Yarllaka, espèce de caille [Perdix olivacea
i32 HiTOPADÉSA.
L'Oie et le Corbeau.
ur la grande roule d'Oudjayinî , il y avait un grand pippala qui servait de demeure là une oie et à un corbeau. Un jour, pendant la saison des chaleurs, un voyageur fatigué déposa son arc et ses flèches au pied de cet arbre, et s'y endormit. Un instant après, l'ombre que donnait cet arbre se retira de dessus son visage. L'oie, qui était sur l'arbre, voyant le soleil darder ses rayons sur le visage du voyageur, fut touchée de compassion ; elle étendit ses ailes, et répandit une ombre nouvelle sur le visage de cet homme. Le voyageur, quigoûtait les douceurs d'un profond sommeil , ouvrit la bouche. Cependant le corbeau , avec son instinct de méchanceté , ne voulut pas le laisser jouir de ce bonheur : il lui fienta dans la bouche et se sauva. Le voyageur se leva précipitamment et regarda en l'air; il aperçut l'oie, lui décocha une flèche , et la tua.
Voilà pourquoi je dis : 11 ne faut pas demeurer avec un méchant , etc.
« Fuyez le contact des méchants ; recherchez la société des gens de bien ; pratiquez la vertu jour et nuit , et souvenez-vous toujours que cette vie dure peu de temps. :»
Je vais raconter aussi l'histoire de la caille.
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La Caille et le Corbeau.
n jour, tous les oiseaux allèrent sur le bord de la mer faire un pèlerinage en "honneur du divin Garouda. Le corbeau partit en compagnie d'une caille. Ils rencontrèrent un vacher qui portait sur sa tête un pot de lait caillé , et le corbeau se mit à en manger plusieurs fois. Le vacher déposa à terre son pot de lait, el , regardant en lair, il aperçut le corbeau et la caille. Le corbeau se sauva dès qu'il vit le vacher se mettre à sa poursuite ; mais la caille innocente, qui volait difficilement, fut prise et tuée.
Voilà pourquoi je dis : Il ne faut ni demeurer ni voyager avec un méchant, etc.
frère, dis-je au perroquet, pourquoi parlez- vous si mal de moi ? Votre personne est pour moi aussi sacrée que celle de sa majesté. — Je veux bien le croire , répondit le perroquet ; mais
« Les paroles amicales et les sourires des méchants m'inspirent autant de crainte que les fleurs venues hors de saison. »
Ton langage même prouve ta méchanceté : en effet, tes paroles sont la cause première de la guerre qui va éclater entre les deux rois.
Remarque ceci :
Un sot se console, et reste satisfait, même lorsqu'on lui a fait une injure manifeste : témoin le charron qui porta sur sa tête sa femme avec son galant.
Comment cela ? dit le roi. Le perroquet raconta l'histoire suivante :
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Le Charron et sa Femme.
1 y avait clans la ville d'Yauvanasrî un charron nommé Mandamati. Cet homme savait que sa femme était libertine ; mais jamais il ne l'avait vue de ses propres yeux en compagnie d'un galant. Un jour, il lui dit qu'il allait à un village, et il partit. Lorsqu'il fut à une certaine distance de chez lui, il revint sur ses pas , rentra au logis, et se cacha sous le lit , sans être aperçu. Cependant sa femme, le croyant parti, ne se défiait de rien, et, lorsque le soir fut venu, elle appela son galant. Tout en folâtrant avec lui sur le lit , sans s'inquiéter de rien, elle sentit le corps d'un homme qui était dessous. Elle vit bien que c'était son mari, et fut déconcertée. Pourquoi donc, lui dit le galant, ne t'abandonnes-tu pas aujourd'hui au plaisir avec moi? Tu as lair troublé. — Le maître de ma vie, répondit-elle, est allé aujourd'hui à un village: sans lui, cette ville, toute peuplée qu'elle est, me semble être une forêt déserte. Que lui est-il arrivé dans cet endroit étranger pour lui? Que mange-t-il? Comment dort-il ? Ces pensées me fendent le cœur. — Hé quoi ! reprit le galant, ton charron mérite-t-il tant d'affection, lui qui t'appelle femme querelleuse et de mauvaise vie? — Vilain! s'écria-t-elle , que dis-tu? Ecoute :
« La femme vertueuse est celle qui montre un visage agréable à son mari, lors même qu'il lui parle durement ou la regarde d'un œil irrité. »
« Le séjour de la félicité éternelle est réservé aux
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femmes qui aiment leurs maris, sans regarder s'ils habitent une ville ou une forêt, s'ils sont méchants ou vertueux. »
« Un mari est en effet le plus bel ornement d'une femme; celle-ci n'a pas besoin d'autre parure. Une femme sans mari a beau se parer, elle ne brille jamais. »
Toi, tu es un galant; tu ressembles à la fleur du bétel. Je te désire quelquefois par caprice; tandis que mon mari peut, s'il le veut, me vendre aux dieux ou me donner aux brahmanes. Mais à quoi bon tant de paroles ?
« Je vivrai tant qu'il vivra, et je mourrai quand il mourra : mourir avec lui , telle est ma ferme résolution. »
ce II y a trente-cinq millions de poils sur le corps d'un homme : la femme qui suit son mari habitera dans le ciel pendant autant d'années. »
a La femme qui emporte avec elle le corps de son mari , comme le chasseur de serpents tire de force un reptile hors de son trou , est glorifiée dans le ciel. »
« La femme qui, sur le bûcher, serre dans ses bras le corps inanimé de son mari, et renonce à la vie, obtiendra une place dans le séjour des dieux, quand même elle aurait pour époux un homme coupable de dix millions de fautes. »
« Une femme doit obéir à l'homme auquel elle a été donnée par son père, ou par son frère, avec le consentement paternel, tant que cet homme vit, et ne pas le mépriser lorsqu'il est mort. »
En entendant ces paroles, le charron se dit en lui-
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môme : Que je suis heureux de posséder une femme qui a tant de tendresse pour son mari, et dit des choses si douces à entendre ! Et, persuadé comme il l'était, il enleva sur sa tête le lit, la femme et le galant, et dansa long-temps de joie.
Voilà pourquoi je dis : Un sot se console, et reste satisfait, même lorsqu'on lui a fait une injure manifeste, etc.
Le roi me congédia après m'avoir fait les honneurs, selon l'usage, et le perroquet vient derrière moi. Maintenant que vous savez tout, c'est à vous d'agir comme il le faut. — Sire, dit le tchakravâka en souriant, la grue, dans ce voyage en pays étranger, a traité les affaires de votre majesté aussi bien qu'elle a pu ; mais tel est le caractère des sots :
« Faire cent concessions plutôt que de disputer est une preuve de sagesse ; se quereller, même sans motif, est une marque de folie. »
Cesse de faire ces reproches, dit le roi, et examinons bien ce qui nous a été rapporté. — Sire, répondit le tchakravâka, je veux parler sans témoins.
« Les gens adroits comprennent la pensée des autres au moyen des changements qui s'opèrent sur le -visage , dans l'œil , dans la voix , dans le teint et dans les signes extérieurs. C'est pour cela qu'il faut délibérer en secret. »
Tout le monde se retira , et le roi resta seul avec son ministre. Sire, dit le tchakravâka, je pense que la grue a fait tout cela d'après l'ordre d'un de nos agents.
ft La meilleure chose pour les médecins, c'est un malade; pour les agents d'un prince, c'est un homme
vicieux ; l'ignorant est ce qui fait vivre les gens instruits ; le plus ferme appui d'un roi, c'est un homme qui sait garder un secret. »
Hé bien ! répondit le roi , nous chercherons plus tard à connaître la cause de tout cela. A présent, dis-moi ce que nous devons faire. — Sire, reprit le tchakravàka, il faut d'abord envoyer un espion ; nous saurons ainsi ce que fait l'ennemi , et nous connaîtrons sa force et sa faiblesse.
ce 11 faut avoir dans son pays et dans celui de son ennemi un espion, pour voir ce que l'on devra faire 3t ce que l'on ne devra pas tenter. L'espion est l'œil du roi : celui qui n'en a pas un est un aveugle. »
Que la grue parte et emmène avec elle quelqu'un de sûr. De cette façon, elle prendra secrètement connaissance des projets de l'ennemi; elle en instruira son compagnon, et l'enverra ici, tandis qu'ellemême restera dans le pays.
On a dit :
. « Un prince doit avoir, dans les écoles où l'on enseigne la science religieuse et dans les temples, des espions déguisés en ascètes et venus sous prétexte d'étudier les livres sacrés, pour s'entretenir avec eux de ce qui se passe. »
L'espion secret est celui qui va sur l'eau comme sur terre. Il faut, par conséquent, confier cette mission à la grue. Qu'une autre grue comme elle l'accompagne, et que tous les habitants de ce séjour gardent la porte du palais; mais, Sire, il faut aussi que cela se fasse dans le plus grand secret.
« Le secret d'une délibération est violé lorsque cette délibération a lieu entre six oreilles, et que la
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nouvelle en est répandue. Ainsi, un roi ne doit jamais tenir conseil privé qu'entre lui-même et une autre personne. »
Remarquez encore ceci :
« L'offense que Ton commet envers un roi en divulguant le secret d'une délibération est une faute irréparable. Telle est l'opinion des gens habiles en politique. »
Le roi réfléchit un instant ; puis il dit : J'ai certes le meilleur espion que l'on puisse trouver. — Sire, répondit le ministre, vous êtes sûr alors de sortir victorieux du combat.
Cependant un garde du palais entra et dit au roi, après s'être incliné devant lui : Sire , un perroquet qui vient du Djamboudwîpa attend à la porte. Le roi regarda le tchakravâka. Celui-ci dit au garde : Conduis-le dans un des appartements du palais ; nous le recevrons plus tard. — Je suis aux ordres de sa seigneurie, répondit le garde. Puis il se retira, et emmena le perroquet avec lui. Eh bien! dit le roi, la guerre est sur le point d'éclater. — Sire, répondit le tchakravâka , la guerre n'est pourtant pas une nécessité.
« Peut-on appeler ministre ou conseiller celui qui, tout d'abord et sans réflexion, conseille à son roi de combattre et d'abandonner son territoire ? »
ce La conciliation , la corruption et la discorde , tels sont les moyens qu'un prince doit employer, tous ensemble ou séparément, pour triompher de ses ennemis; mais qu'il ne cherche jamais à les vaincre par la force des armes. »
« Puisque Ton voit que la victoire ne reste jamais
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aux deux combaltanls, et que, dans une bataille, on peut être vaincu par Tennemi, il faut éviter de combattre. »
« Tout homme est un héros lorsqu'il n'a jamais eu l'occasion de se montrer courageux. Quel est celui qui n'est pas lier tant qu'il n'a pas senti la force d'un ennemi ? »
« On ne soulève pas une pierre avec les mains comme avec une pièce de bois. Au moyen de petites choses, on vient à bout d'en faire de grandes. Tel est le grand avantage que l'on retire d'une délibération. »
Mais, quand on voit que la guerre est inévitable, il faut se battre.
« Si un champ est cultivé avec soin et dans le temps convenable, il produit une bonne récolte. Ainsi cette politique porte ses fruits, non pas à l'instant même, mais avec le temps. »
« Craindre l'ennemi lorsqu'il est loin, et l'attaquer bravement quand il est en face, voilà une qualité qui n'appartient qu'à un héros. Dans ce monde, celui qui se montre grand dans l'adversité obtient la valeur en partage. »
ce La trop grande ardeur est le principal obstacle qui, en toutes choses, nous empêche de réussir. L'eau même la plus froide ne fend-elle pas les montagnes? »
D'ailleurs, Sire, le roi Tchitravarna est très puissant.
ce Aucune loi ne nous ordonne de combattre un ennemi qui est fort. Lutter contre un éléphant, ce serait pour des hommes une mort certaine. «
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« Celui qui en vient aux mains avec son ennemi sans attendre le moment favorable est un insensé. Se battre avec un ennemi qui est fort, c'est faire comme Tinsecte qui veut s'élever dans les airs avec ses ailes. »
« Un prince habile en politique doit faire comme la tortue qui se renferme dans sa carapace , et soutenir le choc de l'ennemi ; mais, lorsque le moment est venu , il doit se lever comme un serpent redoutable. »
« Celui qui sait employer la ruse peut résister à un ennemi qui est fort comme à un ennemi qui est faible. Le courant d'une rivière déracine les arbres aussi bien que les herbes. »
Il faut amuser l'envoyé de notre ennemi et le retenir jusqu'à ce que nous ayons armé la forteresse.
K Un seul archer, sur un rempart, résiste à cent hommes ; cent archers peuvent tenir contre cent mille hommes. Voilà pourquoi une forteresse est une chose excellente. »
« Dans un pays muni de forteresses, quel ennemi ne peut-on pas vaincre? Un roi qui n'a point de forteresses dans son pays ressemble à un homme qui fait naufrage. »
« Il faut élever une forteresse entourée d'un large fossé et garnie de hautes murailles; il faut l'approvisionner d'eau, d'armes et de machines, et la construire dans le voisinage d'une montagne, dune rivière , d'un désert ou d'une forêt. »
« Il faut qu'elle soit d'une grande étendue et d'un accès difficile, qu'elle renferme des provisions d'eau, de grains et de toutes espèces de choses, et qu'elle
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ait une entrée et une sortie. Ce sont là les sept qualités principales d'une bonne forteresse. »
« Le ministre du roi, son ami, son trésor, son territoire, sa forteresse, ses troupes et son allié: voilà ce qu'on appelle les sept parties essentielles d'un gouvernement. »
« Le gouverneur de la forteresse , le général en chef, ladministrateur des finances, l'ambassadeur, le prêtre de la famille, l'astrologue et les médecins , sont regardés comme les conseillers du roi. »
Qui chargerons-nous du soin d'inspecter la forteresse? dit le roi. Le tchakravàka répondit :
« 11 faut donner à chacun l'emploi qu'il est capable d'exercer : celui même qui est instruit se perd dans les affaires, lorsqu'il n'en a pas l'expérience. »
Que l'on appelle le sârasa.
Le sârasa fut appelé, et le roi, dès qu'il le vit entrer, lui dit : Sârasa, va vite inspecter la forteresse. — Sire, répondit le sârasa en s'inclinant devant lui, il y a long-temps que j'ai examiné le grand étang qui nous sert de place forte; mais, dans l'île située au milieu de cet étang, il faut amasser des provisions de grains.
c( Sire, les provisions de grains sont les meilleures de toutes les provisions. En effet, une pierre précieuse que l'on mettrait dans sa bouche ne pourrait faire vivre. »
a De toutes les choses qui ont de la saveur, le sel est, dit-on, la plus savoureuse. Il faut donc en prendre, car sans lui une sauce est comme de la bouse de vache. »
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Va vite, dit le roi, et fais tous les préparatifs nécessaires.
Cependant le garde entra pour la seconde fois, et dit au roi : Sire, un roi des corbeaux nommé Méghavarna, qui vient du Sinhaladwîpa , attend à la porte avec sa suite. II voudrait voir votre majesté. — Le corbeau, dit le roi, est un oiseau sage, et il a de l'expérience. II faut le recevoir. — Sire, répondit le tchakravâka , c'est vrai ; mais le corbeau est un oiseau de terre, et par conséquent un de nos ennemis. Comment pouvons-nous le recevoir? On a dit :
L'insensé qui abandonne ses partisans pour s'attacher à ses adversaires est tué par ses ennemis, comme le chacal devenu bleu.
Comment cela? dit le roi. Le ministre raconta la fable suivante :
Le Chacal devenu bleu.
n chacal, qui errait dans les environs d'une ville , selon sa fantaisie, se laissa tomber dans une cuve d'indigo. Comme il ne pouvait se tirer de là, il fit semblant d'être mort, dès que vint le point du jour. Le propriétaire de la cuve, en voyant ce chacal les pattes en l'air, les yeux fermés et les dents à découvert , crut qu'il était mort ; il le retira de la cuve, l'emporta loin du village, et le laissa là. Le chacal alla dans la forêt , et, lorsqu'il s'aperçut qu'il était bleu, il se dit en luimême : Je suis maintenant de la plus belle couleur : ne puis-je pas m'élever au-dessus des autres? Après avoir fait cette réflexion , il appela les chacals, et il
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leur dit : La bienheureuse divinité qui préside à cette forêt m'en a fait roi ; elle m'a donné l'onction royale de ses propres mains, et avec le jus de toutes les plantes. Regardez ma couleur. A partir d'aujourd'hui, rien ne se fera dans cette forêt que d'après mes ordres. Les chacals, voyant qu'il était si remarquable par sa couleur, se prosternèrent devant lui, et répondirent : Comme votre majesté l'ordonne. De cette manière, il régna sur tous les animaux qui habitaient la forêt. Il s'entoura d'abord des siens, et il devint très puissant ; mais plus tard il choisit pour ses principaux serviteurs des lions, des tigres et d'autres animaux semblables ; il regarda les chacals avec dédain et mépris, et il éloigna tous ceux de son espèce. Un vieux chacal , voyant ses compagnons consternés, leur dit : Ne vous affligez pas ainsi; puisque ce prince ignorant en politique nous méprise malgré notre savoir, je trouverai bien un moyen de le faire périr. Les tigres et les autres animaux le regardent comme leur souverain parcequ'ils ont été trompés par sa couleur, et n'ont pas vu qu'il était chacal; faites donc en sorte qu'il soit reconnu. Voici ce qu'il faudra faire : quand viendra le soir, vous irez prés de lui, et vous pousserez tous ensemble un grand cri ; en entendant ce cri , il obéira à l'instinct qu'il tient de sa race, et criera à son tour.
« On parvient difficilement à vaincre son instinct naturel : faites un chien roi, il n'en rongera pas moins les chaussures. »
Le tigre reconnaîtra à son cri qu'il est chacal, et le tuera. Ce conseil fut suivi, et ce que le vieux chacal avait prévu arriva.
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On a dit :
a Notre ennemi connaît notre faible , notre pensée la plus secrète, notre force, tout, en un mot; il pénètre jusqu'au-dedans de nous-méme, et nous consume comme le feu brûlfft un arbre desséché. »
Voilà pourquoi je dis : L'insensé qui abandonne ses partisans, etc.
— C'est vrai, dit le roi ; mais cependant, comme ce corbeau vient de loin, il faut le voir. Ensuite, nous délibérerons sur la guerre.
— Sire, répondit le tchakravâka, notre espion est envoyé, et la forteresse est mise en état de défense : il faut donc recevoir aussi le perroquet, puis le congédier.
« Tchânakya fit assassiner Nanda par un envoyé qui lui était dévoué ^ : il faut par conséquent regarder un envoyé comme un émissaire secret , et ne pas le recevoir sans être entouré de ses guerriers.»
Alors on forma une assemblée, et l'on fit appeler le perroquet et le corbeau. Le perroquet entra la tête levée. On lui présenta un siège; il s'assit, et s'adressant au roi : Hiranyagarbha, lui dit-il, voici ce que l'illustre Tchitravama, le roi des rois, vous ordonne : Si vous voulez conserver votre vie et votre fortune, venez vite vous prosterner à mes pieds; sinon, songez à quitter ce pays. — Hé quoi ! s'écria
1. Allusion à la vengeance que le brahmane Vichnougoupta, surnommé Tchânakya, tira du roi Nanda et de sa famille, vers le commencement du troisième siècle avant notre ère. Voyez l'avertissement placé en tête du Moudrâ-Râkchasa, dans le tome II des Chefs-d'œuvre du théâtre indien , traduits par mon savant maître et ami feu M. A. Langlois.
le roi avec colère, n'ai-je personne pour — Ordonnez, Sire, dit Méghavarna en se levant, et je tue ce méchant perroquet. Cependant Sarvadjna chercha à calmer le roi et le corbeau. Ecoutez, leur dit-il :
« On ne peut pas donner le nom dassemblée à une réunion dans laquelle il n'y a pas de sages ; on ne peut pas appeler sages ceux qui ne parlent pas selon la justice; il n'y a point de justice là où il n'y a pas de sincérité ; il n'y a pas de sincérité là où la fourberie a trouvé accès. »
Voici en effet ce que la loi ordonne : c Un envoyé , ne serait-il même qu'un barbare, ne doit jamais être mis à mort, car c'est un roi qui parle par sa bouche. Lors même qu'un prince a pris les armes, la personne d'un envoyé est inviolable : il en est ainsi à plus forte raison quand c'est un brahmane. »
« Un envoyé ne tient jamais compte de son infériorité ni de la supériorité des autres : comme sa personne est inviolable , l'envoyé dit toujours tout, yj
Le roi et le corbeau reprirent leur humeur naturelle. Le perroquet se leva et sortit ; le tchakravàka le conduisit et lui donna toutes les instructions nécessaires ; puis il lui fit présent de bijoux et d'autres objets, et le congédia. Le perroquet retourna dans son pays.
Lorsqu'il fut arrivé au montVindhya, il alla saluer Tchitravama, son souverain. Perroquet, lui dit le roi Tchitravama dès qu'il l'aperçut, quelles nouvelles ? Qu'est-ce que ce pays ? — Sire , répondit le
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perroquet, pour vous dire tout en quelques mots, la nouvelle que j'apporte, c est qu'il faut sur-le-champ commencer la guerre. Quant au Karpoûradwîpa, c'est une portion du ciel, et le roi de ce pays est un second Indra. Comment serait-il possible de décrire tout ce que j'ai vu?
Le roi fit appeler tous les grands de sa cour, et s'assit pour délibérer avec eux. Donnez-moi votre avis, leur dit-il, et indiquez-moi ce que nous devons faire dans la guerre que nous aurons à soutenir, car la guerre est inévitable.
On a dit :
« Le mécontentement est la perte des brahmanes, de même que la satisfaction est celle des rois; la modestie est la perte des courtisanes ; le manque de pudeur est celle des femmes respectables. »
Sire, dit un vautour nommé Doûradarsin, lorsqu'on nest pas heureux, on n'est pas obligé de faire la guerre.
ce Quand un prince a des amis , des ministres et des alliés qui lui sont bien dévoués, et hostiles à ses ennemis, il doit alors faire la guerre. »
« Un territoire, un allié et de l'or, tels sont les trois avantages de la guerre : lorsqu'on est sûr d'obtenir ces avantages, on doit alors faire la guerre. »
Que le ministre, dit le roi, passe mes troupes en revue; qu'on leur paie leur solde, pour les encourager à bien faire leur devoir, et que l'on appelle ensuite l'astrologue, afin qu'il nous indique le moment favorable pour nous mettre en marche. — Sh'e, répondit le ministre , il ne faut cependant pas
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se mettre en marche avec trop de précipitation.
« Les insensés qui se précipitent avec témérité et i
sans rétlexion sur l'armée ennemie vont embrasser «
la pointe des épées : c'est une vérité incontes- \
table. ). '
Ministre, dit le roi, ne cherche pas a abattre mon courage; dis-moi plutôt comment celui qui veut /
remporter la victoire doit entrer en pays ennemi. ^,
— Sire, répondit le vautour, je vais vous dire cela ; (
mais de semblables a\"is ne sont profitables que quand on les suit. '•
On a dit :
« A quoi sert-il de donner a un roi un avis conforme à lautorité des livres, s'il ne le suit pas ? 11 ne ;, suffît pas de connaître un médicament pour guérir \r une maladie. » '
Comme il ne faut pas désobéir aux ordres d'un ,;,
souverain, je vais vous dire ce que j'ai appris. ■[
Ecoutez , Sire : -J
« Sire, un général doit faire avancer ses troupes en bon ordre, et les conduire le long des rivières, dans les montaçrnes, dans les forêts, dans les défilés et partout ou est le danger. ^^
ft Le général en chef doit marcher a la tête de l'armée avec les hommes les plus braves ; au centre, on doit placer les femmes, le prince, le trésor et l,
tout ce qu'il y a de précieux. » ♦
« Aux deux ailes, il faut placer les chevaux; près - ^
des chevaux . les chars ; à côté des chars , les élé- >
phants, et à côté des éléphants, les fantassins. » '
« Le général doit marcher à l'arrière-garde, et en- ' ^
courager ceux qui sont fatigués. Le roi, entouré de ■ ^
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ses ministres et de ses guerriers, doit conduire le principal corps d'armée. »
« Dans les chemins raboteux, dans les marécages et dans les montagnes, il faut marcher avec les éléphants ; dans la plaine, il faut se servir des chevaux; sur leau , il faut faire usage des bateaux ; on peut aller partout avec les fantassins. »
« Pendant la saison des pluies, le mieux que l'on puisse faire, est, dit-on, de faire marcher les éléphants ; en tout autre temps, on peut se servir des chevaux; on tire toujours parti de l'infanterie. »
« Dans les montagnes et dans les défilés, il faut veiller à la garde de la personne du roi, et le roi, quoique bien gardé par ses soldats, ne doit dormir que d'un sommeil léger. »
« 11 faut détruire les ennemis, les harceler, et renverser leurs forteresses et tous les obstacles qu'ils opposent. Lorsqu'on entre dans un pays ennemi , il faut envoyer en avant des coupeurs de bois. »
« Le trésor doit être là où est le roi ; sans le trésor, il n'y a pas de royauté. Le roi doit être libéral envers ceux qui le servent. Quel est, en effet, celui qui ne combat pas pour un prince généreux? »
ce Sire, l'homme n'est pas le serviteur de l'homme, mais de l'argent. On est un personnage considérable ou de peu d'importance, suivant que l'on est riche ou pauvre. »
a II faut combattre sans rompre les rangs, et se protéger les uns les autres; il faut placer au centre la partie la plus faible de l'armée. »
ce Le roi doit faire placer son infanterie à la tête
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de larmée ; il doit harceler continuellement l'ennemi, /
et ravager son territoire. » \
ce Pour combattre en plaine, il faut se servir des !
chars et des chevaux ; dans les endroits où il y a de \,
loau, il faut se servir des bateaux et des éléphants. Dans les lieux couverts d'arbres et de buissons, il faut faire usage de lare; en rase campagne, il faut employer Tépée, le bouclier et les autres armes. »
« 11 faut ravager sans cesse les pâturages et les récoltes de Tennemi, et le priver d'eau et de matières combustibles ; il faut aussi détruire ses étangs, ses remparts et ses fossés. «
« Sire, ce qui fait la principale force d'une armée, c'est l'éléphant ; il n'y a rien qui l'égale. L'éléphant, dans ses membres seuls, possède, dit-on, huit armes. »
ce Le cheval lui-même fait la force des armées, car c'est un rempart mobile : aussi le roi qui a le plus grand nombre de chevaux est-il vainqueur dans une bataille en rase campagne. »
ce Les dieux eux-mêmes auraient de la peine à vaincre ceux qui combattent à cheval : car, si loin que puissent être leurs ennemis, les cavaliers les tiennent dans leurs mains. »
^< Engager l'action les premiers, protéger toute l'armée, et débarrasser les routes, voilà ce qu'on appelle l'emploi des fantassins. »
ce La meilleure armée, dit-on, est celle qui est naturellement brave, habile dans le maniement des armes, dévouée, endurcie à la fatigue, et composée en grande partie de kchatriyas illustres. »
ce Sire, dans ce monde, les hommes combattent
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avec plus d'ardeur pour obtenir la considération de leur maître que pour toutes les richesses qu'il peut leur donner. «
« Une petite armée composée d'hommes choisis vaut mieux qu'une masse considérable de troupes mal aguerries : les mauvais soldats se laissent vaincre par l'ennemi, et sont cause de la défaite des braves. »
« Manquer de bonté, s'absenter trop souvent, ne pas donner à chacun la part qui lui revient, user de délais , et ne savoir pas se défendre, voilà ce qui inspire de l'indifférence. »
« Celui qui veut remporter la victoire doit harceler l'armée de l'ennemi et la détruire peu à peu : une armée ennemie est facile à vaincre lorsqu'on l'a fatiguée long-temps. »
« Pour semer la discorde chez ses ennemis, on ne pourrait trouver un meilleur conseiller que l'héritier du trône : aussi doit-on faire tous ses efforts pour élever l'héritier de son ennemi. »
« Après avoir fait alliance avec le prince héritier du trône, ou avec le premier ministre, on doit enfin provoquer son ennemi , et l'attaquer avec résolution. »
« Il faut détruire son ennemi en se servant de ses principaux alliés pour le vaincre, ou bien en s'attachant ses officiers, et en les attirant par l'appât du butin. »
« Un roi doit peupler son pays en subjuguant celui des autres, ou en attirant les gens par des présents et des honneurs, car un pays est peuplé quand il donne de quoi s'enrichir. »
Ah! dit le roi, qu'est-il besoin de si longs discours?
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c( S'élever soi-même et soumettre son ennemi, voilà en quoi consiste la politique ; et, pour développer cette pensée, nous dirons que c'est aux actes d'un homme que l'on reconnaît son habileté dans l'art de parler. »
Tout cela est vrai, répondit le ministre en souriant ; mais
a Un être est méchant, tandis qu'un autre obéit à la loi : la lumière et les ténèbres peuvent-elles avoir toutes deux les mêmes qualités? »
Le roi se leva et se mit en marche au moment qui avait été fixé par l'astrologue.
Cependant l'espion que l'on avait envoyé revint auprès d'Hiranyagarbha et lui dit : Sire , le roi Tchitravarna s'avance ; il vient d'établir son camp au pied du mont Malaya. Il faut à l'instant purifier la forteresse et la mettre en état, car le vautour est un grand ministre, et j'ai appris de quelqu'un à qui il confie ses secrets qu'il a déjà envoyé un espion dans notre forteresse. — Sire, dit le tchakravàka, cet espion ne peut être que le corbeau. — C'est impossible, répondit le roi, car, si cela était vrai, pourquoi aurait-il voulu se jeter sur le perroquet et le maltraiter? D'ailleurs, c'est seulement depuis l'arrivée du perroquet que la guerre est déclarée, et il y a long-temps que le corbeau est ici. — Cependant, reprit le ministre, il faut se défier d'un étranger. — Quelquefois, répliqua le roi, on voit des étrangers prêts à rendre service. Ecoute :
« Un étranger qui nous témoigne de la bienveillance est pour nous un parent; un parent même, s'il nous veut du mal, devient pour nous un étranger :
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la maladie , qui prend naissance dans notre corps , nous est nuisible, tandis que la plante môdicinale, née dans la forêt, nous est salutaire. »
Le roi Soûdraka avait un serviteur nommé Vîravara, qui n hésita pas un seul instant à sacrifier son propre fils.
Comment cela? demanda le ichakravàka. Le roi raconta l'histoire suivante :
Histoire de Vîravara.
'étais jadis sur un bassin du roi Soûdraka, où je faisais Tamour avec Karpoûramandjarî, la fille d un cygne nommé Karpoûrakéli. Un jour, un soldat nommé Vîravara, qui venait d'un pays étranger, se présenta à la porte du palais. Il s'approcha du garde et lui dit : Je suis soldat, et je voudrais prendre du service : introduisezmoi auprès du roi. Le garde Imtroduisit auprès du roi. Sire, dit alors Vîravara, si vous avez besoin de mes services, veuillez me prendre à votre solde. — Que demandes-tu pour ta solde? dit Soûdraka, — Quatre cents souvarnas par jour, répondit Vîravara. — Quel est ton attirail? reprit le roi. — Mes deux bras et mon épée, répliqua Vîravara. — C'est une chose impossible, dit le roi. A ces mots, Vîravara salua le roi et se retira. Cependant les conseillers de Soûdraka dirent à leur souverain : Sire, donnez à cet homme la paie de quatre jours, afin de voir ce qu'il est, et s'il peut rendre ou non assez de services pour recevoir une pareille solde. Le roi suivit l'avis de ses conseillers. Il fil rappeler Vîravara ; puis il lui pré-
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senta du bétel, et lui donna la solde qu'il demandait.
« Le bétel joint la douceur à Tamertume et à lacreté ; il est juteux et astringent ; il chasse les maladies occasionnées par l'air ; il est antiphlegmatique et vermifuge; il détruit toute mauvaise odeur, arrête le désordre des humeurs, entretient la bouche, purifie, et allume les feux de l'amour: telles sont, mon ami, les treize qualités du bétel ; il serait difficile de trouver ces qualités dans le ciel même. »
Le roi surveilla le soldat, afin de savoir à quoi il employait son argent. Yîravara en donna une moitié aux dieux et aux brahmanes, et un quart aux malheureux ; puis il dépensa le reste pour sa nourriture et ses plaisirs. 11 fit continuellement le même usage de sa paie. Il veillait jour et nuit à la porte du palais, lepée à la main, et ne retournait chez lui que quand le roi lui-même l'ordonnait.
Au milieu de la quatorzième nuit de la lune obscure \ le roi entendit des cris lamentables. Qui est de garde à la porte ? dit Soûdraka en entendant ces cris. — Sire, répondit le soldat, c'est moi, Yîravara. — Vois donc d'où viennent ces cris plaintifs, reprit le roi. — J'obéis aux ordres de votre majesté, répondit Yîravara. En disant ces mots, il sortit du palais. Cependant le roi se dit en lui-même : J'ai eu tort d'envoyer ce soldat seul au milieu d'une obscurité si épaisse ; je veux aller voir moi-même ce que c'est. Il
■ 1. Les Hindous divisent le mois lunaire en deux parties (;;aAc/ias), composées de quinze jours chacune. La quinzaine éclairée {souklapakcha) finit au jour de la pleine lune, et la quinzaine obscure [krichnapakcha)y au jour de la nouvelle lune.
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prit son épée, suivit le soldat , et arriva hors de la ville.
Vîravara, dès qu'il fut hors de la ville, vit une femme jeune, belle, et couverte de toutes sortes de parures. Cette femme pleurait. Quiêtes-vous, lui demanda le guerrier, et pourquoi pleurez- vous ainsi? — Je suis, répondit-elle, Lakchmî, la fortune du roi Soûdraka. Depuis long-temps je reposais heureuse et tranquille à Fombre de son bras, et maintenant je vais aller ailleurs. — Mais, reprit Vîravara, il n'est pas un mal auquel on ne puisse porter remède : quel serait donc, ô déesse, le moyen de vous retenir encore ici? — Ton fils Saktivara possède trente-deux marques qui annoncent les plus belles qualités, répondit Lakchmî ; si tu consens à l'immoler à la déesse Dourgà, je resterai long-temps encore en ces lieux. En disant ces mots, elle disparut, Vîravara retourna chez lui. Il trouva sa femme et son fils endormis, et les réveilla. Dès qu'ils furent éveillés, ils se levèrent et s'assirent auprès de Vîravara. Celui-ci leur répéta tout ce que Lakchmî avait dit. A ce récit, Saktivara, transporté de joie, s'écria : Que je suis heureux de pouvoir servir notre souverain et sauver le royaume ! Qui peut maintenant m'arrêter? Pour une semblable cause, il est glorieux de renoncer à la vie. — Ce sacrifice est digne de notre sang, dit la mère de Saktivara. Si nous ne consentons pas à le faire, pourrons-nous jamais mériter les bienfaits du roi par quelque autre service ? Après avoir fait ces réflexions, ils allèrent tous les trois au temple de Dourgâ. Vîravara se prosterna devant la déesse; puis il s'écria : 0 déesse ! soyez-nous propice ; que le grand roi Soûdraka soit
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victorieux! Acceptez cette victime! En disant ces mots, il trancha la tête à son fils. Je me suis acquitté de ma dette envers le roi, se dit alors Vîravara ; maintenant que je n'ai plus de fils, la vie n'est pour moi qu'une source d'affliction. Dès qu'il eut fait cette réflexion, il se trancha aussi la tête. La femme du soldat, affligée d'avoir perdu à la fois son mari et son fils, suivit cet exemple.
Cependant le roi, qui avait tout entendu cl tout vu, fut saisi d'étonnement, et se dit en lui-même :
« On voit naître et mourir des êtres chélifs comme moi; mais jamais il n a existé et il n'existera dans ce monde un homme pareil à lui. »
Après avoir perdu un tel serviteur, que m'importe de régner? Soûdraka tirait son épée pour se trancher la tête, lorsque la déesse Dourgà apparut et lui retint le bras. Mon fils, lui dit-elle, je suis satisfaite de toi. Cesse d'attenter à tes jours : tu régneras jusqu'à la fin de ta vie, et ton royaume ne périra point. Le roi se prosterna devant la déesse et s'écria : 0 déesse! que m'importe de régner ou de vivTC? Si vous avez quelque pitié pour moi, prenez mes jours et rendez la vie à Vîravara, à son fils et à sa femme; autrement, je persévère dans la résolution que j'ai prise. La déesse lui répondit : Je suis touchée de ta sincérité et de ton amour pour tes serviteurs. Va, maintenant, et sois victorieux. Que le guerrier, sa femme et son fils, recouvrent la vie. En disant ces mots, la déesse disparut. Le roi, après l'avoir adorée , se relira sans être aperçu. Il revint sur la terrasse du palais, et se livra au sommeil. Vîravara , rendu à la vie avec son fils et sa femme.
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retourna avec eux dans sa demeure. Lorsqu'il fut venu reprendre son poste à la porte du roi , celui-ci lui demanda ce qui s'était passé. Sire , répondit le soldat, cette femme qui pleurait a disparu dès qu'elle m'a aperçu. Voilà tout ce que je sais. Le roi fut charmé d'entendre cette réponse , et il se dit en luimême : Que cet homme est vertueux et digne d'éloges !
'c 11 faut être affable sans s'abaisser, brave sans se vanter, généreux, mais n'exercer sa libéralité qu'envers les gens qui en sont dignes ; il faut être fier sans être insolent. »
Ces qualités, qui distinguent le grand homme, se rencontrent toutes dans la personne de ce serviteur.
Le lendemain matin , le roi assembla sa cour ; il raconta tout ce qui s'était passé, et, pour témoigner sa satisfaction au soldat, il lui donna le gouvernement du Karnâta.
Un étranger est-il donc un méchant parcequ'il est étranger? Les étrangers sont comme les autres : il y en a de bons, de mauvais et de médiocres.
Le tchakravâka répondit :
« Peut-on appeler conseiller celui qui, pour complaire à son souverain, l'engage à faire ce qu'il ne doit pas ? 3Iieux vaut causer du déplaisir à un prince que de le perdre en le laissant faire une chose qui n'est point convenable. »
« Le roi qui a pour flatteurs son médecin, son précepteur spirituel et son ministre, a bientôt perdu sa santé, son mérite religieux et son trésor. »
Ecoutez, Sire :
La récompense qu'un autre a obtenue pour une
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bonne action , je Tobliendrai moi-même. Un barbier qui avait tué un mendiant afin de posséder un trésor périt victime de sa cupidité.
Comment cela? demanda le roi. Le ministre raconta Thistoire suivante :
Histoire du Barbier qui tua un Mendiant.
y avait à Ayodhyâ un kchatriya nommé Tchoûdàmani. Cet homme voulait s'enrichir; il se donnait beaucoup de peine, et adressait depuis long-temps ses vœux au dieu qui porte un croissant de la lune en guise de diadème *. Lorsqu'il se fut purifié de ses fautes, le dieu lui apparut pendant son sommeil, et, sur Tordre de ce dieu, le roi des yakchas - lui adressa ces paroles : Tu te feras raser ce matin de bonne heure ; puis tu te tiendras caché près de la porte de ta maison, un bâton à la main. Le premier mendiant que tu verras entrer dans la cour, tu le tueras sans pitié à coups de bâton ; ce mendiant deviendra un vase plein d"or, et, avec cet or, tu seras heureux, pendant toute ta vie, autantque tu le désires. Le kchatriya suivit ce conseil, et la promesse du dieu fut réalisée. Cependant le barbierquiétaitvenuraser le kchatriya fut témoin de cette aventure. Ah ! se dit-il en lui-même, c'est là le moyen de s'enrichir ! Pourquoi donc n'en ferais-je pas autant ? A partir de ce moment, le barbier se cachait tous les matins avec un bâton à la