 1744, M. Robert avait parlé de l'urgente nécessité de venir en aide au fidèle pasteur et avait proposé la création d'une seconde place , s'offrant à faire la plus grande partie du traitement. M. D'Artis s'y était opposé par les sentiments du plus grand zèle pour le bien de l'Eglise : « Avant tout, disait-il souvent, il faut construire le temple. » Mais la tâche était trop lourde; déjà avancé en âge, devant suffire à un double ministère, celui des Français et des Anglais, M. D'Artis y succomba , ayant travaillé jusqu'à la dernière heure ^
Les années de son ministère avaient été longues et difficiles à bien des égards. Chargé d'une nombreuse famille, sans ressources^, il avait dû lutter contre la misère et connaître les privations. « Quelque raisonnable et quelque désintéressé qu'un homme puisse être , il lui est très dur de travailler beaucoup et de n'avoir pas la moitié de sa subsistance. » Tel est le douloureux aveu qui vient un moment sous sa plume, mais sans rien enlever à ce désintéressement et à ce dévouement dont il avait donné tant de preuves.
L'Eglise française perdait en M. D'Artis un fidèle pas-
* M. D'Artis mourut le 13 mars 1748.
• Il n'avait que son traitement, qui n'était que de 2 000 dalers de cuivre.
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teur, les pauvres un protecteur dévoué. x\ussi laissa-t-il un souvenir béni et ses paroissiens ne parlèrent-ils de son ministère qu'avec des sentiments de pieuse reconnaissance. Au lendemain de sa mort, le Consistoire décida que la veuve et la famille de leur cher pasteur € devaient être l'objet de leur ressouvenance ». Une collecte spéciale à cette intention fut faite et permit de remettre à M"*" D'Artis une somme importante.
L'un des plus fidèles amis de D'Artis, associé à son œuvre dès les premiers jours, M. Frédéric Bédoire , l'avait précédé d'un mois dans la tombé (14 février 1748). Rudes épreuves pour la petite communauté, qui voyait tomber ses chefs et savait avec quelle difficulté ils seraient remplacés.
M. VouUaire , qui succéda à M. D'Artis , appartenait aux Eglises wallonnes et était ministre à Amsterdam lorsqu'il accepta la vocation que lui adressait le Consistoire de Stockholm. Pendant les longs mois qui précédèrent son arrivée, M. Peyl, ministre de l'Eglise hollandaise, avait donné tous ses soins à la communauté privée de son pasteur. M. Voullaire n'arriva en effet en Suède que le 22 juillet 1749. Il avait longtemps hésité à accepter ce poste si lointain , mais , cédant aux conseils des anciens qui lui écrivaient à la fin de 1748 : « Le pays est meilleur que vous ne l'imaginez, » cédant surtout à leurs appels : « Venez vite , nos malades vous réclament , venez , nous n'avons qu'un lecteur et notre jeunesse pâtit beaucoup , » il répondit à l'appel qui lui était adressé.
Ce fut le 1" janvier de l'année 1752 que M. Voullaire fit la dédicace du temple; cette journée récompensait