‹ Historire de l'etablissement des protestants français en SuèdeChapitre 34 sur 48 · ORGANISATION DE LA CHARITÉ · texte numérisé non relu

ORGANISATION DE LA CHARITÉ

à « Tancien de quartier». Aussi pouvons-nous lire sur le registre, à la date de 1734, ces simples paroles qui révèlent les difficultés du moment : « La boëte des pauvres est surchargée. » Il fallait subvenir aussi aux besoins des nombreux passants venus de France ou des colonies françaises d'Allemagne , de Hollande et d'Angleterre, qui faisaient appel à la charité de leurs frères établis en Suède.

Dans maintes circonstances l'Eglise était appelée à donner des marques de sa sympathie à de grandes infortunes. Lorsque la nouvelle de l'incendie qui détruisit, en octobre 1728, le temple français de Copenhague, fut connue à Stockholm, le Consistoire décida que, par ses soins, une collecte serait faite à domicile en faveur des victimes. Quelques mois plus tard il faisait remettre une forte somme au pasteur Arnell, de l'Eglise luthérienne française, pour les victimes d'un autre incendie qui avait ravagé le faubourg du Nord à Stockholm. (Mai 1729.)

Nous ne saurions relever ici toutes les marques d'une charité qui s'inspirait des sentiments les plus élevés ; qu'il nous suffise de dire qu'elle ne trouvait que de trop nombreuses occasions de s'exercer *.

Pour subvenir à de si nombreuses dépenses , les anciens , plus spécialement chargés de la distribution des charités de l'Eglise , avaient à leur disposition les ressources qui provenaient des dons des fidèles ^. Nom-

* Lors de la disette de 1757 le Consistoire se rendit acquéreur d'une grande quantité « de farine de seigle » qu'il mit à la disposition des pauvres de l'Eglise.

* Je relève ce fait curieux qu'en 1759 le Consistoire, disposant d'une

breux et importants furent les legs faits en faveur des pauvres ou pour le maintien de l'Eglise. A plusieurs reprises le Consistoire put recevoir de la part des réfugiés des sommes d'une certaine importance, moyennant une rente viagère à servir aux donateurs. Les victimes de la persécution, seuls, loin de la France, voulaient léguer à leur Eglise ce qu'ils avaient pu sauver de leur modeste avoir.

C'était à ce sentiment qu'obéissait W^ E. Coffey en prenant les dispositions testamentaires suivantes : « MM. les anciens joindront les intérêts au capital afin de le grossir tous les ans, mon intention étant que si, par malheur, notre petite assemblée diminue avec le temps, comme il n'y a que trop l'apparence, jusqu'au point de ne pouvoir subvenir à l'entretien du ministre, on pourra alors, quoiqu'avec ménagement, employer une partie de ses intérêts ou même le tout s'il le faut pour y suppléer, mais quant au capital il ne sera jamais permis d'y toucher. »

Non moins touchante la pensée de M"* S. Thérèse du Vivier qui chargeait son exécuteur testamentaire, M. Lefébure, de verser au Consistoire la somme de 200 dalers par année « pour une chambre , disait-elle , de laquelle jouiront les Dames ou Demoiselles françoises réformées qui viennent à Stockholm pour communier sans y avoir d'azyle, ou celles qui, étant dans les mêmes circonstances, viennent à y tomber malades » (29 mars

certaine somme, prit 50 billets à la loterie du Comptoir d'Etat devant donner 4 1/2 0/0, remboursables en dix ans et pouvant sortir avec primes, heureux placement qui dès Tannée suivante produisait 1 800 dalers de bénéfice.

VIE INTÉRIEURE DE l'ÉGLISE 133

1751). Telle futrorigine d'une institution modeste dont nous avons déjà parlé en signalant les services qu'elle rendit aux réfugiées.

Isolés de la France, voyant leur nombre diminuer d'année en année , les réfugiés luttèrent longtemps pour prévenir la ruine d'une Eglise à laquelle ils étaient attachés par tant de liens. Si cette noble résistance se prolongea, la forte organisation ecclésiastique delà petite communauté ne fut pas étrangère à ce résultat. Héritiers des mœurs sévères de ceux qui avaient tout quitté pour suivre le Christ, les descendants de la première génération du Refuge continuèrent leur œuvre jusqu'au jour où ils comprirent que de ce grand passé il ne restait plus qu'un souvenir, et que des temps nouveaux appelaient une nouvelle organisation de l'Eglise réformée française de Stockholm.

Page 1