SAUMAISE ET BOCHART
Lorsque celte nouvelle parvint à Bochart, il écrivit à Vossius ces quelques lignes où la raison s'unit à une ^ profonde sympathie :
Le cœur me saigne quand je pense que la Reine se prive volontairement de tant de moyens de faire du bien, qui étant une fois hors de ses mains n'y reviendront plus. Elle s'en repentira mille fois, quand il n*en sera plus temps; ne fût-ce que pour le déplaisir qu'elle aura de voir les jugements désavantageux que fera la plupart du monde : car on se plaît naturellement à mordre sur les plus grands, surtout quand on pense avoir quelque spécieux prétexte *.
Le séjour en Suède de ces hommes éminents n'avait été que de peu de durée, car ils arrivèrent à Stockholm non pas en exilés mais appelés par la faveur royale *. Il ne devait pas en être de même d'une colonie d'émigrés établie en Suède au xvii® siècle, dont nous allons retracer les origines et raconter les destinées.
* Bochart à Vossius, Caen, 1" juin 1654. L'apostasie de Christine avait d'autant plus surpris Bochart que son admiration pour la reine avait été plus grande. Il a lui-même raconté l'émotion profonde qu'il éprouva en recevant la lettre de Christine l'appelant en Suéde et comment la ville de Caen fut mise en émoi par cette grande nouvelle, « ad me accurerunt plurimi, nonnuUi etiam primi ordinis, has litteras tnspecturi : in lis illustris Cornes nostrœ urbis Gubernator ». Il n'a pas de paroles pour traduire sa reconnaissance et c'est avec un véritable lyrisme qu'il exalte la reine : « O ter quaterque beatam Heroinam illam , in qua tôt bona liberali manu non effudit Deus sed profudit et beatam illam gentem cui Dei nutu Rcgina talis obtigit et felices nimium Suecos si bona norint. » Voir du reste dans Bocharti opéra omnia, t. I, p. 855, l'intéressante lettre qu'il adressa à J. Vossius en réponse à l'appel qu'il avait reçu de la reine Christine.
* Cet épisode du règne de Christine appartient à l'histoire littéraire de la Suède. Il mériterait d'être retracé, surtout en utilisant la riche correspondance de Chanut conservée aux Archives du ministère des affaires étrangères de France.