‹ Hitopadésa, ou, L'Instruction utileChapitre 11 sur 55 · Yama · texte numérisé non relu

Yama

HlTOPADÉSA. 103

Sur ces entrefaites , le vacher, son mari , revint de ses pâturages. Voyant venir son mari, la femme du vacher dit au magistrat : Prenez un bâton et allezvous-en bien vite en faisant semblant d'être en colère. Le magistrat suivit ce conseil , et le vacher, en rentrant chez lui, demanda à sa femme pour quel motif le magistrat était venu avec un air fâché. Il est, dit-elle, en colère contre son fils , je ne sais pour quelle raison. Le jeune homme s'est sauvé et est entré ici. Je l'ai caché dans le grenier, et son père, après l'avoir cherché dans notre maison, ne Tapas trouvé. Voilà pourquoi il s'en va fâché. Puis elle fît descendre du grenier le fils du magistrat , et le montra à son mari.

On a dit :

ce Les femmes, dit-on, mangent comme deux, ont de l'esprit comme quatre, de la malice comme six et de la passion comme huit. »

Voilà pourquoi je dis : Celui qui , dans les événements imprévus, consers^e sa présence d'esprit, etc.

Hé bien ! soit, dit Karataka ; mais comment sera-til possible de détruire cette grande affection qu'ils ont naturellement l'un pour l'autre ? — Il faut imaginer une ruse, répondit Damanaka.

On a dit :

Ce qu'on peut faire par la ruse , on ne pourrait le faire par la force. Avec une chaîne d'or, la femelle d'un corbeau fit périr un serpent noir'.

Comment cela? demanda Karataka. Damanaka raconta la fable suivante :

1. Krichnasarpa ou Kâlasarpa (Colubernaga) ^ espèce de serpents uoirs et venimeux très commune dans TInde.

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le Corbeau^ sa Femelle et le Serpent.

^S^^^A ur un arbre habitait un couple de corbeaux N-i. vrT-'d^ Jq^j jçg petiig avaient été dévorés par un

I serpent noir qui avait établi sa demeure dans le creux du même arbre. Lorsque la femelle du corbeau fut sur le point de pondre une seconde fois, elle dit à son mâle : Maître, il faut abandonner cet arbre, car, si nous restons ici, nous n'aurons jamais de progéniture, à cause de ce serpent noir.

ce Avoir une femme vicieuse, un mauvais ami, des serviteurs qui répliquent , et habiter une maison infestée par des serpents, c'est sans contredit la mort. »

Ma chère, répondit le corbeau, ne crains rien. J'ai long-temps supporté ses injures ; maintenant je ne veux plus les souffrir. — Comment pourrez-vous lutter contre un animal si fort? reprit la femelle. — Sois tranquille, dit le corbeau.

Celui qui est intelligent est fort. Comment celui qui est dépourvu d'intelligence pourrait-il posséder la force? Regarde : un lion qui se laissa égarer par la fureur devint la victime d'un lièvre.

Comment cela? dit la femelle du corbeau. Celui-ci raconta la fable suivante :

Le Lion et le Lièvre.

ur une montagne que l'on appelle Mandara, il y avait un lion nommé Dourdanta. Ce lion faisait un massacre continuel des animaux. Ceux-ci s'assemblèrent tous et

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lui adressèrent des représentations. Seigneur, lui dirent-ils, pourquoi détruire ainsi tous les animaux? Nous vous en enverrons un nous-mêmes tous les jours pour vous nourrir. — Je le veux bien, répondit le lion. A partir de ce moment , il mangeait tous les jours un des animaux.

Un jour, un vieux lièvre dont le tour était venu se dit en lui-même :

On obéit à celui que Ton craint, parceque Ton tient à la vie. Si je dois mourir, à quoi me servira-t-il de montrer de la soumission envers le lion ?

Je vais donc m'en aller tout doucement vers lui. En disant ces mots, il se mit en route, l.e lion , qui souffrait de la faim , lui dit avec colère , dès qu'il le vit : Pourquoi viens-tu si tard? — Ce n'est pas ma faute, répondit le lièvre; j'ai été arrêté en chemin et retenu de force par un autre lion. Je lui ai juré de retourner auprès de lui, et je viens en instruire votre majesté. — Viens vile, reprit le lion furieux, et montre-moi où est ce coquin. Le lièvre conduisit le superbe animal auprès d'un puits profond, et, lorsqu'ils furent arrivés : Seigneur, dit-il, regardez. Et il montra au lion son image, que réfléchissait l'eau de ce puits. Alors le lion , enflé d'orgueil , ne put maîtriser sa colère, et se précipita dans le puits, où il trouva la mort.

Voilà pourquoi je dis : Celui qui est intelligent est fort, etc.

J'ai bien entendu tout ce que vous venez de me raconter , répondit la femelle ; dites-moi maintenant ce qu'il faut faire. — Tous les jours, reprit lecorbeau, le fils du roi vient se baigner dans l'étang voisin, et,

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lorsqu'il prend son bain , il ôte sa chaîne d'or et la dépose sur une pierre au bord de 1 étang. Tu prendras cette chaîne dans ton bec et tu l'apporteras dans le creux de cet arbre. Un jour que le prince s'était mis à Teau pour se baigner, la femelle du corbeau fit ce que son mâle lui avait dit. Les gens du roi, en cherchant la chaîne d'or, trouvèrent le serpent noir dans le creux de l'arbre et le tuèrent.

Voilà pourquoi je dis : Ce qu'on peut faire par la ruse, on ne pourrait le faire par la force, etc.

S'il en est ainsi , dit Karataka , va , et puisses-tu réussir dans tes démarches !

Damanaka alla auprès de Pingalaka , et , après s'être incliné devant lui , il lui dit : Sire, j'ai appris quelque chose de fâcheux; c'est pour cela que je viens vers vous.

« Quand un homme est malheureux, quand il s'écarte de la bonne voie et quand il laisse échapper une occasion , l'homme qui a de l'attachement pour lui doit, même sans qu'il le consulte, lui parler en ami. »

« Un roi est fait pour s'amuser, et non pour s'occuper d'affaires. Un ministre qui met le désordre dans les affaires de l'état se souille d'un crime. »

En effet, voici comment doivent se conduire les ministres :

« Mieux vaut mourir et même avoir la tête tranchée que de montrer le mépris d'un homme qui a le désir criminel de prendre la place de son souverain. »

Mais que veux-tu me dire? répondit gracieusement Pingalaka. — Certes, reprit Damanaka, San-

djîvaka ne se conduit pas ainsi à votre égard : il a, devant moi, insulté la puissance de votre illustre majesté, et il aspire même au trône. A ces mots, Pingalaka resta muet de crainte et d etonnement. Sire, poursuivit Damanaka, vous avez renvoyé tous vos ministres pour lui confier à lui seul la direction de toutes les affaires. C'est une grande faute.

« La Fortune se tient auprès du ministre toutpuissant et du prince, et appuie sur eux ses deux pieds. Comme elle est femme, elle ne peut pas souf- " frir celui qui la soutient , et elle abandonne l'un ou l'autre des deux. »

a Quand un roi fait d'un homme le principal et seul ministre de son royaume, l'égarement qui s'em- ' pare de cet homme fait naître en lui l'orgueil ; l'in- ' dolence, qui est la compagne de l'orgueil , le mène à sa ruine. Dès qu'il est tombé, le désir de l'indépendance absolue entre dans son cœur, et ce désir de l'indépendance est cause qu'il attente à la vie de son souverain. »

« Ce qu'il y a de mieux à faire à l'égard d'un serviteur non dévoué, d'une dent qui branle et d'un ministre corrompu, c'est d'extirper jusqu'à la racine. »

u Le prince qui fera dépendre sa fortune d'un ministre vicieux périra comme un aveugle privé de guide. »

En toutes choses, Sandjîvaka n'agit que suivant son caprice. J'en prends à témoin voire majesté, et vous savez :

a II n'y a pas dans le monde un homme qui ne désire la fortune. Quel est sur cette terre celui qui

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peut regarder sans concupiscence la femme d'un autre, si elle est jeune et belle? «

Mon ami, dit le lion après avoir réfléchi, quoique cela puisse être vrai, je n'en ai pas moins une grande amitié pour Sandjîvaka. Considère ceci :

« Celui qui nous est cher nous est toujours cher, lors même qu'il nous offense. Quel est celui qui n aime pas son corps , quand même il serait rempli de maladies? »

f(. Celui qui nous est cher a beau faire ce qui nous est désagréable, nous ne l'en aimons pas moins. Méprise-t -on le feu parceque Ton a vu sa maison incendiée ? n

Sire, reprit Damanaka , c'est un grand tort que l'on a.

« L'homme sur lequel le souverain jette les yeux de préférence, que ce soit un fils, un ministre ou même un étranger, devient le favori de la Fortune. »

Ecoutez, Sire :

« La chute d'un ministre malveillant, quoique capable, est un événement heureux. Le bonheur se plaît là où il y a un homme qui parle et un homme qui écoute. «

Vous avez éloigné vos vieux serviteurs pour élever un étranger aux honneurs. En agissant ainsi, vous avez commis une faute.

« Il ne faut pas protéger des étrangers au préjudice d'anciens serviteurs : c'est la plus grande faute que l'on puisse commettre , car elle cause la ruine d'un état. ;)

Hé quoi! dit le lion, c'est étonnant! Je l'ai pris sous ma protection; je l'ai fait venir et l'ai comblé de

bienfaits : comment peut-il chercher à me nuire? — Sire, répondit Damanaka ,

« Vous avez beau avoir toutes sortes d'égards pour le méchant, il suit toujours son penchant naturel : il est comme la queue d'un chien que Ion friserait au moyen d'huiles et de pommades. 1)

« Graissez la queue dun chien, frottez-la et entourez-la de liens : si vous la déliez au bout de douze ans , elle revient à son état naturel, w

a En élevant les méchants et en ayant des égards pour eux, peut-on gagner leur affection? On aurait beau arroser des arbres vénéneux avec de lambroisie, ils n'en produiraient pas de meilleurs fruits. »

C'est pour cela que je dis :

« Nous devons, même sans que l'on nous consulte, donner un bon avis à celui dont nous ne désirons pas la ruine. Tel est le devoir des honnêtes gens : si l'on agit autrement , on ne se montre plus homme de bien. »

On a dit :

« L'homme qui nous porte une véritable affection est celui qui nous met à Tabri d'une infortune ; l'œuvre véritable est celle qui est exempte de souillure ; la véritable femme est celle qui est soumise; le vrai sage est celui qui est honoré des gens de bien ; la véritable fortune est celle qui n'inspire aucun orgueil; le véritable ascète est celui qui a renoncé aux désirs ; le véritable ami est celui qui est sincère; l'homme vraiment digne de porter ce nom est celui qui ne se laisse pas tourmenter par ses sens. »

Si votre majesté , malgré cet avertissement , de-

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vient victime de la méchanceté de Sandjîvaka , ce ne sera pas la faute de son serviteur. En effet :

« Un prince aveuglé par la passion ne tient aucun compte de son devoir ni de son intérêt ; il va suivant ses penchants et son caprice , comme un éléphant furieux ; puis, lorsque enflé d'orgueil il tombe dans l'abîme de la douleur, il rejette le blâme de sa conduite sur son serviteur, et ne reconnaît pas sa propre faute. »

Pingalaka se dit en lui-môme :

<c 11 ne faut châtier personne sur Taccusation d'autrui : on ne doit punir quelqu'un, ou le traiter avec honneur, qu'après s'être assuré soi-même de la vérité. »

On a dit :

« Avoir de la bienveillance ou de l'aversion pour quelqu'un sans bien connaître son mérite ou ses défauts , c'est aller à sa perte , comme si l'on mettait par témérité la main dans la gueule d'un serpent. »

Puis il dit à haute voix : Alors, que l'on fasse appeler Sandjîvaka. — Sire, reprit Damanaka avec embarras , n'en faites rien , car de cette façon vous divulguez le secret de l'avis que je vous donne.

On a dit :

ft Un avis secret est une graine qu'il faut toujours tenir cachée et ne pas même entr'ouvrir, car une fois ouverte elle ne peut plus germer. »

« Un avis secret est comme un soldat timide qui , quoique bien couvert d'armes défensives, ne peut pas rester long-temps ferme à son poste, parcequ'il craint d'être renversé par l'ennemi. »

Si môme, une fois reconnu coupable , Sandjîvaka

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cessait d'être criminel, vous auriez grand tort de vous réconcilier avec lui.

« Celui qui veut se réconcilier avec un ami , lorsque celui-ci s'est montré une fois méchant , conçoit la mort comme la mule conçoit son petit. »

Cependant , dit le lion , il faut voir ce qu'il est capable de faire contre nous. — Sire , répondit Damanaka,

Comment pourrait-on connaître avec certitude la puissance de celui dont on ignore les relations? Voyez la mer, elle fut troublée à cause d'untittibha.

Comment cela? demanda le lion. Damanaka raconta la fable suivante :

Le Tittibha et la }Ier.

ur le bord de la mer qui baigne les côtes du Dakchina , habitait un couple de littibhas. La femelle, étant près de pondre, dit à son époux : Maître , il faut chercher un endroit retiré où je puisse déposer mes œufs. — Ce lieu où nous sommes n'est- il pas convenable ? demanda le tittibha. —Ce lieu, répondit la femelle, est envahi par le flux de la mer. — 3Ia chère , reprit le tittibha , suis-je faible à ce point que la mer oserait venir m'attaquer dans ma demeure? — Maître , répondit la femelle en souriant , entre vous et la mer il y a une grande différence.

« Celui qui ne connaît pas la peine peut-il comprendre ce que c'est ? Mais celui qui la connaît ne se laisse pas abattre , même dans le malheur. »

« Entreprendre une mauvaise affaire , être en ini-

mitié avec un parent , rivaliser avec un plus puissant que soi et placer sa confiance dans les femmes, voilà quatre portes ouvertes à la mort. »

La femelle du littibha obéit aux ordres de son époux et déposa ses œufs sur le rivage. L'Océan, qui avait entendu tout cet entretien , voulut mettre la puissance de Toiseau à 1 épreuve et emporta les œufs. La femelle du tittibha , désolée , dit à son époux : Maître , il nous est arrivé un malheur : mes œufs sont perdus ! — Mon amie , répondit le tittibha, ne crains rien. A peine eut-il dit ces mots qu'il assembla les oiseaux et alla vers Garouda , le roi des volatiles , auquel il raconta tout ce qui était arrivé. Après avoir entendu sa plainte, Garouda en donna connaissance au grand et divin Nàràyana , Tauteur de la création , de la conservation et de la destruction de toutes choses , et le dieu ordonna à rOcéan de rendre les œufs. L'Océan mit l'ordre de Nàrâyana sur sa tête, en signe d'obéissance, et rendit les œufs au tittibha.

Voilà pourquoi je dis : Comment pourrait-on connaître avec certitude la puissance de celui dont on ignore les relations ? etc.

L'ennemi qui nous attaque sans savoir qu'il viole la loi trouve sa défaite comme TOcéan avec le tittibha.

Comment, dit le roi, pourrai-je reconnaître si Sandjîvaka a de mauvaises intentions contre moi? — Votre majesté , répondit Damanaka , le reconnaîtra lorsqu'elle verra cet animal superbe s'avancer vers elle d'un air craintif et en présentant comme une arme l'extrémité de ses cornes.

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Après avoir tenu ce langage au lion , le chacal alla vers Sandjîvaka. Lorsqu'il arriva près de lui, il s'avança lentement et en faisant semblant d'être interdit. Mon ami, lui dit Sandjîvaka dun ton respectueux, salut et bonheur à vous ! — Comment le bonheur pourrait-il exister pour ceux qui dépendent des autres ? répondit Damanaka.

« Une fortune qui dépend du caprice d'autrui, des inquiétudes continuelles et Fimpossibilité de compter sur sa vie même , telle est la condition des serviteurs d'un roi. «

« Quel est celui qui n'est pas orgueilleux quand il est riche? Quel est le malheur au terme duquel peuvent arriver ceux qui sont esclaves de leurs sens? Quel est, sur cette terre, l'homme dont les femmes n'ont pas brisé le cœur ? Quel est celui qui est aimé d'un roi? Quel est l'être qui ne rentre pas dans le sein de la mort? Quel est le pauvre qui arrive à la considération? Quel est l'homme q<ji , une fois tombé dans les pièges des méchants , a jamais pu s'en tirer avec bonheur ? »

Mon ami, reprit Sandjîvaka , dites-moi , que signifient ces paroles? — Malheureux que je suis ! s'écria Damanaka , que vais-je dire? Voyez :

c( Maintenant je perds la raison ; je suis comme un homme qui se noie dans l'océan, et qui s'attache à un serpent suspendu au bord de l'abîme , sans oser ni le lâcher ni le tenir. »

« D'un côté , je perds la confiance du roi ; de l'autre , un ami. Que faire ? Où aller ? Je suis tombé dans une mer de douleurs ! »

En disant ces mots , il poussa un profond soupir

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et s'assit. Mon ami, reprit Sandjîvaka , dites-moi cependant toute votre pensée. Damanaka, d'un air découragé , lui dit à l'oreille : 11 est vrai qu'il ne faut pas révéler une confidence d'un roi ; mais , comme c'est moi qui vous ai fait venir ici , et que je désire aller dans le ciel, je dois nécessairement vous apprendre une chose qu'il est bon que vous sachiez. Ecoutez : le roi vous a pris en aversion ; il m'a dit en secret : Je tuerai Sandjîvaka et je le ferai manger par mes serviteurs. Aces mots, Sandjîvaka tomba dans un profond chagrin. Ne vous affligez pas, continua Damanaka ; songez plutôt à prendre un parti convenable et tel que la circonstance l'exige. Sandjîvaka réfléchit un instant et s'écria : On a bien raison de dire :

« Les femmes se laissent séduire par des méchants; un roi favorise presque toujours ceux qui sont indignes de sa faveur ; la richesse suit l'avare , et le nuage répand la pluie sur les montagnes et l'océan. »

ce Lakchmî va vers l'homme de condition obscure ; Saraswalî favorise celui qui est de basse extraction ; la femme s'attache à l'homme indigne de son amour, et Indra fait tomber la pluie sur la montagne. »

Puis il se dit en lui-môme : Est-ce méchanceté , oui ou non? C'est un doute qu'une discussion ne pourrait éclaircir.

« Un méchant reçoit un certain éclat des belles qualités de celui qui le protège , de même que l'andjana, sale de sa nature, devient brillant lorsqu'il est sur l'œil d'une belle femme. »

Hélas ! ajouta-t-il après un instant de réflexion , quel est donc le motif de cette disgrâce ?

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« Qu'un roi, quelques efforts que l'on fasse pour lui être agréable, ne soit point satisfait, cela n'a rien d'étonnant; mais une chose extraordinaire, et dont on trouve peu d'exemples , c'est un prince que l'on sert bien et qui devient votre ennemi. »

C'est une chose qu'il est impossible de deviner.

« Quand un homme s'irrite pour un motif, sa colère se calme dès que la cause qui l'a produite n'existe plus; mais comment pourra-t-on jamais apaiser celui qui sans raison conçoit une inimitié ? »

Il dit tout haut : En quoi ai-je offensé le roi? Les princes haïssent-ils donc sans motif? — Oui , répondit Damanaka ; écoutez :

« Des serviteurs capables et dévoués deviennent odieux à leur prince , même en lui rendant un service, tandis que d'autres, en lui faisant du mal sans se cacher, s'attirent ses bonnes grâces. L'esprit d'un roi est changeant , et il est difficile de s'en rendre maître : aussi le devoir d'un serviteur a-t-il des mystères profonds ; il serait impraticable même pour desyoguîs. »

u Cent bienfaits sont perdus avec les méchants, et cent beaux discours avec les ignorants ; cent paroles sont perdues avec l'homme qui ne parle pas ; cent intelligences sont perdues avec celui qui est privé de la raison. »

« Sur les arbres de sandal ', on rencontre des serpents; dans les eaux, il y a des lotus et des alligators - ; les méchants calomnient la vertu ; il n'est

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