DÉDICACE DU TEMPLE
do longs travaux et de réels sacrifices *. Cet édifice si longtemps désiré consacrait la liberté de conscience en prouvant que désormais les réfugiés pourraient sans crainte rendre à Dieu le culte en esprit et en vérité. Des paroles émues sortirent du cœur du prédicateur lorsqu'il affirma la profonde reconnaissance des exilés .pour le Dieu qui les avait secourus, comme pour le souverain et le peuple qui les avaient si généreusement accueillis 2.
L'Ëglise comptait alors, d'après les indications du registre consistorial , près de quarante familles, et le nombre des fidèles qui participaient à la sainte Cène s'élevait à environ cent vingt.
Depuis Textension des affaires par suite de la création de fabriques de bas, de soieries, de ganteries, de nombreux ouvriers français , originaires soit des Eglises du Refuge , soit des provinces méridionales de la France , étaient venus se fixer en Suède et plusieurs d'entre eux à Stockholm ^. Emigration passagère , car elle disparut dès les premiers jours de la terrible crise financière qui
* Les sommes dépensées atteignirent 93 434 dalers (58 000 fr.) Pour solder les comptes, le Consistoire dut faire un emprunt de 18000 dalers (L2 000 fr.). Les bancs du parquet avaient été garnis de drap bleu par les soins de M, Jacob Toutin ; les chiffres dorés pour le tableau des Psaumes et une bourse « de velours bleu avec galon d*or » avaient été offerts par M. G. Laurent. M. E. Robert avait offert généreusement la clxaire de TEglise.
' Le premier exemplaire du plan du temple avait été présenté au roi par le comte d'Issembourg (5 septembre 1749).
' J. Alstromer avait été l'initiateur de ce mouvement important et nombre d'ouvriers du Languedoc avaient répondu à son appel. Le réfugié français Mazaire devint chef de la fabrique de soie d'Alingsos , près de Gothembourg.
plus tard éprouva si profondément le pays , mais qui donna à l'Eglise réformée française , pendant plusieurs années, ime réelle importance. Plusieurs de ses membres, en effet, occupaient un rang distingué dans leur patrie d'adoption , où les idées de largeur et de tolérance faisaient de rapides progrès.
M. Lefébure, riche négociant, originaire de la Saintonge, fut appelé à siéger à la Diète et reçut des lettres de noblesse. M. Du Bousquet, gentilhomme du Languedoc*, réfugié pour cause de religion, devint officier au service de la Suède et s'éleva par son mérite au grade de général. Avec une franchise toute militaire, il répondit à un sénateur du royaume qui le félicitait de sa promotion à ce grade élevé, mais en ne lui cachant pas que sa qualité de réformé avait paru un moment un obstacle : « Comment ! un obstacle ! mais hier n'a-t-on pas accordé le même grade à un homme qui n'a point de religion du tout * ? »
Frédéric Mallet , savant distingué , devint professeur à l'Université d'Upsal , membre de la Société royale de cette ville, comme de l'Académie des sciences de Stockholm 2. Citons encore les noms de R. Martin , professeur d'anatomie, de André de Bolin, conseiller...
Magnus de Lagerstrœm, pour porter un nom suédois, était cependant d'origine française et réfugiée. Son père s'appelait Laurin jusqu'en 1696, époque où, anobli par Charles XI , il prit le nom de Lagerstrœm. Esprit distingué, négociant habile , Magnus occupa une situation
* Gatteau-G AXLK VILLE , Tableau général de la Suéde, p. 115. » F. Mallet était fils de François Mallet, fabricant de tabac; sa mère s'appelait Gatherine Hœk. Il naquit le 10 mars 1728.
FONDATION d'une ÉCOLE FRANÇAISE 99
considérable dans la Compagnie des Indes orientales, dont il fut le secrétaire général,
L'Eglise réformée française ne rencontra plus de la part des' autorités qiie des marques répétées de bienveillance et de sympathie. L'un des membres de son Consistoire fut appelé à faire partie du comité des directeurs de rhôpital du Sabbatsberg.
A la même époque , la chancellerie royale adressait au pasteur VouUaire un rescrit , dont les termes mêmes étaient une reconnaissance explicite de la nouvelle situation faite à FËglise par TËdit de tolérance. Il était en effet prescrit au pasteur de consacrer le produit des collectes , faites après Içs mariages et les baptêmes , à rhôpital et au lazaret de Stockholm. Le pasteur, considéré au même titre que ses collègues luthériens comme officier de Fétat civil, devait adresser chaque année à la chancellerie un relevé détaillé des naissances, baptêmes et mariages de la communauté française. Il devait en outre prêter serment à la couronne , comme les autres pasteurs. Il est à remarquer que dans la pratique ce serment ne fut jamais exigé.
Mais , pour assurer l'avenir de l'Eglise , le Consistoire avait compris, surtout en présence de l'émigration croissante qui avait marqué les années qui suivirent la reprise des affaires en Suède, que la création d'une école française s'imposait. Les enfants des nombreux ouvriers, en contact continuel avec les jeunes Suédois, « n'entendoient plus même la langue dans laquelle se faisoit le service divin ». Si on laissait le mal grandir, la jeune génération serait perdue sans retour pour la communauté. La proposition de création d'une école fut faite
tOO CHAPITRE CINQUIÈME
dès 176i , mais le Consistoire hésitait à accepter de nouvelles charges ; cependant le pasteur VouUaire insistait d^une manière pressante et, cédant à ses demandes, les anciens votèrent une dépense si justifiée. Sa direction fut confiée au sieur Ferrier, horloger de Genève, qui, trois mois plus tard, était remplacé par M. Guy, auquel on concédait un logement à la cure, en fixant son traitement à 1200 dalers.
C'est ainsi que le pasteur et la communauté comprenaient la belle tâche qui leur était confiée et, loin de la France , cherchaient à faire revivre les pieux usages des Eglises réformées.
Quelques mois plus tard , M. VouUaire dut offrir au Consistoire sa démission. Il avait été au service de l'Eglise pendant pJus de quinze ans et l'avait servie avec autant de fidélité que de zèle. Le Consistoire voulut lui offrir un témoignage de sa reconnaissance en lui accordant une pension viagère de « trois cents livres tournois dont il ne devait toucher le premier terme que trois années après avoir quitté Stockholm ». Avec le départ du pasteur VouUaire commence une nouvelle période de l'histoire de la petite communauté.