X. Soma ou Tchandra, dieu de la lune
de ton galant ? Comme l'enlremetleuse ne disait rien : Ah! s'écria-til, lu as rinsolence de ne pas me répondre ! En disant ees mots , le vacher, transporté de colère, lui coupa le nez ; puis il retourna se coucher et s'endormit Cependant sa femme rentra, et elle demanda à l'entremetteuse ce qu'il y avait de nouveau. Regardez-moi , répondit celle-ci; mon visage vous dit ce qu'il y a de nouveau. La femme du vacher se lia aussitôt au pilier et reprit sa place. L'entremetteuse ramassa son nez coupé et rentra chez elle. Dès le matin , le barbier lui demanda sa boîte à rasoirs , et elle , au heu de lui donner la boîte , ne lui apporta qu'un seul rasoir. Le barbier se mit en colère et jeta le rasoir à travers la maison. La femme poussa des cris de douleur. Ah ! dit-elle , il ma coupé le nez sans que j'aie commis aucune faute ! En disant ces mots , elle le mena devant l'officier de justice. Pendant ce temps, le vacher dit à sa femme d'un ton moqueur : Eh bien ! tu as le nez coupé ! — Méchant ! répondit-elle , quel est celui qui pourrait défigurer une femme vertueuse comme je le suis? Je n'ai pas besoin d'en dire davantage : les huit gardiens du monde * connaissent la pureté de mes mœurs.
« Le Soleil et la Lune, l'Air et le Feu , le Ciel, la Terre et l'Eau, l'Ame et Yama, le Jour et la Nuit, les
1. Lokafâlas, dieun que l'on confond quelquefois avec ceux qui président aux points cardinaux. Suivant M. Langloïs, [Chefs-d'œuire du théâtre indien, tome II;, les lokapâ!as sont proprement les divinités chargées par Brahmà de créer le monde sous sa direction, et de veiller sur les l'ires d'espèces différea+es l»QTftIlikdfwir autorité.
deux Crépuscules et Dharma, connaissent la conduite de l'homme. »
Si je suis vertueuse et si jamais je n'ai oublié mon mari pour penser à un autre, puissé-je ne pas être défigurée! Mais à quoi bon tant de paroles? Vois mon visage. Le vacher prit une lampe pour regarder le visage de sa femme , et vit qu'il nV manquait rien. Pardonne-moi ma faute, lui dit-il aussitôt. Puis, ne se possédant plus de joie, il la débarrassa de ses liens et se jeta à ses pieds en s'écriant : Que je suis heureux d'avoir une femme si vertueuse!
te Tout est miel dans le langage des femmes; mais dans leur cœur il n'y a que du poison : dès que les lèvres sont imbibées de ce poison, le cœur éprouve des douleurs poignantes, n
Gens du roi , écoutez maintenant l'histoire de ce marchand qui m'accompagne.
Il partit de chez lui , et , après avoir fait du commerce pendant douze ans , il vint des environs du Malaya dans cette ville, avec une quantité de pierres précieuses de diverses espèces et très rares. Il alla coucher dans une maison de prostitution. La maîtresse de cette maison avait placé à la porte un vélâla de bois, sur la têle duquel elle avait mis un joyau d'un grand prix. Le marchand , poussé par la cupidité, se leva pendant la nuit et alla mettre la main sur ce joyau ; mais, au même instant, les deux bras du vétâla furent mis en mouvement par une ficelle. 11 eut la main prise et poussa un cri do détresse. La maîtresse de la maison se leva et lui dit : Marchand , tu arrives des environs du Malaya ; hé bien ! donne toutes tes pierres ; sinon, ce serviteur ne
te lâchera pas, car c'est son emploi. Alors le marchand livra ses pierres , et, maintenant qu'il a perdu tout ce qu'il possédait, il est avec nous.
Après avoir entendu le récit de toutes ces aventures, les gens du roi instruisirent rofficier de justice de ce qui s'était passé. Celui-ci, dès qu'il connut la vérité, fit relâcher le barbier; l'entremetteuse fut punie ; la femme du vacher fut chassée de la ville , et Kandarpakétou fut traité avec honneur.
Voilà pourquoi je dis : Trois personnes ont été malheureuses par leur faute, etc.
C'est notre fan te ; par conséquent, nous ne devons pas nous plaindre. Puis, après un instant de réflexion : Mon ami, dit-il, prends patience ; c'est moi qui suis cause de leur amitié : c'est moi qui les désunirai.
ce Les gens adroits savent présenter le faux sous les couleurs de la vérité, de même que, sur une surface unie, les peintres nous font voir les objets comme s'ils étaient placés devant et derrière. »
Celui qui , dans les événements imprévus , conserve sa présence d'esprit, se tire toujours d'embarras, comme la femme du vacher avec ses deux galants.
Comment cela? demanda Karataka. Damanaka raconta l'histoire suivante ;
La Femme du Vacher et ses deux Galants.
ans la ville de Dwârâvatî, il y avait un vacher dont la femme menait une mauvaise vie et se livrait aux plaisirs de lamour
avec le magistrat * de l'endroit et son fils. On a dit :
« Le feu ne peut pas se rassasier de bois ; les fleuves ne pourraient étancher la soif de locéan ; la vie de toutes les créatures ne pourrait satisfaire le dieu de la mort^ ; les belles ne peuvent pas se rassasier d'hommes. »
« On ne peut venir à boul des femmes ni par les présents, ni par les égards, ni par la sincérité, ni par les soins empressés, ni par la force, ni par les préceptes : ce sont des êtres tout à fait indomptables. »
« Les femmes abandonnent bien vile un époux vertueux , qui a de la réputation, qui est aimable, passionné, riche et jeune, pour se jeter dans les bras d'un autre homme qui n'a ni vertu ni mérite. »
« Une femme a beau être couchée sur un lit magnifique, elle n'y trouve jamais un plaisir égal au bonheur qu'elle éprouve sur la terre et le gazon avec le mari d'une autre. »
Un jour, cette femme prenait ses ébats avec le fils du magistrat, lorsque celui-ci vint pour en faire autant. Dès qu'elle l'aperçut , elle cacha le fils dans un grenier ; puis elle se livra au plaisir avec le père.
1. Dûwrfflnôj/flfea, principal officier de police d'une ville.