‹ Historire de l'etablissement des protestants français en SuèdeChapitre 37 sur 48 · LE MÉTHODISME ET SON INFLUENCÉ · texte numérisé non relu

LE MÉTHODISME ET SON INFLUENCÉ

révolutions , les bornes sont franchies comme sont oubliées aussi des traditions dignes de tous les respects. De là ces critiques sévères qui frappent les novateurs ; seul le temps, par le calme qu'il fait descendre dans les esprits, permet la juste appréciation de ces évolutions sociales et religieuses *.

La place de cet honorable pasteur était plutôt dans ce canton de Vaud auquel l'attachaient les liens les plus étroits et où il devait exercer une si grande influence.

Peu après son départ, la situation de l'Eglise parut menacée, car on put craindre un moment de voir la petite fortune qu'elle possédait disparaître dans un sinistre financier. La liquidation de l'affaire , les pertes subies , la difficulté de nouveaux placements entraînèrent la fermeture du temple pendant quatre années. L'intérim ne cessa qu'à la fin de 1834 , époque à laquelle arriva le pasteur Leuthold , élève , comme ses prédécesseurs, de l'Académie de Lausanne. En présence du nombre toujours plus restreint des fidèles, dans l'impossibilité d'avoir pour une si faible communauté deux corps ecclésiastiques distincts, consistoire et diaconat, les membres de l'Eglise décidèrent de confier la direction des intérêts religieux du troupeau à un conseil de trois membres que présiderait le pasteur.

* Ce fut pendant le ministère de M. Bauty que le Consistoire, considérant « que les psaumes de la version de Marot et de Bèze, encore en usage dans l'Eglise, devenaient de plus en plus inintelligibles », leur substitua les psaumes de la nouvelle version. — Si Insignifiants que paissent paraître de pareils événements, ils n'en marquent pas moins un changement dans Tétat des esprits et il importe de les signaler.

MM. Giron, Cabanis et de la Grange furent désignés pour occuper ces fonctions. L'Eglise ne devait pas conserver longtemps M. Leuthold, qui avait su se créer, par le sérieux de son esprit, les plus sympathiques relations à Stockholm et qui était honoré de Famitié de rillustre Berzelius. A la fin de 1837 il donna sa démission qui fut acceptée avec regret. Le poste de FEglise française de Friedrichsdorf lui fut offert et il se consacra à cette communauté qui, malgré les siècles , conservait fidèlement les traditions de la France*.

Le Consistoire adressa vocation le 21 avril 1838 à M. Krayenbuhl , que recommandaient à la fois M. Leuthold et M. Van Brienen.

M. Giron fut chargé de lui écrire au nom du Consistoire pour lui faire connaître les services que TEglise réclamait de son futur pasteur, et dans quel esprit elle comptait Taccueillir.

« Vous serez le bienvenu, disait-il , au milieu de nous comme un ministre de paix et de salut. Vous serez le bienvenu comme un bon ami. »

M. Giron lui recommandait' affectueusement de ne pas suivre les errements de son prédécesseur, dont la prédication trop méthodiste n'avait pas été appréciée de l'auditoire de Stockholm. « Comme il faut qu'un médecin se règle d'après la constitution et suivant le goût du malade , écrivait-il , supposez- vous le médecin et nous les malades auxquels vous êtes appelé à admi-

* M. Leuthold sut gagner l'estime et Taifection de ses nouveaux paroissiens et fut chargé par le prince régnant de Tinstruction religieuse du prince héritier. En 1850 il fut éleyé à la dignité de conseiller ecclésiastique.

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nistrer des médicaments amers dans lesquels vous devez mêler de la douceur, afin de les faire passer sans répugnance. Voilà, Monsieur, à peu près notre état. »

Les années qui suivirent la fin des grandes guerres de l'Empire avaient été marquées par un réveil religieux dont la prédication avait subi les premiers effets. A l'exposition didactique des vérités chrétiennes, aux images et aux périodes des discours écrits sous l'influence des idées du xvm'' siècle, avait succédé une prédication biblique dans le fond et personnelle dans les appels.

Son danger était, non dans sa fidélité à l'enseignement scripturaire , mais dans son rigorisme dogmatique. Elle se rattachait par ses origines à ce xvi® siècle où les hommes étaient si grands et supportaient sans crainte les déductions les plus rigoureuses de la logique de l'école. La dureté des temps et la cruauté des politiques laissaient leurs âmes tranquilles devant les plus terribles menaces des prédicateurs. Ils ne trouvaient point étranges les perspectives des vengeances divines, quand autour d'eux ils n'entendaient parler que de luttes et de massacres. Mais ces temps n'étaient plus et l'exagération de cette prédication, où apparaissaient sans cesse l'enfer et ses supplices, Dieu et ses éternelles colères, éloignait plus qu'elle n'attirait les âmes.

C'était sous l'impression de ces sentiments que M. Giron écrivait à M. Krayenbuhl : « Nous pensons qu'un prédicateur, par un excès de zèle, fait souvent tort à sa cause par trop de sévérité ; qu'il tienne compte aux hommes de leur peu de charité, cela les encouragera à mieux faire , à se perfectionner ; qu'il ne vienne pas d'un ton aigre nous censurer, nous tancer, nous

faire voir constamment un Dieu vengeur, la damnation; qu'il sème plutôt quelques fleurs sur des sujets si sérieux. »

Quel est le but de la prédication? disait-il encore, « rendre la religion aimable , en instruisant les hommes dans la vraie croyance. » M. Giron faisait remarquer qu'une prédication sérieuse trouverait sa récompense à Stockholm. « De tout temps, disait-il, TEglise a été fréquentée par les classes élevées de la société , même par l'archevêque et souvent par le ministre des affaires ecclésiastiques; la langue française, ajoutait-il, est bien répandue en Suède , aussi vient-on volontiers entendre un discours dans cette langue. Vous pourrez supposer que c'est par pure curiosité ; un prédicateur peut la mettre à profit, s'il en est ainsi, en rendant ses discours tellement agréables que le goût suivra la curiosité et de là surgira la dévotion*. »

M. Krayenbuhl devait se montrer digne de la belle tâche qui lui était confiée. Il quitta la Suisse en août 1838 et arriva & Stockholm le 10 septembre suivant. Sa distinction et sa bienveillance lui gagnèrent bientôt de nombreux amis. Sa prédication sérieuse et fidèle, où vivaient les préoccupations de sa conscience, fut appréciée de tous et dans plusieurs circonstances les places manquèrent dans le petit temple.

« Il prêchait souvent, écrit M. Giron,. en véritable apôtre , intimement persuadé de la vérité , de la sainteté de l'Evangile , croyance qui l'élevait parfois à une haute éloquence. »

L'Eglise ne négligea rien pour s'attacher un pasteur

* Lettre du 24 avril 1838.

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dont' elle savait le dévouement; aussi M. Krayenbuhl devait-ii exercer un long et fidèle ministère en Suède. Appartenant à FEglise nationale du canton de Vaud , il fut rappelé en 1844 par le gouvernement de son pays, afin de faire son temps obligé de vicariat.

M. Krayenbuhl quitta la Suède accompagné des vœux et des sympathies de FEglise qu'il édifiait depuis plusieurs années. Le service, suspendu par le fait de cette absence, ne fut repris que deux années plus tard. Le pasteur de Stockholm devînt suffragant à LigneroUes , au moment où les événements les plus graves agitaient la Suisse. Si le Sonderbund avait déchaîné la guerre civile, les allures autoritaires de TEtat provoquèrent dans le canton de Vaud une crise religieuse dont les conséquences se poursuivent encore.

Sur le refus d'un grand nombre de pasteurs de lire du haut de la chaire une proclamation du Conseil d'Etat, quarante-trois d'entre eux avaient été frappés de diverses peines. Réunis en assemblée plénière à Lausanne, les 11 et 12 novembre 1S45, après une longue et émouvante discussion, protestant contre l'ingérence du pouvoir civil dans le domaine religieux , cent huit pasteurs et quarante suffragants adressèrent au Conseil d'Etat leur démission.

Pleins de confiance en Dieu, alors même qu'à vues humaines ils sacrifiaient leur avenir, ils accomplirent simplement et fidèlement leur devoir. Parmi eux se trouvait le jeune suffragant de LigneroUes, qui, immédiatement frappé , se trouva mis en disponibilité K

* J. Gart, Histoire du mouvement religieux dans le canton de Vaud, VI, 176.

L^année suivante, il retournait à Stockholm, où ses amis Taccueillaient , ainsi que sa jeune femme, par de nombreux témoignages d'affection.

Mais les fonctions du pasteur prenaient chaque jour moins d'importance et toute son activité devait se côncenirer sur la prédication, toujours plus goûtée du public suédois. Dans un ministère de onze années, en effet, le pasteur n'avait eu à faire entrer dans l'Eglise que trois catéchumènes.

La petite communauté avait pu espérer un moment recevoir un nouveau lustre par la protection que semblait devoir lui accorder la princesse Louise des Pays- Bas , devenue princesse royale de Suède par son mariage avec le prince héritier. Elle appartenait, en effet, à cette famille d'Orange dont le nom est fameux dans l'histoire , et qui a donné à la Réforme d'illustres défenseurs. Le premier protecteur de l'Eglise française de Stockholm avait été ce grand roi Guillaume III d'Orange, dont le courage et l'héroïsme avaient sauvé l'Angleterre de la domination papale. Aussi était-ce un singulier honneur et une rencontre touchante pour l'Eglise que de pouvoir espérer compter au nombre de ses membres l'héritière d'un si grand nom.

Peu après l'arrivée de la princesse k Stockholm , le pasteur sollicitait une audience , afin d'offrir de la part de l'Eglise une place réservée à l'épouse du prince royal, la priant de la vouloir bien choisir elle-même. Elle assura vouloir se contenter de celle qui lui serait offerte, et, sur les instances du Consistoire qui lui fit présenter un plan de l'église, elle désigna le banc qui se trouvait à droite de la chaire.

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Le Consistoire y fit faire les changements que Ton jugea utiles pour l'agrément de la princesse , changements qui n'enlevèrent pas au modeste temple sa simplicité huguenote. Elle suivit à maintes reprises le culte français pendant Thiver de 1831. Mais au moment des fêtes de Pâques, elle prit la communion avec la famille royale dans la chapelle du château, se séparant ainsi de l'Eglise réformée. La princesse continua cependant à fréquenter le culte, et, devenue reine de Suède, elle s'y rendit encore avec la princesse sa fille.

L'année 1851 villa fin du ministère de M. Krayenbuhl à Stockholm. Le Consistoire reçut avec tristesse, dans sa séance du 14 juin, la confirmation officielle d'une nouvelle déjà connue de tous. On ne pensa pas à faire revenir le pasteur sur une détermination qui avait été prise avec sérieux , mais on regretta- le départ de celui qui avait su se concilier l'estime et l'affection de tous. Du reste M. Krayenbuhl avait plus que rempli les conditions du contrat qui l'unissait à l'Eglise, et celle-ci le remercia de la manière la plus large et la plus généreuse.

Une douloureuse épreuve frappa le pasteur au moment où il se séparait de l'Eglise qu'il avait servie si fidèlement pendant onze années.

Il vit mourir une charmante enfant de trois ans ; ainsi le dernier service qu'il célébra dans le temple, entouré de ses paroissiens, accourus pour lui donner un témoignage de sympathie et d'affection, fut celui des funérailles de cette petite fille, dont les restes mortels reposèrent dans le caveau d'une famille amie, à l'ombre de la vieille église de Saint-Jacques.

Quelques jours plus tard, M. Krayenbuhl partait pour Copenhague, appelé par l'Eglise française à laquelle il devait se consacrer pendant de longues années , et où il exerce encore un ministère de fidélité et de dévouement*.

* Le vénérable pasteur nous écrivait : « Après trente-deux années de ministère, me voici encore étonné, ému, reconnaissant de l'infinie bonté de Dieu. Le 24 juillet dernier, j'ai accompli ma soixante-quinzième année. » (Lettre du 15 novembre 1883). Depuis, huit années se sont écoulées et M. Krayenbuhl est toujours le fidèle pasteur do la paroisse française de Copenhague.

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