RÉORGANISATION DE L'ÉGLISE
Le 28 août 1819, quelques chefs de famille se réunissaient à la maison pastorale, et après avoir pris connaissance des ressources financières de la communauté, décidaient la reprise des services religieux abandonnés depuis de si longues années *. C'était à la généreuse initiative de M. Giron qu'était due cette mesure qui inaugurait une nouvelle période de l'histoire «de TEglise réformée française. M. Giron, originaire de Genève, était venu se fixer à Stockholm, où il fonda un commerce important de joaillerie, et gagna l'estime de tous par la droiture de^son caractère et le sérieux de sa vie. Il devait se montrer, pendant près de quarante années, le défenseur zélé des intérêts de TEglise et n'épargner ni ses soins, ni sa peine pour assurer la réorganisation des services religieux. Il accepta, pour les remplir avec le plus grand zèle, les fonctions de diacre, et sous son active impulsion le temple ne tarda pas à ouvrir ses portes depuis si longtemps fermées ^ MM. de Ron et
* r/Eglise possédait, au 6 octobre 1819, 16 000 rixdalers (environ 28 000 francs).
* M. Giron a laissé une notice manuscrite sur l'origine et l'établissement de l'Eglise réformée française de Stockholm, que nous avons
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Mazer * furent nommés anciens ; David Laurent devint le chantre de la paroisse ; un lecteur , un organiste et un concierge furent ajoutés au personnel de l'Eglise.
Mais quand les réfugiés voulurent se compter, ils purent constater avec tristesse les vides nombreux qui s'étaient produits dans leurs rangs : à peine si leur nombre s'élevait à une quarantaine , même en y comprenant les membres du corps diplomatique. De plus en plus ils se confondaient avec la nation qui les avait si généreusement accueillis, et, sans la faveur marquée dont la langue française était l'objet en Suède, la petite Eglise ne se fût jamais relevée de ses ruines.
Du jour, en effet, où une prédication vivante se fit de nouveau entendre, nombreux furent ceux qui se rendirent au temple et formèrent un auditoire dont l'intelligence et la sympathie étaient faites pour soutenir et entraîner un orateur.
M. Giron avait fait d'activés démarches à Genève, où il avait conservé de nombreuses relations, pour obtenir du Consistoire de cette ville un pasteur qui , par sa piété comme par son activité, se montrât à la hauteur de la tâche. Du reste, la petite communauté s'imposait de réels sacrifices dans ce but, offrant au
souvent consultée, grâce à l'obligeance de son fils, M. Emile Giron, qui a remplacé son vénérable père dans le Consistoire de l'Eglise. Le récit de M. Giron s'arrête à l'année 1853 et forme un cahier d'environ soixante pages.
* M. J. de Ron, né le 2 janvier 1739, mourut le 26 février 1818, il avait été nommé ancien pendant le ministère de M. Gatteau, le 12 décembre 1784, et en 1791 les affaires financières de l'Eglise lui avaient été confiées. M. Pierre Mazer, né à Alais le 16 mars 1761, mourut à Milan le 12 avril 1829.
pasteur un traitement de 1 200 rixdalers de banque (environ 2 500 fr.) , la jouissance de la maison pastorale et une importante indemnité pour ses frais de voyage.
Le Consistoire de Genève désigna M. Jean-Léonard de Fernex pour occuper le poste de Stockholm, et le 25 septembre 1820 le culte fut célébré de nouveau dans le temple. M. de Fernex fut accueilli avec joie ; sa prédication élevée , toujours intéressante , attirait les auditeurs ; aussi dès le 14 novembre 1820 , répondant au consistoire de Genève, M. Giron pouvait-il écrire : « M. de Fernex remplit tous nos vœux et nous espérons que, sous la conduite d'un tel pasteur, il nous sera facile de travailler avec ardeur h l'œuvre du Seigneur. »
Le zèle des membres de l'Eglise sWfirma en diverses circonstances par des marques de générosité dont le souvenir ne saurait se perdre. M. Mazer abandonna la somme importante qu'il avait avancée pour le voyage de M. de Fernex et s'occupa si activement des travaux de réparation du presbytère que le pasteur le remercia publiquement « de ses soins et de son zèle infatigable ». Ce fut à cette époque que M. Giron offrit à l'Ëglise les beaux exemplaires de la Bible et de la Liturgie de Genève qui servent encore dans le culte public*.
C'était sous d'heureux auspices que s'ouvrait cette
* Cette même année la composition du Consistoire se trouva modifiée par suite de la démission de M. de Ron, qui fut nommé, en récompense de ses longs et fidèles services, « ancien inamovible » ; mais un de ses fils lui succéda dans sa charge. M. Ërskine, Anglais d'origine, entra à cette même époque comme ancien dans le Consistoire.
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nouvelle période de Fhistoire de la petite communauté de Stockholm, qui n'avait plus à redouter les luttes et les difficultés du passé.
Ce n'était pas, en effet, sous le règne de Charles-Jean que les réformés français pouvaient redouter de voir des entraves mises à la liberté de leur culte. Le roi de Suède n'oubliait pas qu'il appartenait par ses ancêtres à l'illustre race des huguenots de France. Dans ce Béarn où il était né , la vie des protestants depuis plus d'un siècle n'avait été qu'une longue persécution. Pour rendre à Dieu le culte et l'adoration , ils avaient dû souffrir et combattre. Bernadotte pouvait se souvenir de ces humbles pasteurs du Désert qui , au mépris de leur vie, conservant l'enseignement de la pure Parole de Dieu, avaient formé sa jeune âme à la connaissance de la vérité chrétienne. Il avait rappelé, du reste, dans une occasion solennelle, cette instruction, des premiers jours de sa vie, et s'il accepta la confession de foi de sa nouvelle patrie, il n'éloigna pas cependant de son esprit ces grands souvenirs. La petite Eglise française de Stockholm ne pouvait donc trouver en lui qu'une protection éclairée, protection que les rois de sa race lui ont toujours conservée et dont elle a toujours su apprécier le prix. Le sous-secrétaire d'Etat pour les affaires ecclésiastiques fit demander au Consistoire s'il désirait voir M. de Fernex investi de sa charge en vertu d'une autorisation royale. Les anciens déclinèrent l'offre mais en niarquant leur reconnais-
M. Peyron, descendant d'une famille qui avait quitté la France pour cause de religion et qui, établie en Suède, y avait rapidement conquis une situation élevée, entra dans le diaconat de TEglise.
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sance; toutefois, sur la demande du gouvernement, ils délivrèrent au pasteur un certificat en bonne règle*.
Malheureusement son utilité ne devait pas être de longue durée, car, deux ans plus tard, le 8 décembre 1822, M. de Fernex donnait sa démission. Le Consistoire comprit dès cette époque les difficultés qu'il rencontrerait pour assurer les services religieux de TEglise.
Si la modicité du traitement ne permettait pas d'espérer qu'un pasteur marié pût s'établir, pour longtemps, dans une ville aussi importante que Stockholm , d'un autre côté l'activité pastorale était limitée d'une manière si étroite, par le petit nombre des fidèles, qu'il était difficile de croire qu'un pasteur pût consacrer ses forces à un ministère aussi spécial que celui de la prédication.
L'Eglise réformée hollandaise se trouvant dans une situation semblable, il fut permis de penser que, s'il était possible de trouver un pasteur , également maître des deux langues, non seulement le champ de son activité se trouverait agrandi, mais qu'on pourrait augmenter des honoraires dont chacun reconnaissait l'insuffisance.
Des pourparlers s'engagèrent, à cet effet, entre les membres des deux Eglises après le départ de M. de Fernex et on fut unanime à reconnaître que rien n'était
* Voici le texte de ce certificat :
« Nous, membres du Consistoire de TEglise française réformée, certifions que M. Jean-Léonard de Fernex, consacré au saint Ministère par l'Académie de Genève, a été reconnu par nous comme pasteur de notre Eglise, en foi de quoi nous lui délivrons ce présent certificat revêtu de notre signature.
» Stockholm, 21 octobre 1820. »