ŒUVRE DE LAPONIE
dit adieu à des parents dont elle était la fille unique et marcha en avant pour se rendre au palais royal.
Sa foi trouva sa récompense, car Charles XV Faccueillit avec la plus grande bienveillance et elle rencontra des amis fidèles, au premier rang desquels se plaça le pasteur de l'Eglise française. Grande fut sa joie en apprenant comment , la veille même de son arrivée , on parlait de sa pauvre Laponie ; aussi put-elle reprendre le chemin du Nord le cœur débordant de reconnaissance.
La Société des Missions suédoises, soutenue par la Société du Sou missionnaire , qui prit le nom de Fem ore fœreningen, décida la construction d'écoles-asiles destinées à recevoir les enfants des tribus nomades de la Laponie *.
La presse politique donna son appui à une œuvre qui présentait un caractère à la fois religieux et national, en faisant connaître et aimer la pieuse Laponne dont le portrait fut reproduit dans les journaux illustrés. Par un sentiment de juste reconnaissance on unissait au nom de Maria Mattsdotter celui du pasteur Rœhrich qui avait défendu avec tant de chaleur la cause des Lapons. Il semblait que l'Eglise française acquittât une dette de reconnaissance envers cette Suède qui depuis plus de deux siècles l'avait accueillie avec une si généreuse bienveillance.
Sous l'active impulsion du pasteur, une Société de travail s'était fondée pour fournir d'habillements les
* On trouvera l'histoire de cette œuvre si intéressante dans le récit qu'en a donné M. Rœhrich : La Laponie et Maria- Magdalena Mattsdotter. Bridel, éditeur, Lausanne.
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petits Lapons, devenus les hôtes des asiles-écoles, où ils n'avaient apporté pour tout vêtement que leurs misérables peaux de rennes.
Il y eut un admirable mouvement en faveur de cette œuvre que personnifiait d'une manière si touchante celle que M. Rœhrich appelait « l'Apôtre du Nord » , et qui, de son désert de glace, écrivait les lettres les plus émouvantes en faveur de son peuple. Ce fut une des plus précieuses récompenses du ministère de M. Rœhrich que cette sympathie profonde pour les déshérités de la Laponie venant répondre à ses appels. En 1865 le Sou missionnaire ne rapporta pas moins de 24 000 francs, permettant par cela même le développement de l'œuvre. Un précieux concours avait été promis à M. Rœhrich, celui de Frederica Bremer, qui honorait le pasteur de son amitié. Entraînée par l'ardeur de ses convictions et prête à répondre à son appel, elle voulait prendre la direction d'une publication où cette bonne cause eût été plaidée , quand la mort la frappa soudainement.
M. Rœhrich s'attachait chaque jour davantage à une œuvre dont les résultats récompensaient dès la première heure ses efforts. Aussi son désir était-il de pouvoir étendre le champ de son activité en s'adressant à un public plus nombreux. Maître de la langue suédoise, il aurait voulu s'adresser aux auditoires des Eglises de Stockholm.
Il était permis de croire qu'un homme, qui avait donné des marques si sincères de son dévouement à une cause nationale, verrait sa demande accueillie avec une vraie sympathie. Celui que suivaient avec une si
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réelle édification les nombreux auditeurs de TEglise française, dont la parole était toujours restée étrangère aux discussions des partis, ne put obtenir de se faire entendre dans un des temples de Stockholm, Le Consistoire luthérien, aussi bien que T Eglise évangélique suédoise, ne crurent pas devoir répondre à une demande qu'appuyaient des personnes dont le sérieux et la piété étaient connus de tous.
Combien différente fut la conduite du Consistoire réformé, en présence d'une catastrophe qui jeta la consternation dans Stockholm. Le 22 mai 4866 une partie de la nouvelle église catholique, alors en construction, s'effondra entraînant sous ses ruines une cinquantaine d^ouvriers. « Malgré la promptitude des secours, écrivait M. Rœhrich témoin de ce désastre, il ne fallut pas moins de deux jours pour chercher sous les décombres les êtres humains qui y étaient ensevelis *. »
On retira vingt et un morts et autant de blessés ; à peine quelques-uns avaient-ils échappé comme par miracle.
Obéissant aux sentiments de la générosité chrétienne la plus élevée, le Consistoire de l'Eglise française décidait, sur la proposition de son pasteur, d'offrir aux catholiques, privés par ce terrible désastre de tout édifice religieux , de célébrer leur culte dans le temple des réfugiés. M. Studach, vicaire apostolique à Stockholm , accueillit l'offre qui lui était faite , avec les marques
' La Semaine religieuse de Genève, du 16 juin 1866, contient une lettre de M. Rœhrich sur cette catastrophe d'où nous avons tiré ces détails.
d'une profonde reconnaissance , el. remercia en termes émus ceux qui lui tendaient une main secourable dans des temps aussi malheureux.
Le spectacle qu'offrit le vieux temple français, le jour oh pour la première fois le service catholique y fut célébré devant un auditoire considérable, laissa dans Tesprit des assistants une impression saisissante. En entendant le prêtre catholique bénir Dieu d'avoir favorablement disposé les cœurs, et déclarer que la charité chrétienne doit unir les hommes malgré les dissentiments ecclésiastiques, on comprenait la grandeur des progrès accomplis et des victoires obtenues.
C'était, en effet, dans un temple élevé par les victimes des plus terribles persécutions qui furent jamais que se faisait entendre cette parole de paix et de conciliation dont Técho retentit dans toute la Suède. Ce jour-là fut écrite l'une des plus belles pages de l'humble histoire de l'Eglise française de Stockholm.
M. Rœhrich quitta la Suède en 1867 emportant les regrets et Taffection de ceux qui l'avaient vu à l'œuvre et qui avaient pu admirer son zèle comme apprécier sa largeur de cœur et d'esprit. L'année suivante Je Règlement constitutif de l'Eglise fut l'objet d'une revision importante. Le Consistoire s'inspira des sentiments qui avaient guidé M. Trottet, aussi les lignes du projet primitif furent-elles conservées. Les conditions d'entrée dans la communauté restèrent aussi libérales mais aussi sérieuses que par le passé , la participation à la sainte Cène devant donner la preuve de la sincérité et de la . droiture des croyances de celui qui demandait à faire partie de l'Eglise.