‹ Historire de l'etablissement des protestants français en SuèdeChapitre 7 sur 48 · LUTHÉRIENS ET RÉFORMÉS · texte numérisé non relu

LUTHÉRIENS ET RÉFORMÉS

Peu d'années après la paix d'Alais, les Eglises réformées de France se réunissaient en Synode national à Charenton (10 octobre 1631). Le protestantisme français venait de subir une défaite dont il pouvait mesurer toute rétendue, aussi comprenait-il, en présence des ennemis qui voulaient sa perte entière, la nécessité de runion. Pour la première fois, un Synode national rendit un décret en faveur de l'union des calvinistes et des luthériens. Si nous en reproduisons exactement les termes, c'est qu'il marque une date émouvante dans l'histoire des tentatives faites pour rapprocher les grandes Eglises issues de la Réforination du xvi* siècle. Il est inscrit dans les actes du Synode sous ce titre éloquent dans sa simplicité : Décret en faveur de nos frères les hithériens,

« La province de Bourgogne aiant demandé sllpourroit être permis aux fidèles de la Confession d'Ausbourg de contracter leurs mariages dans nos églises et d'y présenter leurs enfans au baptême, sans avoir fait abjuration auparavant des opinions qu'ils tiennent lesquelles sont contraires à la créance de nos Eglises, ce Synode déclara, que parce que les Eglises de la Confession d'Ausbourg convenoient avec les autres Eglises réformées, dans les points fondamentaux de la véritable religion, et qu'il n'y avoit ni superstition ni idolâtrie dans leur culte, les fidèles de la dite Confession, qui par un esprit d'amitié et de paix se joindroient à la Communion de nos Eglises dans ce Roiaume, pourroient sans faire aucune abjuration, être reçus avec nous à la Table du Seigneur; et qu'en qualité de parains ils pourroient présenter des enfans au baptême pourvu qu'ils promissent

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au Consistoire de ne les solliciter jamais, ni directement ni indirectement, de transgresser la doctrine reçue et professée dans nos Eglises; mais qu'ils les instruiroient et éleveroient dans des points et articles qui leur sont communs avec nous et touchant lesquels les luthériens et nous sommes d'accord *. »

Cette décision, si remarquable pour le temps où elle paraissait, avait été inspirée par cette politique élevée dont Gustave-Adolphe avait tracé les grandes lignes. C'était même pour répondre à cet esprit de largeur, dont il avait donné tant de preuves, que les réformés avaient fait les premiers pas. Nous en avons trouvé la preuve dans une remarquable lettre adressée à Oxenstiern par Hotman Villiers, fils du célèbre auteur de la Franco- Gallia,

Hotman Villiers avait été Tun des plus fidèles serviteurs de la politique de Henri IV, et pendant de longues années il fut un de ses meilleurs agents en Allemagne. Aussi voulut-il, protestant convaincu, défendre la cause à laquelle il avait voué sa vie, en servant d'intermédiaire entre les Eglises de Finance et cet illustre chancelier de Suède qu'il appelait « le directeur du party évangélique ».

Monseigneur, lui écrivait-il en date du 17 septembre 1633, la gloire de vos haults desseins et excellentes actions ne consistent pas seulement au recouvrement de la liberté des Princes et Etats qui sont en oppression, à l'exemple de votre grand Héros d'immortelle mémoire ; mais elle se fait voir aussy en la restauration de la vraye Religion pressée et

* Aymon, Tous les synodes nationaux, II, 500.

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