LA DISCIPLINE ECCLÉSIASTIQUE
nauté, les membres du Consistoire se montraient jaloux de maintenir Tordre dans TEglise.
Le Consistoire de TEglise française dut, dans de nombreuses circonstances, user de ce pouvoir disciplinaire. Dans Tancienne société française, le comédien, pour avoir les applaudissements de la foule, se résignait aux excommunications du prêtre. Nul n'approchait impunément les gens de théâtre, car, jalouse de ses droits, TEglise frappait celui qui prétendait ainsi servir deux maîtres. En Suède, la scèiie exerça un singulier attrait sur les réfugiés , car parler et entendre parler le français était pour eux une tentation dont ils éloignaient difficilement le charme. Le Consistoire se montra cependant sur ce point, dès les premiers jours, d'une grande sévérité. Vernhes, le lecteur de TEglise, qui avait cru pouvoir accepter la charge de receveur du théâtre, fut mis en demeure d'opter entre les deux fonctions (5 janvier 1724).
« Sur l'avis que le sieur Delpregat, ayant joué publiquement la comédie, voulait entrer au service des danseurs de corde, le Consistoire décida de le faire comparaître, mais voyant sa docilité à recevoir ses avis, et recevant de lui la ferme promesse de renoncer à son dessein, il lui fut permis de s'approcher de la « Table du Seigneur ». Il en fut de même pour « le sieur Chefdeville , qui fait sa déclaration qu'il veut laisser la comédie et ne plus se joindre jamais avec aucune troupe de comédiens ». Aussi est-il renvoyé en paix « ayant comparu et écouté modestement la censure du Consistoire » (24 mars 1726).
Travailler avec zèle au maintien des habitudes de
piété, respecter et faire respecter les cou lûmes religieuses, telles étaient les préoccupations constantes du Consistoire, gardien fidèle des intérêts de TEglise. M. Merle, Tun des anciens, s'inspirait de ces sentiments quand il demandait rétablissement de visites faites par le pasteur, accompagné d'un membre du Consistoire, à la veille des Communions, pour rappeler aux fidèles Fimportance et le prix de ces cérémonies. Mise en délibération, cette proposition rencontra l'approbation unanime. Aussi fut-il résolu que ces « visites si nécessaires pour une plus grande édification » se feraient une fois par an, aux approches des fêtes de Noël (27 mars 1732). Mais deux ans plus tard (1" avril 1734) il fallut renoncer à les continuer, pour en remettre l'exécution à des temps meilleurs.
Ce souci des intérêts religieux s'explique naturellement chez des hommes qui, pour leur foi, acceptant toutes les tristesses de l'exil, avaient perdu leur patrie. Poux eux, servir Dieu était la seule chose nécessaire, mais ils savaient aussi que le zèle le plus ardent ne peut se maintenir par les seuls mouvements qu'il excite. Les enthousiasmes de la piété ne laissent pas d'avoir leurs dangers, car à l'ardeur des premiers jours succède trop souvent une indifférence coupable. Aussi les anciens comprenaient-ils la gravité et le sérieux de la charge qui leur était confiée. Un membre de l'Eglise cessait-il de fréquenter le culte, il ne tardait pas à recevoir la visite du pasteur et d'un ancien de semaine ; ne tenait-il aucun compte de cet avertissement, il était cité à comparaître devant la Compagnie.
Les articles disciplinaires portaient en effet que « si