‹ Historire de l'etablissement des protestants français en SuèdeChapitre 8 sur 48 · LUTHÉRIENS ET RÉFORMÉS · texte numérisé non relu

LUTHÉRIENS ET RÉFORMÉS

opprimée par les ennemys d'icelle; Fun et Tautre réussissant à l'honneur de Dieu et soulagement de son Eglise. C'est pourquoy les pasteurs de nos Eglises, assemblés par la permission du Roy au dernier Synode national, pour contribuer quelque chose à ce louable dessein que vous avez en main de réunir par un bon accord les affections discordantes des Evangéliques des deux confessions, ont trouvé bon de commencer les premiers par cette déclaration de leur fraternité et charité cordiale autant vers les uns que les autres, ce qui a déjà porté quelque fruict à nos Eglises dedeçà en expérience que Je grand Dieu autheur de paix bénira le tout et que leur exemple sera suivy pardelà ; et à cette occasion ont approuvé la hardiesse que je prens d'envoyer à vostre Excellence Textraict dudit Synode pour estre cominuniqué où elle jugera estre à propos *.

De semblables manifestations restent à Thonneiir de ceux qui les ont provoquées comme elles honorent ceux qui en sont Tobjet. Il appartient aux esprits élevés de devancer leur temps et de marquer d'une main ferme les progrès à accomplir. L'union entre les Eglises issues de la Réforme du xvi® siècle est le gage de leur victoire sur l'Eglise catholique, qui, avec une inflexible persévérance, ne désarme pas dans la lutte engagée depuis des siècles.

Christine de Suède, héritière du trône de son père, parut vouloir continuer, aussi longtemps que l'illustre Oxenstiern dirigea les affaires, cette politique de largeur et de tolérance qui firent Gustave-Adolphe si grand.

On sait quelle fut l'activité de son esprit et comment

* A Monseigneur le grand chancelier du Royaume de Suède, direc- ^ teur du party évangélique. — Archives royales de Suède.

elle appela à sa cour les savants les plus distingués de son temps. Christine montra une préférence marquée pour la science française et ses représentants. « Il y a tant de Français ici, écrivait Naudé à Gassendi, que Ton trouve assez de quoi se divertir sans apprendre la langue. » « Les Français sont maîtres du château de la reine, » disaient avec aigreur quelques courtisans.

La présence à Stockholm de Chanut, ministre de France, fin causeur, brillant écrivain, contribuait encore à leur faveur. Ceux-ci, du reste, ne cachaient pas leur admiration pour une souveraine dont Descartes disait : « Il me semble que cette princesse est bien plus créée à l'image de Dieu que le reste des hommes \ »

Lorsque Saumaise, le plus érudit des savants de son temps, se résolut à faire le voyage de Suède, Daillé annonçait cette nouvelle à Turrelin en lui disant « que les caresses et faveurs de cette admirable et unique Héroïne forçaient les incommodités de sa vieillesse et d'un si long voyage ^ ».

Bochart, le célèbre pasteur de Caen, s'était rendu à la cour de Stockholm , précédé de cette belle réputation que lui avaient valu des travaux de premier ordre, qui sont encore consultés aujourd'hui, et y avait été accueilli avec une faveur marquée.

Quelques années plus tard, Christine descendait du trône et devenait catholique. Rome devait faire un grand éclat de cette apostasie, mais la Suède n'en resta que plus fidèlement attachée à la Réformation.

* Descartes à Chanut, 26 février 1649.

» Daillé à Turretin , 4 avril 1650. Papiers Daillé. Bibliothèque de Genève.

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